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vendredi 29 janvier 2021

Le Maître du gang - The Undercover Man, Joseph H. Lewis (1949)


 Frank Warren et George Pappas, agents du fisc, tentent de confondre un chef de gang, de fraude fiscale. Plusieurs témoins disparaissent. Les deux hommes réussissent à retrouver la femme d'un comptable assassiné, prête à témoigner. Mais le procès se déroule dans un climat de haute tension...

Le Maître du gang est un film noir librement inspiré des circonstances qui firent réellement tomber Al Capone. Ce n'est en effet pas ses multiples activités criminelles qui conduisirent le baron crime en prison, ni même une grande entité policière comme le FBI. Al Capone fut condamné pour fraude fiscale après une minutieuse enquête de l'IRS (équivalent américain du fisc) qui mis à jour ses malversations financières. Le film prend pour base une partie d'un article de la revue Collier qui proposait la biographie de Frank J. Wilson, agent de l'IRS et un des principaux acteurs de l'inculpation de Capone.

Le film déplace les évènements du début des années 30 à la période contemporaine de la production (et le type de criminalité qui va avec) et, tout en laissant clairement deviner la réalité dont il est question, change les lieux et les noms. La ville est plus anonyme et n'évoque pas forcément Chicago, Frank Wilson est rebaptisé Frank Warren sous les traits de Glenn Ford et Al Capone n'est jamais explicitement nommé même si son ombre plane sur le film. Simplement appelé "Big Boss", c'est à l'instar de ce que fut Capone (et qui était bien rendu dans Les Incorruptibles de Brian de Palma (1987)) une véritable coqueluche des médias dont il démultiplie les ventes par ses différentes astuces pour échapper à la justice. Ce ne sera qu'une élégante et insaisissable silhouette que l'on observe de loin entouré de photographes.

Le film joue habilement entre cette dimension médiatique de la cible, la menace criminelle du cadre urbain réaliste et le méticuleux travail des enquêteurs de l'IRS. Joseph H. Lewis se montre donc ici plus avare en flamboyants morceaux de bravoure comparé à ses films noirs les plus fameux comme Gun Crazy (1950) ou The Big Combo (1955). Il parvient cependant à captiver sur le quotidien fastidieux de protagonistes épluchant des dossiers dans des bureaux exigus, en quête du moindre élément de preuve. La tension dramatique naît de la rencontre et de la vue du découragement d'autres qui avant, eux, tentèrent sans succès de s'attaquer à cette mafia tentaculaire avec des conséquences personnelles dramatiques. C'est le dilemme de Frank Warren, rongé par la culpabilité de si longuement délaisser son épouse (Nina Foch). La menace et le pouvoir de la mafia repose sur une capacité à frapper le traitre ou le curieux à tout moment, l'occasion pour Lewis de déployer sa maestria le temps d'une scène de poursuite urbaine haletante. 

L'impunité reste l'élément le plus révoltant lorsqu'apparait à de multiple reprise le visage carnassier et corrompu de l'avocat véreux O'Rourke (Barry Kelley de faux airs d'Harvey Weinstein) venant sourire aux lèvres libérer les suspects pour quelques vice de forme fallacieux. La peur, la révolte et finalement le courage qu'inspire cette impunité fait ainsi osciller le ton du film entre espoir et renoncement. Il faudra que la rue et l'institution rassemblent enfin leurs efforts pour que l'action réussisse, ce qui est magnifiquement amené dans le cheminement de Glenn Ford et des petites gens courageux. Tout cela est fait avec une concision narrative exemplaire (1h20 pour un récit sacrément dense) et très fidèle aux vrais évènements. Par exemple lors du procès d'Al Capone, le changement de jurés achetés est bien mieux amené que dans Les Incorruptibles ou cela se fait en milieu d'audience ce qui est impossible en réalité. Pas le Joseph H. Lewis le plus nerveux, mais un très bon film noir. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis

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