Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 27 janvier 2026

Happy-Go-Lucky - Natsu jikan no otonatachi, Tetsuya Nakashima (1997)


 Le jeune Takashi ne réussit pas les exercices à la barre fixe. Avec quatre de ses camarades, il doit rester après la classe pour s'entraîner tous les jours, jusqu'à ce qu'ils y arrivent tous.

Après un premier long-métrage réalisé en 1982 et resté obscur, ainsi que le deuxième segment du film à sketch Bakayaro! I'm Plenty Mad (1988), Happy-Go-Lucky marque les véritables débuts cinématographiques de Tetsuya Nakashima. Celui qui allait devenir un des cinéastes japonais les plus plébiscités des années 2000/2010 s'était jusque-là distingué dans le monde de la publicité. Happy-Go-Lucky contient en germe certains éléments des plus fameux films à venir de Nakashima. La chronique adolescente Kamikaze Girls (2005) interroge la quête d'identité par le prisme du look et des tribus que déterminent ceux-ci pour les jeunes cherchant à s'affirmer. L'extravagant mélodrame Memories of Matsuko (2006) était au contraire le récit d'une vie adulte brisée par les conventions.  

Happy-Go-Lucky remonte carrément à la préadolescence pour observer des enfants dont les expériences pourraient orienter vers la norme, ou à l'inverse l'indépendance et l'excentricité. Tout part d'un cours de sport, durant lequel Takashi (Hidaka Yoshitomo) et quatre de ses camarades ne parviennent pas à réaliser un exercice à la barre fixe. Le professeur dans une volonté d'encouragement toute japonaise, les mets au banc du cours et les force à s'exercer seuls les jours suivants jusqu'à ce qu'ils se montrent capable de réaliser le mouvement. Pour lui, surmonter cette épreuve les écarte du chemin des perdants qu'ils ne manqueraient pas d'être dans leur futur vie d'adulte avec cet échec fondateur.

Takashi s'interroge, en quoi ce futile exercice devrait-il déterminer tout son avenir. En interrogeant ses parents sur la question, il renvoie au contraire ces derniers à leurs propres doutes et regrets d'enfance. Nakashima s'essaie ici pour la première fois aux récits enchevêtrés, insérant ici des flashbacks presque plus captivants que l'intrigue principale et la complétant idéalement. Le père (Ittoku Kishibe) est un homme amorphe et dépressif que les interrogations de son fils vont ramener à une imposture d'enfance, lorsqu'un devoir de dessin accidentellement souillé par sa petite sœur va être salué par ses professeurs, camarades et lui donner une véritable aura d'artiste en herbe. L'adulte éteint que nous observons laisse entendre qu'il n'a jamais surmonté cela, notamment quand Nakashima superpose habilement les décors de ses pérégrinations d'enfance puis celle de Takashi pour nous faire comprendre qu'il n'a jamais quitté la ville, ni connu un destin d'artiste. 

Si ce père regrette d'avoir manqué l'occasion de sortir de la norme, la mère (Nagi Noriko) se repend sans doute de s'y être plié. En visitant la vieille demeure familiale abandonnée, elle se souvient des moments qu'elle y vécut avec sa mère malade. Les légendes urbaines entretenues par ses amies amatrices de shojo d'épouvante lui font croire que la maladie de sa mère la transforme progressivement en femme-serpent, et la pousse à s'éloigner d'elle. Nakashima s'amuse à placer des références pop subtiles, le manga lu par les enfants laissant voir des planches de Kazuo Umezzu, auteur connu pour faire des figures de mères des êtres horrifiques. Quelques moments de sympathiques frayeurs servent ainsi par le prisme de l'épouvante à évoquer la peur de la mort, de la maladie, et de perdre un être cher chez l'enfant, puis la nostalgie des moments perdus chez l'adulte. Nakashima nous frustre avec talent, tant il y aurait matière à un film à part entière avec le simple passé des deux parents.

Le réalisateur a cependant l'intelligence de revenir à une certaine douceur, légèreté même si teinté de gravité (l'injonction de la société japonaise à ne pas être le clou qui dépasse plane sur ces enfants), en revenant au présent de Takashi pour lequel tout reste à construire, et pas encore en proie au doute. Ces intérêts restent triviaux (l'attirance pour la poitrine des filles marquant l'entrée en adolescence), les déceptions et échecs surmontables, et les moments partagés avec les proches précieux, dans envoutant Japon rural. Une des dernières scènes, entremêlant la contemplation d'une averse entre passé chargé de mélancolie et présent lumineux, offre un magnifique moment suspendu, porté par le beau score de Yoko Kanno. Ce "premier" film tout en délicatesse est véritablement la promesse des bijoux à venir de Nakashima. 

Sorti en dvd zone 2 japonais sous-titré anglais ou sinon actuellement entièrement visible sur youtube en VOSTA, profitez avant qu'il ne disparaisse

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