Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 26 juin 2018

They Came to a City - Basil Dearden (1944)

La politique du ministère de l'information dans sa volonté de galvaniser le peuple anglais durant la Deuxième Guerre Mondiale fit le plus souvent opter la production cinématographique dans une veine réaliste. On oscille ainsi entre le style documentaire de films de guerre comme Ceux qui servent en mer de David Lean (1942) ou L'Héroïque parade de Carol Reed (1944) et la veine réaliste de mélodrames capturant la vaillance du peuple anglais durant le conflit tel que Ceux de chez nous de Sidney Gilliat (1943). Il existe pourtant quelques films empruntant une voie différente pour ce cinéma de propagande à travers un cinéma fantastique où l'argument surnaturelle sert le message par la métaphore. Cela donnera quelques beaux ovnis comme Thunder Rock des frères Boulting (1942) - où des fantômes inciteront un reclus à s'engager dans le conflit - et donc ce They came to a City produit par le studio Ealing encore aventureux et pas formaté à la comédie.

Le film adapte la pièce éponyme de J. B. Priestley qui apparait d'ailleurs en personne dans le prologue et l'épilogue et hormis les stars John Clements et Googie Withers conservent l'ensemble du casting scénique. L'intrigue voit un groupe de neuf personnages d'horizon différents transposés sans explication dans une cité mystérieuse. Les protagonistes constituent à la fois des archétypes sociaux et idéologiques dont l'introduction et le récit maintient ou fait transcender ce cliché initial. On trouve donc là un l'ouvrier John Dinmore (John Clements), l'hôtesse de bar Alice Foster (Googie Withers), les époux Malcolm et Dorothy Stritton (Raymond Huntley et Renee Gadd), l'homme d'affaire Cudworth (Norman Shelley), la vieille fille Philippa et sa mère (Frances Rowe et Mabel Thery), le bourgeois joueur de golf George Gedney (A. E. Matthews) et enfin la femme de ménage usée Mrs Batley (Ada Reeve).

La mise en place mystérieuse introduit donc dans des situations ironisant, questionnant ou suscitant l'émotion quand à leur situation avant que des ténèbres étouffante les happent vers ce lieu étrange. La direction artistique de Michael Relph (futur collaborateur essentiel de Basil Dearden) offre une sorte de continuité au matériau théâtral avec cet immense rempart dépouillé où échouent les personnages. L'austérité sert ainsi une disposition scénique qui sert les joutes verbales mais la photo vaporeuse de Stanley Pavey et les fulgurances grandiloquente de Dearden donne à l'ensemble la dimension stylisée d'un véritable espace mental.

L'épure du cadre fait d'autant plus ressortir le caractère des personnages et les sentiments que leur inspirent les lieux. Pour la vieille fille Philippa et l'hôtesse Alice, c'est l'endroit de tous les possibles leur faisant échapper à leur morne quotidien : celui des jobs et ville interchangeables d'un labeur sans but pour Alice, et d'une mort lente dans l'ennui de la vie recluse que lui impose sa mère pour Philippa. L'égoïsme des nantis traduit un capitalisme aveugle chez Cudworth ou la si importante notion de lutte des classes de la société anglaise pour le jouer de golf et la mère de Philippa. Enfin la dépression et le dégout ordinaire de l'autre se ressent dans l'anxiété de Dorothy Stritton quand c'est un vrai bol d'air pour son époux.

Les personnages se trouvent en fait dans l'antichambre d'une cité qui sera le reflet de leur psyché telle qu'on nous l'a présenté. John Dinmore, ouvrier enragé contre les nantis y voit un espace d'entraide et d'égalité. La femme de ménage à bout de force y trouve elle lieu où elle pourra enfin se reposer et Alice ce foyer qu'elle n'a jamais pu trouver dans le monde réel. D'autres rejetteront cette cité jurant avec leur vision étriquée dans l'individualisme social, capitaliste et hédoniste mais ciblant spécifiquement les mœurs anglaises. La question initiale de l'introduction du film était de savoir si durant l'après-guerre le peuple serait enclin à tout changer en tirant parti des erreurs passé ou de poursuivre l'ancien monde. Le patchwork de personnages donne différentes réponses à cette interrogation.

La fameuse cité provoquant l'épiphanie ou le dégout des uns et des autres restera invisible, l'opinion du spectateur se faisant à travers la réaction des personnages. C'est la grande idée du film qui laisse la représentation et l'idéologie possible à la seule interprétation du spectateur. Plus que le communisme auquel on pourrait penser c'est surtout l'humanisme qui prédomine (y compris chez certains qui choisiront de ne pas rester dans la cité) dans une volonté de s'imprégner, de diffuser ou de fuir cette bienveillance utopique. Le film devient ainsi plus proche de certaines fable de Michael Powell et Emeric Pressburger comme Une question de vie et de mort (1946), ou de certaines tentatives américaines mystiques comme Horizon perdus de Frank Capra, Le Fil du rasoir d'Edmund Goulding ou Le Secret Magnifique de Douglas Sirk (1954). Un vrai ovni et certainement le film le plus étrange de Basil Dearden.

Sorti en bluray et dvd zone 2 anglais chez BFI et doté de sous-titres anglais 

dimanche 24 juin 2018

Candlelight in Algeria - George King (1944)

1942. La sculptrice américaine Susan Foster (Carla Lehmann) en villégiature en Tunisie dissimule l'espion anglais Alan Thurston (James Mason) à ses poursuivants nazis. Elle décide d'assister Thurston dans sa mission, retrouver un appareil photo contenant les plans exacts du futur débarquement des Alliés en Afrique du Nord. Le Docteur Müller (Walter Rilla) est, quant à lui, sur les traces de la jeune femme, espérant qu'elle va le mener à l'espion et aux documents.

Candlelight in Algeria est une énième variation autour du Casablanca de Michael Curtiz avec ce jeu de dupe et d'espion en Afrique du nord. Les échanges piquants entre l'espion anglais Alan Thurston (James Mason) et l'américaine Susan Foster (Carla Lehman) notamment sur leurs origines respectives n'est pas sans rappeler aussi l'excellent L'Étrange aventurière de Frank Launder (1946). Le scénario a pour prétexte la vraie Opération Torch, rencontre secrète entre Général Clark (envoyé par Eisenhower) et les anglais afin de planifier le débarquement des Alliés en Afrique du Nord. La sculptrice américaine se trouve embarqué malgré elle lorsqu'elle recueillera Thurston poursuivi par les nazis. Ce dernier la charge alors de récupérer l'appareil photo contenant les plans de cette future manœuvre.

On est donc entraîné dans un récit alerte et plein de rebondissements. L'Alger de studio charme par son aspect pittoresque et factice assumé, le réalisme du cadre important moins que la complicité du couple et des dangers qu'il rencontre. Les autochtones sont donc des silhouettes un peu clichés, tout comme les français vichyste et résistant, à l'exception de la serveuse amoureuse de Mason Yvette (Pamela Stirling) assez touchante (et pendant de la Yvonne amouraché de Bogart dans Casablanca). Ces raccourcis et simplification ne dérangent pas trop tant l'ensemble parvient à tenir en haleine, notamment grâce à un mémorable méchant nazi incarné par un Walter Rill sournois et glaçant.

George King emballe l'ensemble avec énergie et offre quelques morceaux de bravoures bien sentis comme l'évasion d'un hôtel ou encore une poursuite en voiture rondement menée. La belle photo d'Otto Heller illustre bien le mélange des genres du film, les contrastes du film noir alternant avec une délicatesse plus romantique. Très plaisant donc à quelques incohérences près, notamment une narration en flashback que la conclusion de l'histoire ne justifie pas (pourquoi Susan se trouve-t-elle à l'hôpital ?). James Mason tout en distance et charme est parfait, pas le premier dans ce registre d'espion suave déjà incarné dans They met in the dark (1943) ou Service secret (1942).

Sorti en dvd zone 2 anglais sans sous-titres chez Odeon

 

vendredi 22 juin 2018

Les Épices de la passion - Como agua para chocolate, Alfonso Arau (1992)


Au début du XXe pendant la révolution mexicaine, Tita, une jeune femme est tombée amoureuse de Pedro. Mais la tradition lui empêche de partir épouser le jeune homme, tant que sa mère est vivante. Elle exprime donc ses sentiments à travers la préparation de plats épicés.

Les Épices de la passion fut un grand succès critique et commercial qui contribua à populariser le cinéma mexicain à travers le monde. Le film adapte le roman Chocolat Amer de Laura Esquivel, grand succès en librairie s’inscrivant dans le courant du réalisme magique au sein de la littérature sud-américaine - le plus célèbre étant bien sûr Gabriel Garcia Marquez. L’originalité du livre était d’user de la cuisine pour intégrer les éléments fantastique et surréaliste du Réalisme Magique à un magnifique récit romanesque et féministe. La confection des plats dépeint dans le détail et leurs effets avaient un vrai rôle narratif et dramatique rythmant les bonheurs et les drames de son héroïne et de sa famille. C’est Alfonso Arau, époux de Laura Esquivel, qui va s’attaquer à l’adaptation attendue sur un scénario de celle-ci.

Le film est d’une fidélité quasi littérale au roman dont il reprend la construction et les évènements à la virgule près, si ce n’est quelques libertés chronologiques. Cela suffit-il à en faire une bonne transposition ? Pas vraiment. Adapter c’est faire des choix tranchés où est traduit l’esprit de l’œuvre originale mais pas en faire une illustration servile mais tiède. L’histoire dépeint sous la révolution mexicaine, l’entrave de la jeune Tita (Lumi Cavazos) condamnée au célibat à cause de la tradition familiale qui oblige la cadette à s’occuper de sa mère Mama Elena (Regina Torne) jusqu’à sa mort. 

Lorsque son fiancé Pedro (Marco Leonardi) pour rester proche d’elle va épouser sa sœur Rosaura (Yareli Azizmendi). Dès lors toujours rongé par l’amour et le désir, le seul moyen d’exprimer leurs sentiments seront les plats préparés avec passion par Tita. D’un point de vue narratif, Alfonso Arau est assez respectueux mais sa mise en scène reste péniblement illustrative quand elle devrait être sensitive. Le livre faisait passer un sentiment quasi olfactif pour exprimer l’émotion, l’odeur des condiments se ressentait dans les descriptions de Laura Esquivel et la moiteur du désir contenu émanait magnifiquement de son écriture.

Alfonso Arau offre un joli livre d’images mais totalement inodore et incolore. Les passages les plus extravagants du livre sont bien là, mais la platitude de leur illustration dessert totalement l’ensemble. On a notamment cette idée folle d’un plat préparé à partir de pétale de rose qui va enflammer les sens des convives dont Gertrudis sœur de Tita qui fera jaillir des flammes de son corps à vif durant une douche peu salvatrice. Il aura fallu une mise en scène baroque et décomplexée osant tutoyer le ridicule pour que cela fonctionne mais en l’état on reste sur notre faim – si l’on ose dire. Sans connaître l’ouvrage on peut éventuellement y voir une certaine poésie mais même dans ce cas une certaine démesure sud-américaine manque. 

L’aura rêvée du film tient plus à la magnifique photo d’Emmanuel Lubezki (dans un de ses premiers travaux au cinéma) qu’à la platitude ampoulée de la réalisation d’Alfonso Arau. On est plus proche de la tele-novela haut de gamme que du romanesque sensoriel et mystique que le film aurait pu être. Le dernier défaut (mais peut-être que c’est la partialité du lecteur qui s’est fait son idée) serait l’interprétation inégale. Si Lumi Cavazos dégage la fragilité et sensualité attendue et que Regina Torne est parfaite en mère tyrannique, Marco Leonardi campe un bien tiède Pedro loin de la présence virile et machiste du roman. 

Cette tiédeur ampoule du coup toute les manifestations surnaturelles du roman, la voix-off déclamant absolument tous les phénomènes et émotions que la mise en scène aurait dû exprimer. Les scènes de cuisine sont d’une rare platitude et très peu nombreuses finalement, mais il aurait suffi de suffisamment mettre en valeur celles filmées pour que l’idée prenne vie. L’originalité du postulat et le dépaysement suffiront néanmoins à faire le succès du film pas désagréable au demeurant. C’est décevant néanmoins et une vraie belle adaptation reste à faire. 

Sorti en dvd zone 2 français et bluray che Sony

 

lundi 18 juin 2018

La Perle noire - Bedelia, Lance Comfort (1946)

Jeune mariée, Bedelia Carrington (Margaret Lockwood) passe une belle lune de miel à Monte-Carlo avec son nouveau mari Charlie Carrington (Ian Hunter). Cependant, un jeune artiste cultivé, Ben Chaney (Barry K. Barnes), commence à sonder son passé avec une étrange curiosité pour elle. Chaney est, en réalité, un détective privé qui soupçonne Bedelia d’avoir, dans le passé, assassiné trois autres maris pour toucher l'argent de l'assurance.

Intronisée femme fatale du cinéma anglais grâce à ses rôles de garce vénéneuse dans les mélodrames Gainsborough (The Man in grey (1943) et The Wicked Lady (1945) en tête), Margaret Lockwood hors du studio donne quelques nuances intéressantes à son emploi de méchante dans ce Bedelia. Le film adapte le roman éponyme de Vera Caspary (célèbre pour être l'auteur de Laura magistralement adapté par Otto Preminger) qui participe d'ailleurs au scénario. Sur le papier le postulat est voisin de nombreux film noir américain de l'époque et on pense notamment à Le Médaillon de John Brahm sorti la même année avec ce même portrait de femme idéale dissimulant un passé possiblement criminel.

Bedelia (Margaret Lockwood) savoure ainsi sa lune de miel avec son nouvel époux (Ian Hunter) quand un jeune peintre va venir troubler leur quiétude en semblant en connaître long sur les secrets de la jeune femme. Le scénario ne la joue pas flashback tortueux comme Le Médaillon mais au contraire distille bien son malaise au présent à travers les attitudes de Bedelia. Margaret Lockwood joue une partition si fébrile qu'on ne sait si elle est une victime oppressée ou une criminelle. Elle dégage une vulnérabilité si authentique que même les éléments suspects (la bague à perle noire) nous place du point de vue de son époux qui semble toujours lui faire confiance et accorder le bénéfice du doute. A l'inverse le jeu neutre du tourmenteur Ben Chaney (Barry K. Barnes) en fait un quasi méchant avant que sonne l'heure des révélations.
Finalement le film opère de façon inverse de Laura qui crée le mystère avant l'apparition de son héroïne, ce mystère se créant par l'omniprésence insaisissable de Bedelia - et figé dans un portrait peint vu en ouverture et conclusion. La mise en scène élégante de Lance Comfort retranscrit cette anxiété diffuse dans des environnements luxueux (le tournage se partage entre Monaco et les décors du studio Ealing) avant de poser une vraie chape de plomb dans la dernière partie (hormis des maquettes grossières notamment lors d'une scène d'accident de voiture). Une œuvre intéressante donc qui doit beaucoup à la prestation de Margaret Lockwood notamment un dernier quart d'heure entre hystérie et tragédie.

 Sorti en dvd zone 2 anglais chez Screenbound et sans sous-titres

jeudi 14 juin 2018

Stoker - Park Chan-Wook (2013)


Après la mort de son père dans un étrange accident de voiture, India, une adolescente, voit un oncle dont elle ignorait l’existence, venir s’installer avec elle et sa mère. Rapidement, la jeune fille se met à soupçonner l’homme d’avoir d’autres motivations que celle de les aider. La méfiance s’installe, mais l’attirance aussi…

Vertigo (1958)  fut pour Park Chan-Wook un véritable choc qui éveilla sa vocation de cinéaste. Il y avait donc comme une évidence à le voir enfin s’essayer à l’exercice Hitchcockien avec Stoker qui est son premier film américain. Le modèle ici sera plus précisément L’Ombre d’un doute avec ici un postulat voisin où une jeune fille va se confronter à la présence néfaste d’un charismatique membre de sa famille. Stoker remet pourtant l’idée au goût du jour thématiquement et formellement. L’Ombre d’un doute illustrait la découverte de l’existence du mal par l’innocente Theresa Wright, découvrant le monstre que dissimule l’oncle adoré (Joseph Cotten) dans une forme de souillure de l’imagerie americana en arrière-plan. Stoker n’évoque pas la découverte du mal, mais plutôt sa révélation et son apprentissage pour la jeune India (Mia Wasikowska). 

Dans sa « trilogie de la vengeance » (Sympathy for Mister Vengeance (2002), Old Boy (2003) et Lady Vengeance (2005)), Park Chan-Wook articulait des drames qui poussaient ses protagonistes à s’abandonner malgré à ce mal avec des conséquences tragiques pour eux. Dans Stoker la dimension de thriller à tiroir déleste l’intrigue de ce motif tout en laissant entendre en filigrane que l’oncle Charlie (Matthew Goode) est impliqué dans la mystérieuse disparition du père d’India. Cependant la vengeance n’a rien à faire dans le cheminement de la jeune fille et le scénario ne tient pas sur un twist que l’on voit largement venir. Ce qui intéresse le réalisateur c’est la notion de passage à l’âge adulte d’India qui passe par cette révélation et délectation du mal. 

Tant qu’elle reste cette enfant apeurée, tout ce qui tient du monde extérieur revêt des contours menaçant notamment les garçons qui la tourmentent au lycée. Tout cela passe par une notion sensorielle et la gestion du décor dans la mise en scène de Park Chan-Wook. India découvre et subit les évènements à distance comme une enfant apeurée comme l’attirance entre sa mère (Nicole Kidman) et l’oncle Charlie, ce dernier devenant quasi omniscient pour toujours surprendre notre héroïne en faute. Park-Chan Wook appuie cet aspect ou bouleversant les notions de temporalité et de lieu (le premier face à face impossible où pour s’isoler avec India, Charlie semble se trouver dans deux pièces en même temps) puis tout simplement de logique rationnelle quand Charlie surgit tel un ange-gardien démoniaque quand India sera en difficulté.

Cependant Charlie n’est pas qu’une présence menaçante, mais aussi séduisante pour India. Le spectre de l’inceste plane sans être franchi (nul doute que dans une production coréenne le tabou aurait été effectif vu le sens de la provocation habituel du cinéaste) et est d’ailleurs latent avec le père défunt comme il est plusieurs fois souligné. La tension sexuelle règne le temps d’un duo au piano ou d’autres instants de proximité mais c’est bien dans l’accomplissement du mal qu’elle est symboliquement consommée. Park Chan-Wook joue de la notion de point de vue pour nous offrir deux interprétations possibles dans une scène qui amorce la mue d’India. 

Lorsqu’elle manque d’être violée par un camarade de lycée en forêt, le montage joue sur l’ambiguïté avec l’arrivée salvatrice de Charlie. Dans un premier temps il stoppe l’action et laisse sa nièce se défouler sur son agresseur ficelé mais encore bien vivant. Un second flashback nous montrera pourtant le violeur tué aussi sec par strangulation par Charlie. C’est la réaction lors du retour au présent qui fait basculer le tout. Park-Chan Wook adopte une imagerie et un jeu affecté pour India afin de nous signifier qu’elle a subit le meurtre comme une forme de viol et doit s’en laver sous la douche dont le jet se confond avec les larmes de la jeune fille. Lorsque le flashback révèle sa nature ambiguë, c’est la jouissance de la violence commise qui se devine dans la réaction d’India se masturbant au souvenir de son acte sous la douche.

L’oncle Charlie n’a fait qu’éveiller au mal sa nièce déjà ouverte à la chose (tous les flashbacks de chasse). La mise en scène fétichiste du décor gothique de la maison – mais également vestimentaire voir l’importance du changement d’une paire de chaussure - ne pèse plus sur l’héroïne mais se déploie avec elle, notamment dans de fabuleuse idée de transition au montage (la chevelure peignée de Nicole Kidman devant les épis d’un champ où chassait India et son père). S’abandonner à ses bas-instincts ne mène plus à une déchéance comme dans les précédents Park Chan-Wook mais à la renaissance et l’émancipation. La chrysalide est devenue est papillon sanglant et le mal semble comme héréditaire. Un belle leçon de maîtrise où le réalisateur reste lui-même malgré le cadre de production différent, même si on déplorera une certaine froideur. Cependant toutes les bases sont posées pour le flamboyant Mademoiselle (2016) à venir. 

 Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Fox