Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Dans le climat trouble de la fin de l'occupation et des premiers mois de la Libération, les amours passionnées de l'inconsciente et tendre Manon et du jeune et naïf Robert Dégrieux...
Remis en selle par le succès de Quai des Orfèvres après les remous provoqués par Le Corbeau, Clouzot enchaînait avec ce fort étrange film qu'est Manon. Si on devine que le contenu de Manon dû faire grincer quelques dent, on ressent grandement la différence avec Le Corbeau sorti sous l'Occupation où l'écho contemporain du propos sur la calomnie et la délation bien qu'explicite évitait les allusions directes au contexte. Clouzot transpose ici le roman L’Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut dans une France au lendemain de la Libération.
L'intérêt est donc de voir en arrière-plan de la relecture du récit classique le portrait peu reluisant que le réalisateur fait du pays. Les bas-instinct et les rancœurs longtemps contenues explosent dès la sordide scène de lynchage dont réchappe Manon mais dont nous seront néanmoins témoin de la violence, à distance avec d'autres femmes du village promenée nues et tondues. Lorsque le couple Degrieux/Manon s'enfuit à Paris, le visage de la capitale semble tout aussi vicié par le passage des allemands. Les profiteurs enrichi du marché noir circulent librement et flambent au grand jour tandis que le reste de la population végète. A l'image du personnage corrompu de Serge Reggiani, les magouilleurs à la petite semaine sont également plus préoccupés par leur réussite personnelle dans des affaires douteuse que par la reconstruction du pays.
Tous ses éléments se définissent à travers la tumultueuse relation entre Manon et Degrieux. Dès le départ, l'équilibre du couple semble ténu entre la candeur romantique et une vraie noirceur. Outre la rencontre déjà discutable où Degrieux sauve Manon du lynchage, la scène de coup de foudre est trop soudaine (et plus semblable à du désir qu'à de l'amour) et maladroite, Clouzot exprimant d'emblée la fragilité de cette relation par le regard inquisiteur des figures religieuse de l'église où a lieu cette première étreinte. Enfant de l'Occupation qui a connu la pauvreté et les privations (et dont il est sous-entendu qu'elle a frayée avec des soldats allemands), Manon (Cécile Aubry) veut désormais tout et tout de suite.
L'argent, les fêtes, les beaux appartements et la grande vie quitte à trahir plus d'une fois l'homme qu'elle aime. Degrieux représente aussi une forme de renoncement puisque ancien résistant, il reniera ses principes et tout amour propre par sa folle passion pour Manon dont il doit assurer le train de vie pour ne pas la perdre. C'est un Paris des bas-fonds, vivace avant-guerre et le seul à prospérer sans changer ses habitudes qui est montré là entre maisons closes luxueuses, séduction des uniformes au pouvoir par intérêt les officiers américain remplaçant les allemands, trafics de vin et cigarettes toujours aussi vivace. Clouzot dresse un portrait cinglant de cette population qui semble mieux accepter ce regard sans concession au vu de l'accueil critique du film, Lion d'or à Venise et lauréat du Prix Méliès en France.
Si la toile de fond est passionnante, on ne peut en dire autant de la trame principale. Le scénario ménage tout ce qu'il faut d'ambiguïté, de romantisme sincère et de cruauté mais ne captive pas la faute au manque de charisme des interprètes. Michel Auclair exprime une vraie fragilité mais son jeu est trop unilatéral et monolithique pour susciter un vrai intérêt. Pour le coup Serge Reggiani parfait en grand frère escroc aurait bien mieux su pousser la nature pathétique et humiliante de Degrieux. Pour Manon il aurait également fallut une actrice captivante capable d'égale manière d'exprimer la fragilité et l'égoïsme du personnage, détestable et attrayante à la fois.
Cécile Aubry avec son physique étrange et séduisant de femme enfant (que Clouzot exploite bien mieux que le pauvre Henry Hathaway qui ne sut qu'en faire sur La Rose Noire) est plutôt à l'aise en mauvaise fille attirée par la lumière mais trop maniérée et forcée dans les scènes sentimentales. Cela marche parfois vu le double jeu et les multiples trahisons de Manon mais hormis la belle scène où elle traverse tout un train pour retrouver Robert, pour le reste on est plus atterré qu'ému par cette romance. La narration en flashback (pour les trois quart du film) rate ainsi le coche puisque l'on a du mal à comprendre la compassion du capitaine du bateau pour le couple après un tel récit. Dans un registre voisin, Mylène Demongeot était autrement plus convaincante dansL'Inassouvie de Dino Risi, assez proche du Clouzot.
La dernière partie est à l'image des défauts et qualités de ce qui précède. Un aspect historique captivant et peu vu à l'époque avec l'arrivée de la diaspora en juive en Israël (et l'accueil sanglant qui annonce des décennies de conflits) qui perd de sa force par la présence du couple. La conclusion s'avère ainsi particulièrement interminable (malgré la beauté formelle des séquences de traversée du désert) avec un pathos bien lourd et forcé qui échoue dans sa tentative de transcender le destin des personnages.
Sam Lowry, fonctionnaire modèle d'une mégapole étrange, à la fois d'hier, beaucoup d'aujourd'hui et tout à fait de demain, a des problèmes avec sa maman et avec l'Etat, tout puissant. Pour couronner le tout, des songes bizarres l'entraînent chaque nuit sur les ailes d'Icare, à la recherche d'une jeune femme blonde, évanescente, inaccessible. Chaque fois qu'il est sur le point de l'atteindre, leurs trajectoires se séparent et le songe s'interrompt cruellement. Pourtant une nuit, la belle Jill Layton entre dans sa vie...
Bien que le film soit sorti en 1985, le tournage de Brazil durant l'année 1984 était un signe pour ce qui reste la meilleure adaptation (officieuse) du roman de Georges Orwell, en dépit de l’honnête illustration qu’en tira Michael Radford lors de cette même année symbolique. Le scénario, coécrit avec Tom Stoppard et Charles McKeown (rôle secondaire chez les Pythons, dont le plus fameux est l’imitateur de bruits de sabots à l'aide de noix de coco dans Sacré Graal ; collaborateur essentiel de Gilliam dans les années à venir, il tiendra un des premiers rôles de Münchausen), est la manifestation la plus accomplie du bouillonnement d’idées agitant le réalisateur depuis des années.
Le court métrage The Crimson Permanent Assurance, qui servait de préambule à l’ultime film des Monty Python, Le sens de la vie, contenait déjà tous les germes de Brazil. On y voyait de vieux fonctionnaires oppressés par leur supérieur, contre lequel ils finissaient par se rebeller. Brazil nous dépeint, à l’échelle d’une société entière, le même genre d’administration, froide, rigoureuse et inhumaine. Une des premières scènes, kafkaïenne en diable, navigue donc entre drôlerie la plus complète et noirceur absolue, illustration brillante de l’effet papillon.
Un fonctionnaire maniaque s’acharne à pourchasser une mouche dans son bureau et, ce faisant, commet une erreur administrative aux conséquences dramatiques, provoquant une série de réactions en chaîne : arrestation arbitraire effectuée par erreur et entrée en scène du héros Sam Lowry. Ce dernier reste à ce jour le personnage le plus attachant de la filmographie de Gilliam.
Fonctionnaire blasé végétant dans un poste indigne de ses talents, Sam Lowry traverse son quotidien terne et monotone comme un fantôme, pour ne réellement exister que la nuit venue, dans des rêves à l’imaginaire extravagant dont il est le héros. Contrairement à Time Bandits, la nuance entre le réel et l’imaginaire n’est ici jamais remise en cause.
L’opposition entre les rêves foisonnants de Lowry et l’esthétique austère, entre Metropolis et le film noir des années 40 (esthétique déjà datée à l’époque, en comparaison d’un Blade Runner et renforçant ainsi le caractère métaphorique du cadre du récit), est suffisamment marquée, les transitions de l’un à l’autre suffisamment brutales pour ne pas provoquer la confusion volontaire du film précédent ou du Münchausen à venir.
Cependant, alors que dans Bandits Banditsdes éléments du réel venaient s’insérer et influencer le monde imaginaire, c’est ici l’inverse qui se produit, à travers le personnage de Jill. Princesse à sauver et symbole d’amour absolu dans les rêves de Sam, la rencontre de son équivalent dans le monde réel va l’inciter à ne plus seulement survivre, mais vivre pour mériter l’attention de cette femme.
C’est lors des échanges entre ces deux-là que le film trouve charme et légèreté, respirations bienvenues face à tant de noirceur. L’échange dans le camion où la maladresse touchante de Sam finit par avoir raison de la dureté de Jill, ou encore le moment où celle-ci subjugue Sam en arborant littéralement l’image qu’il se fait d’elle dans ses rêves, figurent parmi les séquences les plus émouvantes. Dans Brazil, la puissance de l’imaginaire n’est plus seulement un moyen d’amener du piquant à son quotidien, mais une des forces incitant à le bouleverser. C’est par amour pour Jill que Sam va se rebeller contre le système et bouleverser sa mécanique bien huilée.
Les embûches sont diverses, dans ce monde de plus en plus cauchemardesque, allant du tentaculaire Ministère de l’Information à la malveillance de techniciens trop zélés. C’est dans la menace terroriste que Sam trouvera son seul allié et mentor, en la personne de l’agent du désordre Tuttle, joué par Robert De Niro (présent grâce à Arnon Milchan, qui produisait parallèlement La Valse des pantins de Scorsese).
La dernière partie est la seule à jouer ouvertement du mélange imaginaire / réalité, mais avec suffisamment d’emphase (la spectaculaire évasion de Sam, trop belle pour être vraie, les retrouvailles avec Jill) et de symbolique (le mentor Tuttle noyé sous la paperasse, tous les bâtiments représentant le pouvoir et l’oppression détruits) pour ne pas être dupe. Le but n’est plus d’égarer la perception du spectateur, mais de définir le rêve comme ultime refuge face à la cruauté du monde réel. Sam l'a bien compris, rejoignant en songe son amour tandis que son enveloppe physique succombe à la torture. Avec ce second film de son cycle de l'imaginaire (qu'il conclura en apothéose avec Les Aventures du Baron de Münchausen), Terry Gilliam signait son premier chef d'oeuvre.
Sorti en dvd zone 2 français cez Fox. Mais pour avoir une édition à la hauteur, se pencher vers le zone 1 Criterion qui revient longuement sur le conflit de production du film et propose même plusieurs montages alternatifs très étonnants.
Lorsque Celia Crowson est mobilisée, elle rêve de gloire militaire, mais c'est une jeune femme célibataire et, dès lors, elle est orientée vers une usine fabriquant des pièces d'avion. Là, elle fait la connaissance d'autres jeunes filles de tous horizons, et entame une relation avec un pilote…
Millions like us est un grand mélodrame typique de ce qu'on associe au récit de home-fronts dramas surtout vivace durant la Deuxième Guerre Mondiale et où on s'attarde sur le quotidien des civils en temps de guerre. Dans le cinéma américain le plus connu serait sans doute le beau Since you went away de John Cromwell (1944) et ici du côté anglais l'aspect film de propagande s'avère nettement plus prononcé. Les films de Powell/Pressburger et le cinéma anglais de cette période l'ont prouvé, cela n'empêche absolument pas de délivrer des oeuvres intéressantes et réussies, ce qui est exactement le cas ici.
L'aspect propagande se fond finalement très bien dans la progression dramatique de la trame et avec les thèmes évoqués grâce au scénario équilibré de Sidney Gilliat et Frank Launder. Millions like us est le premier film des deux acolytes qui ont surtout brillé jusque là en tant que scénaristes pour des titres aussi remarquables que Une femme disparaît, sa vraie fausse suite Train de nuit pour Munich de Carol Reed ou pour revenir à HitchcockLa Taverne de la Jamaïque. Ils franchissent donc le pas pour passer à la réalisation ici et fondent par la même occasion leur société de production Individual Pictures.
Le film s'ouvre sur le grand départ de la famille Crowson pour la côte sud de l'Angleterre en ce tout début de guerre. Parmi eux Celia (Patricia Roc) jeune fille timide et réservée qui vit dans l'ombre de ses deux soeurs aînées dont la très séduisante Phyllis (Joy Shelton), ce qu'on constate dès une courte scène dans un dancing où elle est laissée à son sort tandis que les prétendants se disputent Phyllis. La contribution à l'effort de guerre sera l'occasion pour Celia de s'émanciper et voler de ses propres ailes.
Ses rêves de gloire tournent court pour cause de célibat et elle est orientée vers une fabrique de pièce d'avions. On sent vraiment le brio de l'écriture du duo croque avec tendresse cette petite famille à travers le père bougon attachant (Moore Marriott), les deux soeurs et un Patricia Roc parfaite de candeur et d'innocence tel ce fondu qui la voit fantasmer un destin d'infirmière de choc ou d'assistante chevronnée de pilote avant de déchanter pour une plus modeste condition d'ouvrière d'usine.
Quitter son foyer pour ces nouvelles responsabilités l'amènent à mûrir en rencontrant d'autres jeunes femmes d'horizon divers, mais aussi à rencontrer l'amour avec une jolie romance avec un jeune pilote (Gordon Jackson). Là encore on a un éventail variés de figures féminines parmi les ouvrière, tous marquants quelque soit leur temps à l'écran. D'ailleurs si l'histoire d'amour entre Celia et son pilote est charmante (cette entrevue empruntée à l'extérieur du bal, les petites disputes d'incompréhension) on est finalement plus intéressé par celle plus piquante entre l'ouvrière snob peu coopérative Jennifer (Anne Crawford) et le contremaître psychorigide incarné par Eric Portman.
On évite ainsi de tomber dans la niaiserie béate avec deux visions de rapprochements possible complémentaire, que ce soit des de jeunes gens découvrant la vie ou des adultes aux mondes différents que le contexte amène à se lier. Le jeu amoureux entre Portman et Anne Crawford durant le bal ou les échanges vachards à l'usine amènent ainsi une agréable touche de screwball comedy, la jeune snob hautaine étant progressivement séduite par la poigne de fer de cet homme (feignant d'être) insensible à ses charmes.
Gilliat et Launder par ses petites touches et cette description du quotidien humanisent magnifiquement leur personnages tandis que l'arrière-plan funeste ne s'estompe jamais vraiment. La touche documentaire (les séquences en usine, les scènes de bombardements, les rondes, issues des images militaires réelles) est toujours soumise aux réactions des personnages, favorisant ainsi l'identification.
On tremble avec les ouvrières réfugiées dans leur local durant les bombardements, la bande son saturées d'explosions et de bruits de moteurs d'avion vient constamment rappeler à Celia le danger que cours l'homme qu'elle aime. Plus symboliquement, la dernière partie voit le couple en voyage de noce revenir à l'hôtel où s'était réfugiée la famille en début de film et désormais seul un bâtiment s'élève au milieu des décombres qui constituait le quartier. Sans un mot, les ravages matériels et humains du conflit sont montrés avec pudeur.
Après une douloureux rebondissement, ce dur labeur dédié à la nation apparaît comme le seul refuge provisoire de ces femmes courageuses dans une magnifique dernière scène où elles entonnent Waiting at the Church en écho à un moment plus heureux du film où elle était déjà chantée. Une belle conclusion mélancolique mais qui ragaillardit par sa notion de courage et assimile parfaitement la volonté de propagande à l'émotion réelle de l'histoire. Un film comme A Canterbury Tale est certainement plus complexe sur ces même questions et Gilliat délivrera une oeuvre bien plus aboutie sur des thèmes voisins dans l'excellent Waterloo Road. Cela n'enlève rien au mérite de ce très beau film qu'est Millions like us.
Sorti en dvd zone 2 anglais et dépourvu de sous-titres anglais
Le Capitaine Curry est un mercenaire engagé cette fois par le nouveau président du Congo à peine sorti des colonies, pour aller chercher le stock de diamants d'une compagnie minière étrangère ainsi que des ressortissants occidentaux sur une région contrôlée par les rebelles. Il a à sa disposition une quarantaine de soldats dirigé par un ancien nazi dont il n'a aucune confiance, et son fidèle bras droit et congolais d'origine, le caporal Ruffo...
Après la tonalité intimiste et le romantisme d’Amants et Fils, on n’attendait pas Jack Cardiff dans un registre aussi brutal que ce féroce Dernier train du Katanga. Le film nous plonge dans un contexte peu traité à l'époque, les guerres civiles et ethniques africaines à l’heure de la décolonisation des 60’s, sur fond de chasse aux diamants (ici inspirés des réels évènement survenu au Congo belge). On peut le rapprocher du récent Blood Diamond d’Edward Zwick qui bien que relativement efficace paraît bien gentillet à côté.
L’histoire narre la mission d'un commando chargé de remonter la jungle en train afin de récupérer un stock de diamants et (accessoirement) sauver un groupe de civils prisonniers des rebelles. Le ton est posé d'entrée avec un président du Congo qui s'avère un infâme dictateur cherchant à asseoir son pouvoir et briser la révolte naissante, cela avec l'assentiment et l'aide logistique de grands industriels européens pour peu qu'il puisse les fournir les diamants.
Le film dégage un constat très noir sur l'humanité qui ne se dément pas avec la description des militaires. Rod Taylor (vu en fiancé de Tippi Hedren dans Les Oiseaux et habitué des rôles de barbouze Tarantino lui réservera d’ailleurs une apparition dans son Inglorious Basterds) trouve le rôle de sa vie avec ce mercenaire dur à cuire, revenu de tout et uniquement motivé par son salaire.
Il évite d’être rendu détestable par son amitié avec Ruffo (excellent Jim Brown pas loin du rôle de sa vie aussi) soldat humaniste et désintéressé. Cette relation entre l’archétype du mercenaire et un autochtone éduqué et engagé est un des point les plus passionnants et fouillés du script de Ranald MacDougall (adapté d’un roman de Wilbur Smith). La description de l'armée congolaise est des plus cinglante également puisqu'on peut y trouver les pires ordures du moment qu'elles sont compétentes, dont un glaçant ancien nazi incarné par Peter Carsten.
Comme souvent avec le film de chefs-opérateurs, c'est visuellement somptueux et Cardiff filme les profondeurs insondable de cette jungle avec maestria tout en nous livrant des morceaux de bravoures aussi haletant que barbares. Le film surprend voire choque carrément par sa violence et sa sauvagerie mettant tous les camps dos à dos. Entre les enfants mitraillés, les massacres des troupes rebelles sur les occidentaux montrés dans toutes leur sauvageries et l’odyssée meurtrière finale de Rod Taylor. Le Dernier train du Katanga est un voyage au bout de la nuit qu’on n’oublie pas.
Rarement les guerres ethniques d’une Afrique faussement émancipée et sous le joug économique des occidentaux n’aura été montré aussi crûment. Bien évidemment on est avant tout devant un gros divertissement d’aventures et les raccourcis simplistes sont légions mais l’audace est bien là malgré tout. Le film est palpitant de bout en bout avec des moments d'action furieux dont retiendra le montage alterné haletant du hold-up des diamants et surtout l’affrontement (qui orne l’affiche mythique) entre Rod Taylor et le nazi armé d’une tronçonneuse !
L’émotion parvient néanmoins à surgir dans ce déluge de testostérone lors du final magistral. Rod Taylor y montre enfin son humanité de manière bouleversante, avant de céder à ses instincts les plus sanguinaires lors d'un mano à mano final d'anthologie et filmé au cordeau par un Cardiff très inspiré. Après avoir assouvi sa vengeance de façon pire encore que les brutes qu’il combat, l’heure est à la rédemption et l’apaisement pour notre héros.
Un grand classique du film d’aventures et une des grandes réussites de la trop mince carrière de réalisateur de Jack Cardiff. Malgré la violence prononcée, c’est pourtant bien dans un montage censuré qu’est le plus connu le film. Le montage originel était parait-il plus sauvage encore notamment la vengeance finale de Taylor virant au cannibalisme tandis que le grand massacre des otages multipliait les excès. Une version rarissime semble-t-il puisque uniquement diffusée par Tarantino (grand fan du film) dans un festival au début des années 2000 et issue d’une copie personnelle. Vu ce qui est conservé on n'ose imaginer le contenu de ce montage qu'on ne verra probablement jamais...
Longtemps introuvable, le film est sorti depuis peu en zone 1 dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres.
Le hold-up d’une salle de paris clandestins tourne mal et un policier est abattu. Un coupable « idéal » est arrêté. L’inspecteur Ferguson mène l’enquête qui le mène vers un redoutable assassin.
Railroaded! s'inscrit dans la série des nombreux films noirs de série B dans lesquels se révéla Anthony Mann à la fin des années 40 avant d'accéder à des budgets plus prestigieux et montrer son brio dans d'autres genres tel le western dès la décennie suivante. Sans être aussi réussi qu'un Marché de Brute ou La Brigade du suicide, Railroaded! s'avère néanmoins tout à fait digne d'intérêt. Adapté d'un roman de Gertrude Walker, le film s'inspire néanmoins d'un fait divers commun au Appelez nord 777 d'Henry Hathaway (en tout point supérieur) avec le récit d'un accusé à tort du meurtre d'un policier au début des années 30 et qui après enquête fut finalement innocenté. La Fox menaça de procès la petite compagnie et Anthony Mann dû retourner de nombreuses scènes pour que la parenté entre les deux films soit moins prononcée.
Passée une remarquable ouverture sur un hold-up film avec sécheresse et efficacité par Mann, tous les aspects attendus d'un tel pitch sont abordés avec un minimum de conviction et d'implication. Malgré le soin apporté à l'intrigue policière (ou on retrouve dans une bien moindre mesure le côté documenter de T-Men pour l'aspect "police scientifique"), le fade faux coupable dont on ne s'occupe guère (Steve Ryan), sa très gironde sœur cherchant à l'innocenter (Sheila Ryan) et le flic propret menant l'enquête (Hugh Beaumont) manquent singulièrement de charisme et les scènes sont trop convenues et plates peinent à susciter l'intérêt.
L'attention de Mann ici est ailleurs, du côté obscur et trouble du personnage de tueur incarné par John Ireland (et dans une moindre mesure sa séduisante et torturée acolyte jouée par Jane Randolph étonnant sosie de Nicole Kidman très perturbant !). Le faciès sournois, sadique et inquiétant Ireland ajoute également toute une dimension fétichiste à son personnage. Celui-ci passe ainsi tout le film à caresser langoureusement le canon de son arme (dans un sous-entendu sexuel bien appuyé) dont il parfume carrément les balles et chacun de ses meurtres violents voit son arme tonner comme dans une explosion orgasmique frappante.
Mélange de calme menaçant et de tension prête à exploser, John Ireland confère un côté pulsionnel instinctif au film qu'il vampirise totalement. On arrive ainsi à tolérer ce qui est tout de même une énorme incohérence : pourquoi donc au lieu de faire profil bas ce tueur va-t-il conter fleurette avec la sœur de celui qu'il veut faire accuser à sa place ? On a la réponse un peu plus tôt dans une scène chargée de tension sexuelle où Ireland observe la Sheila Ryan de l'accusée se battre avec la principale témoin du meurtre. Tandis que les deux femmes se débattent en arrière-plan, Mann montre la silhouette d’Ireland jouissant littéralement du spectacle dissimulé dans un coin de l'appartement. Ainsi excité par la hargne de cette femme à innocenter son frère, il va donc tenter séduction risquée.
Ces facettes sortent Railroaded! des lieux communs du genre et le tout s'avère remarquablement filmé par Mann (outre le hold-up d'ouverture la confrontation finale est bien tendue bien que trop brève) avec une superbe photo de Guy Roe (et pas John Alton comme souvent) aux noirs profonds qui ne rendent que plus inquiétantes les apparitions de John Ireland. Bon petit film noir donc même si Mann a fait mieux dans le genre.
Sorti en dvd zone 2 chez Bach Film, et comme ce n'est pas forcément toujours le cas avec cet éditeur on signale que la copie est très bonne en plus.
Une nuit, un petit garçon reçoit la visite de six nains très malins qui l'entraînent dans un voyage fantastique à travers le temps. Ainsi, l'enfant remonte à l'époque de Napoléon avant de se retrouver dans la forêt de Sherwood avec Robin des bois, puis de vivre l'aventure du Titanic.
Après Jabberwocky, première réalisation hors du giron des Monty Python, Gilliam a déjà Brazil en tête. Toutes les portes se ferment malheureusement devant l’ambition du projet et le nom encore peu porteur du réalisateur. En réaction au ton sombre de Brazil, Gilliam a alors l’idée d’un film d’aventure adoptant le point de vue d’un enfant. Il convoque son compère des Monty Python, Michael Palin, pour co-écrire le scénario, dont le principe du voyage dans le temps et foules d’idées délirantes emballent immédiatement les décideurs de Handmade Films (société de production détenue en partie par le Beatles George Harrison, véritable mécène des Python).
Bandits Bandits montre un Gilliam en train de chercher son style et de définir ses thèmes. Jabberwocky, brouillonne mais sympathique adaptation d’un récit de Lewis Carroll, était encore très fortement imprégné de l’esprit des Monty Python et ce second film sera pour le cinéaste celui de l’émancipation, cette dernière se faisant clairement sentir au fil de l’avancée de l’intrigue. Ainsi passée la fulgurante introduction, les premiers sauts dans le temps évoquent l’ambiance farceuse typique des Python. Napoléon (génialement campé par Ian Holm) devient donc un nabot caractériel obsédé par la taille de ses adversaires, tandis que le Robin des Bois de John Cleese est un savoureux dandy plein de condescendance.
Le film trouve son ton et respecte réellement son parti pris à partir de la rencontre avec Agamemnon, auquel Sean Connery prête toute sa noblesse. La présence de l’acteur écossais incite à plus de retenue et se dessine ainsi un joli rapport père / fils entre le jeune héros et le roi Agamemnon. Gilliam admettra d’ailleurs par la suite que cet instant le força à ne plus systématiquement aborder ses récits sous l’angle de la distance et de l’ironie, les poignantes conclusions de Brazil ou de L’Armée des douze singes venant confirmer la portée de ce pas en avant décisif.
Le scénario distille, parallèlement à la grande aventure, toutes les problématiques qui seront plus approfondies dans la filmographie de Gilliam, et en particulier les deux autres volets de ce qu'on peut qualifier chez lui de cycle de l’imaginaire (Brazil, Les Aventures du Baron de Münchausen). L’apathie des masses et le pouvoir des médias notamment, fondamentaux dans Brazil, s’illustrent ici par l’attitude passive et les conversations creuses des parents de Kévin au début du film, plus sensibles au dernier produit électroménager à la mode qu'à leur fils. Le jeu de miroir, la perte de repères entre le rêve et le réel sont également exprimés, avec divers indices qui laissent à penser que l’aventure que vit Kévin est issue de son imagination.
Le décor de l’antre du méchant David Warner, lors de l’affrontement final, comporte plusieurs éléments aperçus dans la chambre du petit garçon et certains renforts comme les chevaliers sont des manifestations grandeur nature de ses jouets. Les passages de certains personnages du monde imaginaire au monde réel entretiennent également la confusion, tel David Warner prenant les traits du présentateur télé ringard du jeu suivi par les parents de Kévin, ou encore l’apparition surprise de Sean Connery en pompier héroïque. La fin ouverte laissant la question en suspens : rêve ou réalité ?
Hormis quelques saisissantes contre-plongées à la Orson Welles (l’affrontement entre Agamemnon et un ennemi à tête de taureau, l’apparition du cavalier dans la chambre de Kévin), la réalisation de Gilliam dans Bandits Bandits est encore très classique dans ses cadrages et ses mouvements de caméra. Cependant, le réalisateur y démontre sa capacité à faire des miracles avec des budgets dérisoires, le film paraissant avoir coûté bien plus et regorgeant d’idées folles. L’ambiance antique du royaume d’Agamemnon, le naufrage du Titanic ou les guerres napoléoniennes sont traversés avec une énergie trépidante dans une suite de péripéties délirantes, en particulier la dernière partie, dans le « Territoire des légendes ».
La séquence de la découverte du palais du méchant, née d’une contrainte budgétaire, s’avére des plus impressionnantes. Le casting des nains est des plus réjouissants et comprend entre autre David Rappaport (futur héros de la série tv « Le Magicien »), Kenny Baker (l’homme qui se cache dans la cuirasse de R2D2) et Jack Purvis (qui sera également des aventures Brazil et Münchausen).
L’irrévérence typique du réalisateur s’exprime par intermittence dans une conclusion parmi les plus osées dans un film pour enfants (genre dont il semble être une des plus belles réussites) et surtout par la représentation de Dieu – so british– sous les traits de l’acteur Shakespearien Ralph Richardson, renvoyant au Michael Powell d'Une question de vie ou de mort ou aux œuvres du studio Ealing. Enorme succès au box office américain, Time Bandits va permettre à la production de Brazil de se mettre en route.
Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal dans une très belle édition collector
Vers 75 avant J.C., les Romains ont conquis la Thrace et ramènent à Rome des prisonniers, dont Amitys, fille d'un chef thrace tué, et Spartacus. Celui-ci est envoyé dans une école de gladiateurs. Il s'en évade avec plusieurs compagnons d'infortune, emmenant avec lui Amitys dont il s'est épris, et bientôt conduit une révolte d'esclaves contre les Romains...
Spartacus est un film précurseur puisqu’il s’aventure dans le péplum bien avant le Ulysse de Mario Camerini (1953) et surtout le premier Hercule de Pietro Francisi qui relanceront complètement le genre au sein de la production italienne (où il fut très populaire durant le muet ou encore le cinéma des « Téléphone Blancs »). Riccardo Freda aura un impact similaire quelques années plus tard en ranimant l’épouvante gothique avec Les Vampires (1957). La touche serial typique du réalisateur s'exprime d’ailleurs d'emblée avec une intrigue nettement plus fantaisiste que la définitive future version de Kubrick.
Spartacus est donc ici au départ un décurion romain enrôlé de force (on sait que Spartacus fut auxiliaire dans la légion Romaine mais pas à des grades si élevé) qui en s'opposant à un supérieur qui molestait une femme est rétrogradé au rang d'esclave. La première partie est sous haute influence du péplum hollywoodien, en particulier les œuvres de Cecil B. DeMille. Freda se délecte à opposer la débauche de la société Romaine corrompue (orgies et autres joyeusetés) à la condition difficile des esclaves.
Le fait d'avoir un Spartacus partagé entre le plaisir de la chair symbolisé par la vénéneuse Gianna Maria Canale (future reine du péplum spécialiste des rôles de méchante tentatrice, elle retrouvera Freda dans l’excellent Théodora Impératrice de Byzance, mais aussi Les Vampires) et Ludmila Tcherina (danseuse étoile reconvertie actrice, plus connue pour ses rôles chez Powell dans Les Chaussons Rouge et Les Contes d'Hoffman) esclave prête à tous les sacrifices pour lui reprend une construction typique des péplums bibliques. La seule différence étant l’absence de dimension religieuse et c’est d’ailleurs une particularité étonnante du péplum italien dans l’ensemble largement plus païen et fantaisiste que son très pieux pendant américain.
Il faut arriver à mi-film pour retrouver l'aspect typique de l'histoire de Spartacus telle qu'on la connaît mais Freda s'avère un peu plus laborieux de ce côté avec notamment un rythme assez poussif. C'est durant le passage à Romeque le film est le plus intéressant et extravagant. Les moyens sont là avec une reconstitution somptueuse, des décors monumentaux et quelques moments spectaculaires très réussis comme lorsque Spartacus surgit dans l'arène pour affronter plusieurs lions qui s'apprêtaient à dévorer une esclave.
Malgré une allure imposante, Massimo Giroti est un fade Spartacus et les deux rôles féminins sont bien plus digne d’intérêt, surtout Gianna Maria Canale parfaite en romaine hautaine et égoïste s’humanisant par son maladif mais réel amour de Spartacus. Carlo Ninchi fait également un très charismatique Crassus, et Freda semble se délecter à dépeindre les intrigues de palais du sénat Romain avec quelques répliques assassines fort réussies. Dans l’ensemble on sent Freda bien plus intéressé par ses à-côtés décalés et sulfureux que par son personnage principal (les américains l’on bien saisit, rebaptisant le film Sins of Rome pour sa sortie là-bas). Il trouvera un matériau à sa mesure avec le bien meilleur et palpitant Théodora Impératrice de Byzance son meilleur péplum.
Sorti en dvd zone 2 français chez Atlas dans la collection Péplums