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mercredi 19 mai 2010

La Fille de Ryan - Ryan's Daughter, David Lean (1970)

Après les succès colossaux de ses 3 précédents films (Le Pont de la Rivière Kwai, Lawrence D'Arabie, Docteur Jivago) également salué par la critique, David Lean revient là à un scenario original pour ce qui sera son dernier grand chef d'oeuvre.

Comme d'habitude la petite histoire se mêle à la grande pour dépeindre le destin des personnages même si le ton se fait plus intimiste (sur le fond du moins) ici que dans ses trois précédents film. On suit le destin de Rose jeune fille ne rêvant que de grande épopée romantique et donc forcément à l'étroit dans ce petit village isolé. Amoureuse de son professeur dont l'érudition est synonyme d'ouverture vers l'extérieur elle l'épouse mais une scène de nuit de noce assez pathétique lui fait vite comprendre la vie assez morne qui l'attend, arrive alors un bel officier anglais bien torturé qui va faire basculer son destin.

Lean capte parfaitement l'atmosphère de ces petits villages où règne le poids du quand dira t on, des regards, ici exacerbé par un patriotisme violent dû à l'occupation anglaise entrainant une forte tension pleine de complots potentiels, la rancoeur et la suspicion s'avérant avoir des conséquences tragiques: on passe ainsi à la cruauté ordinaire envers l'idiot du village en début de film à une traumatisante scène de lynchage collectif au final.

L'interprétation est assez inégale, et c'est les vieux briscard s'en sortent le mieux. Trevor Howard en curé gueulard en impose énormément, figure d'autorité néanmoins compréhensive et à l'écoute tandis que Mitchum en contre emploi total campe un instituteur rural simple et touchant. John Mills en idiot du village est aussi pathétique et bouleversant (oscar à la clé) et la galerie de trognes jouant composant les villageois est parfaite. Sarah Miles (femme du scénariste Robert Bolt) parait un peu tendre pour son personnage mais apporte une fraicheur et un spontanéité inouïe surtout en début de film mais Christopher Jones s'avère d'une rare fadeur en officier amoureux (plus convaincant en soldat traumatisé par le front) manquant de plomber l'histoire d'amour pilier essentiel du film.

C'est là qu'intervient le principal atout du film la mise en image d'un David Lean au sommet de son art. Pour compenser les carences de l'interprétation Lean se repose plus que dans tout autre de ses films sur l'image pour raconter son histoire. Les amants échangent finalement très peu de mots mais une stupéfiante scène de coup foudre (on ressent comme rarement le sentiment d'intensité et d'oubli de tout ce qui existe autour dans situations là) et une scène d'amour en pleine forêt (où l'éclosion de la faune accompagne l'épanouissement des amants) d'une tétanisante beauté suffisent à nous faire partager les sentiments des héros.

La photo de Freddie Young est une splendeur et nous offre des vues majestueuse de la cote irlandaise, de ses colline verdoyante et ses plaines immenses. Malgré le côté un peu hypertrophié (récit moins riche qu'un Jivago ou un Lawrence D'Arabie) on ne peut qu'être subjugué par la beauté des images.

Sans oublier des scènes d'anthologie comme l'union du village pour repêcher des armes destiné à la résistance irlandaise ou encore l'éprouvante scène de lynchage où on retrouve toute la cruauté dont peut faire preuve David Lean et on tient le travail le plus impressionnant du maître en terme de mise en scène (même si le romanesque Docteur Jivago conserve ma préférence). Le beau score de Maurice Jarre étant utilisé avec plus de retenue qu'à l'accoutumée.

Le contexte historique moins fouillé qu'à l'ordinaire mais toujours très bien vu également et sans manichéisme avec des soldats anglais parachutés là qui font ce qu'ils peuvent (un brillant dialogue dans le pub l'illustre bien et des Irlandais hargneux et revanchard qui veulent leurs libertés.

Sorti en plein avènement du Nouvel Hollywood où les figures d'un certain classicisme étaient montrées du doigt, le film fut injustement éreinté par la critique. David Lean subit également l'humiliation d'une conférence de presse transformée en lynchage par la journaliste Pauline Kael et ses sbires qui l'incita à s'éloigner de la réalisation les 15 années suivantes avant de terminer sa carrière sur La Route des Indes.

Disponible dans une belle édition zone 2 warner comme le prouve les belles captures ci dessus.


4 commentaires:

  1. En effet, dernier chef d'œuvre de David Lean (même si La route des Indes est aussi un grand film - Lean adorait l'Inde et avait projeté de faire un film sur Gandhi avec Alec Guiness) qu'il faut réhabiliter, comme vous le faites. Je rajouterai aux moments d'anthologie du film : la grande séquence de tempête, tout simplement époustouflante de réalisme, un sommet du genre, digne de David Lean.

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  2. Entièrement d'accord sur les 2 grandes scènes d'amour, stupéfiante pour la 1ère, et d'une tétanisante beauté pour la seconde. Deux scènes d'anthologie.

    Par contre, je ne trouve pas du tout que Sarah Miles soit un peu tendre pour le rôle. Elle est prodigieuse. Ce n'est pas une actrice,c'est le diable.

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  3. J'en connais un qui est tombé amoureux de Sarah Miles (à raison !) ^^. Je l'aime beaucoup dans le film aussi mais je trouve qu'elle n'acquiert pas totalement à la fin la gravité et l'émotion que pouvait atteindre par exemple Julie Christie dans "Docteur Jivago". Il y a un petit quelque chose qui pêche dans le couple mais elle contrebalance par un fraîcheur et un abandon qui la rendent très touchante et spontanée. On sent que c'est son premier rôle d'envergure dans les qualités comme dans les petit défauts de son interprétation et puis elle est sacrément entourée au casting pas évident.

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  4. j'ai écrit un papier que je dois retrouver, parce que j'ai adoré ce film, et que mon ami de Californie a voulu le publier. je vous l'enverrai par mail : il est en anglais.
    Je constate avec satisfaction qu'il n'y a pas d'Eric Rohmer dans vos colonnes. Je me remets mal du malaise éprouvé ce soir.

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