Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

mardi 25 mai 2010

Chungking Express - Chong qing sen lin, Wong Kar Wai (1994)


L'histoire de deux flics lâchés par leur petite amie. Le matricule 223, qui se promet de tomber amoureux de la première femme qui entrera dans un bar à Chungking House, où il noie son chagrin. Le matricule 633, qui chaque soir passe au Midnight Express, un fast-food du quartier de Lan Kwai Fong, acheter à la jolie Faye une salade du chef qu'il destine à sa belle, une hôtesse de l'air.

Suite à une énième interruption de tournage de son Wu Xia Pian Les cendres du temps, Wong Kar Wai s'offre une récréation avec un petit film tourné à l'arrache dans Hong Kong avec une équipe réduite et un script rachitique. Essentiellement destiné à lui redonner le plaisir et l'envie de tourner avec un film plus modeste et libre en opposition à la lourde logistique des Cendres du Temps, le "petit" film constituera finalement un des joyaux de sa filmographie avec Nos Années Sauvages et In the Mood For Love.

Le pitch très conceptuel offre une variation sur le même thème avec deux histoires aux point de départ similaire (un flic en proie au chagrin d'amour réconforté par une rencontre féminine improbable) mais au traitement bien différent.

La première histoire confronte un couple improbable constitué de Takeshi Kaneshiro et Ling Ching Hsia. Essentiellement nocturne, l'ambiance fait la part belle au spleen introspectif à travers les tourments affectifs d'un Takeshi Kaneshiro inconsolable. Wong Kar Wai capte parfaitement la détresse ressentie dans ces moments là, à laquelle il offre sa touche drôle et poétique avec les défis improbable que se lance Kaneshiro dans l'espoir qu'elle revienne (comme avaler 30 boîte d'ananas périmées, le soir de son anniversaire et un mois après leur rencontre) où la manière étonnante dont il décide de tomber amoureux de Ling Ching Hsia. Cette dernière nous offre là son rôle le plus mystérieux et iconique (bien que plus féminine la dureté de ces personnages androgyne de wu xia pian est intacte), perruque blonde,lunettes noires et gros imper masquant son apparence et es sentiments avec un personnage tout en froideur. Mêlées à des affaires louches, elle offre au film un aspect polar léger ainsi qu'un aperçu cosmopolite de Hong Kong avec ses émigrants pakistanais (visibles également dans la seconde histoire).

Wong Kar Wai distille une ambiance nocturne typique de son style et préfigurant notamment "Les Anges déchus" (notamment l'utilisation de morceaux trip hop accompagnant les déambulations de ses personnages) et quelques idées visuelle développées dans "As tears Go By" comme ces dilatations du temps dans les mouvements saccadés des personnages lors des poursuites leurs donnant une aura abstraite et picturale à la Enki Bilal. La rencontre Kaneshiro/Lin se fait tout en non dit et silence platonique sur fond de musique jazzy et le jour levé tout est fini, chacun ayant donné du courage à l'autre : oublier et passer à autre chose pour Kaneshiro revigoré par une Ling Ching Hsia reconnaissante et moins froide qu'en apparence, celle ci étant enfin en état d'en finir définitivement avec ces ennemis.

Totalement à l'opposé, la seconde histoire part de la même base pour un récit lumineux, enjoué, ludique et débordant de charme.Cette fois c'est Tony Leung Chiu Wai fraîchement largué qui va voir débouler l'ouragan Faye Wong dans sa vie. Des idées narrative brillantes comme le changement de menu progressif de Tony Leung au fast food annonçant puis confirmant son célibat tandis que dans un coin la serveuse Faye Wong trépigne sous la timidité apparente.

Ensuite le sourire béat ne nos quittera plus jusqu'au bout (acompagné des Mamas and Papas)lorsque Faye Wong s'introduit en douce chez Tony Leung pour arranger son appartement à son insu, que ce dernier voit sa déprime inexplicablement s'estomper tandis que le récit se fait de plus en plus enlevé et romantique alors qu'une nouvelle fois la relation reste en apparence platonique (procédé poussé à l'extrême dans In the Mood For love). Tout spectateur normalement constitué doit terminer amoureux de Faye Wong qui offre une prestation éblouissante de fraîcheur et de spontanéité à travers des scènes merveilleuses tel sa réaction quand Tony Leung lui rapporte son disque, le massage de pied et bien évidemment le ménage sur fond de reprise de Dreams* (morceau des Cranberries à l'origine) en cantonais.

On sent pas mal l'influence du Godard des débuts avec ce sentiment de fougue, de liberté et de jeunesse qui imprègne le film, ancré pour le meilleur dans un ton et une ambiance typique de la première moitié des années 90 (les pager, les boîtes vocales à consulter...) tout en illustrant l'architecture atypique de Hong Kong comme personne (la fenêtre de Tony Leung donnant sur un escalator !). Après multiple visionnages le charme ne s'est jamais estompé, et malgré une filmo impeccable jusqu'à In the mood for love Wong Kar Wai ne retrouvera jamais plus cette grâce, et certainement pas dans sa tentative raté de renouer avec le ton de Chungking Express dans le récent et poussif (malgré quelques moments sympas) My Blueberry Nights.

Trouvable facilement en dvd zone 2 et ressortie récemment en Blue ray

Un des plus beaux moments du film



Autre joli moment Faye Wong démasquée !



*Les reprises de tubes pop anglo saxon en cantonais sont fréquents chez Wong Kar Wai, dès As Tears Go By on avait droit à une savoureuse version du Take My breath away, ou encore Karma Koma dans Les Anges Déchus.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire