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mardi 23 septembre 2014

Vive la sociale ! - Gérard Mordillat (1983)

Maurice Decques est un Parisien, né du mélange détonnant d'un père communiste et d'une mère anarchiste. Il vit dans son quartier de Ménilmontant depuis son enfance, et continue à y vivre, chez ses parents, après son mariage avec une violoncelliste hongroise, peu sensible aux charmes du communisme réel.

Gérard Mordillat adaptait son premier roman éponyme Vive la sociale (paru en 1981) avec cette première œuvre de fiction puisqu’il était déjà coréalisateur avec Nicolas Philibert du documentaire La Voix de son maître en 1979. Artistes aux talents variés (cinéastes, documentariste, poète, écrivain), Gérard Mordillat aura établi comme fil rouge à ses divers travaux son profond enracinement politique à gauche illustré par son soutien de toujours au Parti Communiste ou plus récemment au Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. Cet engagement pu se manifester dans une veine sombre et revendicatrice comme dans son roman Les Vivants et les morts, où il dépeignait la liquidation d’une entreprise du point de vue des salariés. Vive la sociale par sa dimension autobiographique (même si Mordillat se défend d’avoir uniquement œuvré dans ce sens) traite de la question sur un mode plus léger, attachant et nostalgique en se penchant sur les souvenirs de Mordillat de son enfance au début des années 50 aux 70’s et le voyant traverser des soubresauts tel que la Guerre d’Algérie ou Mai 68. Maurice Decques (François Cluzet) double du réalisateur, traverse donc avec amusement ses souvenirs qu’il commente et dont il s’amuse face caméra. 

 On y découvre ainsi à travers sa famille une France d’après-guerre encore profondément endoctrinée à gauche, niant encore l’évidence des dérives du régime communiste en URSS. Point de pensum ou de grand discours pour exprimer cet attachement aveugle, il suffira d’un gag où le père (Yves Robert) est outré en faisant ses mots croisés qu’à l’intitulé « dictateur du XXe siècle » la réponse corresponde à Lenine et qu’il refusera de noter. 

Le regard innocent de l’enfant nous fait ainsi découvrir les motifs d’agitation d’alors avec son frère engagé en Algérie et lui écrivant sa répugnance à tuer ses hommes qui ne lui ont rien fait. L’opinion du réalisateur et la candeur du personnage s’entrecroise ainsi en évitant un message trop lourdement appuyé. La personnalité de Decques sert au contraire à rebondir intelligemment sur ce contexte puisque sa fugue (afin de suivre l’exemple de son idole le scientifique Alain Bombard et son ouvrage Naufragé volontaire) en barque intervient après avoir lu que son frère était emprisonné par l’armée française. 

Plus qu’une simple autobiographie, Mordillat cherche à capturer l’esprit d’une époque et plus précisément d’un lieu, le 20e arrondissement de Paris. Tout dans sa mise en scène, sa manière de rendre familières les personnalités rencontrées (Jean-Pierre Cassel génial en une courte apparition de camelot vendant de la vaisselle) et la façon dont la caméra s’immisce dans les ruelles et cages d’escalier tend à faire du lieu un espace dont le quotidien sera le nôtre. 

D’après-midi dansant timide en drague maladroite de vendeuses de supermarché, on traverse ainsi les premières expériences et initiations de Decques et ses amis. Aucun vrai rebondissement ou pic dramatique cependant, Mordillat fait au contraire l’éloge de la banalité où la magie nait de moment parlant à tous comme une ravissante première rencontre entre Decques et sa future femme Genichka (Elisabeth Bourgine) ou encore les apartés amusants où il fera un portrait décalés de ses amis. Même là l’humour se fera cocasse mais sobre, rien ne devant troubler le long fleuve tranquille du quotidien des personnages. 

C’est dans ce fil rouge sobre que naît d’ailleurs finalement la dramaturgie avec un Decques qui cherche sa voie dans des métiers peu exaltant ou finissant même par trouver une certaine lassitude dans son entreprise de fête de mariage. Le conflit peut naître quand cette banalité altèrera la fantaisie des personnages et notamment le quotidien de Decques et Genichka rattrapé par la routine. Les signes de l’engagement de Decques défini par ses parents se font également de façon amusée (son pyjama rouge, la crise et l’incrédulité de son père lorsqu’on lui affirmera que oui i y a bien eu des goulags en URSS) mais symbolise le possible carcan où pourrait s’enfermer Decques. Là aussi Mordillat ne fait que survoler la question, préférant prolonger l’atmosphère festive de l’ensemble à l’image d’un virevoltant, tout le film esquissant des hommages à Jacques Tati notamment. Le casting est pour beaucoup dans le plaisir du moment passé où l’on croise des tous jeunes Robin Renucci, Ariane Ascarides ou encore Isabelle Nanty.

Sorti en dvd zone 2 chez Tamasa

 Extrait

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