Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 10 mai 2018

La Loi de la prairie - Tribute to a Bad Man, Robert Wise (1956)

1875. L'intraitable Rodock, éleveur de chevaux, n'hésite pas à lyncher tout voleur surpris sur ses terres. Mais un jour, cerné par une bande de malfrats, il ne doit son salut qu'à l'arrivée de Steve Miller. Reconnaissant, il l'engage dans son ranch…

Le touche à tout Robert Wise aura finalement peu donné dans le western, La Loi de la prairie constituant sa troisième (Ciel Rouge (1948) et Les Rebelles de Fort Thorn (1950) ayant précédé) et dernière incursion dans le genre. La star initiale du film est supposée être Spencer Tracy mais une mésentente avec Wise ainsi qu'une difficulté à supporter le tournage en altitude l'amène à jeter l'éponge au profit de James Cagney dont l'identité filmique n'est guère associée au western non plus. Il va pourtant brillamment s'insérer dans le genre dans le rôle de Rodock, impitoyable éleveur de chevaux. Le scénario de Michael Blankfort développe une trame assez classique mais assez démystificatrice du genre. C'est un sentiment qui naît à travers le regard du jeune "pied-tendre" Steve Miller (Don Dubbins), épicier à la ville et aspirant à la vie de cowboy. Après l'avoir sorti d'un mauvais pas, Rodock le prend sous son aile pour lui apprendre le métier.

La rigueur et l'excitation s'incarne donc à travers le charisme de Rodock pour le jeune homme, mais il va peu à peu en découvrir la face sombre. Son élevage se trouvant loin de toute civilisation et donc autorité légale, Rodock a appris avec le temps à se protéger des voleurs en appliquant sa propre loi. Il n'hésite donc pas à impitoyablement pendre les voleurs de chevaux, la sentence radicale servant de dissuasion aux autres comme le souligne les dialogues :

It's fear that keeps men honest. And with that hangin' today, I laid fear like a fence ten feet high, around my property !
Rodock est une figure ambivalente entre cette férocité qu'il applique à l'extérieur et la sensibilité dont il fait preuve dans l'intimité avec sa compagne Jocasta (Irène Papas dans son premier rôle hollywoodien) symbolisé par ce piano, objet délicat incongru dans ces terres sauvages. Cette dualité semble pourtant de plus en plus dure à tenir, Jocasta sentant bien que chaque tuerie altère toujours un peu plus la facette lumineuse de Rodock. La galerie de second rôles remarquables (Lee Van Cleef, Stephen McNally, Royal Dano) jouant les associés passés ou présent de Rodock représentent ainsi la dérive néfaste -et se reflétant physiquement et dans les attitudes- de l'existence de cowboy, là encore souligné par ce remarquable dialogue de Jocasta mettant en garde Steve :

This is not your kind of life. Look at the men in the bunkhouse : Baldy, and Fat Jones, and Abe. Never a chance for a family, or a home. In ten years, you're gonna' be like them - a "nobody" on a horse. That's what a wrangler is : a "nobody" on a horse. With bad teeth, broken bones, double hernia, and lice !

 Le déchirement représenté par la schizophrénie de Rodock s'affirme d'abord par le déchirement de chaque sortie pour le couple, avant la vraie scène choc de la pendaison qui fait basculer le film et amorce un triangle amoureux. La mise en scène de Robert Wise fait ainsi souffler sur toutes les scènes d'extérieur un vent de menace, les grands espaces voyant leur splendeur altéré par la photo contrastée de Robert Surtees qui imprègne ainsi le récit du caractère tempétueux de Rodock.

Tout peut voler en éclat à tout moment par la moindre de ses sautes d'humeurs si les évènements tournent en sa défaveur, si une attitude lui déplaît à travers une violence physique autant que psychologique. L'interprétation de James Cagney est remarquable, culminant dans un long final où sa sentence ne sera pas meurtrière mais particulièrement douloureuse dans une idée reprise plus tard par Sergio Leone dans Le Bon, La Brute et le truand (1966). Au bout de la souffrance et de la cruauté, c'est le moment de vérité qui verra notre héros se remettre enfin en question. Une belle réussite qui sur un postulat archétypal se montre finalement singulier et captivant.

 Sorti en dvd zone  français chez Warner

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