Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Evocation de la vie du tsar Nicholas et
de sa femme Alexandra, avant que le drame de la Révolution russe ne
sonne la fin de la famille royale.
Franklin J. Schaffner signe son film le plus ambitieux et plus grand échec avec ce Nicolas et Alexandra,
vision grandiose des dernières heures de la dynastie Romanov et de la
Révolution bolchévique qui transformera la Russie. Le rejet d'alors pour
ces superproductions à grand spectacle (le malheureux David Lean subit
alors un accueil glacial injuste pour le fabuleux La Fille de Ryan)
et surtout la profonde noirceur de ce qui est le terrible récit d'une
déchéance causera l'échec du film malgré ses 6 nominations (remportés
pour les costumes et la direction artistique) à l'Oscar.
Le
titre annonce la couleur. Bien que laissant apparaître en filigrane les
grandes figures de la Révolution en marche (Lénine, Trotski, Staline),
le récit se concentrera sur les destins individuels de Nicolas II
(Michael Jayston) et Alexandra (Janet Suzman), la relation et les
égarements du tsar et de la tsarine conduisant la Russie au chaos sur
une dizaine d'années. Le film s'ouvre sur un évènement qui rendrait
heureux n'importe quel couple, une naissance, celle d'Alexis un fils
tant désiré. Cette naissance signe pourtant le début du déclin de la
monarchie puisque la découverte de la maladie du nouveau-né (qui est
hémophile) va phagocyter leurs décisions, les replier sur eux-même et ce qui serait chez un couple normal une préoccupation
légitime pour son enfant va au contraire plonger le pays dans le chaos.
Schaffner
choisit logiquement un casting prestigieux (Laurence Olivier, Jack
Hawkins, Michael Redgrave) pour composer l'entourage du tsar dont la
faiblesse de caractère et l'indécision sera renforcée par l'opposition à
ses charismatiques interlocuteurs tandis que le souverain est
interprété par l'inconnu Michael Jayston. Nicolas II est surtout un
homme éperdument amoureux et entièrement soumis à l'influence de sa
femme. Cette influence se fera tout au long du récit à mauvais escient
et à contretemps.
Le drame naît du fait que les intentions toujours
bonne d'Alexandra poussent son époux dans la mauvaise direction avec des
conséquences de plus en plus graves : qu'elle lui demande de se montrer
plus ferme avec ses conseillers et il tiendra bon pour mener une guerre
inutile contre le Japon pour la possession de la Corée, qu'elle le
supplie à bout de ressources de faire appel au malfaisant Raspoutine
(Tom Baxter) seul capable de soigner leur fils et ce dernier sèmera le
chaos à la cour.
Le montage use d'un décalage de plus en plus grand dans
l'alternance entre la misère profonde du peuple et le luxe des palais
puis des résidences secondaires dans lesquelles se réfugie le tsar
toujours plus éloigné des réalités. Schaffner usera de motif plus
subtils pour signifier ce détachement des puissants lors de la séquence
triomphale où l'armée russe part en campagne au début de la Première
Guerre Mondiale en figeant le visage de Nicolas II en noir et blanc,
puis ceux des gouvernant allemand, français et anglais de la même façon
tandis que leurs discours patriotiques sonnent étouffés.
Vers la fin du
film Lénine enfin parvenu au sommet (le film le montrant bien ronger son
frein de longues années en exil à l'étranger) sera figé à l'image selon
le même principe, plus significatif que tous les discours sur la
violence à venir où le pouvoir a juste changé de main.
Michael
Jayston délivre une interprétation étonnante de ce monarque innocent et
coupable à la fois de son malheur. Soucieux de préserver la grandeur des
Romanov, il refuse toute avancée démocratique mais s'avère incapable de
se rapprocher de son peuple, brutalement ferme quand il doit faire
preuve de clémence et indécis lorsqu'il faut imposer sa volonté.
Submergé par l'héritage de ses ancêtres, le pouvoir est un fardeau dont
il ne sait que faire. Là encore Schaffner parvient à traduire cela
brillamment par la seule force de l'image à travers trois séquences
récurrentes à la tonalité différentes.
La première se situe en début de
film et illustre l'arrivée triomphale du couple royal à sa demeure un
lent travelling accompagne leur marche triomphale à travers le corridor
menant à leurs appartement tandis que les cuivres de la garde tonnent
avec fierté. Quelques instants plus tard en utilisant le même découpage
et la même échelle de plan, ce protocole s'avère lourd et fastidieux
quand les monarques doivent s'y soumettre jusqu'au bout alors qu'ils
préfèreraient courir au chevet de leur fils malade. Enfin en conclusion
Nicolas II déchu, le teint hagard et en passe d'être chassé effectuera
cette même marche face à deux garde levant à peine les yeux sur lui avec
à nouveau une mise en scène similaire qui enfonce cette fois le
souverain dans le souvenir de sa gloire passée.
Il faut également
signaler un incroyable Tom Baxter en Raspoutine dont l'interprétation
outrancière tout en stupre et mystère est bien aidée par les accents baroque de la mise en scène de
Schaffner (et une photo volontairement terne de Freddie Young s'ornant
alors d'une imagerie bariolées surnaturelle) notamment une mémorable
scène d'assassinat digne de la légende entourant la fin du personnage.
Comme un symbole, les moments les plus apaisés interviendront dans les
derniers instants, lorsque tout est perdu et qu'il ne reste à la famille
royale qu'à faire corps face à une fin inévitable. C'est le temps des
derniers échanges complices entre Nicolas et Alexandra toujours aussi
épris, celui des regrets pour un jeune fils plus déterminé et imposant
que son père et surtout celui d'une fin tragique que Schaffner amène
avec émotion et fracas. Un film foisonnant et passionnant dont les trois
heures filent à toute vitesse.
Sorti en dvd zone 2 anglais chez Columbia et doté de sous-titres anglais
Vicky, danseuse, et
Julian, compositeur, sont engagés dans une troupe de ballet. Tyrannique, le
directeur pousse Vicky à s'identifier à l'héroïne du ballet "Les Chaussons
rouges". Elle y sacrifie tout, même son amour pour Julien.
Michael Powell et Emeric Pressburger semblaient avoir
relevés leur plus grand défi avec leur film précédent Le Narcisse Noir où ils
avaient intégralement reconstitués en studio une Inde de rêve et de cauchemar
théâtre des tumultes d’un couvent installé aux antipodes. Pourtant Les
Chaussons Rouges allaient être l'occasion de nouveaux prodiges illustrant
l’état de grâce créatif du duo. Les
Chaussons Rouges prolonge d’ailleurs la démarche du Narcisse Noir, à savoir s’éloigner des commandes de propagandes
(même si largement détourné de ce but premier notamment l’emblématique Colonel Blimp) réalisées en tant de
guerre pour produire de pur films d’évasion détachés de tout réalisme.
Emeric
Pressburger avait écrit dans les années 30 à la demande d’Alexander Korda une
adaptation du conte d’Andersen qui n’avait finalement jamais vu le jour. Pour
ce faire il avait baigné dans le milieu du ballet où il put constater la somme
d’efforts et de sacrifices consentis par ces danseurs pour la atteindre la perfection
de leur art. Ces observations nourriraient le script de la version revisitée et
modernisée du conte qu’il soumet à Powell pour le nouveau projet des Archers.
Les Chaussons Rouges
mêle ainsi description foisonnante du monde du ballet et grand mélodrame dans
lesquels s’articulent les mêmes enjeux que le conte d’Andersen. L’intrigue
croise les destins de trois personnages voués corps et âmes à l’accomplissement
artistique dans ce monde du spectacle. Le directeur de ballet Boris Lermontov
(Anton Wallbrook) symbolise l’intransigeance requise pour atteindre et se
maintenir dans ces sommets tandis que la jeune danseuse Vicky Page (Moira
Shearer) et le compositeur Julian Crasner (Marius Goring) seront eux confrontés
à la rigueur de ces choix ôtant tout espoir d’une vie hors de la scène.
C’est
par l’intermédiaire du regard novice des deux derniers que Powell et
Pressburger montrent l’effervescence d’une compagnie de danse à travers les caprices,
coup de sang et coup de cœur de chacun, du chorégraphe au chef d’orchestre en
passant par le directeur artistique tous se déchirant pour le meilleur
spectacle possible sous la supervision rigoureuse de Lermontov. En recrutant
des danseurs émérites pour les rôles clés, Powell parvint à retranscrire
idéalement à l’écran cette énergie notamment grâce à la rivalité entre Leonide
Massine vieillissant et le plus jeune Robert Helpmann tandis que Moira Shearer
longtemps hésitante à jouer Vicky (craignant que le rôle n’entrave sa carrière
de danseuse) gardait la tête froide encore et toujours obnubilée par la danse.
Le film est ainsi une lente montée en puissance vers la
plénitude que seront les 17 minutes de ballet filmé, véritable climax du film.
Entre-temps les signes avant-coureurs du
drame se dessine tel l’indifférence de Lermontov envers l’une de ses créatures
(Ludmila Tcherina) qui s’échappe pour une
sotte passion amoureuse mais c’est le bouillonnement créatif qui domine sous le
soleil de Monte Carlo où Vicky et Julian touchant au but donne le meilleur d’eux-mêmes
sous l’égide de leur mentor.
Arrivent donc les fameuses 17 minutes de ballet
des Chaussons Rouges pour une magie
et un enchantement inégalé. Powell aura confié le design des décors à Hein Heckroth, peintre novice au cinéma et qui
aura surtout contribué à la direction artistique d’opéra.
Avec une réflexion
articulée en termes picturaux et scéniques plus que cinématographiques,
Heckroth dessine des croquis inventifs et foisonnant qui inspireront grandement
l’équipe artistique (un bout à bout de dessin de Heckroth sur la musique déjà
composée de Brian Easdale servant même de bande-annonce pour vendre le projet
et guider les collaborateurs sur la direction voulue) dont un Jack Cardiff qui
délivrera une de ses photos les plus sublimes, féérique, inquiétante et
crépusculaire.
En mouvement, cela donne une des fusions les plus accomplies
entre le monde du cinéma et celui des spectacles vivant. Le rideau s’ouvre
laissant découvrir la scène où s’anime Vicky soudainement tentée par un étrange
cordonnier suscitant son envie pour de beaux souliers rouge.
Dès le moment où par une astuce de montage elle enfile les souliers en une prise, c’est un
tourbillon de musiques, visions et mouvement célestes qui s’animent sous nos
yeux. Dansant jusqu’au bout de la nuit et de la vie, l’exaltation cède à la
lassitude, le rêve au cauchemar. C’est précisément le film qui nous est ainsi
résumé lors de ces incroyables 17 minutes et annoncent les rebondissements à
venir.
Les chaussons rouges symbolisent
le monde de la danse à laquelle Vicky pense pouvoir se dévouer corps et âmes,
le cordonnier lui offrant les clés du royaume se confondant un instant avec
Lermontov et Julian pour signifier son dilemme.
Dans le conte comme dans le
monde réel, sa faiblesse bien humaine (son amour pour Julian) sera mise à mal
par le pouvoir des souliers (le monde de la danse) et les charmes du cordonnier
(Lermontov) dans une hésitation et un effort qu’elle ne pourra supporter. La
métaphore en partie sexuelle du conte est revisitée magistralement à l’aune du
monde du spectacle.
Le film ne peut bien évidemment pas retrouver une telle
hauteur après ce moment et la rancœur, la jalousie et le doute viendront briser
le rêve. Lermontov, figure du créateur démiurge tout puissant et détaché des plaisirs
futiles du monde (Alexander Korda aurait été le modèle de Powell et Pressbuger
pour le personnage) laisse se craqueler l’armure en étant soumis aux affres de
la jalousie (car après tout ne pourrait-il pas se rabattre sur une nouvelle
danseuse de talent comme il le fait avec Vicky au départ ?) lorsque Vicky
préfèrent Julian à sa carrière. Un bonheur de courte durée pour elle qui se
sent incomplète loin de la scène et de cette vision des Chaussons Rouges qu’elle
a contribué à façonner.
Julian lui-même fuira la première de son opéra pour la
rejoindre et faillira à son tour aux exigences du métier. L’interprétation habitée
et de plus en plus spectrale d’Anton Walbrook illustre mieux que tout le dévouement de l’Artiste
altéré physiquement lorsque les évènements ne tournent pas en sa faveur. Moira
Shearer s’avère tout aussi incandescente, livre ouvert d’émotions
contradictoires intenses exaltant sa beauté et sa chevelure rousses rendue
inoubliable par le technicolor de Cardiff.
Ainsi tourmenté par leurs amours et leurs passions, le trio
ne peut que finir brisé (l’annonce finale voix étouffée de Lermontov) et
consumé par ce choix impossible à l’image du sacrifice finale de Vicky.
Victoria: Julian?
Julian: Yes, my darling?
Victoria: Take off the red shoes.
L'inscription dans un mythe, conte ou plus globalement une force qui
nous dépasse et la soumission impossible à ceux-ci est au coeur des
thématique de Powell et Pressburger qui en donneront une variation tout
aussi puissante dans La Renarde où Jennifer Jones sera tiraillée entre sa nature sauvage et la civilisation. Un des chefs d’œuvres des Archers, dont l’influence
considérable s’étend de Scorsese à Gilliam (le final de Brazil doit tout à la s séquence de ballet) et dont nombres d’artistes
n’eurent de cesse de tutoyer la grâce à l’image des récentsMoulin Rougede Baz Luhrmann ou Black Swan de Darren Aronofsky.
Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Lumière et chez Carlotta. L'image est meilleure pour le Carlotta mais les bonus sont bien plus intéressant aux Editions Lumière à vous de voir donc mais le maniaque de Powell et Pressburger ferait tout aussi bien d'avoir les deux !
Les services de police
inventent une nouvelle arme infaillible, Robocop, mi-homme, mi- robot, policier
électronique de chair et d'acier qui a pour mission de sauvegarder la
tranquillité de la ville. Mais ce cyborg a aussi une âme...
Premier film américain de Paul Verhoeven, Robocop est un classique instantané
quioffrira une nouvelle voie au
« Hollandais violent ». Persona non grata aux Pays-Bas suite aux
multiples provocations de ces œuvres (dont un ultime pied de nez magistral
avant son départ avec Le Quatrième Homme),
Verhoevenrencontra l’échec également
avec le tout aussi peu consensuel La
Chair et le Sang, fascinante fresque historique montrant un Moyen Age comme
on l’a rarement vu au cinéma, barbare, paillard et où règne l’obscurantisme
religieux.
Désormais exilé aux Etats-Unis, Verhoeven végète faute d’un
projet intéressantet s’apprête à
balayer d’un revers de la main le script de Robocop
qu’on lui a adressé mais sa propre épouse l’incitera à revoir sa décision. En
effet, sous le pitch de série B poussif (un policier transformé en robot traque
les truands dans la ville) le script deMichael Miner et Edward Neumeier s’avère bien plus corrosif qu’il n’y
paraît. Verhoeven y trouve la voie qui fera le sel de toute sa période
américaine : offrir un spectacle divertissant et attrayant sous lequel se
dissimule un sous-texte virulent. On aura ainsi parmi les grandes réussites à
venir le All About Eve de Mankiewicz
revisité à l’aune de la vulgarité du monde des strip-teaseuses de Las Vegas
(Showgirls), une quasiparodie de polar
Hitchcockien transcendée par sa virtuosité et ses écarts sexuels (Basic Instinct) et surtout le visionnaire et
incompris Starship Troopers, critique
d’une société totalitaire, manipulé par les médias et fascinée par l’uniforme
anticipant l’Amérique de George W.Bush.
Ici la cible de Verhoeven et de ses scénaristes sera la
société américaine des 80’s, règne du cynisme, du paraître et de de la
consommation où les nouveaux dieux sont les yuppies aux dents longues. La
caricature est poussée à gros trait avec les faux spots de pub outranciers
traversant tout le film, les réunions d’exécutives obséquieux et le cynisme
glacial des nantis (ce n’est qu’un détail
lancé par Ronny Cox alors que l’ED209 vient de massacrer un innocent).L’humanité va surgir de la plus étonnante des
façons dans toute cette ironie sous la cuirasse(conçue par Rob Bottin) de l’imposant Robocop.
Verhoeven use de manière surprenante de la parabole
christique où en reconquérant son humanité, tel un Jésus d’acier Robocop va
racheter les péchés de ce monde corrompu. Les angles de caméra et les postures
de martyrs d’Alex Murphy (Peter Weller) ne trompent pas lors de l’insoutenable
séquence où il se fait massacrer par une horde de malfrats. De même plus lorsque
devenu le cyborg policier Robocop ses collègues se retourneront contre lui
Verhoeven adoptera à nouveau cette imagerie d’iconographie religieuse pour
signifier la dimension sacrificielle du personnage.
Qu’est ce qui définit un être humain ? La chair constituant
son corps ou son âme ? Voilà la question que nous pose Verhoeven et à travers ce Robocop tout d’abord présenté dans toute sa froide technologie. L’imposante
allure du héros (cet aspect lourd et intimidant étant parfaitement raccord avec
le cadre de l’action la cité industrielle de Detroit) est donc magnifiée lors
de sa première sortie sur le tonitruant thème martial de Basil Poledouris où il
décime impitoyablement les truands et obéissant aux desseins de la tentaculaire
multinationale OCP.
Pourtant sous les directives et les programmes, les
souvenirs du passé affluent sous ce casque sans expression à travers les anciens collègues (excellente Nancy Allen) et des geste et habitudes oubliées. C’est donc en
traquant ses anciens meurtriers que Robocop va se construire une identité et
redevenir Alex Murphy, et découvrir que sa mission de justice est viciée dès l’origine
puisque la violence d’en bas trouve sa source dans les profits d’en haut avec
un duo de méchant d’anthologie avec le feu Clarence Boddicker (Kurtwood Smith
terrifiant) et la glace Dick Jones (Ronny Cox carnassier).
Dans cette progression dramatique, Verhoeven ne daigne faire
retirer son casque et laisser voir l’homme sous la machine que dans les
derniers instants du film. C’est à visage découvert, en homme prêt à se défendre que la machine s'estompe pour laisser place à
Murphy faisant face à ses ennemis. Toutes ses thématiques sont insérées avec
une limpidité et efficacité rare dans ce qui n’oublie jamais d’être un grand
spectacle d’action rondement mené. Verhoeven y déploie sa fascination pour une
violence outrancière qui choque encore aujourd’hui dans ses excès (encore plus
gratiné dans le director’s cut du dvd) et l’on n’est pas près d’oublier le
terrible assassinant de Murphy donc, le test de l’ED209 ou ce moment peu
ragoutant ou un méchant se liquéfie après avoir été plongé dans un bain d’acide.
Cet usage est tout à la fois complaisant pour signifier le détachement des
personnages les plus cyniques face à ces écarts et on contraire créer une
empathie douloureuse et extatique vers les plus proche de nous puisque l’on
souffre enfin avec Robocop/Murphy dans les derniers instants et craignons pour
sa vie. Verhoeven a réussi son pari en dévoilant le plus
fragile des hommes sous une carcasse de métal et d’acier (Peter Weller vécu d’ailleurs
un enfer sur le tournage) avec en point d’orgue cette magistrale et parfaite
réplique finale.
-Nice shooting, son. What's your
name?
-Murphy.
Grand film qui porte toute les qualités de l’autre chef d’œuvre
SF à venir de Verhoeven, Starship
Troopers. La seule différence étant que l’ironie a triomphé dans ce dernier
pour un Verhoeven désabusé alors que Robocop
malgré ses dérapages porte encore une vraie foi en l’Homme.
Une mère raconte sa dernière année de
lycée à sa fille : ses amours, son bal de fin d'année, le professeur de
français, sa petite culotte.
Henry King réalise là une
charmante comédie, sortant de lointain ancêtre dessinant avec candeur
les contours du teen movie tel qu'il naîtra en partie avec La Fureur de Vivre
(en plus torturé) lors de la décennie suivante. Ici, cette vision de
l'adolescence se fait par la voie nostalgique où remontant les objets du
passé (photos, gramophone, culotte ! Tous ayant leur importance dans
l'histoire) dans un grenier à vider une mère va raconter à sa fille
curieuse ses souvenirs de lycée, vingt ans plus tôt. A cette époque,
Margie est une jeune studieuse et gauche qui sous sa maturité n'en rêve
pas moins au prince charmant. Celui-ci pourrait Roy (Alan Young), garçon
un peu balourd aimant lui réciter des poème, Johnny (Conrad Janis)
capitaine de football n'ayant d'yeux que pour son amie Marybelle
(Barbara Lawrence) et surtout M Fontayne (Glenn Langan) le très
séduisant nouveau professeur de français dont son amoureuses toutes ses
camarades.
La transition temporelle se fait par un sublime
flashback où un vieux disque du présent reprend la chanson de manière
tonitruante dans le passé par le biais d'un haut-parleur. L'aspect
idéalisé et radieux de ces souvenirs convient parfaitement au halo
coloré et chaleureux (on pense beaucoup dans l'esprit aux tout aussi
bienveillantsChant du Missouri ouQuatre filles du docteur March
de la MGM produit à la même période) de cette Amérique provinciale en
forme de paradis perdu alors que la Deuxième Guerre Mondiale est à peine
achevée.
Dans ce contexte on s'émeut et s'amuse des premiers émois de
Margie , chrysalide pas encore éclose qui va passer par quelques
humiliations et désillusions avant de s'accomplir. Parmi celles-ci, un
running gag désopilant la voit perdre sa culotte (!) dont l'élastique
mal ajusté la plonge dans l'embarras à plusieurs reprises, le plus
souvent en compagnie de l'être désiré (Johnny à la patinoire, Fontayne à
la bibliothèque). Les amours, elle les rêves ou les observe dans le
secret de sa chambre, en espionnant Marybelle ou en chantant son dépit
et ses espoirs dans une des quelques séquences musicales du film.
Jeanne
Crain est absolument craquante dans sa prestation passionnée et
empruntée (la scène de débat), typique de cette adolescence où on passe
du bonheur le plus total au tréfonds du désespoir dans la minute. Ce sera
le cas lors d'un rebondissement final tournant autour du bal de fin
d'année et l'absence de cavalier pour Margie. La solution résout
subtilement une facette du récit sobrement abordée (la relation avec ce
père absent) et transforme la chrysalide en papillon (la scène du bain
moussant la montrant enfin sous un jour sensuel fait la transition) lors
de la sublime scène de bal où débarrassées de ses couettes et
socquettes Margie éblouit l'assistance de sa beauté.
Le film aurait
probablement quelque soucis aujourd'hui avec cette relation
élève/professeur ambiguë (puis beaucoup moins) acceptée voire encouragée
par les adultes mais le beau Glenn Langan (qui a coiffé Cornel Wilde
refusant de jouer dans le film et Richard Jaeckel envisagé avant lui et
qu'on a jamais vu ailleurs par la suite semble-t-il) représente surtout
un idéal charmeur et bienveillant aux yeux de la jeune fille appuyés par
sa présence lisse. Léger comme une bulle de savon et enchanteur.
Et malheureusement c'est toujours inédit en dvd, guettez une rediffusion au cinéma de minuit ou sur TCM pour savourer ce petit bijou. Et contrairement à ce que laissent supposer les photos le film est bel et bien en couleur.
1985 : les anciens du lycée Buchanan,
classe 1960, se retrouvent pour leur vingt-cinquième réunion. Ce soir,
ils sont venus en habit d'époque, jupes gonflantes, robes des sixties,
brosse et nœuds pap' pour les garçons. Peggy, très populaire en 1960, se
retrouve reine de la soirée avec pour partenaire son mari, Charlie, le
rocker. Mais ce tandem si brillant jadis est sur le point de se séparer.
Revoyant son mari dans sa prime jeunesse, Peggy, encore amoureuse,
s'évanouit. Elle s'enfonce dans le rêve et revit ces fameuses années
1960...
Perdu dans des projets mastodontes où sa mégalomanie et un public changeant provoquèrent les échecs (le superbe Coup de cœur, le raté Cotton Club, le semi échec du retour aux sources du Parrain 3), Coppola su pourtant retrouver un vraie fraîcheur à travers de plus modeste films comme l'enchaînement Rusty James/Outsiders et ce Peggy Sue s'est mariée, charmant conte moderne.
Le poids du passé, le regret de ce qui aurait pu être, (lourdement) au cœur du Parrain 3
à venir sont abordés avec une grande délicatesse ici. Peggy Sue
(Kathleen Turner) est une quarantenaire à la croisée des chemins. En
instance de divorce avec Charlie(Nicolas Cage), l'amour de sa vie,
Peggy Sue s'interroge sur ses choix. De ses rêves juvéniles d'ailleurs
d'aventures, il ne reste pas grand-chose puisqu'elle est demeurée dans
sa ville où elle tient une boulangerie et qu'en se mariant jeune elle
n'a connu qu'un seul homme et raté la révolution sexuelle des 60's.
Toutes ces questions remontent à la surface lors de la réunion de lycée
où elle va croiser d'anciens camarades dont Charlie où la joie des
retrouvailles se dispute à la nostalgie et surtout fait resurgir la
question : sachant de quoi l'avenir est fait, agirait elle de la même
façon ? Fantasme dû à cette angoisse ou vrai phénomène surnaturel, suite
à un malaise Peggy Sue se réveille 25 ans plus au temps de son
adolescence au début des 60's. Tout va donc pouvoir recommencer, ou se
rejouer.
L'ambiance 50's naïve et la performance touchante de
Kathleen Turner confère un attrait irrésistible à l'ensemble.
L'émerveillement et la nostalgie de l'héroïne sont aussi ceux du
spectateur, qu'il ait vécu ou fantasmé cette période que la mise en
image de Coppola capture dans des vignettes "americana" façon Norman
Rockwell avec son cadre pavillonnaire immaculé , ses bar à jukebox, ses
garçons gominés... Coppola donne chair à ce chromo rétro à travers les
attitudes de Peggy Sue où les retrouvailles avec les êtres chers
supposés disparus (de manière sous-jacente pour la petite sœur ou la
mère, plus explicite pour les grands parents) font retrouver une
innocence et une candeur surprenante à l'adulte éteinte vue en début de
film.
Cette innocence se traduit dans ce jeu de recommencement où Peggy
Sue va contourner ses habitudes d'antan en forçant des évènements
seulement rêvés alors : sortir avec le bel intellectuel ténébreux qui la
fascinait, dire ses quatre vérités au professeur d'algèbre... Pourtant
tout la ramène toujours à Charlie, joué par un Nicolas Cage débutant
(pas le seul avec un casting comptant des jeunes Jim Carrey, Helen Hunt
ou Joan Allen) qui confère une candeur romantique surprenante à cet apprenti
musicien notamment par l'usage risqué (qui rendirent Coppola et le
studio furieux) d'un timbre cartoonesque chevrotant qui ne ridiculise
jamais le personnage mais le rend d'autant plus fragile et touchant.
Le
film baigne dans un espoir et une quiétude idéalisant ce passé rêvé (et quel score délicat de John Barry) où
finalement le présent est plus à réparer que ces doux souvenirs comme
l'apprendra Peggy Sue sortie de cette illusion. Kathleen Turner trouve
là un de ces tout meilleurs rôles et Coppola signe un de ses films les
plus enchanteurs et positifs dont Noémie Lvosky aura tiré un sympathique
remake officieux récemment avec Camille redouble.
Sorti en bluray français chez Carlotta
Pour les fans de Coppola la vidéo de sa masterclass au Forum des images en lien ici
Trois amies partent en excursion, délaissant pour
l'occasion leurs maris respectifs. Peu avant le départ, l'une d'elles reçoit
une lettre d'une quatrième femme que toutes trois connaissent : la séductrice
Addie Ross.
Celle-ci déclare avoir profité du départ des trois amies pour partir avec le
mari de l'une d'elles, sans préciser lequel.
Durant l'excursion, chacune des trois femmes reverra successivement, aux cours
de trois flashback différents, les différentes étapes de sa vie de couple et
tentera de comprendre ce qui aurait pu décider son mari à fuir, tout en se
demandant si c'est bien de lui qu'il s'agit ou non.
A Letter to Three Wives est la première grande réussite de Mankiewicz où son art s’exprime en
toute liberté, le film se rapprochant le plus des brillants et caustiques récits
de mœurs qui feront sa gloire. Mankiewiczdébutant et simple exécutant avait été sur ses premiers films confiné à
des genres bien éloignés de son univers (Le film gothique Le Château du
dragon , le thriller Quelque part dans la nuit tous deuxen
1946) ou alors soumis à des scripts dont il n’était pas l’auteur (Un Mariage
à Boston, L’Aventure de Madame Muir tous deux réalisés en 1947)
un comble pour lui. Cela ne l’empêcha pas de signer un authentique chef d’œuvre
avec la romance fantôme de L’Aventure de Madame Muirmais c’est réellement avec Chaînes Conjugales
qu’il dessine les contours des grandes œuvres à venir des années 50.
A l'origine prévu pour Lubitsch, le film est adapté d’un
roman de John Klempner pré publié en magazine et dont le potentiel est
décelé par les pontes de la 20th Century Fox qui en rachètent les droits. Le
décès de Lubitsch pendant le tournage de La
Dame au manteau d'hermine permet l’arrivée d’un Mankiewicz qui conscient de
trouver enfin un matériau à sa mesure réécrira entièrement le premier script de
Vera Caspary. Parmi les changements majeurs, le choix de rendre Addie Ross
invisible, séductrice moqueuse, omnisciente et objet de toutes les tensions
alors qu'elle n'intervient qu'en voix off (le timbre doucereux et distancié de
Celeste Holm qui retrouvera Mankiewicz en chair et en os sur Eve) ainsi que le passage de 5 à 3
héroïnes.
On tient là une comédie
de mœurs féroces où Mankiewicz va dénoncer plusieurs maux de l'Amérique de
d’alors, mais aussi des tares plus universelles liées aux rapports
hommes/femmes à travers les trois couples formant l'intrigue. Pour cela Mankiewicz
use de sa figure narrative favorite, le flashback,afin d’introduire chaque situation. Cette
élément si souvent utilisé chez lui (All
about Eve, La Comtesse aux pieds nus,
Soudain l'été dernier) s’exprime avec
une inventivité constamment renouvelée avec ici avec la voix off d'Addie Ross
déformée par un effet sonore pouvant laisser penser qu'elle est issues de la
psyché des héroïnes.Divers maux rongent les différentes unions du film.
Hypocrisie
et pouvoir du paraître pour le couple Jeanne Crain/Jeffrey Lynn (le moins
intéressant), furieuse et visionnaire charge contre l'abêtissement par les médias
pour le couple Ann Sothern/Kirk Douglas et une passionnante observation du
(supposé) mariage d'intérêt et l'incompréhension par le manque de communication entre Paul Douglas et Linda Darnell.
L'écriture est des
plus subtiles et efficace, Mankiewicz alternant les dialogues très explicatifs appuyant
sa réflexions et les idées narratives parfaites sachant écourter pour aller à
l’essentiel à la manière du rebondissement final qui rapproche enfin Linda
Darnell et Paul Douglas sans avoir besoin de s'appesantir plus que nécessaire. Le
casting est exceptionnel en particulier une Linda Darnell poignante et qui
entame là une liaison avec Mankiewicz (interrompue par son non choix pour le
premier rôle de La Comtesse aux pieds nus obtenu par Ava Gardner). Un des meilleurs
films de son auteur auquel la série Desperate
Housewive peut dire merci puisque tout est déjà là.
Sept inséparables décident de prendre
quelques jours de vacances pour mettre au point trois énormes canulars
destinés à bafouer les corps constitués : l'armée, l'église et
l'administration... Ils jettent leur dévolu de manière presque
arbitraire sur deux paisibles sous-préfectures : Ambert et Issoire, car
celles-ci les lorgnaient d'un mauvais œil sur une carte de France.
Entre son adaptation (adoucie certes mais le matériau est là) de La Guerre des Boutons ou son ode libertaire Alexandre le bienheureux, Yves Robert dans ce cadre de cinéma populaire se sera avéré un cinéaste étonnement subversif. La preuve avec cet hilarant Les Copains,
adaptation modernisée d'un roman de Jules Romains et grand éclat de
rire moqueur lancé à la France Gaullienne. On pense parfois à son futur
et cultissime diptyque Un éléphant ça trompe énormément/Nous irons tous au paradis
dans cette visions collective de l'amitié masculine mais si malgré
l'humour la réalité rattrape quelque peu les personnages des films de
77/78, on baigne ici dans une douce insouciance détachée des
vicissitudes du quotidien.
D'ailleurs les héros des Copains sont chacun des sorte d'archétypes moins fouillés que dans Un éléphant...
mais immédiatement cernés et attachant grâce au casting parfait et à la
présentation ludique qu'en fait Yves Robert en ouverture. Là, du
berceau au lycée en passant par le service militaire et les grandes
écoles, Yves Robert dépeint toute les étapes du cycle de la vie d'homme
qui auront vu les personnages se rencontrer tour à tout avec la bande
joyeux lurons que sont Philippe Noiret (Bénin), Guy Bedos (Martin),
Michael Lonsdale (Lamendin), Christian Marin (Omer), Pierre Mondy
(Broudier), Jacques Balutin (Lesueur) et Claude Rich (Huchon).
Dans
ce parcours balisé, les sept camarades n'auront jamais cessé de
s'amuser et se rire de leur entourage. On en a une démonstration en
début de film lorsqu'ils sèment la zizanie dispersé dans une salle de
cinéma ou lors d'une beuverie épique dans un bar où le tenancier Jean
Lefebvre sera joliment malmené. C'est dans cet état second que leur
vient l'idée de passer à l'étape supérieure pour moquer cette rigueur et
médiocrité ambiante à plus grande échelle. Le cadre de leur action sera
choisi au hasard alcoolisé d'une carte de France dans deux
sous-préfectures endormies du Puy-de-Dôme, Ambert et Issoire. Chacun
des sept amis échafaudera une farce dont les trois meilleures seront
exécutées au détriment des malheureux habitants.
Le film
s'enferme un peu au départ dans une préciosité qui nous éloigne des personnages, déséquilibrés entre sophistication et esprit de sales
gosses turbulents. Il y a néanmoins de bonne idées comme celle de faire
du périple vers les villages une sorte de chanson de geste où les
copains se croisent et se répondent à distance tel des nobles chevaliers de
la blague en route vers leur destinée, le tout truffé de rencontres
loufoques tel cette tenancière d'hôtel revêche jouée par Tsilla Chelton.
Par contre une fois les fameux canulars lancés, l'hilarité, la vraie,
ne se dément pas jusqu'à la dernière minute. L'audace du récit est de se
jouer à travers chacune des facéties d'une grande institution que ce
soit l'armée, l'église ou l'administration.
La droiture et le
respect aveugle de l'armée sont génialement caricaturés avec un Pierre
Mondy déguisé en ministre qui mettre à sac une caserne et la ville par
la seule crédulité et l'obéissance de gradés. Les dialogues sont
extraordinaires, subtil et rabelaisiens avec une vulgarité élevée en en
art (l'épisode des toilettes ) et un final explosif où les malheureux villageois vont passer une
drôle de nuit. Philippe Noiret grimé en prêtre provoquera un même éclat
de rire avec un discours en forme d'appel à la chair où les contrechamps
entre sa tirade enflammée et les mines frustrées et/ou concupiscente
des fidèles décuple la force du propos. Le troisième canular prometteur
dans l'idée et amusant dans sa réalisation s'avère moins fort même si la
figure de Vercingétorix ridiculisée et le phrasé grandiloquent et
pompeux du maire son savoureusement croqués.
Une beuverie avait
annoncé le début de la campagne farceuse, un autre grand banquet amorce
sa fin mais avant de retourner à leur existence ordinaire notre bande
s'offrir un dernier coup d'éclat à l'ampleur... écarlate ! Même s'ils
ont parfois du mal à tous exister (dommage pour Michael Lonsdale un peu
en retrait alors qu'il aura peu eu l'occasion de faire dans la
gaudriole) tous les acteurs emportent l'adhésion, en particulier Guy
Bedos en grand enfant, Philippe Noiret en chef de bande (et qui remettra
le couvert avec le pendant italien du film d'Yves Robert Mes cher amis)
et un Pierre Mondy canaille. Grande comédie sur les airs guillerets des Copains d'abord de George Brassens composé pour l'occasion.