Durant l'ère Taishō, Hishakaku, Hishakaku, un jeune yakuza, trouve refuge dans le quartier de Fukagawa auprès du clan Kokin, après s'être enfui de Yokohama avec Otoyo, une ancienne geisha devenue sa compagne. Au cours d'une altercation, Hishakaku tue le chef rival, ce qui le conduit à se livrer volontairement à la police, acceptant une peine de prison de cinq années afin de réparer son honneur. Pendant que Hishakaku purge sa peine, l'ancien frère d’armes de Hishakaku, Miyagawa, devenu tireur de pousse-pousse, finit par croiser Otoyo alors qu'elle est en détresse.
Theater of Life est le film fondateur d’un des genres les plus lucratif et prolifique du cinéma japonais des années 60, le Ninkyo Eiga soit le film de yakuza chevaleresque. En ce début des années 60, le Jidai-geki soit le drame historique japonais, est sous sa forme traditionnelle un genre en déclin après avoir dominé le box-office japonais de la décennie précédente. L’iconoclasme et la modernité d’un Akira Kurosawa au sein du studio Toho bouscule l’approche traditionnelle du Jidai-geki tel qu’il est encore produit chez Toei. Un autre genre commence à émerger chez les concurrents de la Nikkatsu à travers le polar revisitant avec modernité la figure du yakuza. Le polar ou film de gangster s’émancipe ainsi peu à peu de l’influence formelle du film noir américain en identifiant par des particularismes plus spécifiquement japonais les figures du crime locale que sont les yakuzas. Le studio Toei va ainsi allier le récit criminel à la fresque épique pour installer dans une cadre plus contemporain les codes chevaleresques du Jidai-geki, avec le yakuza comme étendard des valeurs traditionnelles japonaises.
Ce virage va se faire à travers l’adaptation du roman Jinsei gekijō de Shiro Ozaki, publié en 1933. Cette fresque de sept ouvrages est en partie autobiographique, Ozaki s’inspirant de ses années étudiantes durant lesquelles il fut amené à vivre dans des quartiers mal famés et fréquenter une faune interlope fait notamment de yakuzas et de prostituée. Les livres vont bénéficier de plusieurs adaptations et ce dès 1936, tandis qu’une plus récente de 1958 précède Theater of Life. Engagé à la réalisation, Tadashi Sawashima, vieux routier du Jidai-geki, va cependant opérer un choix radical pour son adaptation. Le double littéraire de Shiro Ozaki, au centre des romans, est ici en retrait au profit d’Hishakaku, personnage secondaire croisé au détour d’un chapitre. On passe ainsi de l’observation et la chronique extérieure à une immersion au cœur du monde des yakuzas, ou du moins à une vision fantasmée de celui-ci. Il se dégage une véritable pureté dans l’installations de motifs qui deviendront par la suite des archétypes fascinants puis redondants au fil de l’exploitation excessive du filon. Parmi eux, il y cette sorte de prolongement de la droiture (là aussi supposée et totalement inventée) du code bushido au monde des yakuzas, dessinant un accomplissement aussi inextricable que fatal dans la notion de prouver sa valeur, sa fidélité au clan et de devenir un homme. Hishakaku (Koji Tsuruta), malgré les préventions de son protecteur, choisit ainsi de s’engager dans une bataille de clan en délaissant Otoyo (Yoshiko Sakuma), sa compagne geisha avec laquelle il s’était enfuit. Une fois l’issue sanglante de ce combat accomplit, le code prévaut encore et il va l’abandonner pour se constituer prisonnier, sans même envisager la cavale ou l’exil à ses côtés. Ce n’est que dans la solitude de sa cellule exiguë qu’il va prendre conscience de ce qu’il a abandonné derrière lui et de son amour profond pour Otoyo. C’est davantage la tristesse et la mélancolie du mélodrame qui prévalent sur le film de yakuza. Les joutes physiques sont davantage une fatalité qu’une charge d’adrénaline, et précèdent toujours un drame, une séparation, un déchirement. Le triangle amoureux qui se dessine alterne entre inversion des trajectoires et éternel recommencement. Miyagawa (Ken Takakura) ancien frère d’armes de Hishakaku va ainsi tomber amoureux d’Otoyo sans connaître son passé. Il paraît dans un premier temps s’émanciper des attentes de ces codes yakuzas et au contraire être capable de se consacrer exclusivement à celle qu’il aime. Mais la culpabilité de sa trahison involontaire va rendre plus ardent encore son « sens du devoir » alors qu’Hishakaku semble effectuer le parcours inverse, pardonner et trouver un nouveau sens à sa vie. Le personnage de Kiratsune (Ryūnosuke Tsukigata), ancien yakuza qui en a quitté le tumulte mais conservé la droiture, est celui qui effectue le liant à la fois avec la source littéraire du film, mais aussi avec cette possibilité d’un ailleurs. Koji Tsuruta représente l’homme mature usé quand Ken Takakura est le jeune chien fou passionné et impétueux. Tsuruta, ancien jeune premier chez Ozu notamment, porte en lui les vicissitudes d’une existence difficile (enfance pauvre, mobilisation pour la Seconde Guerre Mondiale dont il reviendra marqué) et se réinvente véritablement en criminel las et revenu de tout qu’il retrouvera régulièrement dans le Ninkyo Eiga. Ken Takakura sublimera aussi par la suite la persona de dure à cuire à fleur de peau qu’il incarne ici, pour devenir un véritable étendard de ce film de yakuza chevaleresque. Tadashi Sawashima par sa mise en scène apporte l’ampleur de la fresque tout en préservant les questionnements intimes. Les affrontements sont brefs, rugueux et cathartiques mais il semble davantage préférer les tableaux poétiques, mélancoliques et introspectifs. On pense à cette magnifique transition en fondu enchaîné entre les barreaux de cellule regardés avec regret par Hishakaku et l’étreinte passionnée avec Otoyo. La stylisation des décors studios alterne avec la magnificence des scènes d’extérieur, Sawashima trouvant toujours la composition de plan, le cadrage ou l’artifice idéal pour exprimer par l’image le déchirement intime et la fatalité s’abattant sur les protagonistes. C’est cette approche, plus que les différentes sous-intrigues criminelles, qui pavent le chemin du trio de héros. C’est notamment le cas par ce motif de la brume avançant autour de Hishakaku et qui rend son environnement opaque à la vie, à l’amour, et ne lui laissant que la perspective criminelle. La dernière scène condense à merveille tout cela, divisant littéralement l’image entre les deux voies possibles d’Hishakaku, en étirant les déchirants ultimes adieux amoureux pour au contraire rendre le combat final bref et laisser son issue en suspens. Theater of Life 1 est une œuvre contenant l’essence même du Ninkyo Eiga, avant sa redéfinition plus formulatique.Disponible en bluray français chez Roboto Films






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