Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Le Pays du Dauphin Vert - Green Dolphin Street, Victor Saville (1947)
1840. St-Pierre, île anglo-normande.
William Ozanne fait battre le cœur de deux jeunes filles: Marguerite et
Marianne, deux sœurs. Quant à ses propres sentiments, ils le porteraient
plutôt vers Marguerite, mais Marianne n'a pas dit son dernier mot...
Une
grande et belle épopée romanesque que voilà, adapté du roman éponyme de
Elizabeth Goudge paru avec succès trois ans plus tôt et qui assoira
l'aura de Lana Turner après le récent succès du Facteur sonne toujours deux fois
(1946). Le récit nous plonge au sein d'un triangle amoureux dont le
dilemme va nous emmener très loin. Marguerite (Donna Reed) et Marianne
(Lana Turner) sont deux sœurs qui vont tomber amoureuse du même homme,
leur jeune et séduisant nouveau voisin, William Ozanne (Richard Hart). Bien des années plus tôt, la mère (Gladys Cooper) des deux sœurs tomba
amoureuse du père de William (Frank Morgan) et ne renonça à lui que
contrainte par sa famille. Si les anciens amants se retrouvent plus
sages et apaisés le temps d'une jolie scène, leurs descendants vont
rejouer le drame dans des proportions dramatiques insoupçonnées.
Ambitieuse et déterminée, Marianne est sans doute l'épouse qui convient
le plus à William dont le caractère paisible est bien plus attiré par
celle qui lui ressemble le plus, Marguerite.
La première partie nous promène donc entre les regards énamourés
partagés par William et Marguerite tandis que la relation se fait plus
heurtée mais constructive avec Marianne qui éveil l'intérêt de William
pour la mer, l'aide à mener carrière et entrer dans la Royal Navy. On
est partagé tout comme le personnage masculin tant l'appel du cœur
(Marguerite) se dispute à celui de la reconnaissance (Marianne),
d'autant qu'aucune des deux sœurs n'est présentée sous un jour meilleur
que l'autre même si la poigne et l'ambition de Lana Turner peut créer
l'ambiguïté (le petit regard satisfait après qu'elle ait motivée William
de remonter à bord alors qu'il vient de perdre son père). Cette trame
intimiste se joue dans un cadre majestueux où entre décors naturels
spectaculaires et effets visuels fascinants (ce monastère surplombant la
plage sur une colline fabuleux) le contraste est constant.
Un rebondissement rocambolesque va résoudre cruellement la situation.
Exilé en Nouvelle Zélande suite à des déboires divers, William envoie
une écrit à Marguerite de le rejoindre, mais troublé écrit le prénom de
Marianne qui arrive pleine d'espoir sans être attendue ni aimée.
Contraint par la situation et l'insistance de son ami Timothy Haslam
(Van Heflin) amoureux secrètement de Marianne, William va donc se marier
sans amour tandis que Marguerite dépérit à l'autre bout du monde
pensant avoir été rejetée. L'histoire entame alors parallèlement une
longue quête sentimentale et spirituelle où l'éconduite devra trouver sa
voie et les époux non désirés apprendre à se connaître.
A nouveau les questionnements introspectifs ne se résoudront que dans le
bruit et la fureur, dans des espaces à perte de vue. Les dangers
naturels et politiques du nouveau monde qu'ils ont investis vont peu à
peu souder les liens entre William et Marianne le temps d'une
apocalyptique séquence de tremblements de terre (effets spéciaux
stupéfiants qui vaudront des nominations aux Oscars pour le film) et une
révolte maori filmée comme un terrible cauchemar par un Victor Saville
inspiré. Pour Marguerite la solitude (poignante et fulgurante scène de
deuil) l'amènera à rechercher à chercher un salut supérieur (qui résout
bien toute tentation future mais la dimension religieuse imprègne
souvent les livres Elizabeth Goudge semble-t-il) que Saville capture là
aussi avec grâce et une imagerie flamboyante.
Tout cela ne serait rien sans un trio d'acteur inspiré. Lana Turner
(remplaçant Katharine Hepburn initialement prévu) annonçait déjà sa
magnifique prestation dansLe Retour
l'année suivante. On croit au départ avoir affaire à la Lana vénéneuse
et séductrice au départ, teinte en brune et amaigrie son jeu toute
préciosité et excès dans ce rôle de femme rejetée dont la détresse émeut
de manière grandissante dans des scènes où elle étincelle : son arrivée
pleine d'espoir en Nouvelle Zélande, la terrible découverte finale ou
encore l'ultime regard de l'amour franc et partagé qui conclut le film.
Elle allie l'autorité de ses rôles de vamp avec une fragilité juste et
touchante. Richard Hart est lui aussi très convaincant en être faible,
porté par les évènements et qui ne se trouvera que par des éléments
extérieurs plus forts que lui, que ce soit le destin capricieux ou LA
femme sachant le guider malgré lui. Si on ne sera pas forcément captivé par le destin de Marguerite malgré
la présence fragile de Donna Reed, l'autre triangle amoureux qui se
dessine avec Van Heflin est quant à lui magnifique. Amoureux en retrait,
compréhensif et résigné, l'acteur est comme toujours épatant de
justesse et offre un des plus beaux moments du film lors de ses adieux
avec Lana Turner (leurs alchimie se confirmant l'année suivante dans Les Trois Mousquetaires
de George Sidney). Du spectaculaire, de l'émotion, des grands acteurs,
tout ce que le cinéma hollywoodien sait si bien être tient ses promesses
dans ce beau film.
Sorti en dvd zone 1 chez Warner dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres
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