Au début des années 50, l’américain Eddie Constantine devient une grande vedette du cinéma français en interprétant dans plusieurs films le personnage de Lemmy Caution. Adapté des romans série noire écrits par Peter Cheyney, Lemmy Caution est une figure de séducteur et redresseur de tort auquel Eddie Constantine prête sa distance et son caractère fantasque dans des séries B inventives comme La Môme vert-de-gris (1953), Cet homme est dangereux (1953), Ça va barder (1953), Les Femmes s’en balancent (1954), Je suis un sentimental (1955), Lemmy pour les dames (1961) et À toi de faire... mignonne (1963). La saga partira même sur des terrains plus expérimentaux avec Alphaville de Jean-Luc Godard (1965), inclassable film de science-fiction.
Eddie Constantine, pas vraiment acteur et voyant davantage le métier comme une récréation lucrative, va ainsi promener son physique imposant et sa personnalité excentrique dans d’autres productions où son interprétation se rapproche grandement de Lemmy Caution. Le Grand Bluff en fait partie, plaçant tout d’abord faussement Eddie Morgan (Eddie Constantine) du mauvais côté de la loi en beau parleur adepte de l’esbrouffe. Le scénario va rapidement lui faire retrouver le droit chemin en en faisant le chevalier servant d’une jeune femme (Mireille Granelli) en proie à de vils spéculateurs cherchant à la spolier du terrain pétrolier dont elle a hérité. Tout cela est bien sûr prétexte à un grand numéro de charme pour un Constantine tout en bagout. On sourit à ses manœuvres pour tromper son monde et se faire passer pour un milliardaire afin de mener la belle vie, et l’on égratigne au passage tous les pique-assiettes qu’engendre dans leur sillage les supposés nantis. Aux arnaques bon enfant de Morgan s’opposent donc celles des corporations, mais aussi les délinquants financiers aux méthodes inavouables. Morgan saura par la malice et les poings faire plier les récalcitrants, et par la séduction ramener dans le droit chemin les filles perdues comme Dominique (Dominique Wilms). On sent d’ailleurs par le casting la continuité assumée avec Lemmy Caution puisque Dominique Wilms fut la femme fatale attitrée des premières aventures du personnage (dans La Môme vert-de-gris (1953) et Les Femmes s’en balancent (1954)). Sans prétention, l’ensemble est suffisamment drôle, nerveux (les scènes de bagarres sont d’une belle efficacité) et bien emballé pour offrir un honnête divertissement ne se prenant pas au sérieux.Sorti en dvd chez LCJ



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