Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Trouvable en dvd zone 2 UK sans sous titre (bon courage avec les accents Londoniens !) et surtout dans le coffret consacré au Studio Ealing sorti en France chez Studio Canal avec des interventions brillantes et érudidtes de Bertrand Tavernier.
Dans la lignée de Metropolis (ou dans un registre différent d'un Intolérance ou les Dix Commandements première version pour la construction en plusieurs époque lointaine) un petit classque de la SF futuriste et utopique. Adapté du roman de HG Wells (qui signe lui même le scénario) Shape things to come, le film constitue un des grands chantier du cinéma anglais des années 30 par l'intermédiaire du producteur d'origine hongroise Alexander Korda et de ses frères, qui développe ici pas mal des moyens colossaux et de la science des trucages qui éblouiront les spectateurs dans des films bien meilleurs les années suivantes comme Le Voleur de Bagdad, Le Livre de la jungle ou les oeuvres de Michael Powell. A la réalisation on trouve William Cameron Menzies, chef décorateur de quelques fleuron du muet (Le Voleur de bagdad de Raoul Walsh..) et qui va ici apporter son sens de l'esthétique.
L'histoire divisé en trois parties dépeint trois époques de la ville imaginaire de Everytown situé dans le présent, le futur proche puis le futur lointain.
La première époque dépeint la ville vivant un noël heureux, avant qu'un conflit mondial vienne semer le chaos tandis qu'on découvre au passages divers personnages qui reviendront tout au long du récit, plus âgés dans la seconde partie où des descendant dans la troisème joué par les même acteurs notamment Raymond Massey médecin ici et parangon du pouvoir de la science plus tard. Ce futur anticipe avec une étonnante vraisemblabilité les images cauchemardesque à venir de la 2e guerre mondiale imminente. Les bombardements et la mort d'innocents dans Everytown annonçant ceux de Londres, tout comme les méthodes de guerre. Menzies alterne les pures images allégoriques comme ce petit garçon déguisé en soldats accompagné d'ombres guerrière allant au combat et les fondus enchaînés montrant trois décennies de combats (avec plein d'idée novatrice comme le design des tank très modernes).
La deuxième partie, situé en 1970 montre Everytown retombé à l'ère féodale et plongée dans la tyrannie. Là encore l'anticipation sur certaines grande figures du fantastique étonne comme cette maladie étrange faisant déambuler dans un décor post apocalyptique les contaminés de la même manière que les zombies de Romero. Un peu trop bavard, ce passage est tout de même un peu kitsch même si la conclusion voyant l'arrivée des hommes de science au pouvoir offre quelques images impressionnante pour l'époque tel que ces avions gigantesque façon Miyazaki du Château dans le ciel avec des intérieurs, des incrustations et projections étonnantes tout en anticipant cette fois la guerre chimique et bactériologique (de manière positive ici on est chez HG Wells chantre de la science) dans la manière conclure le l'affrontement.
La fin de la deuxième partie voyait le triomphe de la science à travers un HG Wells s'exprimant par l'intermédiaire de Raymond Massey. HG Wells a toujours pensé que le salut viendrait par le pouvoir donné aux hommes de science et cette dernière partie montre le monde idéal du futur lointain (2035) qu'il imagine s'il était écouté. Malgré l'aspect très kitsch des tenues vestimentaires de ses hommes du futurs en toges antiques (quoique pour les femmes on est pas si loin de certains look 60's) Menzies démontre tout son savoir faire avec des décors monumentaux au design incroyablement moderne et imposant (tout een restant cohérent avec la ville telle qu'elle est montrée 10 ans plus tôt) : la piste de décollage de la capsule vers la lune, la cité désormais sous terraine de Everytown grouillant de vie, les ascenseur s'élevant à des hauteurs infinies... De plus les personnages évoluent parfaitement dans tout ces lieux par la force de trucages prodigieux, entre maquettes soignées et effets visuels presqu'invisible.
Niveau narratif c'est autre chose, le prechi precha de Wells pour la science finissant par être saoulant (on se croirait dans une production Georges Pal où la religion aurait été remplacé par la science) car jamais remis en cause, le tout culminant à la fin avec un Raymond Massey sorte de Moïse des temps futurs déclamant en roulant des yeux des tirades enflammées et Shakespearienne face à un peuple se rebellant et reproduisant les erreurs du passé en allant cotre le progrès. Dans l'ensemble c'est un peu le défaut du film cette naïveté face à la science (surtout vu toutes horreurs à venir au 20e siècle) Menzies n'apportant pas de contrepoint au script de Wells et se contentant de (très bien) l'illustrer. Par la suite il s'exilera à Hollywood où sa puissance esthétique révolutionnera l'imagerie du cinéma classique américain en illuminant (entre autres) certaines production de David O' Selznick (dont les légendaires Autant en emporte le vent et Duel au Soleil) ou les films de Sam Wood dont il réhaussera grandement la qualité.
Trouvable pour pas cher en zone 2 anglais mais sans sous titres (même anglais) et pour un peu plus en zone 1 doté de sous titres.
Agnès, sicilienne de 15 ans est séduite et mise enceinte par Peppino, le fiancée de sa sœur Matilde. Le père des deux femmes découvre tout et tente par tout les moyens d'étouffer le scandale... Un film brassant les mêmse thèmes que son Divorce à l'italienne avec lequel il constitue une sorte de diptyque sicilien (voir trilogie sur les moeurs italiennes si on ajoute Signore & Signori se déroulant lui à Trevise). Après l'impossibilité de divorcer, c'est sur le mariage forcé que s'attarde Germi à travers le destin de la jeune Stefania Sandrelli mise enceinte dans un élan de passion et dont le père va user de tout les stratagème pour garder l'honneur de sa famille intact. La première moitié est tout simplement époustouflante de rythme, d'idée et de situations rocambolesque. Le film s'ouvre sur une scène de séduction passionnée et torride où Germi se joue avec brio de la censure.
C'est ensuite la découverte de la petite famille avec en tête l'habitué Saro Urzi absolument extraordinaire en père tyrannique ne laissant pas une minute de répit à ses filles et obsédé par la vertu et l'honneur. L'idée narrative l'amenant à découvrir la grossesse de sa fille est épatante (en plus de témoigner de l'ignorance crasse des ruraux sicilien) suivi par des séquences de rage et d'hystérie en pagaille où il malmène la pauvre Stefania Sandrelli en cherchant à découvrir l'identité du père. Un mystère qui sera résolu dans une séquence brillante témoignant du l'amour du polar de Germi où Saro Urzi reconstitue en flashback saccadé la journée fatidique et découvre que le père n'est autre que son futur beau fils. Sûrement la comédie la plus sombre de Germi, même si on rit franchement les situations sont quasi insoutenable et il n'y a réellement aucun personnage à sauver.
On retrouve l'hypocrisie dénoncée par Germi avec des hommes réclamant la vertu pour leur femme mais près à courir la première donzelle venue (Aldo Puglisi est particulièrement infâme et lâche en fiancé), l'Eglise qui ferme les yeux tant que le scandale n'éclate pas au grand jour, les femmes qui et suivent aveuglément leur mari... Belle et sensuelle à se damner (elle a rarement été plus belle que dans ce film) Stefania Sandrelli est finalement tout aussi pathétique, enfermé par des coutumes archaïques et la religion et n'osant que trop timidement se rebeller ce qui causera sa perte. Seul défaut le scénario (co écrit par Germi et les géniaux Age-Scarpelli) se perd un peu trop dans sa dernière partie en démultipliant les stratagèmes (et notamment en réutilisant le crime d'honneur au centre de "Divorce à l'italienne) où Urzi tente le tout pour le tout du plus abracadabrantesque au plus pathétique pour sauver les apparences, le tout rallongeant un peu inutilement la conclusion.
D'ailleurs la fin est tellement sombre et désespérée que même les ultimes touche d'humour n'y font rien (contrairement à Signore & Signori où les pires horreurs passaient dans un grand éclat de rire) c'est la gorge serrée qu'on assiste à une conclusion vraiment horrible (avec une simili scène de démence/cauchemar bien oppressante) avec la scène de mariage la plus triste du cinéma.
Troisième adaptation de la célèbre pièce de ben Hecht où Wilder à la très difficile tâche de se frotter à celle insurpassable offerte par Howard Hawks avec La Dame du vendredi. On évacue la question d'emblée, à aucun moment le film de Wilder ne s'approche du rythme éreintant, des dialogue pleine d'esprit et du charme du Hawks. D'ailleurs il n'essaie même pas pour prendre une voie différente. Le côté screwball comedy disparait totalement la relation de couple avec Susan Sarandon étant plus un obstacle qu'un réel enjeu finalement pour Jack Lemmon (qui re masculinise le rôle que Hawks avec féminisé par rapport à la pièce avec Rosalind Russell).
Donc à partir de la même histoire d'un condamné à tort à sauver, Wilder troque la comédie speedée de Hawks contre un rythme beaucoup plus pépère (une sorte de "Un, deux, trois" au ralenti) où il se repose grandement sur les facéties du duo Lemmon/Mathau. L'alchimie entre ces deux là est toujours aussi époustouflante de drôlerie et 70's oblige Wilder gorge désormais ses dialogues d'échanges franchement orduriers et vulgaires la plupart du temps à mourir de rire. L'intrigue du condamné lui permet de distiller quelques flèches empoisonnées envers la presse où on sent des réminiscence du Gouffre au chimères. Le ton se fait soudainement sordide le temps d'une scène où la prostituée harcelée par les journalistes est contrainte de se jeter par la fenêtre pour leur échapper. Le ton léger du film oblige Wilder à la faire survivre (bien qu'on ne la recrois plus durant la suite du film) mais Wilder donne une nouvelle fois une image peu glorieuse de la profession, véritable vautour prêts à tout les outrages et trahisons pour un scoop.
L'équilibre entre l'aspect exaltant et celui plus douteux du métier est représenté par Jack Lemmon hésitant entre tout quitter pour se marier et sans cesse rattraper par l'adrénaline du métier avec cette ultime affaire. L'épilogue donne d'ailleurs le vrai sentiment de Wilder (lui même ancien journaliste) sur la profession en dévoilant le futur de ses personnages. Sinon c'est franchement drôle, truffé de personnages loufoque, le psychanalyste freudien* obsédé par la masturbation et les objets phallique n'étant pas des moindres. Loin des meilleurs Wilder mais un bon moment. Reste à espérer qu'un éditeur se penche sur le suivant toujours introuvable en dvd, Fedora magistral film jumeau de Sunset Boulevard.
* Belle anecdote autour d'un rendez vous manqué entre Wilder et freud du temps où il était journaliste à Vienne raconté dans le livre d'entretien avec Cameron Crow d'ailleurs.
Dvd trouvable facilement en zone 2 chez Bac Video pour pas grand chose
Un pitch proche du récent Ghostwriter de Polanski avec un Michael Caine écrivain à la petite semaine chargé d'être le nègre pour l'autobiographie d'un commanditaire mystérieux qui s'avérera être une star hollywoodienne déchue incarné par Mickey Rooney. Les accointances de ce dernier avec la mafia pourraient le menacer, certaines révélations ne devant pas être faites. Pas aussi connue que le polar La loi du milieu mais une nouvelle brillante collaboration entre Michael Caine et Mike Hodges.
Un constant double niveau de lecture avec la forme adoptant réellement les enchaînement surprenant et les rebondissements d'un pulp de gare, le générique défilant comme la frappe d'une machine à écrire, ou la voix off de film noir décalée de Michael Caine. Sur le fond c'est un constat assez sordide sur la déchéance d'une star hollywoodienne où Mickey Rooney ex enfant star n'a pas besoin de se forcer pour s'immerger dans le rôle.
On penserait presque au côté désenchante de Fedora un des derniers Billy Wilder même si la tonalité ludique atténue un peu la noirceur. Le final et sa révélation révoltante marque tout de même durablement les esprits. Une belle curiosité avec l'anglais le plus classe du monde, Michael Caine ici au sommet de son art en dandy tout de blanc vêtu même à un enterrement. C'est autrement plus passionnant que le légèrement surestimé dernier Polanski.
Un virevoltant et très novateur dynamitage du film en costume qui anticipa toute la vague des films délirant pop psyché à venir durant la décennie. Adapté d'un classique anglais de Henry Fielding, on suit les aventures du jeune Tom Jones, enfant illégitime élevé dans la campagne par un noble anglais. Doté d'un talent certain pour s'attirer les pires ennuis, il se retrouve chassé de chez lui à tort suite aux manipulations de son frères adoptif. C'est parti pour une suite d'aventures et de rencontres délirantes où il va essayer de lever le secret de ses origines et surtout gagner le coeur de sa bien aimée Sophie (joué par la charmante Susanna York) que le destin s'acharne à constamment éloigner de lui.
Raconté comme cela ça a l'air de donner dans le drame romantique et social en costume classique sauf que pas du tout. Tony Richardson applique un traitement cartoonesque, psyché et non sensique (et surtout avant que ce soit complètement à la mode le film datant de 1963) à son film qui offre un spectacle classieux (reconstitution splendide décors comme costumes dans l'esprit des meilleures productions anglaise du genre) et totalement distancié à la fois. Arrêt sur images incongru, narration en voix off so british moqueuses, des acteurs qui interpelle le spectateur en plein action, retour en arrière intempestifs, tout y passe. On peut ajouter aussi des séquences filmées en dépit du bon sens (dont une partie de chasse visuellement chaotique et bien barbare) à coup d'accélérés ou de zoom agressifs pour un grand moment de folie furieuse.
Les personnages sont au diapason à commencer par le héros campé par un Albert Finney génial. Donc Tom Jones tout en gardant le côté candide et innocent du héros romantique est coureur, buveur et bagarreur, aux antipodes d'un Darcy. Face à lui des des paysanne à la cuisses légères aux visages crasseux, des hommes tous pervers au visages rougeaud (l'alcool de la campagne c'est le meilleur) et aux dent gâtées... Ca ne vaut pas bien mieux lorsque l'intrigue se déplace à Londres sur la fin. Tout n'y est que perversions, mensonges et intrigues de palais (où Tom Jones aura fort à faire pour manoeuvrer dans ce monde hypocrite) et niveau reconstitution l'ambiance pouilleuses des bas fond est certainement plus proche de la réalité que nombre de films plus sérieux à l'esthétique léchée.
Bref malgré de petits défauts de longueur (2h à ce régime c'est un peu trop) un sacré spectacle entre l'académisme le plus pur (tout es bien qui finit bien ou presque la morale est sauve) et l'avant gardisme le plus délirant. Et puis rien que pour la prestation hilarante de Hugh Griffiths en propriétaire fermier rustaud et paillard c'est à voir. Judicieusement récompensé par 4 Oscars à l'époque et c'était tout à fait mérité.
Certainement un des films les plus étranges de la filmographie de Paul Schrader où son attrait pour la perversion et l'interdit s'exprime le mieux. Une première moitié de film montrant un couple Rupert Everett/Natasha Richardson en vacances à Venise où la beauté de la ville ne semble pas atténuer le manque de communication et l'éloignement progressif entre les deux. On a rarement vue Venise filmée comme cela, Schrader privilégie les ruelles vides, les coins bizarres où déambule notre couple en crise. Les monuments et zones touristiques ne sont aperçus que dans des ambiances très particulières, au petit matin où à la nuit tombante ce qui leur confère une étrangeté certaine et inédites.
Tout bascule avec la rencontre du mystérieux et impénétrable personnage de Christopher Walken qui lui prête son élégance et son excentricité. Les séquences se font de plus en plus onirique et vaporeuse (fascinant moment où la caméra déambule dans un bar tandis que Walken raconte un horrible traumatisme d'enfance) tandis que l'ambiance se fait sulfureuse et décadente lorsque le couple accepte de se rendre dans la demeure vénitienne d'époque de Walken. Le couple si froid jusque là se voit gagner par le démon du sexe, tandis que Walken et sa femme Helen Mirren les observe avec une délectation manipulatrice.
Schrader se lâche enfin et orne les demeures vénitiennes de ses fameux éclairages tape à l'oeil (plus discrets que dans La Féline ou un American Gigolo quand même) vert ou rose pastels. L'inspiration picturale de la Renaissance offre de véritables tableaux où se fondent nos protagonistes, les passions humaines se mêlant aux vestiges dans un tout bien tortueux. La photo de Dante Spinotti est somptueuse et le score de Badalamenti appuie encore l'aspect vénéneux du récit.
Malheureusement la magie s'estompe progressivement tant le propos se fait hermétique et l'intrigue avance peu pour une chute surprenante en forme de piège implacable. Sans doute le roman original réputé bien pervers (adapté ici par Harold Pinter tiut de même) est plus explicite mais au final je n'ai pas vraiment compris où Schrader a voulu en venir.
Disponible en dvd zone 1 et sone 2 chez MGM pour pas grand chose.