Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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dimanche 13 septembre 2020

Le Dernier des géants - The Shootist, Don Siegel (1976)


Atteint d'une maladie incurable, John Bernard Books (John Wayne), le dernier des professionnels légendaires de la gâchette, rentre calmement à Carson City pour recevoir des soins de son vieil ami le Dr Hostetler (James Stewart). Sachant que ses jours sont comptés, il trouve confort et tranquillité dans une pension tenue par une veuve (Lauren Bacall) et son fils (Ron Howard). Mais « Books » n'est pas destiné à mourir en paix...

 Le Dernier des géants est le dernier rôle de John Wayne au cinéma et constitue un adieu émouvant de la star à l’écran. En 1964 John Wayne est diagnostiqué d’un cancer du poumon (souvent attribué au périlleux tournage de Le Conquérant de Dick Powell (1956) près d’un ancien site d’essai nucléaire) qui le verra apparaître de plus en plus vieillissant et diminué dans ses rôles des années suivantes. Le Dernier des géants n’était pas un scénario spécifiquement écrit pour lui mais va totalement trouver un écho au destin de John Wayne. John Bernard Books est un pistolero légendaire, le dernier de son espèce et un vestige du passé en ce début de 20e siècle. Un cancer incurable vient ramener ce man out of time à sa vulnérabilité et l’expose aux désirs de gloire des jeunes loups et des ennemis revanchards d’antan. John Wayne désormais controversé pour ses opinions politiques douteuses (la réalisation de Les Bérets verts (1968) où il justifiait l’intervention américaine au Vietnam) et dépassé aux yeux du public avec l’émergence du Nouvel Hollywood, était donc également à la croisée des chemins.

Don Siegel en est parfaitement conscient dans son approche, notamment par cette ouverture évoquant les hauts faits d Books pour le spectateur du film, mais rappelant également l’aura légendaire de Wayne pour le cinéphile. Cette première scène est narrée en voix off par le personnage de Ron Howard, relai admiratif du spectateur et qui arrive à distinguer la légende au-delà du vieil homme souffreteux. Le regard admiratif du jeune homme exprime ainsi le fantasme d’un Ouest mythologique que Siegel met en lumière et désamorce à la fois. Cela passe par une forme de nostalgie et tendresse extra-diégétique quand Wayne croise le chemin d’autres vieilles gloires comme James Stewart (son partenaire de L’homme qui tua Liberty Valance (1961) notamment) mais aussi une autodérision désabusée.

Le personnage pleutre de l’US Marshall (Harry Morgan) se permet, après une première entrevue les jambes tremblantes, une désinvolture hilarante pour évoquer la disparition imminente de Books. C’est une démonstration verbale, avant celle de plus en plus concrètement physique, de la déchéance de notre héros qui n’est plus qu’une icône déchue et déclinante à abattre. Books a bien conscience de cela et va en accepter l’évidence inéluctable pour partir comme il a toujours vécu, les armes à la main. Sa fin ne sera ni celle des scribouillards opportuniste, ni celle d’antagonistes en quête de notoriété.

John Wayne a toujours su exprimer une forme de douceur bourrue et maladroite à ses personnages les plus virils, et cette fois en figure en fin de parcours il s’avère d’autant plus touchant. Cette conscience le rend une nouvelle fois d’autant plus touchant pour le spectateur que les protagonistes croisés telle la très attachante relation platonique avec Lauren Bacall. Formellement Don Siegel trouve donc une forme d’équilibre entre cette patine passéiste dans le ton et une forme rêche et sanglante plus associée au western américain des 70’s. Les rares joutes armées sont douloureuses, sanglantes et sans héroïsme.

Il s’agit là de clore la légende, notamment pour freiner les ardeurs de Ron Howard qui ne doit embrasser le même chemin après avoir vu ce qu’est le crépuscule d’une vie par les armes. Don Siegel souligne la dignité plutôt que le panache ou la virtuosité de Books dans le duel final. C’est un bel adieu qui n’a pas la vertu picaresque et distanciée d’un Mon nom est personne ou la pâleur tragique d’un Tom Horn (1980) où Steve McQueen faisait ses adieux à l’écran dans les même conditions. On est plutôt là à la hauteur du mythe, vieillissant mais toujours fascinant d’un John Wayne qui disparaitra 3 ans plus tard.

Sorti en bluray français chez Sidonis et visible en ce moment à la Cinémathèque dans le cadre de la rétrospective Don Siegel


jeudi 1 juin 2017

Contre une poignée de diamants - The Black Windmil, Don Siegel (1974)

Le fils d'un responsable du contre-espionnage britannique et un de ses camarades ont été kidnappés par un couple de bandits. Pour leurs libérations, les deux malfrats demandent que leur soit livré le stock de diamants qui appartient au supérieur hiérarchique du major.

The Black Windmill est un film d'espionnage efficace et dont l'ancrage anglais en fait la singularité dans le contexte du Watergate. Plutôt qu'un cadre paranoïaque et nébuleux attendu dans la lignée du versant américain du genre comme A cause d'un assassinat (1974), le scénario (adapté du roman Seven Days to a Killing de Clive Egleton), le film joue sur les failles bien humaines tisser son drame. Lorsque le fils du Major Tarrant (Michael Caine) est kidnappé, c'est tout l'équilibre ténu du MI6 qui est mis à mal. Pas de mystère sur l'identité des kidnappeurs connue d'emblée, leurs exigences et connaissances des procédés du MI6 laissant entendre que la menace est avant tout intérieure.

 Les services secrets nous apparaissent comme éloignés des réalités (le directeur adepte des mondanités joués par Joseph O'Conor) ou suspicieux au point d'en être déshumanisés (remarquable Donald Pleasence). Dans ce contexte, Tarrant aborde les évènements avec un sang-froid stupéfiant qui semble dans la lignée de ces attitudes détachées (où il est d'ailleurs sous-entendus qu'elles ont mis à mal son mariage) mais peu à peu Don Siegel individualise Michael Caine en tant q'homme d'action, en professionnel et père plus impliqué. Et même si cela reste un non-dit on ressent ce côté lads en opposition de la hiérarchie embourgeoisée qui court souvent dans les rôles anglais de Caine.

Cela joue donc sur le ton du film, dénué d'envolées dramatiques appuyées et dont chaque scène vise à scruter cet environnement froid et manipulateur. Cela commence par le duo de méchants remarquablement incarné par John Vernon et Delphine Seyrig. Chacune de leurs actions s'avèrent précise et sans passion (ce qui permet de vite évacuer quelconque motivation politique), parfait reflet de leur antagoniste du MI6 et seul le personnage de Michael Caine (et dans un registre plus inactif son épouse jouée par Janet Suzman) amène progressivement de la tension au récit. La mise en scène de Don Siegel joue ainsi de cette alternance de relâchement et d'intensité, les moments de suspense n'en étant que plus efficace (et porté par un score groovy de Roy Budd). On pense à la poursuite dans le métro et surtout tout le passage parisien entre accélération surprenante (l'évasion routière nocturne filmée au cordeau) et vraie partie d'échec stratégique.

Siegel filme l'ensemble avec la nervosité qu'on lui connaît et seules quelques petites facilités du script pourront faire tiquer, notamment le retour un peu trop simple de Caine en Angleterre. Cette approche sied à merveille au film, le côté british apportant un vernis trompeur (maison aristocratique, cottage et pause thé en toute circonstance) tout en se montrant plus quelconque dans son environnement et ces enjeux (le pourquoi du comment sera très trivial), loin du vertige d'un Ipcress, danger immédiat (1965) par exemple. Le final aussi féroce (un sacré morceau entre John Vernon et Michael Caine dans un moulin exigu) qu'expéditif se montre ainsi à l'image de ce suspense bien mené, sans être non plus un sommet de Siegel.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal

jeudi 5 janvier 2017

Face au crime - Crime in the streets, Don Siegel (1956)

Frankie, le leader du gang de jeunes délinquants, les Hornets est sur le point de commettre un meurtre. Ben Wagner, travailleur social tente de le dissuader et de le remettre dans le droit chemin.

Durant les années 50 les Etats-Unis se découvrent une nouvelle menace venue de l'intérieur avec la montée de la délinquance, illustrée parmi les première fois au cinéma avec le fameux L'équipée sauvage (1953) de László Benedek. Le film crée donc une forme de sous-genre dans lequel s'engouffrent Graine de violence (1955) de Richard Brooks et La Fureur de vivre (1955) qui traitant aussi du mal-être adolescent à travers cette vision de la délinquance. Crimes in the streets est à l'origine un téléfilm de Sidney Lumet sur un scénario de Reginald Rose. Don Siegel s'attelle donc à la version cinématographique à laquelle il doit donner une ampleur plus grande que le téléfilm d'une heure.

L'un des écueils de ces films des années 50 traitant de la délinquance était la nature certes choquante pour l'époque mais risible pour un spectateur contemporain des méfaits de ces petites frappes. Avec un Don Siegel maître pour instaurer la menace urbaine le problème ne se pose pas, et la violence ambiante se pose dès la mémorable scène d'ouverture voyant l'affrontement entre deux gangs. Planches cloutées, cran d'arrêts et clés à molettes fendent la nuit de ce terrain vague par leur fracas et dégâts dévastateurs pour une séquences dont la férocité sanglante fit des difficultés au film avec la censure. La longue torture d'un prisonnier de bande adverse achève de poser ce climat malsain. Dès lors Siegel peut s'attarder sur les personnalités des délinquants, entre l'intimidant Frankie (John Cassavetes qui jouait déjà dans le téléfilm et encore casté en ado alors qu'il avait déjà 27 ans), le vrai psychotique rigolard Lou (le futur réalisateur Mark Rydell) et le plus tendre mais cherchant à se faire valoir "Baby" (Sal Mineo échappé de La Fureur de vivre). Siegel restreint le cadre du récit à une ruelle et les enjeux dramatiques au meurtre que planifient Frankie et ses acolytes envers un voisin qui a "mouchardé" un complice à la police. L'éducateur Ben Wagner (James Whitmore percevant la menace va tenter de les résonner.

Don Siegel par ce minimalisme en contrepoint à cette ouverture brutale pose ainsi un climat tendu où se révèlent la rage contenue et le mal-être des personnages. Tous choisissent la mauvaise voie pour s'affirmer et guérir leur maux, que ce soit Frankie ne supportant pas la misère qui l'entoure et Baby influençable par cette volonté de paraître un "homme" (on pourrait y voir une allusion sous-jacente à la sexualité de Sal Mineo mais finalement c'est plutôt le personnage de Mark Rydell étrangement accroché à Cassavetes qui l'évoque). Les maux familiaux offrent des séquences très touchantes, tant dans la violence psychologique (Frankie ignorant sa mère et terrorisant son jeune frère) que l'incompréhension (Baby rejetant la tendresse protectrice de son père) et il faut toute la ténacité de Ben Wagner pour faire vaciller leur volonté criminelle.

C'est passionnant tant par la justesse et l'intensité des situations que par l'interprétation remarquable. John Cassavetes tendu à bloc parvient à distiller subtilement une certaine fébrilité et James Whitmore est un véritable roc dont le charisme tranquille ne se laisse pas dépasser par ces jeunes chiens fou. La fulgurante conclusion fait preuve d'une belle émotion où l'heure sera venue d'assumer les conséquences de ses actes.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

dimanche 11 décembre 2016

La Ronde du crime - The Lineup, Don Siegel (1958)

Une bande de trafiquants d'héroïne a trouvé un moyen astucieux de faire passer la drogue. Ils la cachent dans des objets achetés par les touristes. Lorsque ces derniers reviennent à San Francisco, ils sont pris en filature par plusieurs complices des passeurs pour récupérer le précieux chargement. Deux de ces hommes, Dancer, un psychopathe extraverti, et Julian, un homme froid et calculateur, doivent reprendre la poudre à trois personnes qui viennent de débarquer, mais la police a découvert la manœuvre...

The Lineup est une œuvre qui pose les jalons de grandes réussites à venir pour Don Siegel, que ce soit le récit accompagnant deux tueurs (Les Tueurs (1964)), l'exploitation magistrale de l'urbanité de la ville de San Francisco (L'Inspecteur Harry (1971)) et l'exploration de la personnalité imprévisible d'un psychopathe (Inspecteur Harry encore). On aurait cependant tort de voir dans The Lineup un brouillon de ces œuvres plus connues puisqu'il s'impose comme une réussite tout aussi magistrale et un vrai classique du polar. Le film adapte la série tv éponyme à succès dont Don Siegel réalisa l'épisode pilote.

Au départ le réalisateur souhaitait axer son récit sur le duo de tueurs mais contraint par son producteur il devra tout d'abord suivre la police afin d'assurer une présence conséquente aux très populaires héros de la série. Loin d'en faire une corvée, Siegel manie avec brio narration alerte et sécheresse narrative. L'ouverture percutante distille le mystère et l'adrénaline avec ce vol de bagage et fuite de taxi à l'issue mortelle, Siegel nous mettant sous tension d'emblée face à une violence et un danger incertain. L'enquête policière tant dans la révélation limpide des informations que des dialogues sans fioritures maintient l'intérêt avec la bascule qu'amène l'introduction des tueurs.

Le leitmotiv est très original avec cette "tournée" des malfrats récoltant de la drogue auprès de passeurs plus ou moins involontaires. Là encore le minimalisme narratif parvient à faire ressentir le côté froid et tentaculaire de l'Organisation tandis que paradoxalement le duo constitué d’Eli Wallach et Robert Keith en donne un visage plus humain. Eli Wallach est comme une bête difficilement apprivoisée et éduquée (l'étonnante initiation au subjonctif qui introduit les deux personnages) par Robert Keith qui le guide et le laisse déployer sa violence quand la mission l'impose.

Chaque récolte permet d'exploiter une situation nouvelle et de donner une facette différente de la folie latente d'Eli Wallach. Quel que soit le masque qu'il emprunte, le regard dément et la gestuelle nerveuse ne restent que brièvement contenus pour laisser à la moindre anicroche sa brutalité s'exprimer avec délectation. Siegel se montre particulièrement ingénieux et virtuose pour mettre en valeur la tournée, le sang venant troubler la vapeur immaculée d'un hammam d'un coup de silencieux, toute cette maison bourgeoise dont le domestique asiatique est brutalement abattu.

La complémentarité entre le bras armé de Wallach et l'intellect ironique de Robert Keith (qui fait collection des derniers mots des cibles dans un carnet) est parfaite jusqu'à ce que la machine se grippe et s'oppose à l'opacité de l'Organisation. Le visage presque trop humain et séducteur dont doit user Wallach pour séduire une mère de famille n'a d'égal que son explosion de colère lorsque la marchandise s'avérera perdue. Ainsi déréglé dans leur équilibre fragile, le duo se perd dans une violence désormais incontrôlable où se dévoile tout la monstruosité de ce monde criminel où même le mentor dévoile sa démence avec cette mémorable tirade machiste sur l'émotivité des femmes les rendant inutile. Une autre réplique mémorable vantera "l'honnêteté" nécessaire dans le crime : When you live outside the law, you have to eliminate dishonesty.

Visuellement la mise en scène de Don Siegel use de manière impressionnante des possibilités de San Francisco. Une rencontre sur les docks, le hammam, l'aquarium où l'incroyable décor de la patinoire, chaque environnement sert une émotion différente servie par une même tension tout au long du récit. Le duo tueurs semble maîtriser et se fondre idéalement dans cette urbanité jusqu'à ce qu'une rencontre fatale à la patinoire fasse leur perte, le Boss signifiant même explicitement par le dialogue que la ville est désormais un piège dont ils ne réchapperont pas. Cette inversion se signale lors de la mémorable course-poursuite où autrefois maître du temps et de leur agenda meurtrier, les tueurs sont dépassés jusqu'à cette scène emblématique où une autoroute en construction inachevée stoppe leur fuite. Eli Wallach semble comme happé par la ville dans la façon dont Siegel filme sa chute. Une conclusion à la hauteur de ce fabuleux polar.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis 

lundi 15 juillet 2013

Ça commence à Vera Cruz - The Big Steal, Don Siegel (1949)


Poursuivi par le capitaine Blake (William Bendix), le lieutenant Duke Halliday (Robert Mitchum) débarque à Vera Cruz. Ce dernier, accusé d'avoir volé de l'argent à l'armée, doit prouver son innocence au plus vite. La charmante Jane (Jane Greer) lui vient en aide.

The Big Steal est seulement le troisième film d'un Don Siegel débutant mais qui trousse une série B trépidante reflétant bien la décontraction dans laquelle elle a été conçue. Le film sert en effet de justificatif pour faire sortir plus vite de prison un Robert Mitchum en bisbille avec la justice pour possession de marijuana. La RKO lance donc la production dans l'urgence au Mexique, Siegel démarrant le tournage sans sa star et contraint de filmer d'abord toutes les fins de scènes avec William Bendix jusqu'à l'arrivée de Mitchum qui débarquera fin saoul au Mexique.

Le film navigue ainsi constamment entre l'efficacité et la nervosité typique des séries B RKO (le tout dure à peine plus d'une heure sans le moindre temps mort) et une nonchalance des plus agréables qui confère une forme de respiration à l'ensemble ce qui est assez paradoxal dans une histoire reposant sur les courses poursuites. Siegel parvient à cet équilibre en caractérisant toujours ses personnages dans l'action, la mise en scène nerveuse du réalisateur contrebalançant toujours avec l'attitude détachée de ceux-ci (voir le badinage entre Mitchum et Jane Greer en pleine poursuite en voiture échevelée) et donc d'une folle modernité.

Le scénario fantaisiste nous rend donc cette bonne humeur contagieuse avec ses bons mots, son Mexique pittoresque et rural, ses autochtones truculents (le chef de police, les deux paysans forts avenant après avoir quand même tenté de détrousser Robert Mitchum) qui viennent nous distraire entre deux bagarres.

Dans ce registre Robert Mitchum est bien sûr parfait, imposant une présence virile et blasée qui se complète bien avec la raideur distinguée d'une Jane Greer qu'on prend plaisir à voir se dérider au cours de l'aventure. C'est cette même tonalité qui distingue les deux méchants avec un Patric Knowles séducteur et menaçant tandis que William Bendix fait plus office de bouffon à ridiculiser. Bien emballé et léger, un modèle du genre.

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO

mardi 15 janvier 2013

L'Enfer est pour les héros - Hell is for Heroes, Don Siegel (1962)


Dans les Ardennes, en 1944, des soldats américains se heurtent à la résistance d'un blockhaus allemand.

Don Siegel réalise un saisissant film de guerre, au croisement des œuvres désespérées des années 50 et d'une modernité apportée celle des années 60. Durant les années 50 en traitant directement où en s'inspirant du contexte de la Guerre de Corée des films comme La Gloire et la peur de Lewis Milestone ou Attack de Robert Aldrich oubliaient le patriotisme de rigueur pour se pencher sur l'humanité et les tourments intérieurs de ces soldats envoyés au front pour une cause floue, chair à canon de politiques insouciant de leur sort ou d'officiers ambitieux. Le script de Robert Pirosh reprend cette idée en présentant longuement dans son introduction les différents membres d'une section démobilisés dans leur tête car pensant bientôt rentrer au pays. Il n'en sera rien puisqu'on leur attribue une mission périlleuse où une poignée d'entre eux devront maintenir la garde face à un bunker allemand bien plus fourni en armes et en hommes en attendant des renforts.

L'ambiguïté naît de l'apparition d'un nouveau membre dans l'escadron, Reese (Steve McQueen). Lui est tout l'inverse de ses camarades, taciturne, éteint et autodestructeur hors de la zone de combat, il est dans son élément et tous les sens en alerte dès que les balles sifflent la guerre étant son terrain de jeu. Steve McQueen est d'un magnétisme glaçant en machine à tuer glaciale, c'est vraiment un fauve en liberté profitant de la guerre pour assouvir ses pulsions violent (cette scène où il trucide longuement un ennemi avec son poignard de boucher...). Siegel l'isole constamment par rapport à ses camarades, par le montage, le cadrage où sa différence est marquée par rapport aux autres (le plan d'ensemble dans l'église où chacun prépare ses bagages quand lui fignole son arme) ou encore lorsque la caméra suis le visage anxieux des autres soldats assis dans le camion avant de s'arrêter sur le sien impassible.

Le film annonce ainsi le message contenu dans un film comme Les Douze Salopards d'Aldrich où la guerre est l'affaire de types peu recommandables mais nécessaires (en plus léger on peut penser au Eastwood de Quand les aigles attaquent qui prend un malin plaisir à décimer des hordes de nazi à la mitraillette l'air détaché) pour le sale boulot. Tout le film semble alors le mettre en valeur, justifier ses écarts de brutalité et son insubordination jusqu'à un rebondissement final étonnant qui l'humanise et le montre rongé par le remord après la mort d'un compagnon suite à une de ses initiatives. Le final joue ainsi d'un habile entre deux en le sacrifiant et en en faisant un héros dans le même temps.

Siegel explore toutes ces idées avec l'efficacité qu'on lui connaît, la tension est à son comble avec un rien : ennemi quasi invisible (le Baïonnette au canon de Fuller n'est pas loin dans l'esprit), terrain d'affrontement ouvert et mortel et certaines séquences haletante tel cette traversée d'un champ de mine suffocante. Grand film de guerre !

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

vendredi 13 mai 2011

Tuez Charley Varrick - Charley Varrick, Don Siegel (1973)


Charley Warrick cambriole une banque avec sa femme et un acolyte. Mais il comprend vite que la somme énorme qu'il a dérobé appartient a la mafia qui lance un tueur a ses trousses.

Don Siegel avait amorcé avec Les Tueurs la mutation du film noir vers le polar urbain et hard-boiled, réalisé un classique absolu du genre avec L'Inspecteur Harry et ce Charley Varrick s'affirme comme sa quintessence absolue et jubilatoire. Moins célébré et connu que Dirty Harry dans la filmographie du réalisateur, Charley Varrick en constitue en quelque sorte le film jumeau par les nombreuses similitudes qu'on trouve entre les deux films où la manière dont les différences s'inscrivent dans un parallèle forcément pensé.

A l'opposé de l'enfer urbain et tentaculaire de San Francisco, Charley Varrick s'ouvre une des images rurales ensoleillée et idylliques bientôt interrompue par la frénésie de violence et d'action d'un hold-up. Problème pour le héros incarné par Walter Mathau, le montant du butin s'avère bien plus élevé que prévu, et pour cause, la banque sert clandestinement de transit à l'argent de la mafia. Siegel rythme alors son intrigue policière avec un sens du rythme et une limpidité narrative exemplaire (où se ressent sa formation à la série allant droit au but) entre Charley Varrick tentant par tout les moyens de s'extraire de ce mauvais pas tandis que l'étau se resserre autour de lui, entre la police et la mafia à ses trousses. Tout comme Inspecteur Harry, le film se fait le portrait d'un homme seul face à son environnement hostile et usant de méthode toute personnelle pour y échapper.

La bonhomie naturelle de Walter Matthau devant la caméra de Siegel dissimule finalement le calcul et la malice d'un personnage condamné à perdre son identité et humanité pour s'en sortir. La transformation se fait en deux temps, tout d'abord la fameuse scène d'ouverture où son épouse meurt de ses blessures le contraignant à l'abandonner puis lorsqu'il se rend compte que son acolyte (jeune chien fou joué par Andy Robinson, l'inoubliable Scorpio de Dirty Harry) est incontrôlable et qu'il devra procéder sans lui. Les rouages de son plan se mette en marche, mais ça on ne s'en rendra compte que bien plus tard tant Warrick semble faussement dépassé et tant ses adversaires paraissent redoutables. Cette finesse en creux dans la manière de fouiller son personnage tout en s'inscrivant dans le pur film de genre est une des grandes qualités de Siegel qui n'a pa besoin d'appuyer outre mesure pour se faire comprendre.

Parmi eux Joe Don Baker compose un mémorable personnage de tueur. Look texan extravagant, sourire carnassier et manière de brute épaisse c'est paradoxalement le personnage le plus drôle du film même lors de ses pires excès de violence. Joe Don Baker lui confère une allure décontractée et menaçante à la fois ce qui le rend d'autant plus terrifiant. Il n'a guère à envier au duo de The Killers lorsqu'on le voit malmener sans vergogne un vieillard en fauteuil roulant. John Vernon compose une figure de banquier mafieux tout aussi étrange et renforçant l'aura paranoïaque du film par les ramifications qu'il implique et le fait qu'il soit lui même menacé par une entité criminelle nébuleuse qu'on ne connaîtra jamais complètement. En résulte une des scènes les plus étranges du film avec cette échanges en campagnes près d'un pré de vache où il s'imagine bien à leur place vu le sort qui l'attend.

L'autre point fort c'est la patine seventies bien sentie du film qui renforce encore le plaisir de visionnage. Le score cool et percutant de Lalo Schiffrin accompagne donc la vision de ses figures féminines en bikini ou en mini short, des situations dont la teneur sexuelle s'amène de la manière la plus naturelle et inattendue qui soit (hilarante séquence entre Joe Don Baker et la photographe qui cède avec le sourire avec avoir reçu une gifle retentissante, l'aventure entre Matthau et Miss Ford...). Le cadre rural permet aussi les rencontres et la traversées de lieux les plus extravagants qui soient tel cette maison close au milieu de nulle part, où l'ironie de Siegel (le paillasson en forme de dollar !) accompagne toujours avec justesse la tension voulue par l'intrigue puisque ces différents décors constituent tous des points d'ancrage de l'omniprésente et invisible mafia.

La mention last of the independant accompagnant le titre effectue définitivement le rapprochement entre un Harry Callahan et Charley Varrick. Tout les deux sont des insoumis face au système (juridique pour Harry, criminel pour Varrick) qui entravent leur avancée et à la force d'action d'Harry, Varrick use lui d'une intelligence redoutable pour perdre tout le monde. La conclusion implacable montre le pallier franchi par Varrick (précédé par une séquence d'action parfaite de sécheresse filmée par Siegel avec une poursuite voiture/avion) dans un vrai/faux happy end (à nouveau similaire à Dirty Harry) où notre héros sa tâche remplie s'éloigne au loin en voiture. Sous la classe indéniable de surface d'un Walter Matthau génial et imperturbable, c'est bien la mélancolie d'un renoncement à son identité qui domine finalement en clou de ce très grand polar.

Sorti en dvd zone 2 français chez Bac Vidéeo. Analyse passionnante en bonus du regretté Alain Corneau...


dimanche 13 juin 2010

A bout portant - The Killers, Don Siegel (1964)


Charlie et Lee, tous deux tueurs à gages, recherchent et tuent Johnny North, caché dans un institut pour non-voyants. Surpris par l'attitude de leur victime qui n'a pas tenté de fuir ni de leur résister, les deux tueurs cherchent à en savoir davantage.


A bout portant est une fausse nouvelle adaptation du texte de Ernest Heminghway, mais un surtout un vrai remake du classique du film noir réalisé en 1944 par Robert Siodmak Les Tueurs. Le film de Siegel reprend le parti pris de l'original, c'est à dire reprendre fidèlement la courte trame de la nouvelle lors de la scène d'ouverture, puis d'inventer une trame dramatique en flashback sous forme d'enquête.

Les divers changements narratifs et visuels apporté par Siegel et le scénariste Gene L. Coon se font les symboles de la mutation du genre policier prêt à basculer du film noir au polar urbain (genre dans lequel Siegel va passer maître avec notamment Dirty Harry). Tout l'attirail esthétique typique du film noir disparait ainsi au profit d'une approche plus moderne, réaliste et percutante. Les éclairages brumeux influencé par l'expressionnisme allemands, échos de l'aspect tortueux de l'intrigue et de la psychologie trouble des protagonistes s'évaporent dès la mémorable séquence d'ouverture se déroulant en plein jour au contraire de l'original. Les fades agents d'assurances qu'on suivait chez Siodmak sont remplacés par le point de vu des tueurs eux même, brutaux et vénaux. Magistralement incarné par Lee Marvin et Clu Gulager, il exacerbent la violence par des violents de brutalités inouïe pour l'époque, chacun des témoins rencontré au cours de l'enquête étant sévèrement malmené par les deux hommes (une femme aveugles molestée, Angie Dickinson qui manque de passer par la fenêtre).

L'aspect sexuel tout en sous entendus des films noir prend également une tonalité plus directe ici. Ava Gardner était l'archétype de la femme fatale, garce et manipulatrice. Angie Dickinson qui reprend le rôle lui donne un tour plus ambigu. Réellement attirée et excitée par le malheureux John Cassavetes elle ne semble s'enticher de lui que lorsqu'il se montre dominant et masculin au volant de son bolide (dont un mon explicite où elle presse sa main sur sa cuisse pour qu'il accélère) la course automobile ayant une dimension plus sexuée que la boxe (symbole du poids de la destinée dans les classique des 40's) du premier film. L'étrange promiscuité entre les deux tueurs, l'aspect mentor fatigué/jeune chien fou pourrait aussi prêter à interprétation mais Siegel n'appuie pas plus là dessus. Dans l'ensemble, tout les personnages représentent donc des archétypes du film noir dont la perversion et le sadisme sont poussé dans leur dernier retranchements. Du coup on a guère d'empathie et d'attachement pour eux dans l'ensemble (bien que très bon Cassavetes ne suscite pas la pité d'un Burt Lancaster chez Siodmak) mais une vraie dynamique hypnotique se forme pour un récit prenant de bout en bout.

Le côté métaphysique de la nouvelle d'Heminghway qu'on retrouvait chez Siodmak est également bien présente ici. Sous l'appât du gain et la volonté de se ranger, le personnage de Lee Marvin est réellement fasciné et intrigué par l'attitude de sa victime qui s'est laissée abattre avec résignation. Qu'est ce qui a poussé cet homme à un renoncement tel qu'il ne se défend même plus pour sa vie ? C'est le puzzle qui va être reconstitué par les tueurs (le titre original prend plus de sens pour ce remake au final). Siegel y développe divers éléments qui feront école dans les films policiers à venir. Comme déjà dit, une violence sèche qui fait mal (qui vaudra au film une sortie cinéma alors qu'il était destiné à la télévision), les décors désincarnés et esthétisant du film noir laissant la place à une jungle urbaine homogène et en couleurs ainsi qu'une réalisation percutante et novatrice (les cadrages obliques signalant l'arrivée imminente des deux tueurs au début). Grande réussite dont les mutations sur le genre allaient être prolongé par John Boorman 3 ans plus tard dans Le Point de Non Retour de nouveau avec Lee Marvin.

Un coffret zone 1 réunit les deux films, le Siodmak et le remake de Siegel. En zone 2 les films sont sortis dans de belles éditions chez Carlotta.