Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
L’argent. Le pouvoir. Les femmes. La drogue. Les tentations étaient là,
à portée de main, et les autorités n’avaient aucune prise. Aux yeux de
Jordan et de sa meute, la modestie était devenue complètement inutile.
Trop n’était jamais assez...
Une des scènes les plus mémorables des Affranchis (1990)
dépeignait du point de vue intoxiqué de son héros Henry Hill (Ray
Liotta) une journée typique de ce mafieux entre deal, vie de famille et
visite à sa maîtresse. Le montage syncopé et la mise en scène anarchique
de Scorsese illustrait à merveille le degré d’inconscience, d’impunité
et de dépravation de son héros tellement perché qu’il ne se rendait pas
compte que ses faits et gestes étaient enregistrés par la police le
surveillant. Le Loup de Wall Street est tout simplement une extension sur trois heures de cette séquence du film de 1990 avec cependant une grande différence.
Mean Streets (1973), Les Affranchis et Casino (1995) avaient démystifié la mafia de l’aura aristocratique que la saga du Parrain
avait pu lui conférer. Les malfrats y étaient des beaufs incultes,
machos et violents bien loin de la dimension shakespearienne de Don
Corléone. Sans négliger leurs tares bien réelles donc, Scorsese
entourait ces ordures d’une aura nostalgique et presque attachante
puisqu’ils étaient liés à son propre passé où, gamin de Little Italy, il
les observait de sa chambre rouler des mécaniques.
Dans Le Loup de Wall Street, ce type de filtre est totalement
absent. Comme le soulignera un dialogue, le héros carnassier Jordan
Belfort (Leonardo Di Caprio) n’a pas pour justifier ses dérapages
l’excuse d’un environnement ou d’une lignée propice à mal tourner. C’est
un monstre qui s’est fait tout seul et, si ce n’est une hilarante
introduction où Matthew McConaughey l’initie aux arcanes du métier,
Scorsese se soustrait à toute forme de narration classique pouvant nous
attacher à Belfort. Il est immédiatement cupide, dépravé et junkie,
qualité essentielles pour soutenir le train d’enfer qu’exige la réussite
à Wall Street. Seuls les impitoyables ne regardant jamais en arrière et
indifférents aux mal qu’ils font seront bénis des dieux de la finance.
Scorsese capture cela dans un éreintant maelstrom de cocaïne, orgies et
dérapages en tout genre où Belfort, en Méphisto des temps modernes,
écœure et fascine par sa désinvolture et son égoïsme. Plans séquences
virtuoses, nudité et scatologie en pagaille, Le Loup de Wall Street est un spectacle excessif osant un burlesque monstrueux et hilarant tel cette longue scène où un Di Caprio totalement stone rampe de longue minutes au sol jusqu’à sa voiture.
En adaptant le roman éponyme du vrai Jordan Belfort, Scorsese adopte le
point de vue si éloigné des réalités de ses requins sans conscience et
nous emmène dans un monde parallèle monstrueux où les filles sont aussi
belles que légères, où chaque décor déborde d’un clinquant nauséeux sur
la longueur.
Le réalisateur ne se laisse jamais déborder par cette
outrance et nous mitraille d’informations cruciales – la réussite
étonnante de Belfort se faisant par la vente de titres dépréciés et sans
valeur au quidam moyen plutôt que dans les hautes sphères – ou futiles,
comme cette revue de détail des différentes type de prostituées. Le
traitement pourrait presque faire penser à une transposition parfaite de
Bret Easton Ellis, mais Scorsese est pratiquement l’inventeur de ce
type de narration virevoltante dans ses films mafieux.
Avec un Leonardo Di Caprio en état de grâce, il trouve l’acteur idéal
pour incarner à lui seul l’excès et la folie d’un monde et d’une époque.
Monté sur ressort de la première à la dernière seconde, Di Caprio
délivre une performance de haute volée avec en sommet ce discours
furieux de ving minutes pour galvaniser ses troupes lors de la mise en
bourse de nouveaux titres. Après avoir passé les années 2000 à fuir sa
photogénie dans des rôles torturés et sombres, la star l’assume
aujourd’hui en dissimulant ses démons sous une prestance et un glamour
impeccable en cette année 2013 où Django Unchained, Gatsby le Magnifique et enfin ce Loup de Wall Street révèlent un bouillonnement malsain derrière le dandy playboy.
L’Oscar qu’il mérite depuis longtemps serait une juste récompense et
Scorsese l’entoure parfaitement d’une jeune garde comique US portée par
Jonah Hill - le réalisateur, dans ses dérapages vulgaires, s’appropriant
parfaitement le ton de cette nouvelle génération. Ce ton si particulier
évite le décalque avec Les Affranchis/Casino, même si
on ressent la filiation évidente, notamment lors du final. Scorsese
fait preuve d’une vitalité proprement stupéfiante après une si longue
carrière et l’on n’est pas près d’oublier cette odyssée chez les
nouveaux monstres.
Les nouvelles aventures de la brigade de 21 Jump Street, un groupe de
jeunes policiers pouvant aisément se faire passer pour des adolescents
et ainsi infiltrer les réseaux des trafiquants de drogue qui sévissent
dans les milieux universitaires californiens.
C’est un programme des années 80 qu’on réactive, en ce moment on ressuscite les vieilles merdes. C’est sur une réplique de ce type que le boss bourru incarné par Ice
Cube décrit à nos héros leur future mission alors qu’il s’apprête à les
enrôler : une manière de rappeler la parenté du film tout en la balayant
d’un revers de la main. Pour les plus jeunes, 21 Jump Street est
une série culte de la fin des années 80 dont l’argument plutôt original
consistait à infiltrer de jeunes policiers dans des lycées pour
démanteler certains réseaux criminels. On en retient surtout aujourd’hui
le fait qu’elle révéla Johnny Depp (qui fait une savoureuse et
inattendue apparition dans le film) mais elle marqua les adolescents de
l’époque par les thèmes plutôt sombres abordés (drogues, alcoolisme,
mal-être adolescent…).
Ayant forcément vieilli, la série souffre
aujourd’hui du même malentendu que Miami Vice ou Starsky et Hutch,
synonymes dans la mémoire des téléspectateurs du kitsch 80’s et 70’s,
quand bien même ces dernières était plus intéressantes que leur
esthétique marquée (surtout Miami Vice, chef d’œuvre télévisuel
et laboratoire de Michael Mann producteur pour ses films à venir). Le
traitement de cette transposition de 21 Jump Street se situe justement entre les approches des adaptations de Michael Mann et Todd Philips. Starsky et Hutch
n’avait gardé de son modèle que l’ambiance seventies et la complicité
de son duo pour un traitement très potache. Les fans hurlèrent mais le
film était réellement drôle et réussi. Miami Vice évacuait,
lui, tout le fatras visuel de la série pour une approche plus moderne
mais où le script mêlait différentes intrigues d’épisodes et en
respectait le ton sombre et désespéré.
21 Jump Street le film ne garde que le motif de la série (des
flics de retour au lycée) pour en faire une comédie policière sans
tomber dans la parodie. Les adaptations de série en roue libre ont pu
donner des résultats jouissifs (les survoltés Charlie’s Angels qui surclasse la série) comme catastrophique (Wild Wild West, de sinistre mémoire) ; il est donc inutile de faire un procès d’intention sur l’approche choisie. On a ici un pur teen movie dont le ton rappelle le méconnu College Attitude
(1999), où une Drew Barrymore adulte et journaliste retournait au lycée
pour un reportage et revivait une adolescence bien plus positive que
celle, difficile, qu’elle avait connue à l’époque. Il en va de même pour
Richard Jenko (Channing Tatum), sportif écervelé au lycée et Morton
Schmidt (Jonah Hill), ex souffre-douleur qui retournent sur les lieux de
leurs anciennes peines pour démanteler un réseau de dealer.
Le script a
l’idée brillante de les forcer à s’infiltrer dans des communautés
différentes de leurs vraies années lycée. L’ancien « intello » Jonah
Hill intègre ainsi les groupes les plus populaires tandis que l’ex «
cool » Channing Tatum rejoint les nerds scientifiques amateurs de chimie
pour une résolution progressive de leurs handicaps originels. Le
connaisseur de teen movie savourera la manière dont les forces
en présence du lycée se trouvent redistribuées, les exclus d’antan
(geek, hippie, gay…) sont désormais les modèles à suivre tandis que les
footballeurs et autres pom pom girls sont invisibles ou moqués. Les
anciens clichés si brillamment dessinés dans le classique Breakfast Club ou le plus récent et excellentLolita Malgré moin’ont plus cours, et la réflexion aurait même pu être poussée plus loin
en détaillant ces communautés (comme les hipsters) ou les nouveaux codes
de cette génération élevée à Facebook, Twitter et Youtube.
L’intrigue policière est bien menée mais secondaire : c’est donc bien
cette facette qui captive grâce au complémentaire duo. Jonah Hill (qui
jouait les vrais ados il n’y a pas si longtemps encore dans Supergrave)
est formidable de naturel dans le jeu émerveillé de cette seconde
chance, et Channing Tatum, faux gros bêta, dévoile une fragilité
étonnante. La série originelle ressurgit par quelques clins d’œil
(Channing Tatum porte le nom d’un attachant personnage secondaire de la
série, une télé diffuse la série lors du gunfight final et hormis Johnny
Depp, Holly Robinson fait un caméo en Judy Hoffs) mais n’est finalement
qu’un prétexte pour un formidable teen movie.
Une réussite qui
ne doit rien au hasard puisque le duo de réalisateurs Phil Lord et
Chris Miller est l’auteur d’un des films d’animations les plus fous vus
ces dernières années,Tempête de boulettes géantes, dont on retrouve de nombreux thèmes ici comme l’affirmation de soi et l’héroïsme avec le même humour ravageur.