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vendredi 28 mai 2010

L'Homme de l'Arizona - The Tall T, Budd Boetticher (1957)


Après avoir perdu son cheval dans un pari, Pat Brennan (Randolph Scott) se retrouve à pied dans le désert. Heureusement, une diligence conduite par son ami Ed Rintoon passe à proximité. Il ne s'agit pas de la ligne habituelle mais d'un transport particulier réservé par les jeunes mariés Willard et Doretta Mims (Maureen O' Sullivan) pour leur voyage de noces. Doretta est la fille du plus riche propriétaire de la région. Lorsque les quatre passagers arrivent à la station relais, l'endroit semble vide : le tenancier Hank Parker et son fils Jeff ne répondent pas aux appels de Brennan. Alors qu'ils cherchent Hank et Jeff, les quatre voyageurs sont surpris par trois bandits terrés dans la maison : Frank Usher et ses deux hommes, Chink et Billy Jack.

La réussite commerciale et artistique de l'excellent Sept Hommes à abattre avait permis à Budd Boetticher de se relancer après son renvoi d'Universal. Ce fut aussi l'occasion grâce à John Wayne qui produisait le film de la rencontre entre Boetticher et la légende du western de série B Randolph Scott, ainsi que le scénariste Burt Kennedy dont c'était le premier script pour Hollywood. Les trois hommes s'étaient entendu à merveille pour donner le chef d'oeuvre que l'on sait et allaient entamer une fructueuse collaboration tout au long des années 50 pour ce qui est la période dorée du réalisateur. Sous l'égide de la société de production de Randolph Scott, Ranown, The Tall T sera donc le premier film de ce qu'on appelle le cycle Ranown dans la filmographie de Boetticher. Pas le meilleur de la série mais déjà une belle réussite.

Randolph Scott campe ici un ancien meneur de ranch bien décidé malgré les difficultés à désormais officier à son compte. La première nous dépeint ainsi un Ouest bucolique (même si la menace pointe déjà avec le chef de relai empoignant son fusil avant de reconnaître Scott) et chaleureux. Les échanges truculents avec le chef de dilligence (joué par Arthur Hunnicutt) ou encore l'épisode où Scott tente de faire l'acquisition d'un taureau en le domptant (où la connaissance des bête de Boetticher rend la scène très réaliste et efficace) offrent des pleins détendus plein de drôlerie dont la fameuse image de Randolph Scott la selle sur le dos marchant dans le désert.

Le film bascule ensuite dans une vraie noirceur lors de la rencontre avec trois redoutables tueurs qui vont prendre Scott et ses acolytes en otages. La nature de série B du film ne permettant pas les grands instants spectaculaire, le script de Kennedy (adapté de Elmore Leonard) fait preuve d'un détail et d'une subtilité brillante pour dépeindre les interactions entre les personnages. C'est tout d'abord l'étonnant méchant campé par Richard Boone qui surprend. On devine en lui un passé tragique qui l'a poussé à devenir criminel, tant son attitude est ambigüe.

Très différent des deux tueurs sanguinaires et ignare qui l'accompagne, il fait preuve d'un vrai respect envers Randolph Scott dans lequel il devine un homme de sa trempe (et auquel il aimerait ressembler) mais est d'un autre côté capable d'actes révoltant (le chef de station et son enfant qu'il laisse se faire tuer) s'ils les estiment nécéssaires ou mérités. Le personnage de vieille fille désespérée joué par Maureen O' Sullivan s'avère très touchant également et se rapprochement avec le viril Randolph Scott (en opposition avec son lâche mari qui la vend littéralement au tueurs) est très réussi, celle ci découvrant enfin les bras d'un homme aimant et protecteur qui va lui ouvrir les yeux.


Boetticher nous mène suffisamment bien en bateau avec un rythme alerte (76 minutes à peine) qu'on en oublie que le seul moment d'action intervient lors de la conclusion. La grande question traversant la filmographie de Boetticher "Qu'est ce qui définit un homme, un vrai ?" se dessine lors du face à face final entre Scott et Boone. Se retirer avec honneur où tenter une ultime traitrise sera l'enjeu d'une ultime confrontation qui rappelle (en moins fort) celle de Scott et Lee Marvin dans Sept hommes à abattre. La violence crue du film (pour du pré Peckinpah) surprend pas mal également avec du sang bien visible et surtout deux adversaires abattu d'une balle dans le visage. Très bon western donc et le meilleur était à venir.


Disponible en dvd zone 1 sur le magnifique coffret Sony consacré à Boetticher. Le disque contenant The Tall T comprend d'ailleurs un documentaire captivant aux intervenants prestigieux (Tarantino, Eastwood, Peter Bogdnanovich...) revenant sur les spécifités de l'oeuvre de Boetticher et surtout sur une existence assez incroyable...

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