Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Atteint d'une maladie
incurable, John Bernard Books (John Wayne), le dernier des professionnels
légendaires de la gâchette, rentre calmement à Carson City pour recevoir des
soins de son vieil ami le Dr Hostetler (James Stewart). Sachant que ses jours
sont comptés, il trouve confort et tranquillité dans une pension tenue par une
veuve (Lauren Bacall) et son fils (Ron Howard). Mais « Books » n'est pas
destiné à mourir en paix...
Le Dernier des géants
est le dernier rôle de John Wayne au cinéma et constitue un adieu émouvant de
la star à l’écran. En 1964 John Wayne est diagnostiqué d’un cancer du poumon
(souvent attribué au périlleux tournage de Le
Conquérant de Dick Powell (1956) près d’un ancien site d’essai nucléaire)
qui le verra apparaître de plus en plus vieillissant et diminué dans ses rôles
des années suivantes. Le Dernier des
géants n’était pas un scénario spécifiquement écrit pour lui mais va
totalement trouver un écho au destin de John Wayne. John Bernard Books est un
pistolero légendaire, le dernier de son espèce et un vestige du passé en ce
début de 20e siècle. Un cancer incurable vient ramener ce man out of time à sa vulnérabilité et l’expose
aux désirs de gloire des jeunes loups et des ennemis revanchards d’antan. John
Wayne désormais controversé pour ses opinions politiques douteuses (la
réalisation de Les Bérets verts (1968)
où il justifiait l’intervention américaine au Vietnam) et dépassé aux yeux du
public avec l’émergence du Nouvel Hollywood, était donc également à la croisée
des chemins.
Don Siegel en est parfaitement conscient dans son approche,
notamment par cette ouverture évoquant les hauts faits d Books pour le
spectateur du film, mais rappelant également l’aura légendaire de Wayne pour le
cinéphile. Cette première scène est narrée en voix off par le personnage de Ron
Howard, relai admiratif du spectateur et qui arrive à distinguer la légende
au-delà du vieil homme souffreteux. Le regard admiratif du jeune homme exprime
ainsi le fantasme d’un Ouest mythologique que Siegel met en lumière et
désamorce à la fois. Cela passe par une forme de nostalgie et tendresse
extra-diégétique quand Wayne croise le chemin d’autres vieilles gloires comme
James Stewart (son partenaire de L’homme
qui tua Liberty Valance (1961) notamment) mais aussi une autodérision
désabusée.
Le personnage pleutre de l’US Marshall (Harry Morgan) se permet,
après une première entrevue les jambes tremblantes, une désinvolture hilarante
pour évoquer la disparition imminente de Books. C’est une démonstration
verbale, avant celle de plus en plus concrètement physique, de la déchéance de
notre héros qui n’est plus qu’une icône déchue et déclinante à abattre. Books a
bien conscience de cela et va en accepter l’évidence inéluctable pour partir
comme il a toujours vécu, les armes à la main. Sa fin ne sera ni celle des
scribouillards opportuniste, ni celle d’antagonistes en quête de notoriété.
John Wayne a toujours su exprimer une forme de douceur
bourrue et maladroite à ses personnages les plus virils, et cette fois en
figure en fin de parcours il s’avère d’autant plus touchant. Cette conscience
le rend une nouvelle fois d’autant plus touchant pour le spectateur que les
protagonistes croisés telle la très attachante relation platonique avec Lauren
Bacall. Formellement Don Siegel trouve donc une forme d’équilibre entre cette
patine passéiste dans le ton et une forme rêche et sanglante plus associée au
western américain des 70’s. Les rares joutes armées sont douloureuses,
sanglantes et sans héroïsme.
Il s’agit là de clore la légende, notamment pour
freiner les ardeurs de Ron Howard qui ne doit embrasser le même chemin après
avoir vu ce qu’est le crépuscule d’une vie par les armes. Don Siegel souligne la
dignité plutôt que le panache ou la virtuosité de Books dans le duel final. C’est
un bel adieu qui n’a pas la vertu picaresque et distanciée d’un Mon nom est personne ou la pâleur
tragique d’un Tom Horn (1980) où
Steve McQueen faisait ses adieux à l’écran dans les même conditions. On est
plutôt là à la hauteur du mythe, vieillissant mais toujours fascinant d’un John
Wayne qui disparaitra 3 ans plus tard.
Sorti en bluray français chez Sidonis et visible en ce moment à la Cinémathèque dans le cadre de la rétrospective Don Siegel
Le fils d'un responsable du contre-espionnage britannique et un de
ses camarades ont été kidnappés par un couple de bandits. Pour leurs
libérations, les deux malfrats demandent que leur soit livré le stock de
diamants qui appartient au supérieur hiérarchique du major.
The Black Windmill
est un film d'espionnage efficace et dont l'ancrage anglais en fait la
singularité dans le contexte du Watergate. Plutôt qu'un cadre
paranoïaque et nébuleux attendu dans la lignée du versant américain du
genre comme A cause d'un assassinat (1974), le scénario (adapté du roman Seven Days to a Killing
de Clive Egleton), le film joue sur les failles bien humaines tisser
son drame. Lorsque le fils du Major Tarrant (Michael Caine) est
kidnappé, c'est tout l'équilibre ténu du MI6 qui est mis à mal. Pas de
mystère sur l'identité des kidnappeurs connue d'emblée, leurs exigences
et connaissances des procédés du MI6 laissant entendre que la menace est
avant tout intérieure.
Les services secrets nous apparaissent comme
éloignés des réalités (le directeur adepte des mondanités joués par
Joseph O'Conor) ou suspicieux au point d'en être déshumanisés
(remarquable Donald Pleasence). Dans ce contexte, Tarrant aborde les
évènements avec un sang-froid stupéfiant qui semble dans la lignée de ces
attitudes détachées (où il est d'ailleurs sous-entendus qu'elles ont mis
à mal son mariage) mais peu à peu Don Siegel individualise Michael
Caine en tant q'homme d'action, en professionnel et père plus
impliqué. Et même si cela reste un non-dit on ressent ce côté lads en opposition de la hiérarchie embourgeoisée qui court souvent dans les rôles anglais de Caine.
Cela joue donc sur le ton du film, dénué d'envolées
dramatiques appuyées et dont chaque scène vise à scruter cet environnement
froid et manipulateur. Cela commence par le duo de méchants
remarquablement incarné par John Vernon et Delphine Seyrig. Chacune de
leurs actions s'avèrent précise et sans passion (ce qui permet de vite
évacuer quelconque motivation politique), parfait reflet de leur
antagoniste du MI6 et seul le personnage de Michael Caine (et dans un
registre plus inactif son épouse jouée par Janet Suzman) amène
progressivement de la tension au récit. La mise en scène de Don Siegel joue
ainsi de cette alternance de relâchement et d'intensité, les moments de
suspense n'en étant que plus efficace (et porté par un score groovy de Roy Budd). On pense à la poursuite dans le
métro et surtout tout le passage parisien entre accélération surprenante
(l'évasion routière nocturne filmée au cordeau) et vraie partie d'échec
stratégique.
Siegel filme l'ensemble avec la nervosité qu'on lui
connaît et seules quelques petites facilités du script pourront faire
tiquer, notamment le retour un peu trop simple de Caine en Angleterre.
Cette approche sied à merveille au film, le côté british apportant un
vernis trompeur (maison aristocratique, cottage et pause thé en toute
circonstance) tout en se montrant plus quelconque dans son environnement
et ces enjeux (le pourquoi du comment sera très trivial), loin du
vertige d'un Ipcress, danger immédiat (1965) par exemple. Le
final aussi féroce (un sacré morceau entre John Vernon et Michael Caine
dans un moulin exigu) qu'expéditif se montre ainsi à l'image de ce
suspense bien mené, sans être non plus un sommet de Siegel.
Frankie, le leader du gang de jeunes délinquants, les Hornets est
sur le point de commettre un meurtre. Ben Wagner, travailleur social
tente de le dissuader et de le remettre dans le droit chemin.
Durant
les années 50 les Etats-Unis se découvrent une nouvelle menace venue de
l'intérieur avec la montée de la délinquance, illustrée parmi les
première fois au cinéma avec le fameux L'équipée sauvage (1953) de László Benedek. Le film crée donc une forme de sous-genre dans lequel s'engouffrent Graine de violence (1955) de Richard Brooks et La Fureur de vivre (1955) qui traitant aussi du mal-être adolescent à travers cette vision de la délinquance. Crimes in the streets
est à l'origine un téléfilm de Sidney Lumet sur un scénario de Reginald
Rose. Don Siegel s'attelle donc à la version cinématographique à
laquelle il doit donner une ampleur plus grande que le téléfilm d'une
heure.
L'un des écueils de ces films des années 50 traitant de la
délinquance était la nature certes choquante pour l'époque mais risible
pour un spectateur contemporain des méfaits de ces petites frappes.
Avec un Don Siegel maître pour instaurer la menace urbaine le problème
ne se pose pas, et la violence ambiante se pose dès la mémorable scène
d'ouverture voyant l'affrontement entre deux gangs. Planches cloutées,
cran d'arrêts et clés à molettes fendent la nuit de ce terrain vague par
leur fracas et dégâts dévastateurs pour une séquences dont la férocité
sanglante fit des difficultés au film avec la censure. La longue torture
d'un prisonnier de bande adverse achève de poser ce climat malsain. Dès
lors Siegel peut s'attarder sur les personnalités des délinquants,
entre l'intimidant Frankie (John Cassavetes qui jouait déjà dans le
téléfilm et encore casté en ado alors qu'il avait déjà 27 ans), le vrai
psychotique rigolard Lou (le futur réalisateur Mark Rydell) et le plus
tendre mais cherchant à se faire valoir "Baby" (Sal Mineo échappé de La Fureur de vivre).
Siegel restreint le cadre du récit à une ruelle et les enjeux
dramatiques au meurtre que planifient Frankie et ses acolytes envers un
voisin qui a "mouchardé" un complice à la police. L'éducateur Ben Wagner
(James Whitmore percevant la menace va tenter de les résonner.
Don
Siegel par ce minimalisme en contrepoint à cette ouverture brutale pose
ainsi un climat tendu où se révèlent la rage contenue et le mal-être
des personnages. Tous choisissent la mauvaise voie pour s'affirmer et
guérir leur maux, que ce soit Frankie ne supportant pas la misère qui
l'entoure et Baby influençable par cette volonté de paraître un "homme"
(on pourrait y voir une allusion sous-jacente à la sexualité de Sal
Mineo mais finalement c'est plutôt le personnage de Mark Rydell
étrangement accroché à Cassavetes qui l'évoque). Les maux familiaux
offrent des séquences très touchantes, tant dans la violence
psychologique (Frankie ignorant sa mère et terrorisant son jeune frère)
que l'incompréhension (Baby rejetant la tendresse protectrice de son
père) et il faut toute la ténacité de Ben Wagner pour faire vaciller
leur volonté criminelle.
C'est passionnant tant par la justesse et
l'intensité des situations que par l'interprétation remarquable. John
Cassavetes tendu à bloc parvient à distiller subtilement une certaine
fébrilité et James Whitmore est un véritable roc dont le charisme
tranquille ne se laisse pas dépasser par ces jeunes chiens fou. La
fulgurante conclusion fait preuve d'une belle émotion où l'heure sera
venue d'assumer les conséquences de ses actes.
Une bande de trafiquants d'héroïne a trouvé un moyen astucieux de
faire passer la drogue. Ils la cachent dans des objets achetés par les
touristes. Lorsque ces derniers reviennent à San Francisco, ils sont
pris en filature par plusieurs complices des passeurs pour récupérer le
précieux chargement. Deux de ces hommes, Dancer, un psychopathe
extraverti, et Julian, un homme froid et calculateur, doivent reprendre
la poudre à trois personnes qui viennent de débarquer, mais la police a
découvert la manœuvre...
The Lineup est une œuvre qui pose les jalons de grandes réussites à venir pour Don Siegel, que ce soit le récit accompagnant deux tueurs (Les Tueurs (1964)), l'exploitation magistrale de l'urbanité de la ville de San Francisco (L'Inspecteur Harry (1971)) et l'exploration de la personnalité imprévisible d'un psychopathe (Inspecteur Harry encore). On aurait cependant tort de voir dans The Lineup
un brouillon de ces œuvres plus connues puisqu'il s'impose comme une
réussite tout aussi magistrale et un vrai classique du polar. Le film
adapte la série tv éponyme à succès dont Don Siegel réalisa l'épisode
pilote.
Au départ le réalisateur souhaitait axer son récit sur le duo de
tueurs mais contraint par son producteur il devra tout d'abord suivre la police afin d'assurer une présence conséquente aux très
populaires héros de la série. Loin d'en faire une corvée, Siegel manie
avec brio narration alerte et sécheresse narrative. L'ouverture
percutante distille le mystère et l'adrénaline avec ce vol de bagage et
fuite de taxi à l'issue mortelle, Siegel nous mettant sous tension
d'emblée face à une violence et un danger incertain. L'enquête policière
tant dans la révélation limpide des informations que des dialogues sans
fioritures maintient l'intérêt avec la bascule qu'amène l'introduction
des tueurs.
Le leitmotiv est très original avec cette "tournée"
des malfrats récoltant de la drogue auprès de passeurs plus ou moins
involontaires. Là encore le minimalisme narratif parvient à faire
ressentir le côté froid et tentaculaire de l'Organisation tandis que
paradoxalement le duo constitué d’Eli Wallach et Robert Keith en donne
un visage plus humain. Eli Wallach est comme une bête difficilement
apprivoisée et éduquée (l'étonnante initiation au subjonctif qui
introduit les deux personnages) par Robert Keith qui le guide et le
laisse déployer sa violence quand la mission l'impose.
Chaque récolte
permet d'exploiter une situation nouvelle et de donner une facette
différente de la folie latente d'Eli Wallach. Quel que soit le masque
qu'il emprunte, le regard dément et la gestuelle nerveuse ne restent que
brièvement contenus pour laisser à la moindre anicroche sa brutalité
s'exprimer avec délectation. Siegel se montre particulièrement ingénieux
et virtuose pour mettre en valeur la tournée, le sang venant troubler
la vapeur immaculée d'un hammam d'un coup de silencieux, toute cette
maison bourgeoise dont le domestique asiatique est brutalement abattu.
La complémentarité entre le bras armé de Wallach et l'intellect ironique
de Robert Keith (qui fait collection des derniers mots des cibles dans
un carnet) est parfaite jusqu'à ce que la machine se grippe et s'oppose à
l'opacité de l'Organisation. Le visage presque trop humain et séducteur
dont doit user Wallach pour séduire une mère de famille n'a d'égal que
son explosion de colère lorsque la marchandise s'avérera perdue. Ainsi
déréglé dans leur équilibre fragile, le duo se perd dans une violence
désormais incontrôlable où se dévoile tout la monstruosité de ce monde
criminel où même le mentor dévoile sa démence avec cette mémorable
tirade machiste sur l'émotivité des femmes les rendant inutile. Une
autre réplique mémorable vantera "l'honnêteté" nécessaire dans le crime :
When you live outside the law, you have to eliminate dishonesty.
Visuellement
la mise en scène de Don Siegel use de manière impressionnante des
possibilités de San Francisco. Une rencontre sur les docks, le hammam,
l'aquarium où l'incroyable décor de la patinoire, chaque environnement
sert une émotion différente servie par une même tension tout au long du
récit. Le duo tueurs semble maîtriser et se fondre idéalement dans cette
urbanité jusqu'à ce qu'une rencontre fatale à la patinoire fasse leur
perte, le Boss signifiant même explicitement par le dialogue que la
ville est désormais un piège dont ils ne réchapperont pas. Cette
inversion se signale lors de la mémorable course-poursuite où autrefois
maître du temps et de leur agenda meurtrier, les tueurs sont dépassés
jusqu'à cette scène emblématique où une autoroute en construction
inachevée stoppe leur fuite. Eli Wallach semble comme happé par la ville
dans la façon dont Siegel filme sa chute. Une conclusion à la hauteur
de ce fabuleux polar.
Poursuivi par le capitaine Blake
(William Bendix), le lieutenant Duke Halliday (Robert Mitchum) débarque à
Vera Cruz. Ce dernier, accusé d'avoir volé de l'argent à l'armée, doit
prouver son innocence au plus vite. La charmante Jane (Jane Greer) lui
vient en aide.
The Big Steal
est seulement le troisième film d'un Don Siegel débutant mais qui
trousse une série B trépidante reflétant bien la décontraction dans
laquelle elle a été conçue. Le film sert en effet de justificatif pour
faire sortir plus vite de prison un Robert Mitchum en bisbille avec la
justice pour possession de marijuana. La RKO lance donc la production
dans l'urgence au Mexique, Siegel démarrant le tournage sans sa star et
contraint de filmer d'abord toutes les fins de scènes avec William
Bendix jusqu'à l'arrivée de Mitchum qui débarquera fin saoul au Mexique.
Le film navigue ainsi constamment entre l'efficacité et la
nervosité typique des séries B RKO (le tout dure à peine plus d'une
heure sans le moindre temps mort) et une nonchalance des plus agréables
qui confère une forme de respiration à l'ensemble ce qui est assez
paradoxal dans une histoire reposant sur les courses poursuites. Siegel
parvient à cet équilibre en caractérisant toujours ses personnages dans
l'action, la mise en scène nerveuse du réalisateur contrebalançant
toujours avec l'attitude détachée de ceux-ci (voir le badinage entre
Mitchum et Jane Greer en pleine poursuite en voiture échevelée) et donc
d'une folle modernité.
Le scénario fantaisiste nous rend donc cette
bonne humeur contagieuse avec ses bons mots, son Mexique pittoresque et
rural, ses autochtones truculents (le chef de police, les deux paysans
forts avenant après avoir quand même tenté de détrousser Robert Mitchum)
qui viennent nous distraire entre deux bagarres.
Dans ce
registre Robert Mitchum est bien sûr parfait, imposant une présence
virile et blasée qui se complète bien avec la raideur distinguée d'une
Jane Greer qu'on prend plaisir à voir se dérider au cours de l'aventure.
C'est cette même tonalité qui distingue les deux méchants avec un
Patric Knowles séducteur et menaçant tandis que William Bendix fait plus
office de bouffon à ridiculiser. Bien emballé et léger, un modèle du
genre.
Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO
Dans les Ardennes, en 1944, des soldats américains se heurtent à la résistance d'un blockhaus allemand.
Don
Siegel réalise un saisissant film de guerre, au croisement des œuvres
désespérées des années 50 et d'une modernité apportée celle des années
60. Durant les années 50 en traitant directement où en s'inspirant du
contexte de la Guerre de Corée des films comme La Gloire et la peur de Lewis Milestone ou Attack
de Robert Aldrich oubliaient le patriotisme de rigueur pour se pencher
sur l'humanité et les tourments intérieurs de ces soldats envoyés au
front pour une cause floue, chair à canon de politiques insouciant de
leur sort ou d'officiers ambitieux. Le script de Robert Pirosh reprend
cette idée en présentant longuement dans son introduction les différents
membres d'une section démobilisés dans leur tête car pensant bientôt
rentrer au pays. Il n'en sera rien puisqu'on leur attribue une mission
périlleuse où une poignée d'entre eux devront maintenir la garde face à
un bunker allemand bien plus fourni en armes et en hommes en attendant
des renforts.
L'ambiguïté naît de l'apparition d'un nouveau
membre dans l'escadron, Reese (Steve McQueen). Lui est tout l'inverse de
ses camarades, taciturne, éteint et autodestructeur hors de la zone de
combat, il est dans son élément et tous les sens en alerte dès que les
balles sifflent la guerre étant son terrain de jeu. Steve McQueen est
d'un magnétisme glaçant en machine à tuer glaciale, c'est vraiment un
fauve en liberté profitant de la guerre pour assouvir ses pulsions
violent (cette scène où il trucide longuement un ennemi avec son
poignard de boucher...). Siegel l'isole constamment par rapport à ses
camarades, par le montage, le cadrage où sa différence est marquée par
rapport aux autres (le plan d'ensemble dans l'église où chacun prépare
ses bagages quand lui fignole son arme) ou encore lorsque la caméra suis
le visage anxieux des autres soldats assis dans le camion avant de
s'arrêter sur le sien impassible.
Le film annonce ainsi le message
contenu dans un film comme Les Douze Salopards d'Aldrich où la guerre est l'affaire de types peu recommandables mais nécessaires (en plus léger on peut penser au Eastwood de Quand les aigles attaquent
qui prend un malin plaisir à décimer des hordes de nazi à la
mitraillette l'air détaché) pour le sale boulot. Tout le film semble
alors le mettre en valeur, justifier ses écarts de brutalité et son
insubordination jusqu'à un rebondissement final étonnant qui
l'humanise et le montre rongé par le remord après la mort d'un compagnon
suite à une de ses initiatives. Le final joue ainsi d'un habile entre
deux en le sacrifiant et en en faisant un héros dans le même temps.
Siegel explore toutes ces idées avec l'efficacité qu'on lui connaît, la tension
est à son comble avec un rien : ennemi quasi invisible (le Baïonnette au canon de Fuller n'est pas loin dans l'esprit), terrain d'affrontement
ouvert et mortel et certaines séquences haletante tel cette traversée
d'un champ de mine suffocante. Grand film de guerre !
Charley Warrick cambriole une banque avec sa femme et un acolyte. Mais il comprend vite que la somme énorme qu'il a dérobé appartient a la mafia qui lance un tueur a ses trousses.
Don Siegel avait amorcé avec Les Tueurs la mutation du film noir vers le polar urbain et hard-boiled, réalisé un classique absolu du genre avec L'Inspecteur Harry et ce Charley Varrick s'affirme comme sa quintessence absolue et jubilatoire. Moins célébré et connu que Dirty Harry dans la filmographie du réalisateur, Charley Varrick en constitue en quelque sorte le film jumeau par les nombreuses similitudes qu'on trouve entre les deux films où la manière dont les différences s'inscrivent dans un parallèle forcément pensé.
A l'opposé de l'enfer urbain et tentaculaire de San Francisco, Charley Varrick s'ouvre une des images rurales ensoleillée et idylliques bientôt interrompue par la frénésie de violence et d'action d'un hold-up. Problème pour le héros incarné par Walter Mathau, le montant du butin s'avère bien plus élevé que prévu, et pour cause, la banque sert clandestinement de transit à l'argent de la mafia. Siegel rythme alors son intrigue policière avec un sens du rythme et une limpidité narrative exemplaire (où se ressent sa formation à la série allant droit au but) entre Charley Varrick tentant par tout les moyens de s'extraire de ce mauvais pas tandis que l'étau se resserre autour de lui, entre la police et la mafia à ses trousses. Tout comme Inspecteur Harry, le film se fait le portrait d'un homme seul face à son environnement hostile et usant de méthode toute personnelle pour y échapper.
La bonhomie naturelle de Walter Matthau devant la caméra de Siegel dissimule finalement le calcul et la malice d'un personnage condamné à perdre son identité et humanité pour s'en sortir. La transformation se fait en deux temps, tout d'abord la fameuse scène d'ouverture où son épouse meurt de ses blessures le contraignant à l'abandonner puis lorsqu'il se rend compte que son acolyte (jeune chien fou joué par Andy Robinson, l'inoubliable Scorpio de Dirty Harry) est incontrôlable et qu'il devra procéder sans lui. Les rouages de son plan se mette en marche, mais ça on ne s'en rendra compte que bien plus tard tant Warrick semble faussement dépassé et tant ses adversaires paraissent redoutables. Cette finesse en creux dans la manière de fouiller son personnage tout en s'inscrivant dans le pur film de genre est une des grandes qualités de Siegel qui n'a pa besoin d'appuyer outre mesure pour se faire comprendre.
Parmi eux Joe Don Baker compose un mémorable personnage de tueur. Look texan extravagant, sourire carnassier et manière de brute épaisse c'est paradoxalement le personnage le plus drôle du film même lors de ses pires excès de violence. Joe Don Baker lui confère une allure décontractée et menaçante à la fois ce qui le rend d'autant plus terrifiant. Il n'a guère à envier au duo de The Killers lorsqu'on le voit malmener sans vergogne un vieillard en fauteuil roulant. John Vernon compose une figure de banquier mafieux tout aussi étrange et renforçant l'aura paranoïaque du film par les ramifications qu'il implique et le fait qu'il soit lui même menacé par une entité criminelle nébuleuse qu'on ne connaîtra jamais complètement. En résulte une des scènes les plus étranges du film avec cette échanges en campagnes près d'un pré de vache où il s'imagine bien à leur place vu le sort qui l'attend.
L'autre point fort c'est la patine seventies bien sentie du film qui renforce encore le plaisir de visionnage. Le score cool et percutant de Lalo Schiffrin accompagne donc la vision de ses figures féminines en bikini ou en mini short, des situations dont la teneur sexuelle s'amène de la manière la plus naturelle et inattendue qui soit (hilarante séquence entre Joe Don Baker et la photographe qui cède avec le sourire avec avoir reçu une gifle retentissante, l'aventure entre Matthau et Miss Ford...). Le cadre rural permet aussi les rencontres et la traversées de lieux les plus extravagants qui soient tel cette maison close au milieu de nulle part, où l'ironie de Siegel (le paillasson en forme de dollar !) accompagne toujours avec justesse la tension voulue par l'intrigue puisque ces différents décors constituent tous des points d'ancrage de l'omniprésente et invisible mafia.
La mention last of the independant accompagnant le titre effectue définitivement le rapprochement entre un Harry Callahan et Charley Varrick. Tout les deux sont des insoumis face au système (juridique pour Harry, criminel pour Varrick) qui entravent leur avancée et à la force d'action d'Harry, Varrick use lui d'une intelligence redoutable pour perdre tout le monde. La conclusion implacable montre le pallier franchi par Varrick (précédé par une séquence d'action parfaite de sécheresse filmée par Siegel avec une poursuite voiture/avion) dans un vrai/faux happy end (à nouveau similaire à Dirty Harry) où notre héros sa tâche remplie s'éloigne au loin en voiture. Sous la classe indéniable de surface d'un Walter Matthau génial et imperturbable, c'est bien la mélancolie d'un renoncement à son identité qui domine finalement en clou de ce très grand polar.
Sorti en dvd zone 2 français chez Bac Vidéeo. Analyse passionnante en bonus du regretté Alain Corneau...
Charlie et Lee, tous deux tueurs à gages, recherchent et tuent Johnny North, caché dans un institut pour non-voyants. Surpris par l'attitude de leur victime qui n'a pas tenté de fuir ni de leur résister, les deux tueurs cherchent à en savoir davantage.
A bout portant est une fausse nouvelle adaptation du texte de Ernest Heminghway, mais un surtout un vrai remake du classique du film noir réalisé en 1944 par Robert Siodmak Les Tueurs. Le film de Siegel reprend le parti pris de l'original, c'est à dire reprendre fidèlement la courte trame de la nouvelle lors de la scène d'ouverture, puis d'inventer une trame dramatique en flashback sous forme d'enquête.
Les divers changements narratifs et visuels apporté par Siegel et le scénariste Gene L. Coon se font les symboles de la mutation du genre policier prêt à basculer du film noir au polar urbain (genre dans lequel Siegel va passer maître avec notamment Dirty Harry). Tout l'attirail esthétique typique du film noir disparait ainsi au profit d'une approche plus moderne, réaliste et percutante. Les éclairages brumeux influencé par l'expressionnisme allemands, échos de l'aspect tortueux de l'intrigue et de la psychologie trouble des protagonistes s'évaporent dès la mémorable séquence d'ouverture se déroulant en plein jour au contraire de l'original. Les fades agents d'assurances qu'on suivait chez Siodmak sont remplacés par le point de vu des tueurs eux même, brutaux et vénaux. Magistralement incarné par Lee Marvin et Clu Gulager, il exacerbent la violence par des violents de brutalités inouïe pour l'époque, chacun des témoins rencontré au cours de l'enquête étant sévèrement malmené par les deux hommes (une femme aveugles molestée, Angie Dickinson qui manque de passer par la fenêtre).
L'aspect sexuel tout en sous entendus des films noir prend également une tonalité plus directe ici. Ava Gardner était l'archétype de la femme fatale, garce et manipulatrice. Angie Dickinson qui reprend le rôle lui donne un tour plus ambigu. Réellement attirée et excitée par le malheureux John Cassavetes elle ne semble s'enticher de lui que lorsqu'il se montre dominant et masculin au volant de son bolide (dont un mon explicite où elle presse sa main sur sa cuisse pour qu'il accélère) la course automobile ayant une dimension plus sexuée que la boxe (symbole du poids de la destinée dans les classique des 40's) du premier film. L'étrange promiscuité entre les deux tueurs, l'aspect mentor fatigué/jeune chien fou pourrait aussi prêter à interprétation mais Siegel n'appuie pas plus là dessus. Dans l'ensemble, tout les personnages représentent donc des archétypes du film noir dont la perversion et le sadisme sont poussé dans leur dernier retranchements. Du coup on a guère d'empathie et d'attachement pour eux dans l'ensemble (bien que très bon Cassavetes ne suscite pas la pité d'un Burt Lancaster chez Siodmak) mais une vraie dynamique hypnotique se forme pour un récit prenant de bout en bout.
Le côté métaphysique de la nouvelle d'Heminghway qu'on retrouvait chez Siodmak est également bien présente ici. Sous l'appât du gain et la volonté de se ranger, le personnage de Lee Marvin est réellement fasciné et intrigué par l'attitude de sa victime qui s'est laissée abattre avec résignation. Qu'est ce qui a poussé cet homme à un renoncement tel qu'il ne se défend même plus pour sa vie ? C'est le puzzle qui va être reconstitué par les tueurs (le titre original prend plus de sens pour ce remake au final). Siegel y développe divers éléments qui feront école dans les films policiers à venir. Comme déjà dit, une violence sèche qui fait mal (qui vaudra au film une sortie cinéma alors qu'il était destiné à la télévision), les décors désincarnés et esthétisant du film noir laissant la place à une jungle urbaine homogène et en couleurs ainsi qu'une réalisation percutante et novatrice (les cadrages obliques signalant l'arrivée imminente des deux tueurs au début). Grande réussite dont les mutations sur le genre allaient être prolongé par John Boorman 3 ans plus tard dans Le Point de Non Retour de nouveau avec Lee Marvin.
Un coffret zone 1 réunit les deux films, le Siodmak et le remake de Siegel. En zone 2 les films sont sortis dans de belles éditions chez Carlotta.