Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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samedi 21 août 2010

La Fille à la valise - La Ragazza con la valigia, Valerio Zurlini (1960)


Aida (Claudia Cardinale) tente de retrouver Marcello Feinardi, jeune et riche playboy qui l'a abandonnée après quelques jours de liaison et des promesses. Elle sonne à la porte de la maison familiale de celui-ci, qui envoie son jeune frère, Lorenzo (Jacques Perrin), l'éconduire en lui disant qu'elle s'est trompée d'adresse. Lorenzo est touché par la détresse et la beauté d'Aida. Débute alors une histoire d'amour impossible entre un innocent et idéaliste adolescent de la bourgeoisie et une jeune femme de province qui essaye de s'en sortir.

Parmi les plus beaux rôles de Claudia Cardinale, La Fille à la valise s'inscrit au centre d'une sorte de trilogie pour le réalisateur Valerio Zurlini où il s'applique à dépeindre l'intimité de personnage dont les sentiments amoureux (Eté Violent réalisé un an auparavant) ou fraternels (Journal Intime à venir deux ans plus tard) sont constamment freinés par leur contexte. Les obstacles peuvent être sociaux, psychologiques où existentiels mais ils entraveront indéfiniment les relations sans espoirs de retour. Ici Zurlini dépeint la rencontre entre deux solitudes toutes différentes.

D'un côté Aida, jeune chanteuse sans le sous éconduite par un playboy lui ayant promis monts et merveille et l'abandonne une fois arrivé à ses fins. De l'autre Lorenzo le jeune frère de celui ci chargé de repousser la belle trop récalcitrante mais qui tombé sous le charme va en devenir le chevalier servant. Les motifs qui vont les rapprocher seront aussi ceux qui vont les séparer, illustrés de manières variés et inventives par Zurlini. Lorenzo est un adolescent timide dont le milieu aisé l'isole du monde "réel" (il est constamment curieux et/ou amusés quand Aida lui raconte son existence des rues) et l'occasion d'aider Aida est une manière de s'y intégrer. Celle ci, peu épargnée par les difficultés de la vie s'épanouit enfin au contact du jeune garçon prêt à l'aimer simplement. Zurlini délivre une atmosphère estivale envoûtante au fil des déambulation du couple dans une Parme rêvée.

Le lien entre Lorenzo et Aida est pourtant ténu, ce qui se ressent dans la symbolique de certaine séquence parmi les plus romantique du film, notamment par la figure de l'escalier. Lors de la première rencontre quand Aida vient sonner à sa porte, elle est séparée de Lorenzo par l'immense escalier qui surplombe la demeure et il doit descendre cette espace physique et social qui les éloigne pour la rejoindre. Plus tard dans ce qui est sans doute la plus belle scène du film c'est Aida qui effectuera ce parcours pour une tout autre signification. Réfugiée pour une après midi chez Lorenzo qui lui permet de prendre un bain (elle se sera extasié auparavant sur la salle de bain en marbre) elle est ému par le geste du garçon a lancé pour elle un morceau de l'opéra de Verdi. Elle descend à son tour l'escalier de la maison vers lui en s'oubliant totalement, tout est prêt à basculer mais un éclair de lucidité lui rappelle la différence d'âge et de vécu entre elle et ce prétendant si innocent. Toute l'essence du film se trouve là et Zurlini l'exprime par sa mise en scène fluide et sa direction d'acteurs fabuleuse.

Claudia Cardinale est bouleversante de bout en bout déployant une fragilité palpable sous la beauté ravageuse que lui confère la caméra de Zurlini. Le clou est d'ailleurs atteint lors de ce moment où la réalité rejoint la fiction quand Aida pleure l'enfant illégitime qu'elle a du abandonner, ce qui fut le cas de Claudia Cardinale contrainte de dissimuler pour sa carrière un enfant mis au monde à 16 ans. Jacques Perrin toute en candeur juvénile exprime à merveille l'illumination et les tourments suscités par un premier amour et compose un magnifique et fragile jeune premier.

Le récit n'aura de cesse d'accentuer les différences tel la séparation causé par l'entourage trop présent (la séquence révoltante du prêtre hypocrite obéissant au convention face à Aida) du jeune garçon et au contraire le dénuement absolu causé par la solitude de Aida sans son protecteur. Lui est condamné à rester son isolement doré et elle à céder aux hommes douteux même si une belle scène vers la fin montre une ultime fois Lorenzo en chevalier blanc sortir Aida d'un mauvais pas avec un odieux mâle trop entreprenant. Après une ultime étreinte, c'est donc l'heure de la séparation et la dernière scène où en guise de lettre d'amour se révèle quelques billet montre que le fossé est inéluctable.

Sorti en dvd zone 2 français dans une belle édition chez MK2



vendredi 20 août 2010

Le Village des Damnés - Village of The Damned, Wolf Rilla (1960)

Le village de Midwich en Angleterre est le théâtre d'un phénomène mystérieux. Tous les habitants et les animaux deviennent inconscients pendant plusieurs heures ainsi que toute personne qui pénètre dans un périmètre autour du village. Même des militaires équipés de masque à gaz s'évanouissent. La population se réveille toute au même moment sans qu'il soit possible aux autorités de trouver une explication au phénomène. Quelques mois plus tard, les douze femmes et filles du village en âge d'enfanter se retrouvent enceintes et accouchent le même jour d'enfants blonds aux yeux un peu étranges....

Adapté du roman Les Coucous de Midwich de John Wyndham, Le Village des Damnés est un petit classique du fantastique britannique. Malgré le pitch à fort potentiel, le film s'avère assez décevant au niveau de son scénario. La structure trop soumise au standards de l'époque évoque finalement plus un super épisode de La Quatrième dimension et frustre sur pas mal de points. La grosse ellipse qui voit les enfants passer de chérubins de 1 ans à peine à des enfants de 9 ans sans une une certaine évolution sur le développement de leurs pouvoir (il passent en un clin d'oeil de surdoué en gamin malfaisant) n'est pas très heureuse.

De même la prise en charge minimale de l'armée après les évènement est peu crédible et l'absence de détails sur l'origine des enfants (vraisemblablement extraterrestre) crée autant le mystère qu'elle restreint les péripéties potentielles (passé l'ouverture finalement l'intrigue se réduit à une suite de démonstration de forces du groupe d'enfant) tandis que certaines pistes intéressantes (les même phénomènes se déroulant partout dans le monde) ne sont pas exploités. C'est vraiment trop court vu les possibilités (1h14 à peine) sans doute mieux exploitée dans le roman ou peut être dans le remake de John Carpenter de 95. A l'époque du remake Wolf Rilla avait d'ailleurs adoubé Carpenter en reniant son propre film qu'il jugeait sabordé au montage par ses producteurs, ce qui expliquerait sans doute toutes ces zones d'ombres.

Si l'écriture et et la construction pêche, il en va tout autrement de l'atmosphère terrifiante instaurée par Wolf Rilla et c'est là que se situe la grande réussite du film. La scène d'ouverture qui voit le village entier de Midwich tomber en léthargie est un sacré moment d'inquiétude inexpliquée qui pose immédiatement l'ambiance. De même la présence des enfants est rendue des plus menaçante avec un minimum d'effet, dans la manière de les faire se mouvoir tel une entité unique et grâce au jeu inexpressif appuyant leurs absence d'émotion avec ce regard vide qui vous hante bien après la vision du film. Le leader des enfants est d'ailleurs incarné par le jeune Martin Stephens, déjà tout aussi terrifiant et glacial en jeune Miles dans Les Innocents.

La manifestation de leurs pouvoir est assez classique mais très bien amenée notamment leurs télépathie et la soumission de l'esprit humain (glaçant moment où un bébé mutant soumet son grand frère avec l'aide de sa petite soeur) et quelques meurtres surprenant comme cet homme brûlé vif sans qu'il puisse s'opposer. Les quelques défauts soulignés plus haut sont d'ailleurs largement tempéré par la prestation très convaincante de George Sanders en professeur tentant d'étudier les enfants et se refusant dans un premier temps à accepter leur nature malfaisante. En dépit d'un déroulement peu surprenant, le malaise et la noirceur sucité par l'ensemble du film en font donc malgré tout une belle réussite. Une suite méconnue fut d'ailleurs réalisée en 1964, Les Enfants des Damnés réalisé par Anton Leader. Autre curiosité, Joseph Losey réalisara une intéressante oeuvre alternative au film de Rilla (avec une nouvelle fois des enfants démoniaque à l'oeuvre dans un cadre rural) en 1963 avec Les Damnés en 1963.

Sorti en dvd zone 2 français

jeudi 19 août 2010

Les Trois Mousquetaires - The Three Musketeers, George Sidney (1948)



Voilà ce qui est sans aucun doute la meilleure adaptation du chef d'oeuvre d'Alexandre Dumas. Troisième version filmée (Après celle muette de Fred Niblo en 1921 et de Henri Diamant Berger en 1933) du livre, Les Trois Mousquetaires est le premier des films qui verront la MGM triompher dans le genre "cape et d'épées" puisque suivront du même Sidney le flamboyant Scaramouche (encore meilleur) et Le Prisonnier de Zenda de Richard Thorpe.

Le film est vraiment un modèle de savoir faire hollywoodien, tant la trame et l'esprit du roman sont respecté malgré les changements nécessaires. Ainsi tout l'aspect caustique si délectable dans le livre (les hésitations d'Aramis entre les femmes et l'église, la placidité du colosse Porthos) s'estompe pour un récit au service de la pure efficacité narrative (scénario de Robert Adrey, adaptateur chevronné puisqu'il rendit grandement justice à Madame Bovary et Les Quatres Cavaliers de l'Apocalypse qu'il écrivit pour Minelli). La première heure file donc à toute vitesse en nous présentant nos héros en pleine action dans un tourbillon d'humour et de péripétie. L'arrivée de D'Artagnan à Paris sur son cheval "jaune" ridicule, l'amitié scellée au combat avec ses compagnons, la défiance envers Richelieu (Vincent Price parfait d'autorité sournoise), tout ces évènement se déroule avec une limpidité bluffante.

Gene Kelly est absolument fabuleux en D'Artagnan, fougueux et fanfaron à souhait et ses aptitudes physique exceptionnelles de danseur font merveilles ici entre les duels à l'épée survoltés (chorégraphié de manière virtuose par le maître d'arme Jean Heremans amplifiant à merveille les mouvements pour plus de spectaculaire) et les cascades phénoménales qu'il exécute lui même (les futurs exploits d'un Jackie Chan viennent plus d'une fois à l'esprit). Le premier affrontement avec les gardes de Richelieu est à ce titre absolument étourdissant, Kelly y déployant des trésors de souplesse et de fantaisie.

Van Heflin est tout aussi bon en Athos, mentor charismatique dont l'aspect bon vivant et alcoolique dissimule une âme torturé par un terrible secret. Aramis et Porthos pâtissent donc un peu de ce traitement par rapport au livre vu la nature comique de leur personnage qui ralentirait l'action mais Gig Young et Richard Coote offrent néanmoins des prestations honnêtes. De même, les personnages secondaires si drôle que sont les valets des mousquetaires sont réduit au seul Planchet (et une courte appartion de Grimaud). La complicité et l'humour sont omniprésent sans pour autant verser dans le second degré qui entachera grandement la version à venir d'un Richard Lester.

Passé le trépidant épisode des ferrets de la Reine (excellente Angela Lansbury) l'aspect le plus sombre (et coquin voir la duperie de D'artagnan envers Milady reprise à l'identique) de la seconde partie du roman est en tout points respecté. Lana Turner en Milady est une des plus formidables méchante du cinéma d'aventures de ces années là.

Bien plus qu'une femme fatale, elle incarne la duperie et la séduction dans sa forme la plus abjecte et les rares entorses au livre se font dans le bon sens puisque renforçant sa nature néfaste. Un des moments les plus mémorable du roman était lorsque Milady prisonnière en Angleterre brisait par une perfide manipulation la volonté de son geôlier puritain insensible à ses charmes. Sidney fait disparaitre le personnage du puritain (passionnante figure mais une nouvelle fois le long duel psychologique avec Milady aurait été trop complexe à rendre à l'écran dans la tonalité trépidante voulue par le film) pour le remplacer par Constance Bonacieux. L'esprit du passage demeure mais légèrement détourné pour amener plus facilement vers la conclusion désenchantée mais où l'esprit de l'aventure demeure intact.

Au final pour les amateurs de Dumas une transposition éblouissante, et pour les autres un des sommets du film de cape et d'épées dans la plus pure flamboyance hollywoodienne avec technicolor éclatant, décor et costumes clinquants. Il est vraiment dommage que les deux suites Vingt ans Après et Le Vicomte de Bragelonne n'aient pas été adaptées durant cette période avec le même casting...

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

mercredi 18 août 2010

Le Million - René Clair (1931)



Michel est un artiste peintre parisien, poursuivi par ses créanciers. Il apprend que son billet de loterie a gagné le gros lot. Malheureusement, sa fiancée a donné à un nécessiteux la veste qui contenait le fameux billet ...

Une exceptionnelle réussite de René Clair qui jette un pont idéal entre l'école du comique muet et la comédie loufoque et non sensique à venir avec les Marx Brothers et quelques autres. L'histoire est prétexte à une course poursuite effrénée où un jeune artiste endetté traque son billet de loterie gagnant qui ne cesse de lui échapper après de malheureux concours de circonstances. René Clair fut un des plus virulents réfractaires au cinéma parlant à son arrivée, pensant à juste titre que le cinéma régresserai au théâtre filmé et perdrait toute son inventivité visuelle en se reposant sur le seul dialogue.

Le Million est son deuxième film parlant après le succès de Sous les toits de Paris (la scène d'ouverture en plan séquence sur les toits semble d'ailleurs faire le lien entre les deux films) et il va s'appliquer à y être constamment inventif dans son utilisation du son. Le rythme survolté offre quantité de gags variés où René Clair fait du splapstick typique du muet (le jeu très expressif des acteurs en garde les traces également), notamment lors de la double course poursuite entre le héros et ses créanciers et d'un malfrat traqué par la police. Poursuivis et poursuivants se confondent, se croisent et s'entrechoquent sur un espace réduit dans la frénésie la plus totale, Buster Keaton ou Chaplin ne sont pas bien loin.

L'usage simple du dialogue est tout aussi irrésistible grâce quelques répliques bien senties (tout le début ou la moitié du quartier invective Michel pour ses dettes) et de quiproquos hilarants tel l'épisode du commissariat où Michel est emprisonné par erreur. Les chansons offrent également un constant contrepoint ironique sur l'action, tel la nouvelle de la fortune de Michel qui se propage où les créanciers soudainement bien plus coopératifs. René Lefèvre séducteur et fougueux fait un excellent héros qui a fort à faire avec une galerie de personnages secondaires haute en couleur aux trousses de son billet gagnant : son propre meilleur ami prêt à le trahir, un mystérieux gang de voleur, une croqueuse de diamants américaines...

René Clair atteint des sommets d'inventivité comique quand tout ce beau monde se retrouve dans l'enceinte d'un opéra pour enfin obtenir l'objet tant convoité. On a entre autre du gag à double niveau dans une même scène voir un même plan quand les cantateurs s'animent sur la scène tandis qu'en arrière plan les protagonistes déguisés en figurants s'entredéchirent pour prendre la précieuse veste.

Le meilleur reste cependant quand Clair marie idéalement comique muet et parlant, annonçant même certaines idées de futures grandes comédies musicales comme le couple (Annabella future mme Tyrone Power dégage un charme irrésistible en danseuse étoile jalouse) qui se réconcilie en réagissant par sa gestuelle aux paroles d'une chanson interprétée sur scène. Et que dire de cette bande son reprenant soudain l'ambiance surchauffée d'un stade lorsqu'un match de rugby s'improvise avec la veste dans les coulisses ? Génial tout simplement. Un petit bijou à l'influence considérable qui contient déjà tout ce qui fera le charme de la grande comédie américaine classique.

Disponible uniquement en dvd zone 1 (le dvd est compatible multi zone cependant) dans une belle édition chez Criterion avec en bonus une interview rare de René Clair où il s'explique sur son utilisation du son.

Extrait de la scène d'ouverture

mardi 17 août 2010

Le Récidiviste - Straight Time, Ulu Grosbard (1978)

 

Libéré sur parole, Max,ex braqueur tente avec difficulté de retrouver le droit chemin. Mais une nouvelle arrestation le fait replonger vers le crime. 

Le Récidiviste est une adaptation du premier roman de Edward Bunker, le fameux Aucune Bête Aussi Féroce. Avant de parler du film il convient de revenir sur la personnalité de Bunker. Né dans les années 30, il passe une enfance chaotique où, balloté entre les foyers et les famille d'accueil après le divorce de ses parents il sombre rapidement dans la délinquance. L'escalade dans le crime se fait croissante et après avoir fréquenté régulièrement les maisons de redressement durant l'adolescence, c'est la prison ferme qui l'attends à l'âge adulte pour des méfaits de haut vol (braquages, violences...) qui lui valent une réputation de fou furieux parmi les criminels. Après avoir passé près de la moitié de sa jeune existence derrière les barreaux, c'est l'écriture qui le sauvera. 

Passionné de roman noir et de littérature classique américaine, il découvre James Cain ou encore Faulkner à la prison de Saint Quentin puis enfin bien entouré par des personnes croyant en son talent, il se lancera dans l'écriture avec succès. Libéré depuis 1975 (de la prison mais aussi de ses démons), c'est un homme apaisé désormais qui a écrit nombre de roman noir marquants largement inspirés de son parcours. Paru en 1973 Aucune Bête Aussi Féroce était donc son premier roman où il relatait de manière romancée et crédible les dysfonctionnement d'un système qui l'empêchait de se réinsérer dignement. Une écriture au style vif et d'une intensité fiévreuse, ainsi qu'un héros inoubliable en la personne de Max Dembo a fait du livre un des très grand classique du genre. La tâche était donc ardu pour cette transposition cinéma qui sans égaler la puissance du livre (pour ça il faudra attendre l'adaptation officieuse Heat de Michael Mann où Bunker a d'ailleurs été consultant sur les scènes de braquages) est tout de même une belle réussite. La difficulté de réinsertion des criminels endurcis après de longues peine a rarement été aussi bien exprimé qu'ici : solitude urbaine, chambres de motels sordides et emploi minable quand on a connu l'argent facile, contrôleur judiciaire arrogant, quotidien ennuyeux... Toute les anomalies d'un système trop rigide qui conduisent à la replongée dans le crime sont parfaitement montrés. 

Dustin Hoffman, malgré un physique fluet bien éloigné du Max Dembo si impressionnant dans le livre s'avère néanmoins très convaincant en repris de justice. Durant la scène où sa petite amie vient le voir alors qu'il vient de se faire réincarcérer à tort, il parvient à exprimer la honte (il ne souhaitait plus être vu sous ce jour) la rage et le désespoir par sa seule expression pathétique au bord des les larmes. Il est tout aussi crédible en dur à cuire obsessionnel aux explosion de fureur dévastatrices (mémorable séquence où il se venge de son contrôleur judiciaire). 

Seul bémol par rapport au roman on ne retrouve pas cette description saisissante de la psychologie du criminel, que se soit dans ce code d'honneur parfois si lourd de conséquences ou encore la préparation minutieuse des coups (pour ça il faudra de nouveau attendre Michael Mann avec Le Solitaire quelques années plus tard). Grâce aux indications de Edward Bunker et de consultants braqueurs professionnel les scènes de casses sont tout de même bien réalistes (même si la violence du livre est atténuée) tandis que la réalisation de Ulu Grosbard (une filmographie peu fournie mais intéressante) collant au plus près à Dustin Hoffman s'avère sobre et efficace, en faisant d'assez loin son meilleur film. 

Si on ajoute un bon cast de trognes bien connues du polar 70's avec entre autres Gary Busey (en copain boulet), Harry Dean Stanton et M. Emmet Walsh (célèbre pour son rôle de détective privé pourri dans le Blood Simple des frères Coen, tout aussi détestable ici en contrôleur judiciaire) une belle réussite à découvrir vraiment. Néanmoins je recommanderais largement la lecture du roman avant, d'une tout autre envergure.  

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner. Le roman est lui paru aux éditions Rivages/Noir.

 

lundi 16 août 2010

Le Signe de la Croix - The Sign of The Cross, Cecil B. Demille (1932)


En 64 après Jésus-Christ, l'empereur Néron (Charles Laughton) ayant mis Rome à feu et à sang décide de condamner tous les chrétiens en ordonnant leur élimination complète. Cependant, Marcus, le préfet de Rome, tombe sous le charme de Mercia (Elissa Landi), une douce et fidèle chrétienne qui n'a pas l'intention de renoncer à la foi, même contre l'amour absolu de Marcus.

 Pour le cinéphile moyen, le nom de Cecil B. Demille est synonyme de gigantisme à travers les épopées spectaculaires aux budgets pharaoniques que sont Les Dix Commandements, Samson et Dalila ou dans un registre plus contemporain Sous le plus grand chapiteau du monde. La rétrospective ayant eu lieu à la cinémathèque française en 2008 montre que le réalisateur est bien plus digne d'intérêt que cette image, en bien comme en mal d'ailleurs. Parmi les chrétiens affirmés les plus fervent de l'âge d'or hollywoodien, il témoigne pourtant d'une facette caustique et sombre étonnante que ce soit dans les comédies conjugales de son oeuvre muette et surtout dans les grands mastodontes à venir.

Sous la maîtrise visuelle , ses penchants très à droite s'affirment (le révisionnisme de l'excellent film d'aventure Les conquérants du Nouveau Monde) ainsi qu'un certain penchant pour la violence et le sadisme. Reviennent alors à l'esprit quelques moments outrancier tel que l'orgie païenne au veau d'or dans Les Dix commandements (version 1956) ou encore des passages forts coquin de sa relecture de Cléopatre.

S'il y a bien un film montrant l'ambivalence de DeMille, c'est Le Signe de La Croix. Plongée dans l'enfer de la persécution des chrétiens sous la Rome de Neron, le film oppose donc la piété à toute épreuve des chrétiens à la décadence et la luxure des romains. La surprise est surtout provoquée par l'outrance et la démesure employée pour illustrer cette dernière.

La vérité absolue détenue par les chrétiens est assénée plus que de raison tout au long du film avec un DeMille multipliant les signes (avec les symbole de croix apparaissant de manière inattendue et inventive plusieurs fois à l'image), des scène de sermons fiévreuse et exaltées où les croyants ne font qu'un (la réunion secrète dans les ruines ponctuée de chant) et surtout la personnalité de son héroïne Mercia campée par Elissa Landi. La foi s'avère plus forte que la mort lors d'un final poignant où elle préfère être livré en pâture aux lions plutôt que de renoncer à ses convictions et sauver sa vie en fuyant avec Marcus. Lors du générique de fin, on a même droit au logo de la Paramount illuminé par un halo divin...

Si ce n'était que cela le film serait finalement bien conventionnel mais DeMille craque totalement dans sa description de la luxure romaine. Cléopatre et Les Dix Commandements comportaient comme déjà dit leur moments déviants mais rien qui ne nous prépare à à la folie du Signe de La Croix alors que celui ci leurs est bien antérieur. Un des derniers films pré code Hays qui ne se refuse donc aucun excès. On découvre entre autres une Claudette Colbert aguicheuse en diable en impératrice, toute en pose suggestive et tenues dénudée qui s'avèrera nymphomane et bisexuelle. Ainsi lors d'une scène des plus érotiques, on la découvre (nue et exhibant fièrement sa poitrine) prenant un bain de lait d'ânesse entourée de servantes, qu'elle congédiera bientôt pour inviter l'une d'entre elle à la rejoindre...

Le Néron campé par Charles Laughton est quand à lui un souverain nonchalant et influençable bouffi d'excès et de violence, le physique poupin de Laughton renforçant son côté décadent tandis que la cour de Rome ne semble qu'être un nid de vipères partagé entre les intrigues de coulisses et les orgies.

Le tout est poussé à son summum lors de la dernière demi heure où on assiste au jeux du cirque des romains, monument de sadisme absolument pas édulcoré. Il faut le voir pour le croire : des affrontements de gladiateurs bien hargneux et sanglants, femmes et enfants ligotés et livrés en pâtures à des lions, des crocodiles et des ours affamés, des hommes ayant la tête écrabouillé par des éléphants le tout sans aucune censure...

On bascule même dans le Tinto Brass (réalisateur italien responsable d'une version de Caligula au confins de la folie et de l'érotisme dans les 70's) avant l'heure lors d'un affrontement entre des pygmés d'Afrique et des gladiatrices, celles ci les jetant dans les airs pour qu'il s'empalent sur leurs lance devant un public hilare, De Mille multipliant les contre champs sur celui ci pour appuyer encore sur leurs débauche. Drôle de démarche, le réalisateur titillant paradoxalement autant nos bas instincts dans ce qu'il veut dénoncer par sa mise en image.

On ne retrouve un semblant de sobriété que lors du sacrifice final des chrétiens jetés au lions qui nous est montré hors champ, leurs foi inoxydable et la promesse d'un ailleurs plus clément les rendant forts dans ce moment, ce qui est moins évident pour le spectateur un peu médusé par tout les débordements auxquels il vient d'assister.

La ferveur religieuse aux limites de la niaiserie (Les Dix Commandements est plus équilibré à ce niveau) parvient à toucher par la grâce dégagée par le couple Fredrich March/ Elissa Landi dans la trame principale (largement inspirée du roman Quo Vadis de Henryk Sienkiewicz adapté en version muette en 1902 et 1912 et remaké par Mervyn Leroy dans les années 50 version déjà évoquée en ces pages) mais on ressent un plus grand soin et une vraie délectation dans l'aspect décadent, De Mille confirmant sa personnalité fascinante et un peu hypocrite. Parmi les personnalités les plus pieuses et rigoureuses d'Hollywood, mais capable de délivrer des séquences parmi les plus tordues du cinéma classique. Mi ange, mi démon un paradoxe divin en somme...

Disponible en dvd zone 2 français chez Wild Side, mais je recommanderai bien plus le coffret zone 1 Cecil B. demille trouvable pour pas trop cher et comportant d'autres excellents films de l'époque "Cleopatre, le western "Pacific Express", "Les Conquérants du Nouveau Monde" ainsi que "Les Croisades" (je reviendrais sur certains prochainement).

Extrait de la séquences des jeux du cirque


dimanche 15 août 2010

La Bataille du Rio de la Plata - The Battle of the River Plate, Michael Powell et Emeric Pressburger (1956)


Le film retrace l'épisode de la Bataille du Rio de la Plata qui eut lieu durant la Seconde Guerre mondiale, dans laquelle la British Navy localisa et détruisit un puissant cuirassé de poche allemand (panzerschiffe), l’Admiral Graf Spee qui menaçait les convois de ravitaillement
...
Un des derniers films ensemble du duo, relatant un fameux épisode maritime de la Seconde Guerre Mondial. Les réalisateurs disposent ici de moyens assez colossaux et font de nouveau des miracles avec un tournage essentiellement en studio à Pinewood. Les intérieurs des cuirassés sont monumentaux et foisonnant de détails, les scènes en pleine mer font constamment illusion et les affrontements sont très spectaculaires. Powell et Pressburger adoptent ici une méthode quasi documentaire, en décrivant dans le détail toutes les forces en présence, que ce soit l'équipage du Graf Spree et son commandant charismatique campé par Peter Finch, les navires anglais où John Gregson est tout aussi impressionnant et le contre espionnage anglais.

La première heure du film montre ainsi la puissance du cuirassé allemand en décrivant la destruction impressionnante de plusieurs navire anglais, tout en exprimant l'humanité de Peter Finch par le respect mutuel accordé aux prisonnier anglais. C'est donc à une longue partie d'échec stratégique qu'on assiste, où chaque mauvaise manoeuvre se paie cash pour aboutir à une bataille monumentale en pleine mer entre les trois navire anglais et le cuirassé allemand. Forcé de se réfugier dans le port de Montevideo en Uruguay, le Graf Spree est le jouet de divers jeu de faux semblant avec le gouvernement manipulé par les anglais pour un nouveau duel stratégique où chacun doit anticiper les mouvements de l'autre.

On s'attend donc à une bataille dantesque en conclusion (le tout commenté comme un match de boxe par les journalistes anglais présents et la population en quête de sensation forte) mais le tout va prendre un tour étonnant et très noble, sans trop en dévoiler... Seul petit soucis, ce côté méthodique et ultra fidèle aux évènement a un revers, le film est vraiment très froid pour ne pas dire ennuyeux par instants.

C'est impressionnant mais on ne se passionne pas forcément tout le temps de se qui se déroule à l'écran, même si la conclusion fait son petit effet. Heureusement Powell et Pressburger parviennent à préserver quelques moment so british dont ils ont le secret et qui permet d'alléger un peu l'atmosphère, l'heure du thé n'étant jamais oubliée même lorsqu'on est en pleine mer aux antipodes et luttant pour sa survie.

Disponible en dvd zone 2 français

Extrait

samedi 14 août 2010

Fantasmes - Bedazzled, Stanley Donen (1967)


Stanley (Dudley Moore), un petit cuisinier, est amoureux de Margaret, la serveuse du restaurant où il travaille. Mais découragé, il se prépare à tout laisser tomber lorsqu'il rencontre le diable (Pete Cook). Pour conquérir sa bien-aimée, il accepte alors de lui vendre son âme pour sept voeux... 

La comédie américaine s’est régulièrement alimentée du conte, l’époustouflant Ball of fire de Howard Hawks , qui revisitait Blanche Neige et les sept nains à la sauce screwball comedy, ou encore La Huitième Femme de Barbe Bleue de Lubitsch, demeurant parmi les plus marquants. Le mythe de Faust se prêtait idéalement à l’exercice, ce que prouve cette relecture totalement délirante et sophistiquée. Une des grandes forces du film est de se trouver à la croisée des chemins, faisant idéalement le pont entre les « écoles » comiques, passées et futures, anglaise et américaine.

Le film est principalement vendu à l'époque sur le nom des deux héros Pete Cook et Dudley Moore, scénaristes du film et superstars comiques de la télé anglaise, plus connus sous leur nom de scène Pete'n'Dude. La trame principale n’est qu’un prétexte apportant un vrai liant à ce qui est finalement un film à sketches, illustré par la représentation des différents fantasmes de Stanley.

A la manière de leur show télé, le tandem en profite pour glisser dans le délire une bonne dose de critique sociale de la société anglaise de l'époque, à travers des situations hautes en couleurs. Stanley, homme du peuple frustré, va ainsi devenir tour à tour un intellectuel pompeux et incapable de conclure, un milliardaire ouvertement trompé par sa femme, une pop star idole des jeunes filles. Les interludes entre chaque fantasme, usant de situations plus quotidiennes, sont sans doute plus représentatifs de leurs prestations télévisuelles, principalement axés sur les échanges brillants entre Pete Cook (excellent en Satan blasé et moqueur) et Dudley Moore, pauvre bougre constamment ridiculisé.

Dans ses moments les plus grotesques et absurdes, Fantasmes est clairement annonciateur des futures farces des Monty Pythons. Outre le jeu décalé de Pete Cook, précurseur des dérapages de John Cleese, l’inventivité dont font preuve certaines scènes surréalistes laisse le spectateur hilare et consterné à la fois par tant de bêtises. Avec une drôlerie constante, s’enchaînent donc sous nos yeux : Stanley transformé en mouche pour espionner sa dulcinée, la séquence de séduction avec la sculpturale Raquel « Lust »Welch, ou encore un couvent où des nonnes vont faire du trampoline après la prière.

Fort de son expérience dans la comédie musicale et de la narration alambiquée de son film précédent, l’excellent Voyage à Deux, Stanley Donen apporte une fluidité exemplaire à l’ensemble. Avec son esthétique marquée Swinging London, Donen raccroche le film au train des comédies psychés très en vogue à l’époque, comme la parodie de James Bond Casino Royale ou The Party de Blake Edwards. De même, le thème du fantasme irréalisable rejoint les préoccupations des maîtres comiques de la génération précédente, à travers des titres comme Sept ans de réflexion de Billy Wilder ou Infidèlement Votre de Preston Sturges. Le tout est cependant brillamment remis au goût du jour, la dimension parodique notamment. Si Wilder détournait avec brio le classique Tant qu’il y aura des hommes, Donen livre une parodie totalement outrée des show musicaux 60’s, avec un Dudley Moore qui en fait des tonnes en pseudo clone de Tom Jones.

Le caractère du Diable, rendu systématiquement bouffon face à Dieu (dont il souhaite rejoindre les rangs à nouveau), évite le manichéisme Bien/Mal de rigueur. Le film gagne encore en substance lors de la tirade finale du Diable qui, après sa défaite, menace Dieu d'un monde peuplé de fast foods, d'autoroutes en béton et de pollution. Hilarant et visionnaire, ce que l’on ne peut pas dire du sympathique remake de Harold Ramis en 2000, amusant mais moins intéressant car moins ancré dans son époque que l’original.

Sorti dans une belle édition zone 2 chez Carlotta