Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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lundi 10 octobre 2022

Arsenic et Vieilles Dentelles - Arsenic and Old Lace, Frank Capra (1944)


 Mortimer Brewster vient annoncer à ses deux vieilles tantes Abby et Martha qu'il va se marier. Puis il découvre, caché dans un coffre, le cadavre d'un vieil homme. Ses deux tantes lui avouent alors qu'elles se sont fait une spécialité de supprimer les vieux Messieurs seuls au monde en vue de leur rendre service.

Arsenic et vieilles dentelles est un sommet de la comédie américaine qui constitue pour Frank Capra une pause plus légère après une série de films personnels, humanistes et engagés (L'Extravagant Mr. Deeds (1936), Horizons Perdus (1937), Monsieur Smith au Sénat (1939), L’Homme de la rue (1941)). On s’éloigne ici de cette prise avec le réel dans cette adaptation d’un succès scénique de Broadway. Arsenic and Old Lace est une pièce écrite par Joseph Kesselring et jouée à partir de 1941 pour un triomphe immédiat auprès du public. Une transposition cinématographique est très vite envisagée mais la pièce est encore un tel succès que les producteurs de la pièce font signer à la Warner un contrat stipulant que le film ne sortira pas tant que la pièce est encore jouée sur scène. Ainsi le film bien que tourné en 1941 voit sa sortie envisagée pour 1942 mais n’arrivera sur les écrans qu’en 1944. 

Si l’on ne retrouve pas la profondeur et les problématiques sociales des opus précédents de Capra, sa tendresse pour les petites gens transparaît grandement dans la manière de traiter la criminalité des protagonistes comme une folie douce. Dès la scène d’ouverture où Mortimer (Cary Grant), chantre médiatique du célibat, est démasqué lors de sa propre cérémonie de mariage, la nature schizophrène entre l’apparat et la vraie nature des Brewster se révèle. Si la persona filmique de Cary Grant appelle à ce grand écart loufoque dès cette entrée en matière, la surprise et l’effet comique est bien plus grand lorsqu’on découvre la tendance au meurtre « charitable » des deux tantes Abby (Josephine Hull) et Martha (Jean Adair). Leur présence douce et inoffensive, leur nature d’âmes chrétiennes charitables amènent une sidération et un décalage comique que Capra fait entièrement reposer sur les réactions outrées de Cary Grant. La dimension de comédie noire repose plus sur ce décalage que de vraies visions macabres, mais néanmoins le film gère brillamment ses ruptures de ton. La folie s’empare du récit par l’excentricité des personnages, et son acceptation par l’entourage. L’introduction de l’oncle Teddy (John Alexander) se prenant pour Roosevelt et dont la nature fantasque est assimilée par tous (les policiers l’appelant « président ») insère ainsi cette folie dans un panorama quotidien qui se substitue au réel.

Dès lors on comprend le choix de Frank Capra d’avoir en grande partie gardée un dispositif filmique se rapprochant du théâtre. Hormis quelques « extérieurs » dans la rue, presque tout le film se déroule la pièce principale de la maison des tantes, le plus souvent en plan d’ensemble « scénique » ponctué de quelques mouvements de caméra et rares incursions dans d’autres pièces. Ce décor presque unique reflète ainsi la normalité qu’affiche tous les protagonistes et les différentes mues de cet espace refléteront aussi leurs strates mentales. Cela passe par des éléments de décor tel ce coffre renferment un cadavre, les altérations inquiétantes qu’amènent la photo Sol Polito. Des ténèbres oppressantes servent à masquer une horreur trop explicite qui romprait l’entre deux (Raymond Massey et Peter Lorre faisant rentrer un cadavre), le halo lumineux de la cave où sont enterrés tous les corps amenant une dimension presque surnaturelle. Dès que le récit semble prendre une direction trop uniforme en termes de ton et d’ambiance, un élément inattendu et farfelu vient casser les attentes et contribuer à ce sentiment de schizophrénie.

D’ailleurs le seul protagoniste totalement négatif est celui dont la nature est uniforme avec le psychopathe Jonathan (Raymond Massey). Le seul élément excentrique et amenant un rebond comique avec lui est son visage défiguré évoquant Boris Karloff, explicitement cité de façon référentielle en clin d’œil à l’acteur qui créa le rôle au théâtre. Pour le reste Jonathan contribue à poser un climat plus menaçant, son lien fraternel avec Mortimer en faisant son envers monolithique tandis que l’élasticité de ce dernier lui fait endosser toutes excentricités qui l’entoure. Mortimer est à la fois l’éponge des extravagances familiales et un observateur distant (la révélation finale de ses origines faisant sens) qui n’en est pas une fatalité, une finalité, une malédiction en mouvement. Cary Grant est grandiose traversant le film d’un comique tour à tour physique et cartoonesque, de pure expressivité faciale (fabuleuse séquence où bâillonné il passe par toutes les émotions) et encore distance lasse et ironique quand il observe avec détachement une bagarre dantesque. 

Frank Capra nous offre là un éreintant et euphorisant ride splapstick où les fous rires sont légion, avec un Cary Grant tout autant garant de la normalité que véhicule d’une fantaisie que l’histoire célèbre plus qu’elle ne juge. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

dimanche 14 février 2021

Le Roi des imposteurs - The Great Impostor, Robert Mulligan (1961)

Ferdinand Waldo Demara est un escroc depuis l'enfance. Tromper son monde est un sport pour lui : il n'hésite pas à truquer ses papiers, s'inventer des connaissances et des diplômes. Il deviendra tour à tour moine, gardien de prison, chirurgien de la marine, trappiste. Tout cela, avant que la loi ne le rattrape...

Quatrième film de Robert Mulligan, Le Roi des imposteurs est en premier lieu un véhicule pour Tony Curtis à l’initiative du projet. Il voit un grand potentiel d’interprétation dans la véritable et incroyable histoire de Ferdinand Waldo Demara, virtuose de l’usurpation d’identité. Ferdinand Demara avait gagné en notoriété (et de fait perdu l’anonymat nécessaire à ses agissements) lorsque deux ans auparavant ses plus fameux stratagèmes avaient fait l’objet d’un article dans Life et du livre The Great Impostor de Robert Crichton qui donne son titre au film. Pour Robert Mulligan, le film est l’occasion de s’amuser en jonglant entre plusieurs tonalités qui reflètent d’ailleurs la suite de sa carrière versatile où il naviguera également entre les genres.

On a souvent comparé à postériori Le Roi des imposteurs au Attrape-moi si tu peux de Steven Spielberg (2002) lui aussi basé sur une histoire vraie, celle de Frank Abagnale. Il y a pourtant une différence fondamentale, le héros de Spielberg pratique l’arnaque afin (selon l’interprétation de d’un Spielberg y voyant des échos à sa propre histoire) d’échapper au contexte de la séparation de ses parents. Ces actions sont spécifiquement criminelles, frauduleuses et ne visent qu’à surmonter un maux intime. Ferdinand Waldo Demara est lui adepte de l’usurpation d’identité, les rôles qu’il endosse étant plus reluisant qu’un lui-même qu’il n’aime pas. Cependant ces mues ne visent pas le seul narcissisme de la prestigieuse identité volée, mais un vecteur, un costume de héros lui permettant d’affirmer sa bienveillance pour son prochain. Le premier mensonge de Demara est déjà au service des autres quand il achète (à crédit) des bonbons qui récompenseront ses camarades de classe craintifs lors d’une journée de vaccin scolaire.  Presqu’aussitôt la réalité le rattrape avec la découverte du déclassement social de son père et surtout la résignation au fait que cette situation ne changera pas. Toute son existence sera donc vouée à défier cette réalité, et à se prouver à lui-même et aux autres que rien n’est arrêté et défini. 

Aussi invraisemblables et surréalistes soient-elles, toutes les actions et métamorphoses du film relèvent de vrais exploits de Demara. Robert Mulligan y travaille cette notion de réel et d’imaginaire, d’aspirations et de réel qui se confondent pour le meilleur ou pour le pire chez ses personnages dans des films aussi différents que Les Pièges de Broadway (1960 et première collaboration avec Tony Curtis), Le Sillage de la violence (1963), Daisy Clover (1965) ou L’Autre (1972). Demara demeure un éternel enfant en se maintenant dans l’imaginaire par ses jeux de rôles, mais paradoxalement ses terrains de « jeu » sont ancrés dans un réel où il souhaite ouvrir l’horizon de ses interlocuteurs. L’intrigue dénonce les normes de cette réalité qui ont entravé le potentiel du vrai surdoué qu’était Demara, entravé par son absence de diplôme lors d’un examen d’officier qu’il a brillamment réussi et qui lance alors son destin de caméléon – pour l’anecdote la série télévisée du même nom est réellement inspirée de Fernando Waldo Demara et amplifie sa vraie verve de redresseur de tort. Le jeu de Tony Curtis donne ainsi dans le pur burlesque pour tirer ses mensonges dans un comique décalé où il n’est que l’image de ce qu’il emprunte, mais aussi un sérieux impliquant où il doit devenir une variation unique de ces identités/professions.

C’est là la grande originalité du film qui multiplie les situations et environnements, mais pas pour collectionner les duperies malveillantes et se moquer de la bêtise des victimes.  Le transformisme de Demara fait office de quête intime, spirituelle et humaniste au service des autres dans chaque fonction qu’il endosse. Cela peut être un épisode bref comme celui où il intégrera un monastère trappiste, mais aussi plus long et captivant lorsqu’il devient adjoint d’une prison cherchant à réinsérer les pensionnaires d’un quartier de haute sécurité. La défiance, l’incompatibilité à un monde où l’on ne se sent pas à sa place, tous ces sentiments que Demara ne connaît que trop bien, il saura les comprendre et les surmonter chez les détenus. Le film se déleste soudain de sa tonalité enlevée et la mise en scène de Mulligan plante la silhouette de Demara dans cet environnement normé et castrateur qu’il va s’appliquer à ouvrir. L’un des éléments les plus surprenants de la vraie histoire fut qu’une fois démasqué, quasiment aucune des victimes de Demara ne souhaita porter plainte contre lui. La raison est que ce dernier dans toutes ses mues ne chercha jamais à prendre une place qui n’était pas la sienne, mais à s’en créer une propre où il apporterai sa contribution à la communauté puisque chaque alias est une fonction nécessitant empathie et bienveillance : psychologue, médecin, professeur… 

Cette dévotion transcende les aptitudes de Demara et saluera du coup son plus grand fait d’armes qui est aussi celui qui causera sa perte. Engagé comme médecin sur un navire de guerre comédien, Demara va devoir opérer 19 soldats coréens recueillis à bord. Robert Mulligan souligne la prouesse à travers le génie de Demara dont la mémoire photographique lui permet de retenir la manière d’opérer dans un livre de médecine feuilleté quelques minutes auparavant. Mais ce qui intéresse le réalisateur c’est ce qui stimule cette action, à savoir cette fameuse empathie pour les autres avec une longue scène où il va découvrir les blessés, allant de l’un à l’autre et constatant la gravité de leur état. Tony Curtis est assez extraordinaire pour faire passer toute une gamme d’émotion où se devine moins la peur d’être démasqué que celle de ne pas être à la hauteur de ces gens qui ont besoin de lui. On se rend finalement compte que le comique constitue avant tout un aparté, une respiration dans le récit pour au contraire traiter avec le plus grand sérieux chaque nouvel espace investi par Demara. Il ne veut pas être lui-même, mais malgré cela le devient toujours par la visée de ses usurpation d’identité. Le Roi des imposteurs est une œuvre captivante et bien plus profonde que ce que son postulat ludique laisse supposer, tout en offrant une de ses plus belles prestations à Tony Curtis - qui donne en fait là une variation plus profonde de son personnage sympathique mais assez égoïste de Certains l'aiment chaud (1959). 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Elephant Films 

 

lundi 9 décembre 2013

Le 49e Parallèle - 49th Parallel, Michael Powell et Emeric Pressburger (1941)


1940. Un sous-marin allemand qui vient de torpiller un navire marchand anglais arrive dans les eaux territoriales canadiennes. Six de ses hommes, commandés par l'officier nazi Hirt, réussissent à mettre pied sur la côte, quand la Canadian Royal Air Force repère le submersible et le coule...

Le 49e parallèle est une œuvre typique de la politique cinématographique anglaise mise en place par Churchill au début des années 40 soi des productions soutenant l’effort de guerre mais en empruntant des voies plus subtiles pour exprimer cette propagande. Si Michael Powell et Emeric Pressburger ont su se montrer plus aventureux dans ce cahier des charges (Colonel Blimp qui détourne l’ode attendu à un officier britannique pour un résultat plus profond et d’ailleurs détesté par Churchill) Le 49e Parallèle assène son message avec une force peu commune tout laissant planer le spectre de l'invasion allemande en terre anglaise (abordé plus frontalement encore dans la production Ealing Went the day well (1942) saisissant film de guerre).  On suit donc ici l’odyssée meurtrière d’un commando de rescapé d’un sous-marin allemand à travers le Canada. Une des premières scènes du film les voyant malmener les survivants d’un navire coulé donne le ton, montrant cette froideur, détermination et soumission à l’idéologie nazie.

Le script d’Emeric Pressburger est une démonstration en plusieurs temps confrontant différentes couche de la population canadienne aux nazis. La communauté canadienne, la vie paisible et insouciante au sein de ce vrai pays d’accueil est bien sûr largement idéalisée pour la différencier de l’uniformité nazie et représenté tour à tour par un trappeur québécois jovial (Laurence Olivier), le patriarche d’une communauté agricole  (Anton Wallbrook), un épicurien insouciant (Leslie Howard) et enfin un soldat canadien en permission (Raymond Massey). Toute la bienveillance, l’entraide et la douceur de ces canadiens est méprisée et vue comme une affreuse faiblesse par le commando dominé par un Eric Portman monolithique et transpirant le fanatisme. 

Chaque rencontre place pourtant le groupe face à ses contradictions et la bêtise de l’idéologie nazie, cette folie empêchant notamment un Eric Portman tendu comme un arc de faire profil bas quand la situation l’exige ou de prendre la bonne décision. Les avis divergeant sont ainsi sanctionnés par de révoltant écarts de violence filmés de manière sèche et brutale par Powell tel le malheureux sort d’un Laurence Olivier si attachant en quelques scènes. 

La beauté soufflante des paysages canadiens, les traditions et rites locaux (on retrouve le côté explorateur et anthropologue typique de Powell vu dans The Edge of the Word (1937), Je sais où je vais ou A Canterbury Tale (1944)), tout cela est traversé sans un regard par la troupe rivée à son stérile objectif de domination. Des possibilités de rapprochements sont pourtant posées avec les moins fanatiques comme le personnage de Vogel (Niall MacGinnis) dans une scène rappelant l’échange sur la culture du bois entre un paysan anglais et un soldat anglais dans A Canterbury Tale. Dans une petite communauté rurale, Vogel va ainsi retrouver le plaisir de son premier métier de boulanger, prenant conscience de son égarement mais voyant cette rédemption à portée de main brisée par la violence de ses acolytes. 

Comme d’autres productions anglaises de cette période, le film une invitation à la prise de conscience et à l’engagement des nations encore extérieures à la Deuxième Guerre Mondiale. On le verra là avec l’insouciance des canadiens face au drame se déroulant en Europe, que ce soit le trappeur découvrant que la guerre s’est engagé sur le vieux continent, Leslie Howard menant la belle vie faite de pêche et d’études où le nazisme est une simple source de moquerie lointaine. Seul Anton Wallbrook émigrant allemand installé au Canada avec les siens se montrera conscient de la menace, apportant une cinglante réponse à Portman lorsqu’il souhaitera l’enrôler dans une des scènes les plus intenses du film.

Cet éveil canadien se fera progressivement, l’opposition étant bien plus coriace après les cruelles morts initiales. La confrontation finale avec Raymond Massey est ainsi un grand moment, la lâcheté du nazi comme le courage et l’entraide des peuples pour s’opposer à la tyrannie s’exprimant par un engagement symbolique des Etats-Unis pour renvoyer l’ennemi là où il saura être puni. Les hommes plutôt que les nations expriment leur volonté ici face au bloc uniforme nazi dans une dernière scène magistrale. Une belle réussite qui transcende la commande.

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Carlotta

Extrait

 

lundi 12 décembre 2011

Le Mouron Rouge - The Scarlet Pimpernel, Harold Young (1934)


En France, sous la Terreur, des membres de l'aristocratie sont sauvés de la guillotine par les coups de mains audacieux d'un individu qui se fait appeler le Mouron rouge. Agissant sous divers déguisements, il leur permet de trouver refuge sur le sol anglais. Exaspéré, Robespierre, confie à l'ambassadeur Chauvelin la tâche primordiale de le démasquer. Celui-ci fait pression sur madame Blakeney, une connaissance française, mariée à un intime du Prince de Galles, afin qu'elle obtienne les renseignements décisifs...

Après l'immense succès de La Vie Privée d'Henri VIII, Alexander Korda persévérait dans le filon du récit historique sautillant (ici plus orienté film d'aventures) avec The Scarlet Pimprenel. Le film est souvent considéré comme la meilleure adaptation du personnage de la Baronne Orczy, héros d'une pièce puis d'une série de neuf romans. C'est ici le premier de la série qui est adapté. Le personnage très populaire sera notamment une des sources d'inspiration de Johnston McCulley pour Zorro, le cadre de la Révolution Française laissant place à son équivalent mexicain et les deux héros ayant les même caractéristiques avec un alter ego falot et insignifiant empêchant tout soupçon.

Le Mouron Rouge aura connu quatre adaptations muettes (deux en 1917, en 1919 et en 1928) avant celle de Korda qui demeure la plus populaire. Pour surfer sur le succès de La Vie Privée d'Henri VIII le producteur tenta même d'imposer Charles Laughton dans le rôle mais après l'annonce le mécontentement (justifié) des lecteurs des romans fut tel qu'il opta finalement pour le plus approprié Leslie Howard tandis que du film de 1933 on retrouve néanmoins Merle Oberon qui a entretemps entamé une liaison avec Korda.

Le récit nous plonge en pleine France sous la Terreur où les aristocrates sont décimés à longueur de journées sous la guillotine. Hormis un dialogue au début soulignant qu'ils l'ont sans doute un peu cherché aussi, le film (et donc le roman) présente plutôt les nobles comme des victimes tandis que le peuple révolutionnaire passe pour une horde de barbares assoiffés de sang. Une des premières scènes est des plus parlantes avec des spectatrices bien installée devant l'échafaud (et en profitant pour tricoter !) et en transe à chaque fois que la funeste lame de la guillotine s'abat.

On prend donc un pur plaisir romanesque sans prêter attention à une quelconque véracité historique pour se laisser emporter quand entre en scène le Mouron Rouge pour sauver une famille de nobles promises à une mort certaine. Ce premier exploit donne le ton avec un héros jouant plus de sa tête que de ses muscles où on le découvre adepte du déguisement, des faux-semblants et des plans alambiqués, aidés d'une dizaine de fidèles complices.

On revient ensuite en Angleterre où les évènements se lient avec brio au destin du héros et permet d'explorer plus avant sa personnalité. Leslie Howard est absolument irrésistible dans son double jeu, meneur déterminé pour les intimes et dandy superficiel gouailleur hilarant aux yeux de tous les autres. Tous les autres dont sa propre épouse Marguerite (Merle Oberon magnifique) qui ne reconnaît plus celui qu'elle a épousé dans cet homme frivole et oisif. Les échanges entre eux sont passionnant avec un Leslie Howard subtil dissimulant une vraie mélancolie face à la détresse de son épouse qui s'éloigne de lui mais à qui il ne peut révéler la nature de ses activités. L'histoire sera donc aussi celle de leur réunion à travers les évènements qui vont se jouer.

A l'image de son héros, les rebondissements donnent essentiellement dans la manipulation et la dissimulation avec une pure intrigue d'espionnage. Raymond Massey ambassadeur de France (et en fait agent mandaté par Robespierre) se rend en Angleterre pour démasquer le Mouron Rouge en faisant du chantage à Merle Oberon dont il a emprisonné le frère en France. Ce nœud de complots est prenant de bout en bout et réserve son lot de grands moments (Howard qui nargue Massey dans la bibliothèque ou qui lui apprend à faire sa cravate, la conclusion) notamment cette splendide scène où Merle Oberon devine la double identité de son époux.

Production Korda oblige, la reconstitution est un régal de tous les instants pour les yeux entre les vues en hauteur du décor parisien, les somptueux intérieurs des demeures anglaises et les tenues flamboyantes de Merle Oberon. Tout juste pourra t on peut être reprocher un certain statisme dans la mise en scène de Harold Young, cela aurait pu être plus enlevé. La courte durée du film et des acteurs au sommet de leur art (Massey parfaitement sournois en méchant, Leslie Howard redisons le parfait et Merle Oberon qui porte toute la charge émotionnelle avec talent) font passer ses défauts et on passe un très bon moment. Le succès du film engendrera une suite trois ans plus tard avec James Mason et Sophie Stewart en remplacement de Leslie Howard et Merle Oberon. On en reparle bientôt...

They seek him here, they seek him there,
Those Frenchies seek him everywhere.
Is he in Heaven, is he in Hell,
That damn'd, elusive Pimpernel ?


Disponible dans une flopées d'éditions souvent médiocre donc choisir celle éditée en zone 2 anglais par DVD Network qui comprend le film et sa suite en plus doté de sous-titres anglais.

Extrait

vendredi 18 février 2011

Sabotage à Berlin - Desperate Journey, Raoul Walsh (1942)


Lors de la deuxième guerre mondiale, l'équipage d'un bombardier de la RAF est abattu au-dessus de l'Allemagne, les 5 rescapés s'organisent et se mettent à la recherche d'un avion pour rentrer en Angleterre, mais sur leur route ils multiplient les sabotages des installations ennemies qu'ils rencontrent...

Consacré figure de proue de l'héroïsme à la Warner autant dans le film d'aventures historiques que le westerns, Errol Flynn la deuxième guerre mondiale entamée allait transposer cette image dans les films de guerre patriotique en vogue une fois les Etats-Unis engagés dans le conflit. Desperate Journey est un des premiers qu'il tourne sous la houlette de celui qui su si bien le mettre en valeur l'année précédente dans La Charge Fantastique. On est d'ailleurs pas bien loin des grand films d'aventures d'antan avec un pitch excitant en diable où les rescapés de l'équipage d'un bombardier de la RAF abattu leur mission effectuée doivent traverser la moitié de l'Allemagne nazie pour regagner leur terres.

Tout est donc fait pour rendre l'ensemble le plus palpitant possible. Il y a pratiquement un rebondissement, une scène d'action où un coup de théâtre toutes les dix minutes sur un rythme échevelé ne laissant pas une minute de repos. C'est spectaculaire de bout en bout avec une Warner qui semble avoir déployé les grands moyens. La première partie aérienne est vraiment très impressionnante avec un palpitant duel d'avion et le bombardier anglais pilonné par les obus allemands le tout filmé avec maestria par Walsh épaulé par de remarquable effets spéciaux (transparences, maquettes impeccable). Les membres du commando sont caractérisé avec bonhomie et tendresse, leur complicité et amitié faisant bloc sous un même esprit courageux et héroïque (notamment un très amusant Alan Hale en soldat amateur de crachats de noix...). C'est donc à un divertissement de haute volée et sans temps mort auquel on assiste, fort plaisant.

Et finalement c'est un peu le problème du film. La formule à la Errol Flynn est transposée dans un cadre de guerre mais s'avère sans aspérité et prévisible (l'apparition d'un personnage féminin paraît presque dicté par cette nécessité), pas forcément à cause du contexte politique d'ailleurs puisqu'un Aventure en Birmanie bien plus ouvertement propagandiste s'avère autrement plus intéressant que Sabotage à Berlin. Hormis une péripétie finale surprenante à Munich le spectacle n'offre aucune surprise jusque dans ses morts que la caractérisation marquée permet d'anticiper tandis que les méchants allemands sont transparent (Raymond Massey d'habitude fabuleux dans ce registre fait une bien piètre opposition). La décontraction manifeste est vraiment plaisante par instants (les gags lorsque les héros sont fait prisonnier dans l'état major allemands) mais perd un peu l'attention lorsque le ton doit se faire plus dramatique le tout semblant très forcé comme la rencontre avec la résistance allemande.

Malgré les morceaux de bravoure époustouflant (dont une course poursuite en voiture finale assez extraordinaire) ça se suit finalement assez distraitement même si c'est réellement très bien fait. On pouvait peut être attendre un peu plus de Walsh que cet ancêtre de Quand les aigles attaquent, ce dernier allant tellement dans la surenchère et sans bons sentiments mécaniques qu'il est finalement plus plaisant à suivre que son modèle. Heureusement Flynn et Walsh feront bien mieux par la suite durant leur longue association.

Sorti en dvd zone 1 récemment dans le coffret "Errol Flynn Adventures" dont on va décrypter le contenu progressivement ces jours ci. Doté d'une vf, de sous titres français et comme c'est Warner c'est multizone et compatible partout.

Extrait