Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Roberta (Bobbie), Peter et Phyllis (Phil) vivent à Londres, dans une grande et belle villa avec domestiques, jusqu'à ce que, suite à la visite que font deux hommes à leur père, celui-ci disparaisse et que Mère et les trois enfants déménagent pour une petite maison à la campagne. Après une première soirée d'angoisse et de désespoir, les trois enfants découvrent que la maison surplombe une ligne de chemin de fer.
The Railway Children est l'adaptation d'un grand classique de la littérature enfantine anglaise de Edith Nesbit, pionnière du genre dont l'influence s'étend de C.S. Lewis à JK Rowling en passant par Diane Wynn. Le livre a connu pas moins de six adaptations dont une radiophonique et trois télévisuelles produites par la BBC en 1951, 1968 et plus récemment en 2000. Le film de Lionel Jeffries est la seule version cinématographique et demeure la version plus célèbre. On comprend pourquoi tant on a rarement vu plus belle description du monde de l'enfance.
Roberta (Jenny Agutter), ses frères et sœur cadets Peter (Gary Warren) et Phyllis (Sally Thomsett) voit leur existence confortable et protégée voler en éclat lorsque deux hommes emmènent leur père pour d'obscures raisons le jour de noël. Bien que leur mère essaie tant bien que mal de leur dissimuler la vérité, les enfants voient le quotidien se détériorer avec le départ de plusieurs domestiques et l'angoisse autour du sort de leur père. La famille réduite est bientôt contrainte de déménager dans une demeure modeste à la campagne. L'abattement initial cède bientôt la place à la folle aventure lorsque les enfants découvrent qu'une ligne de chemin de fer passe à côté de leur maison.
Par un équilibre miraculeux, le film parvient à faire preuve d'une sensibilité extrême sans jamais tomber dans la niaiserie ou les bons sentiments. Lionel Jeffries à l'origine comédien réalise là son premier film et dirige magnifiquement son jeune casting. Le rôle de l'aîné Bobbie n'a plus de secret pour Jenny Agutter qui l'a déjà interprété dans la version TV de 1968 et elle est ici merveilleuse de maturité et de douceur naturelle. Sally Thomsett est-elle la craintive et espiègle Phyllis et sa performance est d'autant plus impressionnante qu'elle avait 20 ans alors qu'elle jouait une fillette de 11 sans que le spectateur ne le distingue et pour l'anecdote son contrat lui interdisait durant le tournage d'apparaître cigarette à la main ou en compagnie de son petit ami pour ne pas éventer l'astuce. Gary Warren complète le trio en fougueux et intrépide Peter, benjamin de la bande.
L'évasion amenée par les passages quotidiens du train amène les enfants à oublier momentanément leur problème et de manière inattendue à se faire de nouveau amis. Cela sera le cas avec un passager bienveillant surnommé le "Old-Gentleman" (William Mervyn) qui va s'habituer à leur facéties lors de ses voyages et faire office d'ange gardien, le loufoque chef de gare Perks (Bernard Cribbins) ou le très sollicité Docteur Forrest (Peter Bromilow).
Après avoir suscité la bienveillance et la gentillesse de chacun, le trio use du cadre de la gare et des chemins de fers pour aider les autres à leur tour. Cet aspect est amené avec une infinie délicatesse, toujours touchante et jamais trop forcées dans le statut de bienfaiteurs de la communauté acquise par le trio qui entre autre exploits évite la traversée d'un éboulement à un train ou aide un réfugié russe à trouver sa famille (rebondissement qui permettait à Nesbit de glisser quelques-unes de ses idées socialistes). L'interprétation des adultes est au diapason notamment Bernard Cribbins en Perks qui offre un des plus beaux moments du film lorsque croyant à de la charité il rejette le cadeau d'anniversaire des enfants avant de se raviser. Dinah Sheridan en mère courage et compréhensive est tout aussi attachante.
Lionel Jeffries confère l'esthétique idéale avec un début bourré d'idées visuelles ludiques pour savourer ce bonheur éphémère où toute la famille est réunie avant de donner dans un ton plus posé et contemplatif quand on arrive à la campagne. Là on a véritablement le sentiment de voir se tourner les pages des livres d'images de notre enfance avec ces couleurs chatoyante, cette nature chaleureuse où tout est une constante découverte. Jeffries n'abandonne jamais le point de vue enfantin (et même si on devine où est le père on n'en connaîtra la raison que quand Bobbie la découvrira également) donnant ainsi un sentiment d'émerveillement permanent avec les éléments les plus anodins, que ce soit les multiples passages du train toujours inventifs, l'utilisation du décor de la gare ou l'apparition de personnages notamment le Old-Gentleman ou la féérique réapparition finale de l'être tant attendu.
On sent beaucoup l'influence du Whistle down the wind de Bryan Forbes (qui est joliment remercié lors du générique de fin où on entend une voix crier "Thank you Mr Forbes" car il contribua à boucler le financement du film). Vraiment une merveille pour qui a gardé son âme d'enfant et qui se conclu par un sublime générique final où le casting franchi le quatrième mur pour nous dire au revoir. Immense succès public et critique à sa sortie, The Railway Children a depuis bercé les souvenirs de plusieurs générations de jeunes spectateurs et fait aujourd'hui figure de grand classique du cinéma anglais, classé dans les 100 plus grands films anglais par la BFI notamment. Témoin de cette longévité, Jenny Agutter aura effectué une troisième incursion dans l'univers de Edith Nesbit en jouant cette fois la mère lors de l'adaptation télévisée de 2000.
Le film débute en 1937, au début de la seconde guerre sino-japonaise, lorsque l'Armée impériale japonaise investit Nankin, alors capitale de la République de Chine. Au terme de la bataille de Nankin, les troupes japonaises se livrent à un terrible massacre à l'encontre des civils chinois. Après le massacre, le film suit la vie de divers personnages, durant plusieurs mois, dans la ville ravagée : un enfant chinois qui tente de survivre ; un jeune soldat japonais traumatisé par la guerre ; l'allemand John Rabe, qui s'efforce de sauver la population ; une jeune institutrice chinoise, employée dans la zone de sûreté ; un Chinois, assistant de John Rabe et qui, après le rappel de ce dernier en Allemagne, essaie de sauver sa famille en collaborant avec les Japonais.
Si nombre de films chinois ou productions hongkongaises s’étaient déjà penchés sur la douloureuse période d’occupation japonaise (dont l'excellent et méconnu Red Dust traité sur le blog), aucune n’avait encore traité du massacre de Nanking. Véritable plaie ouverte dans la mémoire chinoise, cet événement vit après la défaite les troupes japonaises occuper la capitale, malmenant, tuant et violant la population durant de longues semaines.
Chuan Lu (remarqué chez nous avec Kekexili en 2004) eut d’ailleurs à franchir divers obstacles durant les quatre ans qui précédèrent le tournage, pour convaincre les censeurs chinois, le film ne titillant pas la fibre nationaliste autant que souhaité. C’est d’ailleurs un des rares défauts à relever ici, surtout dans la toute première partie, adoptant le point de vue des soldats chinois faits prisonniers. Trop didactique dans sa volonté de rigueur historique, la déroute puis le massacre des troupes chinoise ne confère pas totalement l’intensité souhaitée, car s’arrêtant trop à la surface gentil chinois contre méchant japonais (pas faux sur le fond mais les personnages sont plus des pantins idéologiques que des êtres de chairs et de sang). Néanmoins, le noir et blanc magnifique aux textures variables et quelques images saisissantes marquent la rétine comme cet océan de cadavres chinois à perte de vue.
La narration plus limpide de la seconde partie, alternant les points de vues de l’oppresseur japonais et des rescapés civils chinois fonctionne beaucoup mieux. L’émotion peut donc enfin naître face au destin sordide de cette population chinoise soumise à la barbarie de l’occupant. Les tragédies et scènes de violence insoutenables s’enchaînent ainsi sous nos yeux révulsés, où humiliations, viols et assassinats peuplent le quotidien des chinois. Les femmes surtout, y sont véritablement traitées comme de la chair à soldats concupiscents, que ce soit les prostituées japonaises « volontaires » ou les chinoises brutalisées.
Un des points passionnants abordés par Chuan Lu (et qui lui valut des difficultés) est de se placer du côté japonais. Tout monstrueux que soient leurs agissements, le réalisateur n’en fait pas des figures menaçantes et abstraites. Au contraire, il se penche sur leur quotidien, la camaraderie et la complicité qui les lient. Ce sont des hommes comme les autres à qui le contexte permet de s’abandonner à leur penchant les plus barbares. Si certains sont réellement malfaisants et terrifiants (dont un qui n’a rien à envier au Ralph Fiennes de La Liste de Schindler) ce traitement permet d’accepter l’éveil de l’humanité et de la compassion chez d’autres.
Le personnage de Kadokawa évoque ainsi le Tatsuya Nakadai de La Condition de l'Homme (triptyque humaniste fleuve réalisé par Masaki Kobayashi en 1959) en moins actif, témoin impuissant de la cruauté ordinaire de ses compatriotes. La réplique finale, « la mort est plus douce que la vie » montre le degré de désespoir atteint avec ce seul échappatoire à la souffrance et à la culpabilité. Malgré une ultime image sur une note d’espoir après les atrocités aperçues, la pilule reste bien amère. Des hommes qui souffrent et d’autres qui s’en délectent, au delà des clivages nationaux : Chuan Lu a finalement réussi son pari.
Lady Franklin est une aristocrate conduite vers la dépression par la mort de son mari. De retour à la vie après un séjour en maison de repos, elle fait la connaissance de Ledbetter, chauffeur de maître qui, à l'occasion de déplacements en voiture va l'aider à se retrouver. Mais Ledbetter, rustre touchant et ex-boxeur, va finir par tomber amoureux de la jeune femme.
The Hireling doit probablement son existence au succès du beau The Go-Between de Joseph Losey produit trois ans plus tôt et récompensé à Cannes. Le film de Alan Bridges pas tout à fait aussi brillant mais néanmoins réussi remportera d'ailleurs également ce même prix cannois à son tour. Le point commun entre les deux œuvres est d'être adaptées de L.P. Harvey et donc de brasser les mêmes thèmes de lutte des classes. Tragique et mélancolique romance entre deux être de milieux opposés (Julie Christie et Alan Bates) The Go-Between (roman écrit avant The Hireling) laissait néanmoins la possibilité d'un rapprochement avec une étonnante fin ouverte alors que La Méprise est un film bien plus cruel.
On y suit la difficile rémission de la fragile Lady Helen Franklin (Sarah Miles), jeune aristocrate dépressive depuis la mort de son mari. Forcée de quitter sa maison de repos pour se mêler au monde, c'est une femme chétive et apeurée qui se replie sur elle-même. Alan Bridges exprime efficacement et avec sobriété dans sa mise en scène cette confusion de l'héroïne, avec un sentiment de claustrophobie constant et une caméra qui se focalise sur des objets ou élément de décors en suivant le point de vue du personnage n'osant lever les yeux sur ce qui l'entoure. Sarah Miles (qui a étendu son registre depuis La Fille de Ryan) est des plus convaincantes.
Dans ce contexte Lady Franklin va s'attacher à la seule présence bienveillante et protectrice de son entourage, son chauffeur Ledbetter (Robert Shaw) qui est d'ailleurs son premier contact extérieur lorsqu'elle quitte l'hôpital. Méfiant et déférent, le rugueux chauffeur (dont on devine peu à peu la profonde solitude soulagée par ces moments anodins) finit par s'attacher à sa jolie passagère qui se livre à lui avec un basculement qui se fait lorsqu'elle choisit voyager à ses côté plutôt qu'à l'arrière de la voiture. Les sentiments du taciturne Ledbetter se devinent quant à eux lorsque les regards se font plus insistants sur Lady Franklin à travers la discrétion du pare-brise, symbole magnifiquement repris par l'affiche du film. La première partie illustre ainsi de jolis moments suspendus où l'on traverse et admire la campagne anglaise à travers les vitres de voiture tandis qu'une certaine complicité se noue lorsqu'on en sort et s'ouvre à la conversation.
La deuxième partie constitue un amer retour des choses à leur place. Lady Franklin désormais rétablie se remet à fréquenter la haute société et s'éloigne progressivement de celui qui l'a tant soutenue. Sarah Miles n'est cependant pas dépeinte sous un jour négatif pour autant mais les sentiments naissants redeviennent ce qu'ils auraient dû rester, de la bienveillance condescendante à l'image de ce cruel moment où Shaw feint un départ pour problème financier pour évaluer la réaction de Lady Franklin qui croit bien faire en lui signant simplement un chèque.
Robert Shaw est magnifiquement touchant lorsque lui si solide jusque-là perd pied car amoureux, d'autant que Lady Franklin noue une liaison avec un homme pâle et indigne d'elle mais de la même classe. Le film est un peu plus longuet quand il s'agit de montrer la détresse de Ledbetter mais offre des séquences marquantes à l'image de cette maladroite déclaration d'amour se voyant signifier le plus froid des refus, après tout il n'est que le chauffeur. La conclusion un peu abrupte frustrera l'amateur de grandes envolées romantiques mais est finalement à l'image de cette histoire d'amour avortée avant même de réellement exister.
Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais
A Footlights Club, une pension de femmes artistes, cohabitent Jean Maitland, une danseuse blonde sarcastique ; Linda Shaw, une brune prétentieuse ; Kaye Hamilton, une jeune comédienne obsédée par son art ; Catherine Luther, une ancienne vedette ; Judy Canfield, une rousse exubérante, Eve, Annie et bien d'autres encore. Terry Randall, une riche héritière souhaitant faire ses preuves sur scène, s'intègre au groupe et partage sa chambre avec Jean.
Stage Door est un des plus beaux films produit par la RKO durant les années 30 et constitue une étape importante pour ces participants. Gregory La Cava entre ses débuts dans l’animation puis le burlesque durant les années 20 et ses comédies sociales sophistiquées des années 30 (dont le célèbre Notre homme Godfrey) s’essayait avec brio au drame. Ginger Rogers encore associée à son duo de comédie musicale avec Fred Astaire démontrait l’étendue de sa palette tandis que la déjà star Katherine Hepburn retrouvait les sommets après plusieurs échecs commerciaux consécutif.
Le film adapte une pièce à succès jouée à Broadway et qui s’attarde donc sur les différents destins d’aspirantes artistes féminines vivant en communauté dans une modeste et bouillonnante pension. Gregory La Cava a en plus de ses deux têtes d’affiche engagé un remarquable casting féminin (dont une toute jeune Lucille Ball encore jeune starlette avant d’être icône de télévision) qu’il oblige à vivre ensemble pendant quinze jours en amont du tournage. Sur les lieux, une assistante prend des notes où sont retenus les échanges les plus piquant dont nombre seront réutilisé dans le film. A l’écran, cela donne un naturel remarquable illustrant la complicité des actrices qui ont dues mettre beaucoup de leurs propres sentiments et angoisses dans des situations qu’elles ont certainement connues.
Gregory La Cava délivre un portrait contrasté, à la fois drôle et tragique des différentes locataires. Les grandes ambitions artistiques son éclipsées par la recherche fébrile du prochain cachet et cette angoisse se dissimule chez la plupart par un détachement de façade qui occasionne des échanges vachards savoureux notamment par une Ginger Rogers à la gouaille irrésistible. Les situations, de la plus triviale à la plus pathétique illustrent également les hauts et les bas d’une carrière dans le monde du spectacle et la manière dont les hasards du destin peuvent se montrer providentiels comme terriblement cruels.
Katharine Hepburn jeune fille riche sans expérience venue se fondre dans cet univers va ainsi voir tout lui sourire tandis que la passionnée Andrea Leeds (nominée à l'Oscar du second rôle, le film récoltera 4 nominations) ira de désillusion en désillusion jusqu’à abandonner tragiquement la partie. D’autres aspects plus sordides sont abordés même si atténué par une fausse légèreté comme la nécessité de céder aux avances des producteurs pour un job, aléas accepté avec plus ou moins de philosophie tel les revirements moraux de Ginger Rogers face à un entreprenant Adolphe Manjou.
L’ensemble du film joue de cette tonalité douce-amère avant de basculer ouvertement dans le drame sur la toute fin. Katharine Hepburn qui n’a jamais souffert ne s’accomplit en tant qu’actrice que par la traumatisante tragédie qui conclut le récit. L’émotion se fait bouleversante devant son jeu transfiguré sur scène et les yeux embués de ses amies spectatrices rongées par la même douleur.
Un moment suspendu et poignant porté par une très grande Katharine Hepburn, égalée en intensité par une Ginger Rogers muette et magnifique. On retiendra néanmoins le traditionnel The show must go on dans la jolie conclusion. Une possible étoile s’est éteinte au profit d’une autre, certaines s’envolent vers d’autres destins tandis que d’autres s’agrippent vaille que vaille à cette carrière et une nouvelle locataire prend place dans cette chaleureuse pension d’artiste.
Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO
Extrait avec cette passe d'arme savoureuse entre Ginger Rogers et Katharine Hepburn
Walter Lang signe là un joli biopic de la chanteuse Jane Froman qui donne l'occasion à Susan Hayward de donner une de ses plus belles prestations. Le film pêche dans un premier temps par une touche conventionnelle qui ne le démarque guère du commun des biopics. On assiste donc à l'irrésistible ascension de la jeune chanteuse et des divers problèmes personnels qui vont découler de cette célébrité naissante tel le mal être de son mari et mentor Don Ross (David Wayne) lui-même musicien en quête de reconnaissance.
Il s'en suivra également un assez classique triangle amoureux avec un pilote incarné par Rory Calhoun. Si l'on n'est guère surpris, le film est très agréable à suivre grâce à l'interprétation pleine d'allant du casting qui offre quelques savoureux moments comme la première audition de Jane Froman où se dévoile ce qui la détache des autres artistes formatée et fera son succès, sa sincérité conjuguée à ses talents vocaux.
Visuellement c'est un régal pour les yeux avec comme souvent à la Fox une photo technicolor somptueuse de Leon Shamroy donnant un tour luxueux et chatoyant aux différents environnements mettant surtout en valeur des numéros musicaux de toutes beauté qui forment une sorte d'apogée d'une Jane Froman au sommet de son art.
On évite l'écueil de la jolie coquille vide avec la deuxième partie plus dramatique. Le film s'ouvrait sur une remise de prix à Jane Froman pour l'étonnant titre d'artiste "la plus courageuse de l'année" avant que (à la manière du Eve de Mankiewicz) on ne la découvre en flashback à travers les souvenirs de convives proche présent.
Le tout gagne en intérêt en s'intéressant aux évènements plus singulier et grave associée à Jane Froman avec un terrible crash aérien (alors qu'elle se rendait à Londres donner un concert aux troupes américaines) dont elle survit mais au prix d'une grave blessure à la jambe droite menacée d'être amputée.
On a donc une belle leçon de courage avec l'artiste soumise à de multiples interventions chirurgicale qui tente envers et contre tout d'assurer son art. L'émotion peut enfin se faire jour lors de cette belle séquence de retour sur scène où émue (et contrainte d'être assise) elle est triomphalement accueillie par le public. Jane Froman fut saluée par sa contribution à l'effort de guerre où même handicapée elle traversa l'Europe pour réconforter les soldats américains.
C'est ce qui compose la dernière demi-heure et le meilleur moment du film avec un tourbillon musical et émotionnel où l'héroïne se reconstruit et retrouve confiance tout en apportant une étincelle de bonheur aux blessés. La double rencontre avec un tout jeune Robert Wagner (c'est vraiment le rôle qui le lança apparemment) une première fois en soldat timide et attachant puis plus tard hébété par un choc traumatique est vraiment très belle et naïve. Le final triomphal et jubilatoire où Jane Froman entame les hymnes des différents Etats américains auprès d'un public survolté est des plus galvanisants également.
Susan Hayward dégage une belle aisance et est touchante de bout en bout, on notera que les parties vocales sont assurées par la vraie Jane Froman très impliquée dans la production. Thelma Ritter fait également apprécier sa gouaille franche dans un énergique rôle d'infirmière. Après toutes ses péripéties on aura compris et acquiescera au titre d'artiste la plus courageuse lors du retour au présent final où Jane Froman enfin en pleine possession de ses moyens entonne un grandiose With a song in a heart.
Sorti en dvd zone 1 chez Fox et doté de sous-titres français
Au début du XIXe siècle, habitant la propriété de Mansfield Park, en Angleterre, la jeune Fanny Price (Frances O'Connor) est secrètement amoureuse d'Edmund Bertram (Jonny Lee Miller). Une autre résidente, Mary Crawford (Embeth Davidtz), amie et rivale, est éprise du même homme, tandis que Henry (Alessandro Nivola), le frère de Mary, cherche à séduire Fanny.
On continue un peu notre exploration des adaptations cinématographiques de Jane Austen avec ce Mansfield Park sorti en 1999. Au vu de ses producteurs, on devine que cette version découle directement du succès des adaptations des 90’s sous différent formatpuisque le film est financé conjointement par la BBC responsable (entre autres) du Pride and Prejudice à succès de 1995 avec Colin Firth et la Miramax derrière le catastrophique Emma l’entremetteuse de 1996. On pouvait espérer le meilleur comme craindre le pire donc et le résultat final, s’il ne manque pas de qualité et d’audace n’est clairement pas satisfaisant.
Mansfield Park est souvent qualifié de premier roman de la maturité pour Jane Austen qui avec ses deux premiers livres Raisons et Sentiments et Orgueil et Préjugés avait sensiblement remaniée des écrits de jeunesse (Elinor et Marianne comme ébauche de Raisons et Sentiments et First Impression pour Orgueil et Préjugé) ce qui se ressentait dans la nature fougueuse de ses héroïnes et dans la nature pétillante et caustique de ses dialogues, descriptions. Très souvent chez Jane Austen (et dans Emma postérieur à Mansfield Park qui revient à cette idée) les jeunes héroïnes sont plus intelligente et fine que ce que la société attend d’elle et ces qualités sont autant des bienfaits qu’une malédiction.
Vaniteuses et sûr d’elles, elles oublient que leur manque d’expérience peut les induire en erreur tel Lizzy Bennett méjugeant Darcy ou Marianne s’amourachant du fourbe Willoughby. Mansfield Park marque une vraie rupture avec la timide et effacée Fanny Price. De basse extraction et recueillie par ses riches oncles et tante, elle est méprisée par ses cousines et traitée en inférieure par ses bienfaiteurs hormis son cousin Edmund. Amoureuse de ce dernier mais n’osant lui avouer ses sentiments par manque de confiance, elle s’avérera pourtant le personnage le plus moral, clairvoyant et lucide face aux divers travers dans lesquels la famille va tomber gagnant ainsi le respect et la reconnaissance de tous.
C’est un vrai défi de transposer en image (ce qui est plus simple à l’écrit même s’il faut pour le lecteur comme son entourage apprivoiser le caractère secret de Fanny) un personnagesi effacé. Malheureusement Patricia Rozema (également au scénario) n’ose pas vraiment s’y essayer. Dès l’ouverture on est étonné de voir la fillette apeurée et pleurnicheuse du roman avec autant d’assurance et une langue si bien perdue.
La réalisatrice fait néanmoins passer la chose en faisant perdre sa prestance à Fanny via son rapport aux autres habitants de Mansfield Park qui la prennent de haut (première rencontre avec Julia et Maria, l’odieuse Tante Norris moyennement interprétée par Sheila Gish malheureusement) ou l’impressionnent comme Sir Thomas Bertram (excellent Harold Pinter). Cela reste trop bref cependant et le décalage demeure lorsque l’intrigue reprend à l’âge adulte. Frances O’Connor interprète une superbe Fanny mais la direction donnée sonne faux.
En effet Patricia Rozema a une ambition plus vaste et fait de Fanny un double de Jane Austen elle-même et va ainsi exprimer des réflexions de l’auteure pas forcément en lien direct avec le roman Mansfield Park. La nature introvertie de Fanny paraît donc très superficielle, sa beauté (censée se manifester avec l’amour et l’assurance mais vu qu’elle les a dès le départ problème…) supérieure à toute sans l’ombre d’un doute tout comme son intelligence puisqu’elle est écrivain. Ce dernier point est renforcé par la nature des écrits de Fanny où on reconnaîtra des extraits de Juvenilia soit les propres écrits de jeunesse de Jane Austen (mais aussi ses lettres). Fanny, d’observatrice discrète et juste se place maladroitement au centre du récit à coup de narration caustique en voix-off et de réflexions face caméra pour horreur, rendre le tout plus « moderne ».
La première heure est très fidèle au livre mais trop expéditive (le marivaudage au parc disparait...) pour approfondir les personnages en plus des écueils déjà évoqués. La deuxième crispera plus d’un lecteur avec ses idées saugrenues (Fanny qui dit d’abord oui puis non à Henry Crawford et ainsi rendue presque coupable du rebondissement final), ses ajouts thématiques malvenus (mais que vient faire une réflexion sur l’esclavage dans tout cela ?) et vraie faute de gout avec une scène de sexe explicite.
Patricia Rozema a voulue capturer l’esprit de Jane Austen et par la même occasion oubliée qu’elle avait aussi un livre à adapter. De même on déplorera la lourdeur de la tirade finale de Mary Crawford sur sa vision moderne de la société quand tout cela était si finement amené par Jane Austen. Les idées sont bonne mais finalement mieux aurait valu une franche infidélité que cet entre deux ou rien ne fonctionne car même si elles sont moins criantes sans avoir lue le livre les incohérences sautent aux yeux.
Malgré toutes ces tares le film n’est pas désagréable pour autant. Frances O’Connor charmante et gauche est très bien, les ajouts de quelques séquences intimistes son agréables et formellement c’est très réussi (superbe photo de Michael Coulter) avec de belles idées de mise en scène comme lorsque les personnages s’arrêtent puis reprennent leur activité le temps que le commentaire en voix off s’achève.
L’interprétation est dans l’ensemble transparente hormis Alessandro Nivola à l’ambiguïté parfaite en Henry Crawford Lindsay Duncan dans le double rôle (il fallait être attentif !) de l’engourdie Lady Bertram et de la plus rude Mrs Price. Donc objectivement cela se laisser distraitement regarder sans être vraiment un bon film et question adaptation en dépit des bonnes intentions c’est raté avec une modernisation qui rend l'ensemble paradoxalement conventionnel. Encore un où il faudra se tourner vers la version TV BBC pour être satisfait semble-t-il…
Sorti en dvd zone 2 anglais doté de sous-titre anglais et en zone 1 avec sous-titres français.
Bande-annonce où on peut déjà constater l'étendue des dégats...
Complice de deux joueurs professionnels, Santo et Perkins, Barbara Graham est soupçonnée du meurtre d'une riche veuve et ne peut fournir d'alibi. Elle est condamnée à mort. Un journaliste, Ed Montgomery, convaincu de son innocence, tente de convaincre l'opinion.
Une des grandes réussites de Robert Wise qui donne également l'occasion à Susan Hayward d'offrir une de ses plus mémorables performances qui lui vaudra un Oscar. Comme nous l'indique le générique et l'épilogue, le film s'inspire des articles (ainsi que divers autres documents, interviews...) du journaliste Ed Montgomery sur le fait divers qui impliqua Barbara Graham, accusée de meurtre puis condamnée à mort et qui n'aura de cesse de clamer son innocence.
Wise ne se soumet pas pour autant à une tonalité pesante trop marquée, notamment dans la très percutante première partie qui nous présente la personnalité trouble de Barbara Graham. Dépravée, malhonnête et rétive à toute forme d'autorité, celle-ci n'est pas vraiment ce qu'on appeler une femme bien. Le film va assez loin dans la description de ces divers travers où on la découvrira prostituée, coupable de parjure et adepte de l'escroquerie en tout genre. Wise accompagne ce tourbillon d'excès d'un montage percutant et d'une ambiance de film noir prononcé sur une bande-son jazzy parfaite pour accompagner les déambulation lascive et le franc-parler d'une Susan Hayward faisant toujours les pires choix possible et bien mal accompagnée. Tout cela jusqu'au dérapage de trop lorsque notre héroïne se trouve associée à un trio de meurtrier qui pour sauver leur peau rejette leur crime sur elle.
Le film est partagée entre une certaine ambiguïté puis une franche tendance à clamer l'innocence de Barbara Graham plus l'on approche de la conclusion. Wise maintient cet entre deux principalement par la prestation de Susan Hayward et donc de l'image qui se reflète de Barbara Graham. Dans les faits, il semble que la culpabilité de Barbara Graham soit bien plus concrète que ne le montre le film et Susan Hayward avouera après la masse de documentation consultée pour le rôle qu'elle la pensait coupable.
L'intérêt n'est donc pas uniquement dans cette résolution (et les spectateurs de l'époque pour lesquels les faits étaient récent devaient certainement déjà connaître l'issue) mais dans ce que l'affaire contribue à dénoncer. La longue introduction montrant les mœurs dissolues de Barbara sert à montrer l'image que se forgera d'elle l'opinion publique, celle d'une coupable, plus pour ce qu'elle est que pour ce qu'elle est supposée avoir fait.
Wise use constamment d'un montage alterné entre les séquences de procès et d'autres de journaux télévisé ainsi que d'insert de unes de journaux qui créent une tempête juridico-médiatique dans laquelle Helen Graham devient un phénomène à exploiter. Trop impétueuse, cette dernière en joue avant de constater son erreur mais il est trop tard son passé a joué contre elle, innocente ou pas. Une logique inéluctable se met en route accentuée par ce personnage qui commet toujours de terribles erreurs aux plus mauvais moments.
Susan Hayward est fabuleuse, jamais vraiment sympathique, vulgaire et à la sexualité agressive constante. Pourtant elle confère une humanité formidable à ce personnage tragique au détour de quelques moments intimistes, surtout lorsqu'elle est seule et se rend compte de tous ce que lui coûte ces dérapages qu'elle ne peut réfréner (le passage silencieux où elle fond en larmes après avoir refusé d'enlever sa nuisette peu appropriée à la prison).
Wise rend le film de plus en plus oppressant et étouffant plus la sentence d'exécution approche et Hayward entre résignation et fol espoir rend ces instants palpitants. La mise en scène se fait de plus en plus clinique, le montage s'arrête sur des détails, des visages, des regards ou élément de décors comme pour les imprimer à la rétine avant que tout ne s'évanouisse dans un nuage de gaz.
Ce traitement (où toutes les étapes de préparation de l'exécution nous sont montrées) accentue la nature inhumaine de cet acte où lez journaliste venus au spectacle se plaignent à chaque report dans l'attente d'un sursis. Finalement c'est cela que dénonce le film, un système qui permet de livrer un être en pâture de cette façon (l'affiche originale est marquante à ce titre), coupable ou non. Le titre est un cri du coeur dont le point d'exclamation marque le désespoir.