Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 9 août 2014

Ma sœur est capricieuse - My Sister Eileen, Alexander Hall (1942)

Deux sœurs, Ruth et Eileen Sherwood, de Columbus (Ohio). Ruth est dans la presse. Eileen veut faire du théâtre. Un petit scandale local les humilie. Elles décident de partir pour New-York. La location d'une chambre meublée occupée précédemment par une femme de mauvaise vie va leur amener une suite de complications...

My Sister Eileen est une délicieuse screwball comedy et première adaptation des écrits de Ruth McKenney. L'auteur se fit connaître avec une série de courts textes en partie autobiographique où elle narrait les premiers pas difficiles à New York de deux jeunes sœurs provinciales venues de l'Ohio. Les textes furent publiés dans le New Yorker où ils remportèrent un succès immédiat au point d'en tirer un roman en 1938. Ce ne serait que la première déclinaison puisqu'une pièce de théâtre verra le jour en 1940 et c'est précisément celle-ci qui sera adapté dans le film produit en 1942, les auteurs de la pièce Joseph Fields et Jerome Chodorov se chargeant du scénario.

Ruth (Rosalind Russell) et Eileen (Janet Blair) sont deux sœurs qui végètent dans leur petite ville de Columbus. Ruth rêve d'être écrivain tandis qu’Eileen aspire à une carrière d'actrice. Ces velléités différentes découlent également des caractères opposées des sœurs, Ruth réfléchie et sarcastique visant une carrière intellectuelle où elle oubliera les complexes quant à sa féminité, point qui est le principal atout de l'écervelée et frivole Eileen perpétuant cela dans la lumière de la vie d'actrice. Un scandale local brise simultanément leur embryon de carrière (Ruth écrivant dans le journal local un article dithyrambique d'une pièce dont Eileen a été recalée à la dernière minute) et tout deux décide de tenter leur chance à New York. Le récit traitera donc de manière amusée de la découverte difficile de la vie urbaine.

Bien que le ton se fasse léger, les situations relève d'éléments pouvant être sordide comme les logements insalubres pour les sans le sous, les multiples dangers guettant la gent féminines entre imprésario louche, bienfaiteurs intéressés et séducteur un peu trop entreprenant. Tous ces points sont abordés avec un humour désopilant que ce soit l'appartement en sous-sol abritant les travaux du métro (et des explosions de dynamite nocturnes impromptues), l'emplacement peu approprié attirant les voyeurs ayant pleine vue depuis la rue et un défilé permanent avec les multiples prétendants d'Eileen. La mise en scène d'Alexander Hall est assez statique et l'origine théâtrale de l'ensemble se devine plus d'une dans les longues scènes de dialogue dans l'appartement qu'il a du mal à dynamiser.

 L'énergie vient de l'abattement comique des acteurs et d'un art brillant de la surenchère dans le running gag voyant les invités inattendus et excentriques s'accumuler dans le modeste salon des sœurs. Cela relèvera juste du marivaudage et de la comédie de boulevards lorsque les amoureux transis d'Eileen se croisent malencontreusement, un court moment plus inquiétant où elle n'est pas loin d'être abusée puis un morceau de bravoure tordant où une section de marin portugais va semer le chaos dans le quartier.

Rosalind Russel, allure gauche, humour pince sans rire et lançant son lot de réplique sarcastiques mémorable est fabuleuse tandis que Jane Blair tient avec brio l'équilibre délicat entre ingénue narcissique mais attachante et vraie fragilité. Sous les rires, l'émotion parvient à naître plus d'une fois et dans une retenue contredisant l'hystérie ambiante. On sent ainsi la volonté de Ruth de s'accomplir loin des charmes de sa sœur en début de film, mais il lui suffit d'un regard attendri sur elle pour se décider à l'emmener aussi à New York comme elle le lui demande. De même bien que capable de subjuguer tous les hommes, Eileen devinera les sentiments de Ruth pour Baker (Brian Aherne) qui a su deviner son talent et s'effacera.

Un très bon moment donc qui remportera un grand succès et vaudra une nomination à l'Oscar de la meilleure actrice pour Rosalind Russell. L'impact est tel que Rosalind Russell reprendront d'ailleurs leur rôles l’année suivant pour un feuilleton radio en 1943 sur la Lux Radio Theater et une autre fois en 1946 pour une autre version radiophonique de la pièce. My Sister Eileen connaîtra par la suite une seconde vie sur scène avec une adaptation en comédie musicale à Broadway en 1953, qui découlera à un second film encore meilleur signé Richard Quine, Ma sœur est du tonnerre.

Sorti en dvd zone 1 chez Columbia dans la collection Icons of Screwball Comedy et doté de sous-titres anglais


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