Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mercredi 5 août 2026

Soudain - Ryusuke Hamaguchi (2026)

Directrice d'un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d'y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l'écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour “rendre possible l’impossible”.

Après ses compatriotes Hirokazu Kore-eda et Kiyoshi Kurosawa, c’est au tour de Ryusuke Hamaguchi de s’essayer à l’exercice de la production, casting et récit délocalisé en France avec Soudain. Il s’attarde sur un thème universel, celui du soin et de la communication avec les personnes âgées en fin de vie (mais pas seulement, avec l’importance d’un jeune garçon autiste), mais par le prisme d’un contexte social plus spécifiquement français. On va y suivre Marie-Lou (Virginie Effira) directrice d’EHPAD dont l’humanisme et le volontarisme forcené envers ses résidents va se heurter à la réalité économique d’établissements recherchant avant tout le profit, et à un personnel encadrant dépassé et ne pouvant suivre des directives bienveillantes mais inapplicables – manques d’effectifs, budgets restreints. 

Elle poursuit le but d’entretenir la flamme de vie chez des patients limités par leurs corps usés et l’esprit embrumé par la maladie d’Alzheimer, pour surmonter une perte personnelle face à laquelle elle s'est trouvée impuissante. La rencontre avec Mari (Tao Okamoto), metteuse en scène de théâtre dont les origines japonaises et le mal qui la ronge (un cancer en phase terminale) va lui offrir une perspective différente pour mener son action. Le scénario est coécrit par Hamaguchi et celle que les journalistes connaissent surtout comme interprète des artistes japonais de passage en France, Léa Le Dimma, a pour base très originale le livre documentaire éponyme de Maoko Miyano et Maho Isono.

L’urgence des bonnes intentions de Marie-Lou rencontre ainsi l’apaisement de Mari qui, par ses jours comptés, aborde différemment le quotidien par une volonté de faire au mieux les choses l’une après l’autre dans le temps qui lui est imparti. Hamaguchi déploie sur le temps long leur rencontre et la joute verbale constituant un véritable coup de foudre amical qui débouche sur des réflexions philosophiques, économiques, existentielles par le prisme de l’empathie aux autres. Cela occasionne des moments de grâce et d’une grande originalité - une discussion profondément impudique durant le question/réponse suivant une pièce de théâtre, une longue nuit de confessions constituant presque un film dans le film – où elles explorent leurs environnements professionnels respectifs et constatent la manière dont leur démarche se rejoignent et peuvent aboutir à un changement transcendant les entraves socio-économiques.

Ce segment de réflexion et de gestation tendre va aboutir sur une dernière partie de mise en application où le récit échappe au simple constat social résigné promis par les premières minutes. Hamaguchi orchestre une véritable utopie de l’empathie qui n’idéalise pas les cultures (le Japon faisant travailler ses seniors jusqu’à un âge canonique n’aurait guère de leçon à donner à la France) et transcende les moyens de communication par cet éveil, ou plutôt ce réveil cognitif permis par l’attention aux autres fonctionnant par la parole, le contact physique bienveillant et les initiatives originales. Cette amitié entre une artiste et une professionnelle de santé ouvrent des perspectives passionnantes dans un propos engagé, optimiste et profondément humaniste. Hamaguchi affirme une fois de plus son talent de narrateur, réutilise avec brio certaines idées (la représentation théâtrale multilingue de Drive my car) et imprègne de son optimisme un sujet profondément pessimiste dans le contexte français.

En salle le 12 aout 

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