Charles Pike, grand chasseur de papillons et fils d'un richissime roi de la bière américain, rencontre sur le bateau qui le ramène à New York la fatale beauté Jean Harrington en quête d'un mari. Mais si Charles connaît bien les papillons, il connaît mal les femmes, en particulier celle-ci qui le mène en bateau.
Troisième film de Preston Sturges, The Lady Eve est une œuvre participa est une œuvre participant à la folle ascension entamée par le réalisateur avec le succès de Gouverneur malgré lui (1940) qui démocratisa le passage de scénariste à metteur en scène à Hollywood. Le film fait justement exception puisqu’il ne s’agit pas à l’origine d’un script de Sturge, mais le studio Paramount désormais confiant en son poulain après le nouveau plébiscite commercial de Christmas in July (1940) va le placer sur ce projet initialement écrit par Monckton Hoffe. Sturges remanie considérablement le script qui traitait initialement d’un duo de tricheur voyageant sur un paquebot, pour en faire la romance contrariée que l’on sait.
L’un des thèmes majeurs que Sturges contribuera à introduire dans la comédie hollywoodienne est la confrontation de la réalité au fantasme. S’il aborde ce sujet de manière littérale dans Infidèlement votre (1948), un de ses derniers films, il irrigue l’ensemble de son œuvre The Lady Eve en tête. Ainsi le naïf et richissime Charles Pike se montre éperdument amoureux face au charme retors de la gold digger Jean (Barbara Stanwyck), avant de la rejeter lorsque découvrira son passé d’arnaqueuse – certaines circonstances justifiant sa réticence. Durant la scène de rencontre, Sturges oppose la superficialité de l’ensemble des passagères du paquebot voyant en Pike un bon parti, et l’approche plus subtile de Jean qui n’en est pas moins intéressée. Pourtant le réalisateur ne différencie pas Jean à sa seule malice, mais dans la manière différente qu’elle a déjà d’observer Pike. Sous couvert de vouloir arnaquer sa proie, elle est curieuse de cet homme introverti et indifférent aux sollicitations féminines. La duplicité seule n’est donc pas le seul attrait qu’il distingue en Jean qui en est bien consciente et sous le charme déploie une séduction plus sincère que prévue. Sturges comme souvent excelle à introduire de la tendresse sous son cynisme (et inversement), teintant la douce romance entre Jean et Pike d’une passionnante ambiguïté jusqu’à ce que la révélation de la vérité provoque la rupture.La deuxième partie du film, nouvelle romance mondaine tout en faux-semblants, inverse la dynamique. La vraie amoureuse se cachant sous le fantasme candide que représentait Jean pour Pike devient une aristocrate factice, fantasme de classe plutôt que de cœur dissimulant cette fois sous les mêmes traits une Jean/Eve ivre de revanche. La partition romantique décalée se rejoue, mais avec cette fois une authentique intention de nuire. Ce virage éclabousse les deux personnages. D’amoureux gauche et timide, Pike devient un authentique benêt gaffeur ridiculisé à de multiples reprises par ses chutes incongrues. De gold digger cachant un cœur d’artichaut, Jean/Eve devient mesquine, vindicative et cruelle. Ce n’est, de façon différente, qu’en pensant avoir tout perdu que les deux amants peuvent se retrouver. Sous les mêmes traits, Pike sait désormais différencier le miroir social et la sincérité du cœur même si, par l’humour, Sturges fait passer cela à travers un certain puritanisme WASP. Enfin Jean comprend que blesser celui qu’elle admet enfin être l’élu de son cœur n’est pas une solution et ose enfin se présenter à lui, sans mauvaise intentions ni artifices. S’ils avaient déjà tourné quelques comédies auparavant (et même partagé l’affiche sur Miss Manton est folle (1938)), The Lady Eve est vraiment l’œuvre qui va installer Henry Fonda et Barbara Stanwyck comme de sérieuses références du genre, en particulier Stanwyck dont le charme étincèlera cette même année dans le merveilleux Boule de feu de Howard Hawks. Un petit bijou au cœur du pic créatif de Preston Sturges.
Sortie en dvd zone 2 français chez Wild Side




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