Malgré son caractère intimiste, Happy-Go-Lucky (1997) brassait déjà une certaine ampleur narrative et romanesque annonçant ses grandes réussites à venir comme Memories of Matsuko (2006). Beautiful Sunday par son minimalisme et sa veine arty ressemble paradoxalement davantage à un premier film que le très maitrisé et attrayant Happy-Go-Lucky. Le périmètre se réduit ici à un quartier tokyoïte dans l'unité de temps d'un dimanche ennuyeux, durant lequel nous allons suivre le destin des habitants d'un immeuble.
On retrouve à travers les différents personnages de ce thème des attentes, espoirs déçus et fantasmes qui feront dans un style plus foisonnant le charme de Kamikaze Girls (2005) et Memories of Matsuko. On trouve ainsi ce jeune couple souffrant d'une absence de communication, exprimée dans une des scènes d'ouverture au sein de leur appartement dont la composition de plan exprime d'emblée la séparation intime en opposition à la promiscuité physique. Nakashima brasse divers thème à travers ce microcosme tout en creusant ses leitmotivs habituels. Le refuge dans un espace mental imaginaire s'exprime notamment en deux temps ici. Une petite fille métissée souffrant du rejet de ses camarades par sa "différence" se crée ainsi une sorte de code presque "shonen" de défiance aux autres en faisant de chaque interaction un défi dont elle doit sortir victorieuse. Une femme mûre et solitaire tente d'attirer l'attention par ses hurlements quotidien intempestifs, tout en divaguant sur son identité puisqu'elle s’imagine être une extraterrestre de passe sur terre. Tous les protagonistes, même les plus périphériques témoignent d'une même excentricité, que ce soit la très étrange logeuse ou un quidam vénérant sa Porsche jaune.
Nakashima fait de tous des enfants, symboliques ou concrets dans leurs dérives respectives. Le jeune couple pour échapper au quotidien morne du foyer choisit de sortir s'exercer au lancer de baseball plutôt qu'une balade amoureuse, un des fils rouges du récit est le feuilleton télévisé imaginaire d'un héros de tokusatsu diffusé à la télévision qui durant un des extraits se trouve démuni quand sa quête héroïque devient vaine avec la paix revenue sur Terre. Les personnages tout comme l'atmosphère du film semble comme dévitalisée, au premier abord que le calme d'un dimanche ennuyeux mais ce jour n'est l'épicentre d'une existence vide. Nakashima capture la beauté morne et la désolation du quartier par des compositions de plan et une photo superbe, déployant une fascination comme seul les paysages urbains japonais, même les plus communs, peuvent susciter. La torpeur de l'ensemble n'en fait cependant pas l'œuvre la plus accessible du réalisateur, et pour peu que l’on n’entre pas dans l'humeur du récit, un certain ennui pourra se faire ressentir. Il n'en reste pas moins un objet très intéressant à l'aune des autres travaux de Nakashima.
Sorti en dvd japonais sous-titré anglais





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