Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mercredi 26 décembre 2012

Nicolas et Alexandra - Nicholas and Alexandra, Franklin J. Schaffner (1971)


Evocation de la vie du tsar Nicholas et de sa femme Alexandra, avant que le drame de la Révolution russe ne sonne la fin de la famille royale.

Franklin J. Schaffner signe son film le plus ambitieux et plus grand échec avec ce Nicolas et Alexandra, vision grandiose des dernières heures de la dynastie Romanov et de la Révolution bolchévique qui transformera la Russie. Le rejet d'alors pour ces superproductions à grand spectacle (le malheureux David Lean subit alors un accueil glacial injuste pour le fabuleux La Fille de Ryan) et surtout la profonde noirceur de ce qui est le terrible récit d'une déchéance causera l'échec du film malgré ses 6 nominations (remportés pour les costumes et la direction artistique) à l'Oscar.

Le titre annonce la couleur. Bien que laissant apparaître en filigrane les grandes figures de la Révolution en marche (Lénine, Trotski, Staline), le récit se concentrera sur les destins individuels de Nicolas II (Michael Jayston) et Alexandra (Janet Suzman), la relation et les égarements du tsar et de la tsarine conduisant la Russie au chaos sur une dizaine d'années. Le film s'ouvre sur un évènement qui rendrait heureux n'importe quel couple, une naissance, celle d'Alexis un fils tant désiré. Cette naissance signe pourtant le début du déclin de la monarchie puisque la découverte de la maladie du nouveau-né (qui est hémophile) va phagocyter leurs décisions, les replier sur eux-même et ce qui serait chez un couple normal une préoccupation légitime pour son enfant va au contraire plonger le pays dans le chaos.

Schaffner choisit logiquement un casting prestigieux (Laurence Olivier, Jack Hawkins, Michael Redgrave) pour composer l'entourage du tsar dont la faiblesse de caractère et l'indécision sera renforcée par l'opposition à ses charismatiques interlocuteurs tandis que le souverain est interprété par l'inconnu Michael Jayston. Nicolas II est surtout un homme éperdument amoureux et entièrement soumis à l'influence de sa femme. Cette influence se fera tout au long du récit à mauvais escient et à contretemps.

Le drame naît du fait que les intentions toujours bonne d'Alexandra poussent son époux dans la mauvaise direction avec des conséquences de plus en plus graves : qu'elle lui demande de se montrer plus ferme avec ses conseillers et il tiendra bon pour mener une guerre inutile contre le Japon pour la possession de la Corée, qu'elle le supplie à bout de ressources de faire appel au malfaisant Raspoutine (Tom Baxter) seul capable de soigner leur fils et ce dernier sèmera le chaos à la cour.

 Le montage use d'un décalage de plus en plus grand dans l'alternance entre la misère profonde du peuple et le luxe des palais puis des résidences secondaires dans lesquelles se réfugie le tsar toujours plus éloigné des réalités. Schaffner usera de motif plus subtils pour signifier ce détachement des puissants lors de la séquence triomphale où l'armée russe part en campagne au début de la Première Guerre Mondiale en figeant le visage de Nicolas II en noir et blanc, puis ceux des gouvernant allemand, français et anglais de la même façon tandis que leurs discours patriotiques sonnent étouffés.

Vers la fin du film Lénine enfin parvenu au sommet (le film le montrant bien ronger son frein de longues années en exil à l'étranger) sera figé à l'image selon le même principe, plus significatif que tous les discours sur la violence à venir où le pouvoir a juste changé de main.

Michael Jayston délivre une interprétation étonnante de ce monarque innocent et coupable à la fois de son malheur. Soucieux de préserver la grandeur des Romanov, il refuse toute avancée démocratique mais s'avère incapable de se rapprocher de son peuple, brutalement ferme quand il doit faire preuve de clémence et indécis lorsqu'il faut imposer sa volonté. Submergé par l'héritage de ses ancêtres, le pouvoir est un fardeau dont il ne sait que faire. Là encore Schaffner parvient à traduire cela brillamment par la seule force de l'image à travers trois séquences récurrentes à la tonalité différentes.

La première se situe en début de film et illustre l'arrivée triomphale du couple royal à sa demeure un lent travelling accompagne leur marche triomphale à travers le corridor menant à leurs appartement tandis que les cuivres de la garde tonnent avec fierté. Quelques instants plus tard en utilisant le même découpage et la même échelle de plan, ce protocole s'avère lourd et fastidieux quand les monarques doivent s'y soumettre jusqu'au bout alors qu'ils préfèreraient courir au chevet de leur fils malade. Enfin en conclusion Nicolas II déchu, le teint hagard et en passe d'être chassé effectuera cette même marche face à deux garde levant à peine les yeux sur lui avec à nouveau une mise en scène similaire qui enfonce cette fois le souverain dans le souvenir de sa gloire passée.

Il faut également signaler un incroyable Tom Baxter en Raspoutine dont l'interprétation outrancière tout en stupre et mystère est bien aidée par les accents baroque de la mise en scène de Schaffner (et une photo volontairement terne de Freddie Young s'ornant alors d'une imagerie bariolées surnaturelle) notamment une mémorable scène d'assassinat digne de la légende entourant la fin du personnage.

Comme un symbole, les moments les plus apaisés interviendront dans les derniers instants, lorsque tout est perdu et qu'il ne reste à la famille royale qu'à faire corps face à une fin inévitable. C'est le temps des derniers échanges complices entre Nicolas et Alexandra toujours aussi épris, celui des regrets pour un jeune fils plus déterminé et imposant que son père et surtout celui d'une fin tragique que Schaffner amène avec émotion et fracas. Un film foisonnant et passionnant dont les trois heures filent à toute vitesse.

  
Sorti en dvd zone 2 anglais chez Columbia et doté de sous-titres anglais

mardi 25 décembre 2012

Les Chaussons Rouges - The Red Shoes, Michael Powell et Emeric Pressburger (1948)


Vicky, danseuse, et Julian, compositeur, sont engagés dans une troupe de ballet. Tyrannique, le directeur pousse Vicky à s'identifier à l'héroïne du ballet "Les Chaussons rouges". Elle y sacrifie tout, même son amour pour Julien.

Michael Powell et Emeric Pressburger semblaient avoir relevés leur plus grand défi avec leur film précédent Le Narcisse Noir où ils avaient intégralement reconstitués en studio une Inde de rêve et de cauchemar théâtre des tumultes d’un couvent installé aux antipodes. Pourtant Les Chaussons Rouges allaient être l'occasion de nouveaux prodiges illustrant l’état de grâce créatif du duo. Les Chaussons Rouges prolonge d’ailleurs la démarche du Narcisse Noir, à savoir s’éloigner des commandes de propagandes (même si largement détourné de ce but premier notamment l’emblématique Colonel Blimp) réalisées en tant de guerre pour produire de pur films d’évasion détachés de tout réalisme. 

Emeric Pressburger avait écrit dans les années 30 à la demande d’Alexander Korda une adaptation du conte d’Andersen qui n’avait finalement jamais vu le jour. Pour ce faire il avait baigné dans le milieu du ballet où il put constater la somme d’efforts et de sacrifices consentis par ces danseurs pour la atteindre la perfection de leur art. Ces observations nourriraient le script de la version revisitée et modernisée du conte qu’il soumet à Powell pour le nouveau projet des Archers.

Les Chaussons Rouges mêle ainsi description foisonnante du monde du ballet et grand mélodrame dans lesquels s’articulent les mêmes enjeux que le conte d’Andersen. L’intrigue croise les destins de trois personnages voués corps et âmes à l’accomplissement artistique dans ce monde du spectacle. Le directeur de ballet Boris Lermontov (Anton Wallbrook) symbolise l’intransigeance requise pour atteindre et se maintenir dans ces sommets tandis que la jeune danseuse Vicky Page (Moira Shearer) et le compositeur Julian Crasner (Marius Goring) seront eux confrontés à la rigueur de ces choix ôtant tout espoir d’une vie hors de la scène. 

C’est par l’intermédiaire du regard novice des deux derniers que Powell et Pressburger montrent  l’effervescence d’une compagnie de danse à travers les caprices, coup de sang et coup de cœur de chacun, du chorégraphe au chef d’orchestre en passant par le directeur artistique tous se déchirant pour le meilleur spectacle possible sous la supervision rigoureuse de Lermontov. En recrutant des danseurs émérites pour les rôles clés, Powell parvint à retranscrire idéalement à l’écran cette énergie notamment grâce à la rivalité entre Leonide Massine vieillissant et le plus jeune Robert Helpmann tandis que Moira Shearer longtemps hésitante à jouer Vicky (craignant que le rôle n’entrave sa carrière de danseuse) gardait la tête froide encore et toujours obnubilée par la danse.

Le film est ainsi une lente montée en puissance vers la plénitude que seront les 17 minutes de ballet filmé, véritable climax du film. Entre-temps les signes avant-coureurs  du drame se dessine tel l’indifférence de Lermontov envers l’une de ses créatures (Ludmila Tcherina)  qui s’échappe pour une sotte passion amoureuse mais c’est le bouillonnement créatif qui domine sous le soleil de Monte Carlo où Vicky et Julian touchant au but donne le meilleur d’eux-mêmes sous l’égide de leur mentor.

Arrivent donc les fameuses 17 minutes de ballet des Chaussons Rouges pour une magie et un enchantement inégalé. Powell aura confié le design des décors à  Hein Heckroth, peintre novice au cinéma et qui aura surtout contribué à la direction artistique d’opéra. 

Avec une réflexion articulée en termes picturaux et scéniques plus que cinématographiques, Heckroth dessine des croquis inventifs et foisonnant qui inspireront grandement l’équipe artistique (un bout à bout de dessin de Heckroth sur la musique déjà composée de Brian Easdale servant même de bande-annonce pour vendre le projet et guider les collaborateurs sur la direction voulue) dont un Jack Cardiff qui délivrera une de ses photos les plus sublimes, féérique, inquiétante et crépusculaire.

En mouvement, cela donne une des fusions les plus accomplies entre le monde du cinéma et celui des spectacles vivant. Le rideau s’ouvre laissant découvrir la scène où s’anime Vicky soudainement tentée par un étrange cordonnier suscitant son envie pour de beaux souliers rouge.

Dès le moment où par une astuce de montage elle enfile les souliers en une prise, c’est un tourbillon de musiques, visions et mouvement célestes qui s’animent sous nos yeux. Dansant jusqu’au bout de la nuit et de la vie, l’exaltation cède à la lassitude, le rêve au cauchemar. C’est précisément le film qui nous est ainsi résumé lors de ces incroyables 17 minutes et annoncent les rebondissements à venir.   

Les chaussons rouges symbolisent le monde de la danse à laquelle Vicky pense pouvoir se dévouer corps et âmes, le cordonnier lui offrant les clés du royaume se confondant un instant avec Lermontov et Julian pour signifier son dilemme. 

Dans le conte comme dans le monde réel, sa faiblesse bien humaine (son amour pour Julian) sera mise à mal par le pouvoir des souliers (le monde de la danse) et les charmes du cordonnier (Lermontov) dans une hésitation et un effort qu’elle ne pourra supporter. La métaphore en partie sexuelle du conte est revisitée magistralement à l’aune du monde du spectacle.

Le film ne peut bien évidemment pas retrouver une telle hauteur après ce moment et la rancœur, la jalousie et le doute viendront briser le rêve. Lermontov, figure du créateur démiurge tout puissant et détaché des plaisirs futiles du monde (Alexander Korda aurait été le modèle de Powell et Pressbuger pour le personnage) laisse se craqueler l’armure en étant soumis aux affres de la jalousie (car après tout ne pourrait-il pas se rabattre sur une nouvelle danseuse de talent comme il le fait avec Vicky au départ ?) lorsque Vicky préfèrent Julian à sa carrière. Un bonheur de courte durée pour elle qui se sent incomplète loin de la scène et de cette vision des Chaussons Rouges qu’elle a contribué à façonner.

Julian lui-même fuira la première de son opéra pour la rejoindre et faillira à son tour aux exigences du métier. L’interprétation habitée et de plus en plus spectrale d’Anton Walbrook  illustre mieux que tout le dévouement de l’Artiste altéré physiquement lorsque les évènements ne tournent pas en sa faveur. Moira Shearer s’avère tout aussi incandescente, livre ouvert d’émotions contradictoires intenses exaltant sa beauté et sa chevelure rousses rendue inoubliable par le technicolor de Cardiff.

Ainsi tourmenté par leurs amours et leurs passions, le trio ne peut que finir brisé (l’annonce finale voix étouffée de Lermontov) et consumé par ce choix impossible à l’image du sacrifice finale de Vicky. 

Victoria: Julian?
Julian: Yes, my darling?
Victoria: Take off the red shoes.

L'inscription dans un mythe, conte ou plus globalement une force qui nous dépasse et la soumission impossible à ceux-ci est au coeur des thématique de Powell et Pressburger qui en donneront une variation tout aussi puissante dans La Renarde où Jennifer Jones sera tiraillée entre sa nature sauvage et la civilisation. Un des chefs d’œuvres des Archers, dont l’influence considérable s’étend de Scorsese à Gilliam (le final de Brazil doit tout à la s séquence de ballet) et dont nombres d’artistes n’eurent de cesse de tutoyer la grâce à l’image des récents Moulin Rouge de Baz Luhrmann ou Black Swan de Darren Aronofsky. 

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Lumière et chez Carlotta. L'image est meilleure pour le Carlotta mais les bonus sont bien plus intéressant aux Editions Lumière à vous de voir donc mais le maniaque de Powell et Pressburger ferait tout aussi bien d'avoir les deux !

lundi 24 décembre 2012

Robocop - Paul Verhoeven (1987)

Les services de police inventent une nouvelle arme infaillible, Robocop, mi-homme, mi- robot, policier électronique de chair et d'acier qui a pour mission de sauvegarder la tranquillité de la ville. Mais ce cyborg a aussi une âme...

Premier film américain de Paul Verhoeven, Robocop est un classique instantané qui  offrira une nouvelle voie au « Hollandais violent ». Persona non grata aux Pays-Bas suite aux multiples provocations de ces œuvres (dont un ultime pied de nez magistral avant son départ avec Le Quatrième Homme), Verhoeven  rencontra l’échec également avec le tout aussi peu consensuel La Chair et le Sang, fascinante fresque historique montrant un Moyen Age comme on l’a rarement vu au cinéma, barbare, paillard et où règne l’obscurantisme religieux.

Désormais exilé aux Etats-Unis, Verhoeven végète faute d’un projet intéressant  et s’apprête à balayer d’un revers de la main le script de Robocop qu’on lui a adressé mais sa propre épouse l’incitera à revoir sa décision. En effet, sous le pitch de série B poussif (un policier transformé en robot traque les truands dans la ville) le script de  Michael Miner et Edward Neumeier s’avère bien plus corrosif qu’il n’y paraît. Verhoeven y trouve la voie qui fera le sel de toute sa période américaine : offrir un spectacle divertissant et attrayant sous lequel se dissimule un sous-texte virulent. On aura ainsi parmi les grandes réussites à venir le All About Eve de Mankiewicz revisité à l’aune de la vulgarité du monde des strip-teaseuses de Las Vegas (Showgirls), une quasi  parodie de polar Hitchcockien transcendée par sa virtuosité et ses écarts sexuels (Basic Instinct) et surtout le visionnaire et incompris Starship Troopers, critique d’une société totalitaire, manipulé par les médias et fascinée par l’uniforme anticipant l’Amérique de George W.Bush.

Ici la cible de Verhoeven et de ses scénaristes sera la société américaine des 80’s, règne du cynisme, du paraître et de de la consommation où les nouveaux dieux sont les yuppies aux dents longues. La caricature est poussée à gros trait avec les faux spots de pub outranciers traversant tout le film, les réunions d’exécutives obséquieux et le cynisme glacial des nantis (ce n’est qu’un détail lancé par Ronny Cox alors que l’ED209 vient de massacrer un innocent).  L’humanité va surgir de la plus étonnante des façons dans toute cette ironie sous la cuirasse (conçue par Rob Bottin) de l’imposant Robocop.

Verhoeven use de manière surprenante de la parabole christique où en reconquérant son humanité, tel un Jésus d’acier Robocop va racheter les péchés de ce monde corrompu. Les angles de caméra et les postures de martyrs d’Alex Murphy (Peter Weller) ne trompent pas lors de l’insoutenable séquence où il se fait massacrer par une horde de malfrats. De même plus lorsque devenu le cyborg policier Robocop ses collègues se retourneront contre lui Verhoeven adoptera à nouveau cette imagerie d’iconographie religieuse pour signifier la dimension sacrificielle du personnage.

Qu’est ce qui définit un être humain ? La chair constituant son corps ou son âme ? Voilà la question que nous pose Verhoeven et à travers ce Robocop tout d’abord présenté dans toute sa froide technologie. L’imposante allure du héros (cet aspect lourd et intimidant étant parfaitement raccord avec le cadre de l’action la cité industrielle de Detroit) est donc magnifiée lors de sa première sortie sur le tonitruant thème martial de Basil Poledouris où il décime impitoyablement les truands et obéissant aux desseins de la tentaculaire multinationale OCP. 

Pourtant sous les directives et les programmes, les souvenirs du passé affluent sous ce casque sans expression à travers les anciens collègues (excellente Nancy Allen) et des geste et habitudes oubliées. C’est donc en traquant ses anciens meurtriers que Robocop va se construire une identité et redevenir Alex Murphy, et découvrir que sa mission de justice est viciée dès l’origine puisque la violence d’en bas trouve sa source dans les profits d’en haut avec un duo de méchant d’anthologie avec le feu Clarence Boddicker (Kurtwood Smith terrifiant) et la glace Dick Jones (Ronny Cox carnassier).

Dans cette progression dramatique, Verhoeven ne daigne faire retirer son casque et laisser voir l’homme sous la machine que dans les derniers instants du film. C’est à visage découvert, en homme prêt à se défendre que la machine s'estompe pour laisser place à Murphy faisant face à ses ennemis. Toutes ses thématiques sont insérées avec une limpidité et efficacité rare dans ce qui n’oublie jamais d’être un grand spectacle d’action rondement mené. Verhoeven y déploie sa fascination pour une violence outrancière qui choque encore aujourd’hui dans ses excès (encore plus gratiné dans le director’s cut du dvd) et l’on n’est pas près d’oublier le terrible assassinant de Murphy donc, le test de l’ED209 ou ce moment peu ragoutant ou un méchant se liquéfie après avoir été plongé dans un bain d’acide.

Cet usage est tout à la fois complaisant pour signifier le détachement des personnages les plus cyniques face à ces écarts et on contraire créer une empathie douloureuse et extatique vers les plus proche de nous puisque l’on souffre enfin avec Robocop/Murphy dans les derniers instants et craignons pour sa vie. Verhoeven a réussi son pari en dévoilant le plus fragile des hommes sous une carcasse de métal et d’acier (Peter Weller vécu d’ailleurs un enfer sur le tournage) avec en point d’orgue cette magistrale et parfaite réplique finale.

-          Nice shooting, son. What's your name?
-          Murphy.

Grand film qui porte toute les qualités de l’autre chef d’œuvre SF à venir de Verhoeven, Starship Troopers. La seule différence étant que l’ironie a triomphé dans ce dernier pour un Verhoeven désabusé alors que Robocop malgré ses dérapages porte encore une vraie foi en l’Homme.

Sorti en dvd chez MGM

dimanche 23 décembre 2012

Margie - Henry King (1946)


Une mère raconte sa dernière année de lycée à sa fille : ses amours, son bal de fin d'année, le professeur de français, sa petite culotte.

Henry King réalise là une charmante comédie, sortant de lointain ancêtre dessinant avec candeur les contours du teen movie tel qu'il naîtra en partie avec La Fureur de Vivre (en plus torturé) lors de la décennie suivante. Ici, cette vision de l'adolescence se fait par la voie nostalgique où remontant les objets du passé (photos, gramophone, culotte ! Tous ayant leur importance dans l'histoire) dans un grenier à vider une mère va raconter à sa fille curieuse ses souvenirs de lycée, vingt ans plus tôt. A cette époque, Margie est une jeune studieuse et gauche qui sous sa maturité n'en rêve pas moins au prince charmant. Celui-ci pourrait Roy (Alan Young), garçon un peu balourd aimant lui réciter des poème, Johnny (Conrad Janis) capitaine de football n'ayant d'yeux que pour son amie Marybelle (Barbara Lawrence) et surtout M Fontayne (Glenn Langan) le très séduisant nouveau professeur de français dont son amoureuses toutes ses camarades.

La transition temporelle se fait par un sublime flashback où un vieux disque du présent reprend la chanson de manière tonitruante dans le passé par le biais d'un haut-parleur. L'aspect idéalisé et radieux de ces souvenirs convient parfaitement au halo coloré et chaleureux (on pense beaucoup dans l'esprit aux tout aussi bienveillants Chant du Missouri ou Quatre filles du docteur March de la MGM produit à la même période) de cette Amérique provinciale en forme de paradis perdu alors que la Deuxième Guerre Mondiale est à peine achevée.

Dans ce contexte on s'émeut et s'amuse des premiers émois de Margie , chrysalide pas encore éclose qui va passer par quelques humiliations et désillusions avant de s'accomplir. Parmi celles-ci, un running gag désopilant la voit perdre sa culotte (!) dont l'élastique mal ajusté la plonge dans l'embarras à plusieurs reprises, le plus souvent en compagnie de l'être désiré (Johnny à la patinoire, Fontayne à la bibliothèque). Les amours, elle les rêves ou les observe dans le secret de sa chambre, en espionnant Marybelle ou en chantant son dépit et ses espoirs dans une des quelques séquences musicales du film.

Jeanne Crain est absolument craquante dans sa prestation passionnée et empruntée (la scène de débat), typique de cette adolescence où on passe du bonheur le plus total au tréfonds du désespoir dans la minute. Ce sera le cas lors d'un rebondissement final tournant autour du bal de fin d'année et l'absence de cavalier pour Margie. La solution résout subtilement une facette du récit sobrement abordée (la relation avec ce père absent) et transforme la chrysalide en papillon (la scène du bain moussant la montrant enfin sous un jour sensuel fait la transition) lors de la sublime scène de bal où débarrassées de ses couettes et socquettes Margie éblouit l'assistance de sa beauté.

Le film aurait probablement quelque soucis aujourd'hui avec cette relation élève/professeur ambiguë (puis beaucoup moins) acceptée voire encouragée par les adultes mais le beau Glenn Langan (qui a coiffé Cornel Wilde refusant de jouer dans le film et Richard Jaeckel envisagé avant lui et qu'on a jamais vu ailleurs par la suite semble-t-il) représente surtout un idéal charmeur et bienveillant aux yeux de la jeune fille appuyés par sa présence lisse. Léger comme une bulle de savon et enchanteur.

Et malheureusement c'est toujours inédit en dvd, guettez une rediffusion au cinéma de minuit ou sur TCM pour savourer ce petit bijou. Et contrairement à ce que laissent supposer les photos le film est bel et bien en couleur. 

Extrait

samedi 22 décembre 2012

Peggy Sue s'est mariée - Peggy Sue Got Married, Francis Ford Coppola (1986)


1985 : les anciens du lycée Buchanan, classe 1960, se retrouvent pour leur vingt-cinquième réunion. Ce soir, ils sont venus en habit d'époque, jupes gonflantes, robes des sixties, brosse et nœuds pap' pour les garçons. Peggy, très populaire en 1960, se retrouve reine de la soirée avec pour partenaire son mari, Charlie, le rocker. Mais ce tandem si brillant jadis est sur le point de se séparer. Revoyant son mari dans sa prime jeunesse, Peggy, encore amoureuse, s'évanouit. Elle s'enfonce dans le rêve et revit ces fameuses années 1960...

Perdu dans des projets mastodontes où sa mégalomanie et un public changeant provoquèrent les échecs (le superbe Coup de cœur, le raté Cotton Club, le semi échec du retour aux sources du Parrain 3), Coppola su pourtant retrouver un vraie fraîcheur à travers de plus modeste films comme l'enchaînement Rusty James/Outsiders et ce Peggy Sue s'est mariée, charmant conte moderne.

Le poids du passé, le regret de ce qui aurait pu être, (lourdement) au cœur du Parrain 3 à venir sont abordés avec une grande délicatesse ici. Peggy Sue (Kathleen Turner) est une quarantenaire à la croisée des chemins. En instance de divorce avec Charlie(Nicolas Cage), l'amour de sa vie, Peggy Sue s'interroge sur ses choix. De ses rêves juvéniles d'ailleurs d'aventures, il ne reste pas grand-chose puisqu'elle est demeurée dans sa ville où elle tient une boulangerie et qu'en se mariant jeune elle n'a connu qu'un seul homme et raté la révolution sexuelle des 60's.

Toutes ces questions remontent à la surface lors de la réunion de lycée où elle va croiser d'anciens camarades dont Charlie où la joie des retrouvailles se dispute à la nostalgie et surtout fait resurgir la question : sachant de quoi l'avenir est fait, agirait elle de la même façon ? Fantasme dû à cette angoisse ou vrai phénomène surnaturel, suite à un malaise Peggy Sue se réveille 25 ans plus au temps de son adolescence au début des 60's. Tout va donc pouvoir recommencer, ou se rejouer.

L'ambiance 50's naïve et la performance touchante de Kathleen Turner confère un attrait irrésistible à l'ensemble. L'émerveillement et la nostalgie de l'héroïne sont aussi ceux du spectateur, qu'il ait vécu ou fantasmé cette période que la mise en image de Coppola capture dans des vignettes "americana" façon Norman Rockwell avec son cadre pavillonnaire immaculé , ses bar à jukebox, ses garçons gominés... Coppola donne chair à ce chromo rétro à travers les attitudes de Peggy Sue où les retrouvailles avec les êtres chers supposés disparus (de manière sous-jacente pour la petite sœur ou la mère, plus explicite pour les grands parents) font retrouver une innocence et une candeur surprenante à l'adulte éteinte vue en début de film.

 Cette innocence se traduit dans ce jeu de recommencement où Peggy Sue va contourner ses habitudes d'antan en forçant des évènements seulement rêvés alors : sortir avec le bel intellectuel ténébreux qui la fascinait, dire ses quatre vérités au professeur d'algèbre... Pourtant tout la ramène toujours à Charlie, joué par un Nicolas Cage débutant (pas le seul avec un casting comptant des jeunes Jim Carrey, Helen Hunt ou Joan Allen) qui confère une candeur romantique surprenante à cet apprenti musicien notamment par l'usage risqué (qui rendirent Coppola et le studio furieux) d'un timbre cartoonesque chevrotant qui ne ridiculise jamais le personnage mais le rend d'autant plus fragile et touchant.

Le film baigne dans un espoir et une quiétude idéalisant ce passé rêvé (et quel score délicat de John Barry) où finalement le présent est plus à réparer que ces doux souvenirs comme l'apprendra Peggy Sue sortie de cette illusion. Kathleen Turner trouve là un de ces tout meilleurs rôles et Coppola signe un de ses films les plus enchanteurs et positifs dont Noémie Lvosky aura tiré un sympathique remake officieux récemment avec Camille redouble.

Sorti en bluray français chez Carlotta

Pour les fans de Coppola la vidéo de sa masterclass au Forum des images en lien ici

vendredi 21 décembre 2012

Chaînes Conjugales - A Letter to Three Wives, Joseph L. Mankiewicz (1949)



Trois amies partent en excursion, délaissant pour l'occasion leurs maris respectifs. Peu avant le départ, l'une d'elles reçoit une lettre d'une quatrième femme que toutes trois connaissent : la séductrice Addie Ross.

Celle-ci déclare avoir profité du départ des trois amies pour partir avec le mari de l'une d'elles, sans préciser lequel.  Durant l'excursion, chacune des trois femmes reverra successivement, aux cours de trois flashback différents, les différentes étapes de sa vie de couple et tentera de comprendre ce qui aurait pu décider son mari à fuir, tout en se demandant si c'est bien de lui qu'il s'agit ou non.


A Letter to Three Wives est la première grande réussite de Mankiewicz où son art s’exprime en toute liberté, le film se rapprochant le plus des brillants et caustiques récits de mœurs qui feront sa gloire. Mankiewicz  débutant et simple exécutant avait été sur ses premiers films confiné à des genres bien éloignés de son univers (Le film gothique Le Château du dragon , le thriller Quelque part dans la nuit tous deux en 1946) ou alors soumis à des scripts dont il n’était pas l’auteur (Un Mariage à Boston, L’Aventure de Madame Muir tous deux réalisés en 1947) un comble pour lui. Cela ne l’empêcha pas de signer un authentique chef d’œuvre avec la romance fantôme de L’Aventure de Madame Muir  mais c’est réellement avec Chaînes Conjugales qu’il dessine les contours des grandes œuvres à venir des années 50. 

A l'origine prévu pour Lubitsch, le film est adapté d’un roman de John Klempner pré publié en magazine et dont le potentiel est décelé par les pontes de la 20th Century Fox qui en rachètent les droits. Le décès de Lubitsch pendant le tournage de La Dame au manteau d'hermine permet l’arrivée d’un Mankiewicz qui conscient de trouver enfin un matériau à sa mesure réécrira entièrement le premier script de Vera Caspary. Parmi les changements majeurs, le choix de rendre Addie Ross invisible, séductrice moqueuse, omnisciente et objet de toutes les tensions alors qu'elle n'intervient qu'en voix off (le timbre doucereux et distancié de Celeste Holm qui retrouvera Mankiewicz en chair et en os sur Eve) ainsi que le passage de 5 à 3 héroïnes.

 On tient là une  comédie de mœurs féroces où Mankiewicz va dénoncer plusieurs maux de l'Amérique de d’alors, mais aussi des tares plus universelles liées aux rapports hommes/femmes à travers les trois couples formant l'intrigue. Pour cela Mankiewicz use de sa figure narrative favorite, le flashback,  afin d’introduire chaque situation. Cette élément si souvent utilisé chez lui (All about Eve, La Comtesse aux pieds nus, Soudain l'été dernier) s’exprime avec une inventivité constamment renouvelée avec ici avec la voix off d'Addie Ross déformée par un effet sonore pouvant laisser penser qu'elle est issues de la psyché des héroïnes.Divers maux rongent les différentes unions du film.

Hypocrisie et pouvoir du paraître pour le couple Jeanne Crain/Jeffrey Lynn (le moins intéressant), furieuse et visionnaire charge contre l'abêtissement par les médias pour le couple Ann Sothern/Kirk Douglas et une passionnante observation du (supposé) mariage d'intérêt et l'incompréhension par le manque de communication entre Paul Douglas et Linda Darnell.

L'écriture est des plus subtiles et efficace, Mankiewicz alternant les dialogues très explicatifs appuyant sa réflexions et les idées narratives parfaites sachant écourter pour aller à l’essentiel à la manière du rebondissement final qui rapproche enfin Linda Darnell et Paul Douglas sans avoir besoin de s'appesantir plus que nécessaire. Le casting est exceptionnel en particulier une Linda Darnell poignante et qui entame là une liaison avec Mankiewicz (interrompue par son non choix pour le premier rôle de La Comtesse aux pieds nus obtenu par Ava Gardner). Un des meilleurs films de son auteur auquel la série Desperate Housewive peut dire merci puisque  tout est déjà là.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox


jeudi 20 décembre 2012

Les Copains - Yves Robert (1964)


Sept inséparables décident de prendre quelques jours de vacances pour mettre au point trois énormes canulars destinés à bafouer les corps constitués : l'armée, l'église et l'administration... Ils jettent leur dévolu de manière presque arbitraire sur deux paisibles sous-préfectures : Ambert et Issoire, car celles-ci les lorgnaient d'un mauvais œil sur une carte de France.

Entre son adaptation (adoucie certes mais le matériau est là) de La Guerre des Boutons ou son ode libertaire Alexandre le bienheureux, Yves Robert dans ce cadre de cinéma populaire se sera avéré un cinéaste étonnement subversif. La preuve avec cet hilarant Les Copains, adaptation modernisée d'un roman de Jules Romains et grand éclat de rire moqueur lancé à la France Gaullienne. On pense parfois à son futur et cultissime diptyque Un éléphant ça trompe énormément/Nous irons tous au paradis dans cette visions collective de l'amitié masculine mais si malgré l'humour la réalité rattrape quelque peu les personnages des films de 77/78, on baigne ici dans une douce insouciance détachée des vicissitudes du quotidien.

D'ailleurs les héros des Copains sont chacun des sorte d'archétypes moins fouillés que dans Un éléphant... mais immédiatement cernés et attachant grâce au casting parfait et à la présentation ludique qu'en fait Yves Robert en ouverture. Là, du berceau au lycée en passant par le service militaire et les grandes écoles, Yves Robert dépeint toute les étapes du cycle de la vie d'homme qui auront vu les personnages se rencontrer tour à tout avec la bande joyeux lurons que sont Philippe Noiret (Bénin), Guy Bedos (Martin), Michael Lonsdale (Lamendin), Christian Marin (Omer), Pierre Mondy (Broudier), Jacques Balutin (Lesueur) et Claude Rich (Huchon).

Dans ce parcours balisé, les sept camarades n'auront jamais cessé de s'amuser et se rire de leur entourage. On en a une démonstration en début de film lorsqu'ils sèment la zizanie dispersé dans une salle de cinéma ou lors d'une beuverie épique dans un bar où le tenancier Jean Lefebvre sera joliment malmené. C'est dans cet état second que leur vient l'idée de passer à l'étape supérieure pour moquer cette rigueur et médiocrité ambiante à plus grande échelle. Le cadre de leur action sera choisi au hasard alcoolisé d'une carte de France dans deux sous-préfectures endormies du Puy-de-Dôme, Ambert et Issoire. Chacun des sept amis échafaudera une farce dont les trois meilleures seront exécutées au détriment des malheureux habitants.

Le film s'enferme un peu au départ dans une préciosité qui nous éloigne des personnages, déséquilibrés entre sophistication et esprit de sales gosses turbulents. Il y a néanmoins de bonne idées comme celle de faire du périple vers les villages une sorte de chanson de geste où les copains se croisent et se répondent à distance tel des nobles chevaliers de la blague en route vers leur destinée, le tout truffé de rencontres loufoques tel cette tenancière d'hôtel revêche jouée par Tsilla Chelton. Par contre une fois les fameux canulars lancés, l'hilarité, la vraie, ne se dément pas jusqu'à la dernière minute. L'audace du récit est de se jouer à travers chacune des facéties d'une grande institution que ce soit l'armée, l'église ou l'administration.

 La droiture et le respect aveugle de l'armée sont génialement caricaturés avec un Pierre Mondy déguisé en ministre qui mettre à sac une caserne et la ville par la seule crédulité et l'obéissance de gradés. Les dialogues sont extraordinaires, subtil et rabelaisiens avec une vulgarité élevée en en art (l'épisode des toilettes ) et un final explosif où les malheureux villageois vont passer une drôle de nuit. Philippe Noiret grimé en prêtre provoquera un même éclat de rire avec un discours en forme d'appel à la chair où les contrechamps entre sa tirade enflammée et les mines frustrées et/ou concupiscente des fidèles décuple la force du propos. Le troisième canular prometteur dans l'idée et amusant dans sa réalisation s'avère moins fort même si la figure de Vercingétorix ridiculisée et le phrasé grandiloquent et pompeux du maire son savoureusement croqués.

Une beuverie avait annoncé le début de la campagne farceuse, un autre grand banquet amorce sa fin mais avant de retourner à leur existence ordinaire notre bande s'offrir un dernier coup d'éclat à l'ampleur... écarlate ! Même s'ils ont parfois du mal à tous exister (dommage pour Michael Lonsdale un peu en retrait alors qu'il aura peu eu l'occasion de faire dans la gaudriole) tous les acteurs emportent l'adhésion, en particulier Guy Bedos en grand enfant, Philippe Noiret en chef de bande (et qui remettra le couvert avec le pendant italien du film d'Yves Robert Mes cher amis) et un Pierre Mondy canaille. Grande comédie sur les airs guillerets des Copains d'abord de George Brassens composé pour l'occasion.

Sorti en dvd zone 2 français chez Gaumont

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