Le supermarché de Goro est menacé par un rival, mais par chance, il retrouve Hanako, une camarade de classe, qui va l'aider à redresser son affaire.
Avant-dernier film de Juzo Itami, Supermarket Woman reprend la formule désormais bien connue mais si efficace du réalisateur. Après la famille dans The Funeral (1984), la fraude financière de L'Inspectrice des impôts 1 et 2 (1987 et 1988), l'hôtellerie sur Minbo ou l'art subtil de l'extorsion (1992) et le monde hospitalier dans Daibyōnin (1993), Itami nous plonge à nouveau dans un microcosme socio-économique japonais dont il va observer et dénoncer les travers. Ce sera cette fois l'univers de la grande consommation au sein d'un supermarché, et de nouveau le poil à gratter remettant cet environnement en question sera incarné par son épouse et actrice fétiche Nobuko Miyamoto, toujours aussi facétieuse et excentrique.
Le risque d'un sentiment de redite s'estompe cependant, Itami parvenant à habilement renouveler cette formule. Quand les œuvres des années 80 laissaient entrevoir une certaine mélancolie et un pessimisme sous l'humour pétaradant, Minbo affichait un optimisme lumineux et une hargne intacte face à l'adversité dépeinte, l'extorsion abusive des yakuzas. Supermarket Woman est dans cette continuité. Parmi les choix qui le distingue, l'absence d'un grand antagoniste corrompu et malfaisant. Les héros ont certes maille à partir avec un supermarché concurrent et adepte de méthodes commerciales et concurrentielles douteuses, mais il ne constitue pas l'authentique menace physique des yakuzas vus dans les films précédents. Le redressement du supermarché de quartier géré par les protagonistes ne repose pas sur l'adversité, mais sur une remise en question intime. Goro (Masahiko Tsugawa) voit son commerce dangereusement péricliter face aux promotions agressives de la concurrence voisine, jusqu'à sa rencontre avec Hanako (Nobuko Miyamoto), une ancienne camarade de classe. Cette dernière lui fait remarquer de manière franche et triviale les travers de son supermarché, non pas dans une vision marketing qu'elle ne maîtrise pas, mais en tant que consommatrice et plus particulièrement mère de famille. Goro va alors prendre le risque de confier à la novice le redressement de son affaire.
Comme d'habitude, Itami semble s'être fortement documenté puisque facéties mise à part, on va vivre une véritable immersion dans le fonctionnement d'un supermarché. Le réalisateur y dénonce les méthodes les plus douteuses des grandes surfaces (remballage des produits frais et falsification des dates, dilution de produit d'appel dans des mélanges mensongers comme le bœuf de Kobé) qui sembleront universelles au spectateur occidental, tout en relevant quelques particularismes typiquement japonais. Le machisme ambiant fait rechigner les employés à suivre les directives d'Hanako, le système hiérarchique pyramidal et archaïque des entreprises japonaises bloque le bon fonctionnement de l'ensemble - le refus des chefs bouchers et poissonniers de transmettre et déléguer leur savoir aux novices pour une plus grande efficacité. Hanako incarne une véritable utopie du commerce et du service dans laquelle l'employé s'épanouit en plaçant le client dans les meilleurs dispositions (sociale comme commerciale en offrant des produits sains), ne sacrifiant pas la qualité au seul profit. Ce qui pourrait sembler naïf sur le papier est rendu palpable par la fougue positive d'Hanako interprétée par un Nobuko Miyamoto qui renouvèle son registre. Elle n'est plus "l'experte" venue redresser les torts des opus précédents, mais une figure pleine d'empathie et d'énergie gagnant à force de convictions les employés blasés tout comme les clients méfiants à ses idées - tout en maintenant une proximité notamment par l'attachante complicité amoureuse avec Goro. Le réalisme n'empêche pas l'approche ludique, que ce soit le montage alerte, l'imagerie bariolée, les personnages cartoonesques (Itami n'ayant pas son pareil pour aller caster les trognes les plus improbables) et la folie de certains gags survoltés. A ce titre la traque d'un voleur de viande dans les rayons du supermarché fermé (relecture moins inquiétante de la scène de cambriolage de L'Inspectrice des impôts 2) et la démesure de la poursuite automobile finale sont des morceaux de bravoures spectaculaires et inventifs.
Même si le film joue avec la continuité assumée de la formule installée par les autres films (et ce dès l'affiche mettant en valeur le nouveau look et la coiffure singulière de Nobuko Miyamoto) et familière des spectateurs japonais, Supermarket Woman est une œuvre rafraichissante montrant une vraie foi en l'humain. C'est comme si à travers un cadre bien spécifique, Itami avait voulu signifier la bascule du Japon superficiel et au capitalisme carnassier de la bulle économique vers quelque chose de plus authentique.





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