Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Le général américain James Mattoon Scott (Burt Lancaster), hostile à un traité de désarmement nucléaire avec la Russie, projette de renverser le gouvernement des Etats-Unis. Son bras droit, le colonel Casey (Kirk Douglas), pressentant le danger, décide d’avertir le Président.
Après son magistral Un Crime dans la tête, Frankenheimer offrait là son second très grand thriller politique avec cette oeuvre visionnaire puisque anticipant autant l'esthétique du cinéma paranoïaque des 70's que les soubresauts politiques bien réels des décennies à venir.
L'histoire (situé dans un futur proche) dépeint une société américaine sur des charbons ardents car divisées par la décision de son Président (Fredric March) de mettre un terme à la Guerre Froide en signant un traité de désarmement nucléaire avec la Russie. La scène d'ouverture du film montre d'emblée un pugilat devant la Maison Blanche entre manifestants pour et contre la réforme dans le style sec du réalisateur faisant écho aux manifestations anti Vietnam de l'époque.
Le parti pris du film est intéressant puisque au sortir du Mcarthysme probablement beaucoup de spectateurs américains partageaient les idées du personnage de général dissident incarné par Burt Lancaster. Frankenheimer évite donc le cliché d'en faire un fou exalté mais au contraire un être glacial froid, calculateur et parfaitement conscient de ses actes. On ne peut d'ailleurs s'empêcher de faire le rapprochement avec les méthodes récentes d'un Bush pour rallier l'opinion a sa cause en invoquant Dieu et le drapeau américain lors d'une scène de meeting télévisé. Le sentiment d'insécurité des américains face aux dangers du monde et les extrêmes qu'il provoque fait également miroir à une actualité proche soulignant les comportements adoptés en périodes politique troublée. Presque tout les personnages sont entourés de cette dimension ambiguë, notamment Kirk Douglas qui mettant à jour le complot va dénoncer son supérieur Lancaster (dont on découvrira qu'il soutient les idées et qu'il admire) au Président du fait que celui ci veuille bafouer la constitution par son coup d'état.
De même son attitude face à Ava Gardner (déjà un peu fanée et d'autant plus émouvante) qu'il est contraint de manipuler est largement discutable même si pour la bonne cause. A l'opposé de ses figures d'ombres et lumière, le Président joué par Fredric March est une des incarnations les plus droites vue dans cette fonction dans un film américain. Profondément croyant en ses idées mais toujours dans le doute quant au méthodes, il refuse même dans les dernières minutes de commettre un acte révoltant qui lui aurait permit d'obtenir un avantage décisif.
Le scénario est dû au créateur de LaQuatrième Dimension Rod Serling et sa patte est largement identifiable. La première partie distille minutieusement les indices du complot en marche à travers la suspicion naissante chez Kirk Douglas face à des faits étranges : l'existence d'une base militaire d'entraînement absente des budgets officiels, la connivence étranges entre les sénateurs les plus radicaux et Lancaster, l'importance acquise par un simple exercice d'alerte. Frankenheimer dans une mise en scène sobre et finalement claustrophobe et étouffante distille un suspense discret et sans morceaux de bravoure spectaculaire par la simple tension sous jacente qui se dégage des multiples faux semblants et mensonges. La seconde moitié est ainsi un jeu d'échecs diabolique sous forme de compte à rebours où le Président et son équipe doivent déterrer les indices quelque jours avant la tentative de coup d'état, la tentative étant choisi à un moment où le président est isolé.
Les péripéties se limitent quasiment uniquement à des échanges entre personnes assises à leurs bureau sans que l'ennui ne s'installe jamais et le tout s'avère passionnant de bout en bout. On en arrive au sommet du film avec la joute verbale opposant Fredric Marc à Burt Lancaster, ce dernier perdant soudain son masque pour dévoiler toute sa mégalomanie. Casting brillant (et qui montre une nouvelle fois le flair incroyable de Kirk Douglas ici producteur), thème audacieux et mise en scène inspirée (et quel montage de Ferris Webster déjà à l'oeuvre sur Un Crime dans la tête) un des très grands films de Frankenheimer.
Sorti en dvd zone 2 français chez Warner et disponible dans la collection Fnac
Cécile, 18 ans, vit à Paris avec son père Raymond, un richissime et séduisant veuf quadragénaire, qui ne lui impose aucune contrainte, même pas celle de ses études. À l’exemple de son père, la vie de Cécile ne semble être que futilités : suites de sorties en boîtes avec flirts successifs. C’est parce que quelque chose s’est brisé en elle durant leurs dernières vacances sur la Côte d’Azur. Depuis lors, Cécile connaît la tristesse et elle se souvient… En compagnie de son père et de sa petite amie du moment, la jeune Elsa, ils s'étaient installés pour passer l’été dans une superbe villa entourée de pinèdes et donnant sur la mer. Leur séjour s’annonçait lumineux et gai, à l’image de la blonde et joyeuse Elsa, farniente alternant avec dîners à Saint-Tropez ou soirées à Monte-Carlo. Et ce, jusqu’à l’arrivée d’Anne Larson, créatrice de haute couture et maîtresse femme, autrefois amie de la mère de Cécile et que Raymond ne se souvenait plus avoir invité...
4 ans à peine après la sortie et le succès du premier roman de Françoise Sagan (écrit alors qu'elle avait tout juste 18 ans), Otto Preminger s'attaquait à son adaptation prestigieuse (casting haut de gamme, costume signé Givenchy...). Un des sentiments qui s'emparait du lecteur dès les premières pages du livre, c'était une profonde nostalgie mêlée de culpabilité qui se dévoilait à travers le mélancolique récit à la première personne. Très fidèle au roman (à quelques broutilles près comme le prénom du personnage de Cyril qui devient Philippe plus simple pour les américains peut être...) Preminger retranscrit cet aspect par des idées narratives simple mais d'une parfaite justesse.
Alors que le livre démarre d'emblée à Saint-Tropez, le film s'ouvre dans un Paris en noir et blanc. On assiste au quotidien de Cécile, jeune fille détachée de tout, des multiples garçons qui se battent pour la séduire comme des environnements mondains bruyant et superficiels qu'elle fréquente chaque soir avec son père. La réalité ne semble être qu'un purgatoire désincarné et triste, alors que les derniers souvenirs de bonheurs inondent soudain Cécile dans un fondu enchaîné dilaté (qui rappelle certaines expérimentations de Mankiewicz dans on usage du flashback) où la couleur se devine progressivement avant d'envahir l'image d'un technicolor éclatant dans une Côte d'Azur de rêve.
Bien que l'aspect sexuel soit moins explicitement exprimé et scandaleux, le scénario de Arthur Laurents rend vraiment bien la complicité entre Cécile et son père (David Niven) notamment à travers les échanges sans tabou sur les nombreuses conquêtes de ce dernier et ses méthodes de séduction. Cette vie oisive et insouciante est complétée par le pétillant et attachant personnage de blonde écervelée joué par Mylène Demongeot et ce quotidien fait de baignades, farniente fête et sorties au casino exerce effectivement un bel attrait.
L'arrivée d'Anne (Deborah Kerr) exprime soudain une terrible réalité sur cet existence à tout les niveaux que ce soit la cruauté de la séduction de Raymond (terrible moment lorsque Anne découvre qu'il l'a invitée sans lui préciser la présence sur les lieux de sa maîtresse du moment) ou l'ignorance et l'immoralité dans laquelle évolue Cécile. Deborah Kerr en devient involontairement une figure oppressante en éclairant simplement d'une certaine réalité un mode de vie creux et inapproprié.
Là encore Preminger dans la réaction de Cécile exprime parfaitement (même si un peu trop signifiant comme lorsqu'elle se parle face à son miroir) la cruauté égoïste de l'adolescente, naturelle mais amplifiée par le contexte et qui aura des répercussions dramatiques. Jean Seberg (qui retrouvait Preminger dans la foulée de son premier rôle cinéma sur Sainte Jeanne où elle jouait Jeanne D'Arc) est formidable, mutine, charmeuse et capricieuse, encore coincée entre l'enfance et une féminité ravageuse.
David Niven (plus attachant que le personnage du roman) en grand immature est tout aussi bon et tout en nuance malgré les apparences mais c'est clairement Deborah Kerr qui véhicule l'émotion. Sa bienveillance incomprise, son amour mesuré mais non moins passionné pour Niven tout cela se ressent dans la bienveillance et la fragilité exprimée dans sa performance. La séquence de flagrant délit d'adultère et sa réaction s'avère ainsi presque plus poignante que dans le livre.
Le retour au noir et blanc du présent semble donc signifier l'illusion et le refuge de ce retour à un train de vie léger, mais rien n'est oublié. L'ultime séquence où Jean Seberg laisse tomber le masque en pleurant devant son miroir est amenée par un lent travelling avant traversant la chambre pour arriver jusqu'au visage de l'actrice. C'est un peu tout le poids du souvenir et de la culpabilité qui s'abat alors par ce procédé, plus rien ne sera comme avant.
Ankara,1944, le valet de chambre de l'ambassadeur du Royaume-Uni propose à l'attaché d'ambassade d'Allemagne de lui vendre des photographies de documents britanniques classés top-secret. Dubitatifs, les Allemands acceptent, tout en craignant un piège. Ils donnent au domestique le nom de code Cicéron. La première livraison annonçant les lieux et dates de bombardements se révèle authentique. Le marché se poursuit. Ayant besoin d'une façade pour masquer ses discrets rendez-vous, le valet paie une comtesse ruinée et la charge d'organiser des soirées mondaines où la diplomatie allemande pourra officiellement se rendre. Les Britanniques s'aperçoivent qu'il y a une fuite dans leurs services et envoient un agent du contre-espionnage. L’Affaire Cicéron est adapté du livre de Ludwig Carl Moyzisch, ancien attaché de l’ambassade allemande qui y relate le récit rocambolesque d'Elyesa Bazna. Ce dernier, valet de l’ambassadeur de Grande-Bretagne en Turquie déroba et vendit des documents top secrets aux allemands durant la Deuxième Guerre mondiale. L’ironie veut que ceux-ci, trop soupçonneux ne firent rien de ces précieuses informations parmi lesquelles on trouvait tout de même les plans du débarquement. On saisit déjà dans ce détail ce qui intéressa Mankiewicz.
Le scénario de Michael Wilson donne une vision romanesque à souhait des événements, puisque à l’époque de nombreux faits restaient encore secrets, la disparition de la circulation du vrai Cicéron Elyesa Bazna (qui refera surface à la fin des années 50 et s’avérera moins flamboyant et raffiné que son alter ego cinéma campé par James Mason) n’étant pas des moindres. Ce récit à fort potentiel offrait donc de belles perspectives dramatiques que saisira avec talent Wilson qui embellit certains faits, ajoute des personnages et apporte une dynamique brillante à l’ensemble. Dans la réalité, Cicéron fut aidé par de nombreuses maîtresses pour voler les documents secrets au sein de l’ambassade tandis que dans le film il agit seul. De plus, le personnage de la Comtesse Staviska jouée par Danielle Darrieux est une pure invention du scénariste. A l’origine destiné à Henry Hathaway, le film échoue à Mankiewicz qui fit pression sur Darryl Zanuck pour le diriger tant il trouva le matériau à sa convenance.
Cinéaste de la duperie et des faux-semblants, Mankiewicz s’épanouit parfaitement dans ce récit où tout le monde (se) ment. Dans chacun de ses films, le réalisateur incorpore un personnage constituant une sorte d’extension de lui-même sur pellicule. C’est généralement un personnage cynique et roublard, apportant distance et recul face aux événements. Parmi les plus identifiables, on trouve évidemment Georges Sanders, journaliste mondain manipulateur de All About Eve, le Jules César vieillissant à la sagesse tranquille de Cléopâtre (joué par Rex Harrison, son acteur fétiche) ou encore le metteur en scène désabusé incarné par Bogart dans La Comtesse aux pieds nus. Ici, il s’agira du traître Diello magistralement joué par James Mason. Sophistiqué, décontracté et moqueur, il illustre idéalementl’aisance et l’art de l’esbroufe de l’agent double. En deux scènes remarquables au début du film, Mankiewicz pose parfaitement cet espion pas comme les autres avec ses deux armes favorites : la mise en scène et les mots. Tout d’abord lors de la première entrevue avec Moyzisch à l’ambassade allemande, où il ridiculise en quelques échanges son interlocuteur (et achève de le convaincre) par son bagout et son assurance.
Après avoir démontré l’esprit et la finesse de son héros, c’est son sens de la dissimulation qui est montrédans la séquence suivante. Il ne nous a pas encore été révélé que Diello n’est que le valet de l’ambassadeur et c’est par petites touches que le secret sera éventé. Mankiewicz dévoilele bureau de l’ambassadeur par un procédé presque théâtral, dans un plan fixe du lieu qu’il fait investir par Diello de manière familière, laissant croire qu’il est le maître des lieux. Mason évolue d’une zone à l’autre du décor, consultant des documents sur le bureau puis vaquant rapidement dans la chambre reposer un quelconque objet et c’est ce va-et-vient un peu trop domestique pour la figure importante qu’il est supposé être qui nous révèle son statut de subalterne. L’arrivée de l’ambassadeur juste après achèvera de démontrer qu’il a été inutile d’exprimer cette information par des mots. La fourberie de Diello, sa supériorité intellectuelle sur la plupart des autres personnages est affirmée de manière magistrale.
Très souvent, le moteur des personnages de Mankiewicz est l’élévation sociale, leur ambition démesurée finissant souvent par les trahir. C’est bien sûr la Eve Harrington de All About Eve qui vient immédiatement à l’esprit, tout comme Elizabeth Taylor au début de Cléopâtre ou encore un Kirk Douglas vénal dans Le Reptile. Dans Le Limier, c’est le féroce duel psychologique entre le vieil aristocrate Laurence Olivier et le jeune parvenu Michael Caine qui magnifie ces questionnements en guise de dernier film. Il ne faut d’ailleurs pas forcément y voir un aspect négatif, dans L’Aventure de Madame Muir, c’est un symbole d’autonomie et de féminisme avant l’heure lorsque Lucy Muir fait fortune grâce aux récits dictés par le Capitaine. Ce qui fait la différence, c’est la modestie de l’héroïne jouée par Gene Tierney qui dirige son désir d’émancipation vers des objectifs nobles.
C’est toute la différence avec Diello, qui trahit tout le monde pour jouir de la grande vie et abandonner sa fonction de valet. C’est au travers de la fascinante et ambiguë relation entretenue avec la Comtesse Staviska que s’exprime le message social de Mankiewicz. Arrogant et sûr de lui face aux allemands, il se montre emprunté et déférant face à son ancienne maîtresse qui le ramène constamment à sa modeste condition. Il est d’ailleurs largement sous-entendu que tous les actes de Diello n’ont pour seul but que de lui conférer une position le rendant digne de séduire la Comtesse. Après avoir empoché un premier pactole suite à ses premières transactions avec les Allemands, c’est bien chez elle qu’il se rendra auréolé de prestige tout neuf. Là encore en une scène, les mots et la mise en scène vont définir le fossé qui sépare les personnages. Alors que l’on vient de le voir une nouvelle fois narguer Moyzisch (dont un savoureux moment où il trouve le code de son coffre fort en mettant la date de la prise de pouvoir d’Hitler, le Lubitsch de To Be or Not To Be n’est pas loin), il retrouve ses réflexes de domestique lorsqu’il va rencontrer Danielle Darrieux.
Ruinée et ramenée à une condition précaire, elle conserve toute sa supériorité sur Diello qui se met à ranger son logis désordonné. C’est presque penaud qu’il proposera à la Comtesse de servir d’écran entre lui et ses contacts nazis en échange de rémunération. Cette dernière accueillera (et acceptera) le marché par une gifle retentissante afin d’humilier Diello, qui s’est senti obligé de demander ce qu’il aurait dû exiger au regard de sa position avantageuse. Si les Allemands sont des idiots et les Anglais des naïfs, la Comtesse sera à la fois sa meilleure alliée et ennemie, tant son prestige confère encore la mainmise sur lui. Danielle Darrieux est exceptionnelle de noblesse et de prestance, les deux acteurs se tirant mutuellement vers le haut dans une merveille d’alchimie commune.
Le fait que le récit soit tiré de faits réels est encore plus jubilatoire pour Mankiewicz, qui trouve là un terrain concret pour appuyer son cynisme et son peu de foi en la nature humaine. Dans une mécanique absolument diabolique, la bêtise et la cupidité vont faire échouer lamentablement les projets de chacun. Comme déjà dit, les informations fournies par Cicéron ne furent jamais exploitées par des allemands méfiants, tellement qu’ils le payèrent en fausse monnaie. Ce dernier aura été lui-même précédemment volé par la Comtesse, partie avec les mêmes faux billets. Quant aux anglais, ils ne mettront jamais la main sur Diello qui les a volés. Mankiewicz articule le tous dans une dernière partie où il démontre tous ses talents de conteur.
Victime de la fatalité et du zèle d’une femme de ménage, Cicéron est démasqué alors qu’il tente de dérober un ultime fichier top secret. Une remarquable séquence au montage parfait à la Hitchcock, bientôt suivie par un haletant jeu de cache-cache et une course poursuite dans les rues d’Istanbul et Ankara, cadres des vrais événements où furent tournés les extérieurs. Dans tout cet enchaînement de péripéties, Mankiewicz montre chacune des forces en présence manigancer les unes contre les autres et s’annuler ainsi mutuellement. Le piège des anglais n’empêche pas la fuite de Diello, dont le comportement opportuniste sème le doute chez les nazis.
Quant au match Cicéron/Staviska, c’est une conclusion éblouissante qui nous en donnera le résultat. Exilé en Amérique du sud et sur le point d’être arrêté pour possession de faux billets, Mason oubliera sa situation dans un éclat de rire franc et massif lorsqu’il apprendra que cette même monnaie a été découverte en Suisse où est réfugiée la Comtesse. Un final mordant et ironique où en montrant la défaite d’absolument tous ses protagonistes, Mankiewicz illustre l’imperfection même qui définit l’Homme. Le credo de toute sa filmographie en somme.
À Rome, Scintillone et Ruggeretto, deux garçons marginaux et désœuvrés, volent une voiture et son chargement. Ils décident de partir en grande banlieue pour écouler leur butin (notamment des armes) et, pour ne pas attirer l’attention de la police, ils prennent des femmes comme passagères, deux prostituées. En chemin, ils rencontrent Bella Bella, un autre oisif, susceptible de les aider à revendre leur marchandise…
Les Garçons est le premier film de l'association entre Bolognini et Pasolini, qui va permettre pour chacun d'eux une avancée majeure dans leur carrière. Pour Bolognini jusqu'ici réalisateur de comédies populaires sans relief, c'est l'occasion de se frotter à des sujets plus sérieux en se confrontant à l'univers de Pasolini. Pour ce dernier, c'est un apprentissage du métier en côtoyant un grand cinéaste avant de passer derrière la caméra deux ans plus tard avec Accatone. C'est d'ailleurs précisément à une version moins brute d'Accatone qu'on pense ici, à travers cette tranche de vie de petites frappes romaines.
Là où la recherche de réalisme poussera Pasolini à engager des gens du cru et à adopter une mise en scène naturaliste, Bolognini fait appel à un duo français pour camper ses mauvaises graines (Laurent Terzief et Jean-Claude Brialy post-synchronisés comme cela se faisait à l'époque dans le cinéma italien) et fait preuve du soin visuel qui lui est coutumier (voir la remarquable séquence qui introduit Mylène Demongeot). C'est donc à un équilibre entre les deux sensibilités que tient le film, Pasolini amenant sa connaissance de l'errance et de petits larcins, pratiques qui furent un temps les siennes.
Les personnages masculins sont particulièrement médiocres, attachés uniquement à l'argent et au plaisir immédiat qu'ils peuvent en tirer. Pas d'ambition notable lorsque la providence et la roublardise leur amènent quelques billets, aussitôt engloutis en filles, alcools et frimes diverses. L'amitié ne scelle même pas de lien durable puisque tous sont prêts à se voler les uns et les autres si l'occasion se présente. Pour creuser un peu ses personnages plutôt détestables finalement, Bolognini fait appel à son art de soigner ses figures féminines. Fil rouge du parcours des héros, ce sont les différentes filles rencontrées qui vont révéler le fond de leur coeur. Elsa Martinelli est bouleversante lorsqu'elle sort un court instant de son extérieur de prostituée exubérante et intéressée, avant qu'une raillerie de Brialy lui fasse comprendre qu'il lui mentait pour arriver à ses fins.
Terzief en écorché vif est bien plus intéressant et ses tendres instants avec Mylène Demongeot dans une demeure bourgeoise (une des plus belles scènes du film) ainsi que la conclusion oisive et charmante avec Rossana Schiaffino montrent un attrait pour un ailleurs que cette vie-là. C'est sans doute à lui que Pasolini, qui a progressivement réussi à s'en sortir, s'identifie le plus. Belle réussite qui connaîtra un complément avec Ça s'est passé à Rome, collaboration suivante entre Bolognini et Pasolini (plus explicite avec les deux titres originaux La Notte Brava pour Les Garçons et La Giornata balorda pour Ça s'est passé à Rome) toujours consacrée à la délinquance romaine.
Sorti en dvd zone 2 français récemment chez Carlotta avec des bonus très intéressant.
Scott Chavez est condamné à la pendaison pour avoir assassiné sa femme, Indienne, qui multipliait les aventures extra-conjugales. Avant de mourir, il confie sa fille, Pearl, à une ancienne amie, Laura Belle McCanles, installée dans un ranch texan avec son mari, Jackson, sénateur infirme, et ses deux fils, Jesse et Lewt. Pearl est fort mal accueillie par le père, mais plaît immédiatement aux deux frères. Jesse, un gentleman, garde ses sentiments pour lui alors que son cadet Lewt, un voyou sans scrupules, cherche aussitôt à séduire la jeune fille.
Après le tournage tumultueux suivi du triomphe critique et commercial que l’on sait avec Autant en emporte le vent, David O’ Selznick décide de s’accorder un à peu de repos après le chantier que constitua cette œuvre pharaonique. Après avoir supervisé le Rebecca de Hitchcock en 1940, il faudra attendre 4 ans pour le voir revenir aux affaires. La qualité reste cependant au rendez-vous avec le magnifique Depuis ton départde John Cromwell en 1944 et le poignant Etranges Vacances de William Dieterle en 1945 ainsi qu’une avant dernière collaboration avec Hitchcock pour La Maison du Docteur Edwardes. Ces films sont de grandes réussites mais d’une dimension trop modeste quand le nabab n’a désormais plus qu’une idée en tête (et ce jusqu’à la fin de sa vie) : réitérer l’exploit d’Autant en emporte le vent.
L’occasion lui en est donné avec Duel au soleil, adaptation d’un sulfureux roman de Niven Busch au départ destiné à la RKO mais qu’il récupère dès que sa femme Jennifer Jones est envisagée comme héroïne. Tout comme Gone with the wind, le tournage sera rocambolesque à cause de la tyrannie et des exigences folles de O’ Selznick. Si le seul King Vidor est crédité (et sera renvoyé en cours de tournage) en tant que réalisateur on sait que William Dieterle, Joseph Von Sternberg, William Cameron Menzies, Otto Brower, John Faure et Sidney Franklin occupèrent pour un temps plus ou moins long la fonction avant d’être évincé. Ce chaos générera pas moins de 26 heures de rushes dont le montage sera de longue haleine d’autant que l’aspect sulfureux du récit nécessitera de multiples coupes face aux multiples transgressions du Code Hays. Le résultat est certes bancal et hypertrophié pour ce qu’il raconte, mais sa démesure et sa puissance romanesque n’ont finalement que peu à envier à Autant en emporte le vent dont il est finalement très loin d’être un décalque.
Le terme « western » paraît bien superficiel pour cet objet inclassable où se mêle triangle amoureux, passion destructrice et drame familial. L’histoire nous narre le destin de la jeune métisse Pearl Chavez qui après la violente perte de ses deux parents (dès l’ouverture la passion amoureuse ne peut se conclure que dans le drame et la mort) se voit confier à la cousine (et ancien amour) de son père vivant dans un ranch prospère avec un mari rugueux et ses deux fils. Très vite ses derniers vont se déchirer pour ses faveurs.
La peau tannée par le maquillage destiné à rendre sa condition de métisse, Jennifer Jones impose un jeu sulfureux, sensuel, lascif et particulière démonstratif tant dans les expressions de son visage que de la façon de se mouvoir. Elle impose là la figure la plus marquante qu’on lui connaisse à l’écran, celui de la jeune fille innocente et sexuée à la fois, aux instincts sauvages qui lui attirent le violent désir des hommes. Quiconque a vu La Renarde ou Ruby Gentry a forcément cette facette en mémoire. Elle a prouvé de nombreuse fois qu’elle pouvait être plus en retenue et subtile (notamment La Folle Ingénue de Lubitsch) mais c’est quand elle se laisse aller à cette incandescence torride et sans retenue qu’elle délivre ses prestations les plus fascinantes.
Dès lors avec un personnage aussi bouillonnant on ne donne pas cher du trop timoré Joseph Cotten pour s’attirer les faveurs de Pearl, alors que la brutalité sauvage de Lewt (Gregory Peck qui laisse là son image d’américain moyen propret habituel) lui correspond parfaitement. Les premières rencontres entre ces trois là confirment ce fait. Alors que lorsqu’il vient la chercher descendant de sa diligence Cotten a du mal à se présenter, plus tard Peck déshabillera littéralement du regard cette créature venue s’installer chez lui. Plus tard lorsque Pearl angoissée viendra chercher du réconfort auprès de lui, Jesse (Cotten) se comportera en parfait gentleman alors que dès la scène suivante Lewt s’imposera sans qu’on lui ait rien demandé dans la chambre de Pearl. Quand il découvre la liaison entre Lewt et Pearl, Jesse s’efface amèrement alors que Lewt n’hésitera pas à tuer tous les prétendants potentiels de Pearl.
La toile de fond oppose également cette bestialité sous jacente de l’Ouest face à une modernité galopante. L’opposition par les armes du patriarche Lionel Barrymore au passage du chemin de fer par ses terres qu’il ne pourra pourtant empêcher l’illustre bien, et on peut d’ailleurs y constater que contrairement aux apparence Joseph Cotten n’est pas un faible. Il s’avère prêt à défier son père dont il ne partage pas les vues archaïques, quand Peck n’ose simplement le contredire lorsqu’il lui interdit implicitement d’épouser Pearl.
Le film s’avère donc une longue ode à l’amour fou et destructeur, synonyme de soumissions et d’humiliations mutuelles. Toutes les étreintes entre Gregory Peck et Jennifer Jones se font dans la lutte, à la limite du viol (ce qui est bien le cas dans le livre) mais constamment apaisé lorsque ce désir violent a été assouvi. Pour un récit finalement très intimiste, la forme s’avère totalement démesurée et monumentale. Pas moins de trois directeurs photos se chargent de donner au technicolor des couleurs baroques et rougeoyantes comme la passion à cet Ouest aux allures mythologique mais dont le cadre accompagne les tourments intérieurs des héros (voir la dernière partie où un Lionel Barrymore désormais seul fait face à un coucher de soleil écarlate).
Les séquences grandiloquentes sont légions, qu’elles aient des vertus dramatiques où pas voir l’arrivée de Pearl et Jesse au ranch au début, ou l’incroyable galop collectif face à l’arrivée du train. Tout n’est constamment qu’excès à l’image de la mégalomanie de Selznick, jusque dans la durée excessive (2h26 tout de même) d’une histoire qui aurait pu être plus condensée.
C’est cette folie toute hollywoodienne qui rend le film si fascinant malgré ces imperfections évidentes. Le clou est atteint lors de la mythique dernière séquence où les deux amants maudits se traque dans les rocheuse. La haine se dispute à l’amour en un regard, et on sait bien que plus que la vengeance, c’est vers une union dans la mort que court ce couple puisque leurs natures sauvages ne permettra jamais à cette amour de s’épanouir dans la vie.
L'édition zone 2 français a une image correcte mais est à éviter car ne proposant que la vf. Privilégier le zone 1 MGM doté de sous titres français, d'autant que la version est légèrement différente puisque doté d'un prélude et d'un épilogue musicale, ainsi qu'une introduction en voix off solonnelle de Orson Welles qui n'est pas sur le dvd français.
Des voitures tuent les habitants de Paris, un petit village rural imaginaire en Australie. Un homme dont le frère a été tué se retrouve dans le village...
Premier film de Peter Weir qui sera un petit fer de lance de la vague australienne qui déferlera en fin de décennie en particulier dans le fantastique, par Weir lui même avec Pique-nique à Hanging Rock à la lisière du genre et La Dernière Vague mais aussi et surtout George Miller et son Mad Max.
Ce premier essai un objet singulier et étrange, maniant surnaturel, burlesque et satire dans une atmosphère déroutante. La séquence d'ouverture donne le ton avec son imagerie publicitaire (on ne croit pas si bien dire la scène parodie spot pour des cigarettes très populaire diffusé dans les salles australiennes à l'époque) où un couple sillonne tout sourire une campagne australienne rayonnante, avant qu'un inattendu accident de voiture les précipite dans un ravin. La cause du drame ne semble pas clairement définie qu'on enchaîne dès la scène suivante d'une situation quasi similaire où deux frère roulant de nuit sont perturbé par un étrange phénomène et connaissent le même sort en échouant dans une fosse.
Le survivant Arthur (joué par un chétif et fragile Terry Camilleri co scénariste et ami de Peter Weir) passablement traumatisé est alors pris en main par la communauté solidaire du village isolé de Paris. Un des thèmes récurrents de l'oeuvre de Weir se dévoile alors peu à peu, à savoir la description d'un société vivant en vase clos et ses codes qu'on retrouve dans la communauté amish de Witness, l'équipage de Master and Commander ou les écolière de Pique-nique à Hanging Rock. Le mystère se dissipe autour de ce village bizarre jonché des carcasse de voiture des voyageurs ayant échoué là sans retour, admis au village ou disparus dans des circonstances trouble.
On découvre donc avec le héros les us et coutumes des habitants, que ce soit les raids furieux en voitures des plus jeune ou l'organisation méticuleuse dissimulant une dictature tyrannique menée par l'inquiétant maire joué par John Meillon (qui retrouvera Weir dans La Dernière Vague). Bien plus agité que son cadre champêtre le laisse supposer, le village s'avère être une prison menaçante dont on ne s'échappe pas, peuplé de personnages psychotique et inquiétants.
Le rythme est d'une lenteur extrême qui en décontenancera plus d'un tandis que le déroulement de l'intrigue et l'ambiance évoque Chapeau Melon et Bottes de Cuirs, La Quatrième Dimension voire un ancêtre aussie de Twin Peaks. Une vraie curiosité inclassable même si pas totalement aboutie qui lance un des grands réalisateurs des décennies à venir.
Sorti en dvd zone 2 français dans la collection "Les Films de Ma Vie" accompagné de "La Dernière Vague" dont on devrait reparler prochainement ici.
Sous le règne de l'empereur Tibère, le prophète galiléen Jean le Baptiste prêche contre le roi Hérode Antipas et son épouse, ex-femme de son frère, la reine Hérodiade. Celle-ci souhaite la mort du prêcheur, mais Hérode craint de lui nuire en raison d'une prophétie. Arrive la belle princesse Salomé, fille d'Hérodiade, bannie de Rome pour avoir eu une liaison avec un Romain.Mais à bord du navire qui l'emporte, elle se trouve face à face avec Ponce Pilate et son second, Claudius... La convoitise naissante du roi pour sa belle-fille et nièce Salomé va être utilisée par Hérodiade pour faire plier le roi à ses désirs.
Un excellent péplum biblique auquel ce touche à tout de William Dieterle, aussi à l'aise dans la fresque historique que dans le drame intimiste (les somptueux Portrait de Jennie et Quasimodo déjà évoqués sur le blog) confère tout son brio.
Le film sort au moment où le genre (surtout dans sa veine biblique) revient en force à Hollywood avec des films comme David et Bethsabée (également déjà traités en ces lieux) ou La Tunique. C'est surtout à ce dernier qu'on pense (en nettement plus réussi) en voyant Salomé, dans la manière de mêler le grand drame hollywoodien avec une relative fidèlité au évangiles (le gros changement est ici de faire de Salomé la responsable involontaire de la mort de Jean Baptiste quand c'est véritablement de son fait dans les écritures).
Les moyens sont conséquents mais pas encore démesurés comme dans les grands péplums à venir les années suivantes, et le film n'est pas particulièrement spectaculaire. Le tout repose essentiellement sur le scénario brillant de Jesse Lasky Jr. et Harry Kleiner. Le film mêle donc récit religieux (avec l'avènement de la religion chrétienne, les premiers fidèles, l'apparition de Jésus Christ...) et intrigue politique de palais (conséquence du nouveau culte sur le pouvoir en place, cohabitation difficile avec les Romains) où se déchirent des personnages aux objectifs différents. Le début fait d'ailleurs un peu peur à ce niveau avec un Stewart Granger rouleur de mécanique qui semble vouloir refaire Scaramouche en toge romaine ou encore Charles Laughton dans un rôle de souverain bouffi et pervers voisin de celui qu'il campait dans le déjanté Signe de la Croix (déjà traité aussi et oui on aime le péplum ici !).
Ca se rééquilibre assez vite puisque hormis l'ambitieuse Herodiade (interprété avec une belle perfidie par Judith Anderson) aucun personnage n'est totalement négatif. Stewart Granger trouve un de ses rôle les plus subtils avec ce romain ouvert et progressivement convaincu par la foi chrétienne, tout comme Rita Hayworth formidable Salomé déchirée l'essentiel du film dans ses contradictions. Même le roi Hérode joué par Charles Laughton n'est pas sans ambiguité, tout à la fois pervers voulant coucher avec sa belle fille, ironiquement seul protection de Jean Baptiste par peur d'une prophétie et bouleversant le temps d'une scène face à ce dernier où il aspire intégrer la foi chrétienne mais ne peut s'y résoudre par peur de perdre son trône. Seul ombre au tableau Alan Badel bien trop théâtral en Jean Baptiste, en gros le cliché du prophète barbu exalté roulant des yeux (Charlton Heston sera bien meilleur plus tard dans le rôle pour La plus grande Histoire Jamais Contée évocation de la vie du Christ par George Stevens).
Une approche fine et psychologique dans la réalisation de Dieterle rend le tout des plus convaincant, avec quelques partis pris intéressant (comme celui de filmer Jésus du point de vu des autres bien avant Ben Hur), de très belles scènes comme la danse des sept voile de Rita Hayworth (qui ne manquera pas de rappeler celle mythique qu'elle effectua dans Gilda) chargée de tension et le sermon sur la montagne en conclusion magistrale. Pas forcément le plus connu des grands péplum de cette époque fleurissante du genre mais sûrement un des plus intéressants.
Sorti en dvd zone 2 français chez Sony Columbia
Extrait de la fameuse danse des sept voiles de Rita Hayworth
À Londres en 1870, le jeune John Watson fait son entrée dans sa nouvelle école. Il y rencontre un autre adolescent à l'esprit de déduction très développé : un certain Sherlock Holmes... Très vite, Holmes et le futur docteur Watson se lient d'amitié et sont conduits à mener leur première enquête lorsque de mystérieux suicides ont lieu dans leur entourage.
Le principe du "begins" consistant à dépeindre les jeunes années d'une figure célèbre très en vogue dans le cinéma hollywoodien actuel (Batman Begins, Casino Royale...) n'est pas neuf mais la mode est probablement née avec ce film (et Indiana Jones et la Dernière Croisade (1989)) racontant la rencontre imaginaire et les premières aventures de Sherlock Holmes et son acolyte Watson encore adolescent. Si cet épisode de jeunesse est totalement absent des écrits de Arthur Conan Doyle, le scénario de Chris Colombus (auparavant auteur de celui fameux de Gremlins) est d'une déférence parfaite à l'esprit de l'auteur anglais. La première partie du film défini donc les personnalités établies de ses deux héros dans un contexte teenage et scolaire. Nicholas Rowe (que l'on a apparemment plus trop recroisé sur grand écran depuis dommage) est excellent d'assurance et d'esprit en jeune Sherlock Holmes, incarnant parfaitement les qualités du héros en devenir mais aussi ses failles à travers une certaine fébrilité.
Alan Cox incarne lui un jeune Watson encore timide et emprunté qui va s'affirmer au cours de l'aventure avec Holmes, c'est sa voix off adulte qui fait office de guide dans ce parcours initiatique commun vu à travers ses yeux. On ne peut s'empêcher de constater les énormes similitudes dans l'atmosphère avec la série des Harry Potter lors de toute les séquences dans l'école, l'élève antagoniste de Holmes arborant même suite à une mauvaise blague la parfaite allure d'un Drago Malefoy ! Colombus ayant bien plus tard réalisé les deux premiers volets de Harry Potter, le lien est évident.
Produit par Steven Spielberg via sa société de production Amblin, le film est traversé de la schizophrénie du réalisateur entre horreur et merveilleux (doit a rappeler que l'année où il réalisa E.T. il produisit voire plus Poltergeist ?) qui s'était manifesté de manière spectaculaire l'année précédente dans Indiana Jones et le Temple Maudit où une noirceur malsaine côtoyait l'aventure trépidante. Il en est de même ici où en ces heures de productions édulcorées on s'étonnera de la multitude de pur moments horrifiques et cauchemardesque pour un film pour enfant. Les séquences d'hallucination et de suicide provoquées par le poison égyptien sont l'occasion de scène aussi inventive que terrifiantes où les victimes sont punies dans leurs fêlures les plus intimes ou leurs péché mignons.
Les effets spéciaux d'ILM s'en donnent à coeur joie que ce soit le poulet qui se rebiffe en ouverture, le chevalier qui s'échappe d'un vitrail d'église (toute première séquence à user des images de synthèse) et surtout Watson soudainement agressé par des biscuits (qui rappelle une tout aussi traumatisante scène de cauchemar de Akira). Le Londres victorien lorgne également bien sur les atmosphère gothique de la Hammer lors de la dernière partie totalement nocturne et Spielberg est à nouveau convoqué lors d'une reprise à l'identique de la séquence de rituel sacrificiel du Temple Maudit (d'ailleurs le décorateur est le même sur les deux films), l'Inde cédant la place à l'Egypte.
Le film à la bonne idée de définir la personnalité de Holmes à partir de son mentor et d'un ennemi mystérieux et redoutable révélé en conclusion, on retrouve ainsi la fantaisie et l'inventivité d'un côté et la rigueur et la maîtrise de l'autre s'équilibrant au coeur de l'aventure. Vraiment un excellent film (très bon score de Bruce Broughton grand compositeur des 80's un peu oublié aujourd'hui) bien qu'on peine à y distinguer la personnalité de Barry Levinson simple exécutant ici et que sa noirceur trop prononcée en ait causé l'échec commercial. Une bonne surprise vous attends d'ailleurs si vous restez jusqu'au bout du générique...