L'honorable William Horatio
Ambrose se confie à un journaliste : dernier descendant d'une longue lignée de
marins, il se devait d'honorer ses ancêtres en embrassant une carrière de
militaire en mer. Son seul souci - de taille - est qu'à peine sur un bateau, il
devient immédiatement sujet à un mal de mer carabiné. Devenu malgré tout
capitaine, grâce à ses services durant la guerre comme testeur de médicaments,
il fait l'acquisition d'une jetée, dans une station balnéaire, ancien parc
d'amusement tombé en décrépitude. Par la force de sa volonté, il va redorer le
blason de la jetée de Seacastle en même temps que le sien.
Barnacle Bill a l’insigne
honneur d’être l’ultime film produit par le Studio Ealing. Une époque était
déjà révolue depuis la vente des studios à la BBC en 1955, Ealing quittant la
fameuse adresse à laquelle il devait son nom et les dernières productions se
faisant sous la bannière MGM. Ce dernier film sous la bannière Ealing, loin de
constituer une apothéose constitue du moins une honnête et sympathique synthèse
où l’on retrouve toutes les facettes du studio. T.E.B. Clarke, le scénariste
qui avait été un des moteurs du virage d’Ealing vers la comédie à la fin des
années 40 est l’auteur de ce chant du cygne dans lequel Alec Guinness désormais
superstar depuis le triomphe du Pont de la Rivière Kwai vint également faire un
dernier numéro dans cette maison ayant contribué à sa reconnaissance.
William Horatio Ambrose (Alec Guinness) souffre d’un drôle
de paradoxe : fils d’une lignée prestigieuse de marin, le malheureux
souffre du mal de mer et il lui semble bien difficile d’honorer cet héritage.
Le générique aux crédits tanguant illustre avec amusement le mal de son héros
avant que la construction en flashback (clin d’œil à celle de De l’or en barre (1951)) ne nous explique le
concours de circonstance l’ayant amené à bénéficier des honneurs en ouverture.
Guinness nous rappelle au souvenir de Noblesse
Oblige lorsqu’on le verra endosser de la préhistoire à la Première Guerre
Mondiale les traits de ses ancêtres illustres marins et pas si héroïques que
cela à travers leur mort ridicule. Bien décider à honorer sa lignée, Ambrose va
faire l’acquisition d’une jetée qui lui permettra d’être capitaine sans avoir à
prendre la mer. A son échelle modeste il va être amené à manifester son
héroïsme en faisant de sa jetée le seul espace de liberté dans la sinistre cité
de Seadcastle. On retrouve là un des motifs majeur d’Ealing, l’ode à l’insoumission.
L’espace restreint constituant le dernier bastion de la rébellion du commun des
mortels avait déjà été abordé dans Passeport pour Pimlico (1949) ou Tortillard pour Titfield (1953) et sera ici incarné par cette jetée défiant la bureaucratie,
la corruption et les mœurs figées de cette vieille Angleterre (et symboliquement seule lumière dans la désolation de la nuit le temps d'une scène). Cette rébellion
se fera non par la violence mais par la fête, reprenant là aussi des situations
de classiques Ealing comme Champagne Charlie (1944) ou Whisky à gogo (1949) puisque cette jetée festive est un défi lancé aux notables
de la ville voyant leurs intérêts menacés.
Comme souvent cette approche possède
une double facette puisque cette insoumission célèbre à chaque fois une forme
de solidarité typiquement anglaise et prolongement de l’unité qui fit la
grandeur du pays durant les épreuves de la Seconde Guerre Mondiale. En cette
fin des années 50, cet esprit avait tendance à s’estomper et le film souhaite
le ranimer avec force à l’esprit du public anglais. C’est également une
métaphore du Studio Ealing seul à perpétuer cet esprit et dont pas mal des
scénarios les plus brillants eurent leurs prémisses dans un concert de pinte au
sein du pub faisant face aux locaux.
Le fond est donc là et toujours aussi attachant mais la
forme n’est pas tout à fait au niveau. Charles Frend ne possède pas l’humour
noir d’un Alexander Mckendrick, ni la dimension sociale de Robert Hamer, encore
moins la bonhomie de Charles Crichton ou encore l’ironie de Cavalcanti. Frend
exprime toutes ses facettes mais de manière assez laborieuse dans un rythme un
peu languissant et donc sans le génie de ces prédécesseurs. On passe donc un
moment agréable et l’amateur d’Ealing avance dans un certain confort sur
terrain connu mais le savoir-faire a pris le pas sur les fulgurances géniales d’antan.
Alec Guinness est une fois de plus parfait ( à la fois léger et impliqué avec ce marin dirigeant sa berge comme un pavillon de la Royal Navy) et fait passer par sa seule
prestation tous les manques narratifs et esthétiques du film, la dimension
héroïque d’Ambrose passant lui plus que par la mise en scène de Frend lors du
morceau de bravoure final - en dépit de la belle idée des spectres des ancêtre observant la taille finale. Même la petite distance comique ne doit qu’à son pas
mal assuré alors qu’il se décide par la force des choses à prendre la mer. Un
adieu qui sans être indigne ne s’avère pas mémorable non plus face au passé
glorieux d’Ealing mais l’on ne peut s’empêcher de sourire dans cette dernière
scène où Horatio et les auditeurs de son récit fin saouls sont toisés par un
policier suspicieux. La fête était bien finie.
Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa














































