Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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samedi 17 juillet 2010

Les Hauts de Hurlevent - Wuthering Heights, William Wyler (1939)

Mr Earnshaw a deux enfants : le fils aîné, Hindley, et une fille, Catherine. Un jour, il ramène d'un voyage un enfant abandonné de six ans, Heathcliff, dont l'origine est inconnue, et qu'il traite comme son second fils. Hindley entre rapidement en conflit avec Heathcliff et, lorsqu'à la mort de ses parents il devient le maître de la maison, il traîte Heathcliff comme un vulgaire domestique.Catherine devient ravissante, elle est courtisée par un riche héritier, qu'elle épousera au grand dam d'Heathcliff, qui a toujours été amoureux d'elle. Pourtant, Catherine aussi l'aime passionnément depuis toujours...


Ayant tout récemment dévoré le livre de Emily Brontë, j'étais impatient de découvrir cette célèbre adaptation. Le film n'adapte que 16 chapitre sur les 34 que compte le livre et narre donc uniquement la passion destructrice entre Heathcliff et Catherine, délaissant la seconde partie du livre qui évoquait la seconde génération des famille Linton et Heathcliff. Ce choix oriente pas mal la tonalité du film puisqu'il atténue la noirceur du livre (toute la cruauté de la vengeance d'Heathcliff et les tourments qu'il fait vivre aux descendants) mais aussi l'aspect rédempteur qui voyait les héritiers réparer les erreurs des aînés.

L'atmosphère pesante et malsaine, les non dits inquiétants et l'aspect scabreux disparaissent donc pour orienter le récit vers une tonalité plus classique de mélodrame fantastique plutôt réussi. Dans le livre le personnage de Heathcliff est présenté comme néfaste dès l'enfance, son amour pour Cathy étant le seul lien qui le maintienne à une certaine humanité. Rien de tout cela avec Wyler qui en fait tour à tour un amoureux transi subissant humiliation et privation, ce qui justifie son aura de Monte Cristo revanchard et manipulateur dans la seconde partie. L'aspect sombre du personnage est donc contrebalancé par une aura de héros romantique tragique.

Laurence Olivier, un peu gauche en paysan au début s'avère par contre exceptionnel en aristocrate ténébreux et inquiétant. Merle Oberon rend également très bien le tempérament orageux et capricieux de Catherine, tout comme son amour passionné et malade pour Heathcliff.
C'est d'ailleurs là le grand atout du film, celui d'avoir réussit à rendre palpable cet amour irraisonné et maladif du livre, de l'innocence de l'enfance au fossé des différences sociales puis de la passion intacte non avouée à une poignante séparation aussi intense que dans le livre. Bien que nimbant moins l'ensemble du film que dans le livre, le fantastique s'exprime à plein également pour rapprocher le couple lors des retrouvailles finales.

Hormis les réserves du changement d'orientation sur le fond, l'adaptation est assez remarquable à quelques broutilles près (le début amenant la narration en flashback est trop abrupt et moins subtile que le livre, surtout que le film est assez court 1h40 ça manque de respiration dans le récit) et condense idéalement la partie du livre traitée (pour une adaptation complète le format feuilleton tv est sans doute plus pratique). Les zones d'ombres non traitées sont en partie résolues par la réalisation et les idées inventives de Wyler tel la photo qui s'altère légèrement avant chaque apparition de Heathcliff dans la seconde partie ou le léger souffle qui traverse les lieux lorsqu'il s'annonce. Son aura maléfique se dessine ainsi en filigrane, le sadisme et les monologues extravagants du livre ne pouvant sans doute pas être rendus pour cause de censure.

Au final un transposition cohérente et réussie même si pas totalement satisfaisante, puisque la direction prise par Wyler avoisine plus le film vers un Peter Ibbetson ou L'Aventure de Madame Muir sans être tout à fait aussi réussi. La lecture toute fraîche incite peut être aussi à un excès de chipotage, curieux de voir d'autres adaptations...

Facilement trouvable en dvd

vendredi 16 juillet 2010

Le Prince de New York - Prince of the City, Sidney Lumet (1981)


1971, Daniel Ciello, chef de la brigade des stupéfiants de New York accepte secrètement d'aider les services fédéraux afin de démanteler un réseau de drogue dirigé par Blomberg et Sardino. Mais Ciello se rend vite compte qu'il est le jouet d'une machination orchestrée par les fédéraux afin de faire plonger ses collègues pour corruption.

Adapté du livre de Robert Daley lui même inspiré de la véritable histoire du flic Bob Leuci, une monumentale saga criminelle totalement immersive de plus de 3h qui va même au délà du polar pour verser dans la tragédie grecque, un des meilleurs film de Lumet. Le fait que le récit s'inspire d'évènements réels doit être d'autant plus souligné ici, tant les motivations de départ du héros peuvent paraitre incroyable aux cyniques. Véritable flic corrompu faisant partie d'une unité d'élite de la police lui permettant de toucher plus que sa part lors des différentes opération, Cillio décide sciemment sans qu'il soit sous pression ni menacé de dénoncer la corruption du milieu judiciaire et policier dont il est régulièrement témoin et acteur rongé par le remord et le désir d'absolution.

Dans un premier temps Lumet nous montre le fonctionnement de cette équipe de flic, véritable vase clos ultra solidaire et fusionnel sur le terrain comme en dehors (dont la Strike Team de la serie The Shield semble largement inspirée) et nous découvrons leurs méthodes toutes particulières ainsi que la réalité du terrain et le soucis de jongler avec la loi (faux témoins, approvisionner un indic en came). On passe ensuite à l'enquête infiltrée de Cillio bien oppressante et aux montées de tension éprouvantes où chaque erreur se paie cash, bien aidé par les trognes inquiétante de certains acteurs non professionnels en truands, au caractère limite suicidaire de Cillio et de l'aspect incroyablement réaliste,sordide et dangereux que Lumet parvient à conférer aux rues de New York.

La dernière partie se concentre sur la titanesque procédure judiciaire qu'à permit les actions de Cillio avec un souci du détail vraiment impressionnant ainsi que sur la descente aux enfers de Cillio confronté aux conséquences de ses actes avec les répercussions dramatiques sur son entourage et ses collègues et qui constate combien il a été manipulé en voulant rendre la justice. Si le film poursuit la thématique de Serpico avec sa description de la police corrompue le propos s'entoure de plus d'ambiguité ici. Les truands, les flics corrompu s'avère bien plus loyal et fidèle que le camp des "gentil", pour la plupart composés de juristes carriéristes et manipulateur pour qui Cillio n'est qu'un pion.

Treat Williams livre une prestation fiévreuse et très intense (Il aurait dû faire une tout autre carrière après pareille performance) tout comme le reste du cast foisonnant (110 rôle parlants!) tandis que Lumet s'avère particulièrement inspiré et inventif dans sa réalisation. Sous l'aspect limite documentaire et réaliste il parvient faire preuve de stylisation notamment avec cette évolution de l'isolation et de l'oppression progressive de Cllio : au départ partie intégrante du cadre urbain avec nombres de plan large où il se fond dans la masse (avec un une activité constante ou des lieux bondé constants) puis progressivement isolé de tous au final (gros plan du visage et décor extérieur bien moins nombreux et de plus en plus dépouillés).


Trouvable en dvd zone 2 chez Warner


L'Inquiétante Dame en Noir - The Notorious Landlady, Richard Quine (1962)

William Gridley (Jack Lemmon), un jeune diplomate américain est envoyé à Londres. A la recherche d'un appartement à louer en ville, il postule auprès de la ravissante Carlyle Hardwicke (Kim Novak) qui consent à lui céder l’appartement. Mais ce qu’il ignore c’est qu’elle est le suspect numéro 1 du meurtre de Miles Hardwicke époux de cette dernière dont on n’a jamais retrouvé le corps.

Quelques années avant son bijou Deux têtes folles, Richard Quine s’essayait déjà à l’exercice de la parodie et de la mise en abyme cinématographique avec ce génial pastiche hitchcockien co écrit avec Blake Edwards. L’histoire dépeint la rencontre entre une américaine installée à Londres soupçonnée de meurtre avec un modeste employé d’ambassade joué par Jack Lemmon qui ne sait rien de cette fâcheuse réputation. A partir de cette idée va s’amorcer une enquête policière loufoque où Lemmon tombé amoureux va tout faire pour prouver l’innocence de Kim Novak.

Tout les grands climax du récit vont ainsi s’appliquer à reprendre de manière délirante et outrancière des classiques de séquences de Hitchcock. Le début où Lemmon encore méfiant soupçonne Novak de vouloir l’empoisonner lorgne donc vers Soupçons en inversant les rôles, plus tard une filature nocturne dans un Londres sinistres et brumeux évoquera The Lodger, une séquence de tribunal avec Novak en accusée Le Procès Parradine et la course poursuite finale en train et par la campagne Les 39 marches mais aussi La Mort aux Trousses. Malgré un côté un peu décousu, toutes ces différentes péripéties ne font pas dans la parodie pure Quine est plus subtil que cela et l’enquête maintient tout son intérêt à coup de rebondissements déroutants et de révélation en pagaille.

Surtout, avant de partir tout azimuts, Quine aura pris le temps de rendre ses personnages très attachant. Kim Novak (jamais plus belle et émouvante que devant la caméra de Quine son réalisateur fétiche) étincelle de fragilité en accusée à tort (et son choix dans une déclinaison de Hitchcock est des plus judicieux) et après Embrasse Moi Idiot de Wilder démontre à nouveau une légèreté et un timing comique irrésistible. Il faut la voir accueillir Lemmon au début avec un accent outrancier, mais c’est surtout en accusée à tort oppressée de toute part qu’elle arrive à nous toucher par sa grâce.

Lemmon en monsieur tout le monde remuant ciel et terre offre encore un grand numéro. Quine prend son temps pour montrer leur rapprochement avant de partir dans le grand huit comique. Fred Astaire en second rôle s’avère très sympathique aussi. Sous la légèreté le suspense n’est pas exclu loin de là et quelques élans de noirceur et de violence viennent nous rappeler que nous sommes bien devant un thriller, même pour rire notamment une dernière demi-heure ébouriffante de rythme. Pas tout à fait aussi brillant que Deux têtes folles dont il est l'embryon (George Axelrod collabore au scénario des deux films) mais fort réussi tout de même.

Trouvable en dvd zone 2 français e chez Paramount


mercredi 14 juillet 2010

Billy Budd - Peter Ustinov (1962)


En 1797, sur L'Avenger, l'équipage du capitaine Vere (Peter Ustinov) enrôle de force un gabier de vingt ans, Billy Budd (Terence Stamp). Billy découvre la violence et la tyrannie du maître d'équipage, Claggart (Robert Ryan).

Une adaptation d'un roman de Melville (ou plutôt une transposition d'une pièce adapté du roman) dont on peut soupçonner Peter Weir d'avoir visionné pour son Master and Commander tant sa description d'un équipage anglais durant les guerre Napolénienne s'en rapproche. Le navire se trouve ici le cadre de tension palpable avec des matelots enrôlé de forces subissant la tyrannie du maître d'arme sadique incarné par un Robert Ryan se délectant de ce type de rôle de pourriture.

Parallèlement on trouve le capitaine joué par Peter Ustinov qui laisse faire car il a besoin de ce bras armé pour faire respecter la discipline et l'élément perturbateur en la personne du jeune matelot Billy Budd. Terence Stamp dans son premier rôle au cinéma interprète donc ce personnage hors norme, illétré et presque simple d'esprit mais dont l'innocence, le sens de la justice et la totale absence de sentiment négatif bouleverse l'équilibre des forces sur le bateau. Il se fait aimer immédiatement de ses compagnons et des officiers et perturbe totalement Robert Ryan qui voit toute ses tentatives de lui nuire échouer à cause de sa pureté d'âme (notamment lorsque Billy refuse de participer à une fausse mutinerie contre lui).

La première partie du film voit la tension lentement monter jusqu'à l'explosion avec les multiples coup bas de Ryan avant de prendre un tour étonnant dans sa conclusion. sans trop en dévoiler, les personnages doivent faire face à un conflit moral révoltant où il doivent choisir entre apliquer froidement le règlement ou laisser parler leur coeur avec quelques interrogations passionnante entre la loi et la justice, la morale et la conscience. Malgré une amorce de bataille en conclusion, le ton est plus psychologique que spectaculaire ce qui n'empêche pas Ustinov de délivrer quelques superbes vues maritimes et une reconstitution splendides du navire de guerre.


Trouvable en dvd zone 2 chez Warner

mardi 13 juillet 2010

Le Vent de la Plaine - The Unforgiven, John Huston (1960)


Au lendemain de la guerre de sécession, l'altière veuve Mathilda Zachary, entourée de ses trois fils (Ben, Cash, Andy) et de sa fille Rachel, est parvenue à regrouper le troupeau de bovins qui est le seul patrimoine de la famille. Ils ont pour voisins Zeb Rawlins dont le fils aîné, Charlie, meurt transpercé par une flèche indienne, alors qu'il retourne chez lui, après avoir obtenu la main de Rachel. Un vagabond demi fou, le vieux Kelsey, colporte une étrange histoire : Rachel serait une indienne de la tribu Kiowa, jadis ravie aux siens par Mathilda en remplacement de sa propre fille mort-née.

Pour sa première incursion dans le western, Huston signe là une belle réussite même s'il reniera le film à cause de divers événements extérieur (Audrey Hepburn victime d'une fausse couche suite à un accident de cheval sur le tournage, l'aspect antiraciste atténué par la réduction au montage du rôle du dresseur indien Johnny Portugal par les producteurs).

Le cadre du western permet à Huston de signer un flamboyant drame familial. Durant la première heure nous est longuement décrit un cadre de vie idyllique, prospère et plein d'avenir où chacun vit en bon voisinage mais tout cela implose lorsque le secret des origines du personnage d'Audrey Hepburn est révélé. Le racisme ordinaire et les rancoeurs se dévoilent, et cela au sein même de la famille Zachary. Le ton s'avère bien sombre et pessimiste notamment lors des apparitions fiévreuse de Joseph Wiseman vieux fou dévoré par le ressentiment. Visuellement, Huston traduit cela par une photo de plus en plus sombre et un cadre qui se ressère alors que le début nous éblouissait avec ses cadres somptueux sur des plans d'ensemble de la plaine.

Le film s'avère assez dérangeant aussi au niveau des rapports entre Burt Lancaster et Audrey Hepburn, élevés comme frères et soeur mais irrésistiblement attirés l'un vers l'autre. Sans appuyer dessus trop fortement le malaise demeure au détour de quelques scènes ou dialogue (Lancaster rossant ceux qui approchent sa soeur, ou encore presque triste lorsqu'elle est demandée en mariage par un prétendant) et même si on insiste pas outre mesure il finissent tout de même le film ensemble.

Plus centré sur les tensions psychologiques que sur l'action pure, Huston réserve le grand morceau de bravoure pour les 20 dernières minutes avec un long siège épique de la famille Zachary face à une horde d'indiens venu récupérer leurs soeur avec un déchirement intérieur très bien traduit par Audrey Hepburn forcée à décimer ses congénères. Sinon un excellent Burt Lancaster comme d'habitude et un tout jeune Doug Mclure qu'on retrouvera dans une flopée de nanars quelques années plus tard.

Facilement trouvable en dvd zone 2 français


lundi 12 juillet 2010

L'Inassouvie - Un Amore a Roma, Dino Risi (1962)


En rompant ses fiancailles, Marcello ne se doute pas que le soir-meme, il va rencontrer la belle Anna. Ils restent quelque temps ensemble, puis Anna doit partir pour un tournage a Capri. Quand il la rejoint, il s'apercoit qu'elle est tombee amoureuse d'un acteur. Ils se quittent alors. 

Un drame puissant où Risi imprègne la même noirceur et cruauté que dans ces comédies les plus féroces. Risi instaure une tonalité assez légère dans un premier temps, où on suit un jeune intellectuel incarné par Peter baldwin, insatisfait courant d'une histoire à une autre à la recherche du grand amour. Il pense l'avoir trouvé en la personne de la délicieuse et naïve Mylène Demongeot après une rencontre magique et une première nuit ensemble.

Il va rapidement déchanter lorsqu'il comprendra que la belle malgré le réel amour qu'elle lui porte ne peut s'empêcher de se donner à d'autres hommes. Le film est trompeur dans un premier temps en nous plongeant dans la langueur estivale Romaine où s'épanouissent les amours des deux héros, mais tout se fissure rapidement. Peter Baldwin est remarquable, abordant un masque détaché face au infidélités répétées de Anna avant que ces réels sentiments le rattrapent et qu'il craque complètement lors d'une scène de flagrant délit d'adultère.

Mylène Demongeot est tout aussi brillante, un sex appeal ravageur et une innocence bien réelle la rende aussi attachante que détestable et finalement égoïste face à cette quête maladive du plaisir immédiat. Une des rares et sérieuses interprétations de nymphomane où le film devient soudain de plus en plus pesant malgré la décontraction de façade de tout les personnages, remarquablement dépeint par Risi, entre le futur beaux père de Baldwin qui a déjà profité des faveurs d'Anna ou une ex assez pathétique.

L'érotisme latent est d'ailleurs tout sauf joyeux bien que s'illustrant le plus souvent à travers les formes plantureuses de Mylène Demongeot, puisque à chaque fois teinté de suspicion et de rancoeur pour ce personnage déséquilibré. La conclusion est d'ailleurs formidable de sécheresse et d'intensité, lorsque Baldwin excédé décide enfin de réagir, tandis que Demongeot au pied du mur est poussée face à ses contradictions.

Sortie récemment en dvd zone 2 chez René Chateau

samedi 10 juillet 2010

Des pas dans le brouillard - Footstep in the fog, Arthur Lubin (1955)


Stephen Lowry affiche une douleur feinte à la mort de sa femme. Dans son for intérieur, il se réjouit d'autant plus malignement que c'est lui qui l'a empoisonnée. Sa jeune domestique, Lily Watkins, a trouvé le flacon d'arsenic. La voici armée d'un redoutable moyen de pression, dont elle ne se prive pas d'user. Elle contraint Stephen à faire d'elle sa maîtresse et se met à régenter la demeure. Or, Stephen veut épouser Elizabeth, la fille de son associé Alfred Travers. Il lui faut dès lors se débarrasser de l'encombrante Lily...

Un redoutable thriller remarquablement équilibré dans toutes les directions qu'il prend. La première scène donne le ton avec une scène d'enterrement où le veuf joué par Stewart Granger semble terriblement accablé. Rentrant péniblement sous une pluie battante dans la vaste demeure désormais vide nous le voyons de dos contempler le portrait de la défunte, avant qu'un plan sur son visage ne nous dévoile un triomphal sourire de satisfaction. Le récit (adapté d'une nouvelle de W. W. Jacobs) tourne autour de la relation amour/haine entre le veuf assassin et sa servante jouée par Jean Simmons qui après avoir démasqué son maître le soumet à un odieux chantage.
Les motifs des deux personnages à leur actes répréhensibles semble les même, l'argent et la réussite sociale. Granger s'est marié pour la fortune de sa femme et l'a tué pour en profiter seul tandis que Simmons soustrait différent avantages matériels et de statut en échange de son silence. Les échanges entre les deux sont d'ailleurs très mordant dans un premier temps avec un festival de dialogue à double sens et d'allusions macabres.

La servante a pourtant comme seul but de rester proche de son maître dont elle est amoureuse et qu'elle va sauver du désastre à plusieurs reprise lorsque la suspicion se fera ressentir. Jean Simmons délivre une prestation brillante avec son personnage froid et déterminé, usant de tout les moyen pour ne pas être séparé de Granger mais qui s'avère touchant de naïveté et de soumission dans l'adoration qu'elle lui porte. Au contraire ce dernier semblant incarner l'insensibilité des classe aisée s'avère un redoutable manipulateur, impulsif et froid.

L'alchimie entre Granger et Simmons (mari et femme à l'époque) fait merveille dans cette relation aux multiples contradictions mêlée de lutte des classes. C'est aussi un remarquable thriller, tendu à souhait notamment la séquence justifiant le titre qui délivre un meurtre saisissant et brutal dans la brume londonienne.

Derrière chaque sourire où geste tendre se dissimule le calcul et les arrières pensées même si sa dualité Jean Simmons s'avère une nouvelle fois la plus émouvante comme le montre la conclusion redoutable et tragique à la fois. Un vrai plaisir pour les yeux aussi, avec des intérieurs splendide (notamment la demeure de Granger qui renforce le côté Cluedo du film) et une photo magnifique de Christopher Challis bien connu pour son travail sur certains des plus somptueux Powell/Pressburger.


Trouvable en dvd zone 2 anglais doté de sous titres anglais.

Extrait

vendredi 9 juillet 2010

César et Cléôpatre - Caesar and Cleopatra, Gabriel Pascal (1945)


Au premier siècle av. J.-C., Jules César, à la poursuite de son rival Pompée, débarque en Égypte à la tête d'une armée. Appelé à prendre parti dans les rivalités entre le souverain égyptien et sa jeune sœur, Cléopâtre, il finit par faire de celle-ci la reine d'Égypte.

Adapté de la pièce de théâtre de Bernard Shaw (par l'auteur lui même), cette production anglaise offre une relecture assez étonnante des personnages, se différenciant grandement des célèbres versions de Cecil B. de Mille et de Mankiewicz. Le récit couvre uniquement les premières années du règne de Cléopatre, la rencontre avec César et le conflit avec son frère Ptolémée. Alors que les versions les plus connues s'attardait sur l'aspect séducteur flamboyant de la reine d'Egypte, l'interprétation de Vivien Leigh surprend. Au début du film, elle n'a de reine que le titre, pour le reste c'est une adolescente ignorante et apeurée, dominée par sa tutrice rêvant de prendre le pouvoir. La rencontre avec César change tout quand il va décider de la prendre en main et lui faire assumer son statut de reine.

La relation entre les deux fait tout le sel du film. Claude Rains campe un des meilleurs César vu au cinéma, encore meilleur que Rex Harrison dans le Mankiewicz. Vieil homme rusé et fin psychologue, il fait preuve tout du long d'une finesse et d'une hauteur brillamment illustrées par quelques situations et dialogues savoureux, tel toutes les fois où il épargne (à la stupéfaction de ses généraux et Cléopâtre) plusieurs fois et à bon escient certains ennemis mortels ce qui s'avérera souvent payant. A l'opposé Vivien Leigh montre une Cléôpatre sautillante et délicieusement immature, César raillant plus d'une fois sa bêtise tandis qu'elle le titille constamment sur son grand âge.

Plus le récit avance plus, la future reine séductrice et impitoyable se dessine et malgré une certaine tension amoureuse César fera essentiellement office de mentor, souvent décontenancé par son élève.Entre le vieux sage et la nymphette insouciante, le film basculerait presque dans la screwball comedy lors de certains échanges entre les deux tel se moment où le palais est assiégé et que César passe plus de temps à réprimander Cléopatre qu'a manoeuvrer ses hommes, amusant. Ce traitement décalé s'applique aussi sur les autres personnages, tel Ptolémée qui devient ici un gamin de 12 ans manipulé par ses conseillers et ne souhaitant prendre le pouvoir que pour se venger des maltraitances de sa grande soeur.

Visuellement Gabriel Pascal livre un très bel objet. Partagé entre décors studios (pour l'essentiel) et extérieurs. Les décors sont somptueux, le technicolor si particulier des productions anglaise donne une tonalité bien différente des péplums hollywoodiens (pas encore revenus à la mode quand sort le film) et Pascal offre quelques vues et cadrages de toute beauté. Gros problème malheureusement, l'origine théâtrale du projet se fait cruellement sentir et le film est terriblement bavard, allant du passionnant au franchement irritant. Pas un vrai moment spectaculaire pour réhausser tout ça alors que les moyens sont pourtant là. Quelques amorce brillantes comme lorsque César et Cléopatre sautent dans le Nil depuis les rempart du palis pour échapper à l'assaut des hommes de Ptolémée mais une ellipse de 6 mois nous frustre de la bataille qui suit. Idem pour la conclusion lorsque les hommes de César font face à la population égyptienne et lors de la grande bataille finale, quelques vignettes brillantes entraperçues fondu enchaîné mais rien de bien probant. Vraiment dommage, du coup ça demeure une curiosité intéressante quand on aurait pu avoir un vrai bon film, pas désagréable loin de là tout de même.


Trouvable en dvd zone 2 dans une édition plutôt correcte, voir les captures chatoyantes !