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lundi 15 juillet 2019

Sergent York - Sergeant York, Howard Hawks (1941)


L'histoire vraie d'Alvin Cullum York, un jeune campagnard croyant et pacifiste qui s'enrôle dans l'armée américaine en tant qu'objecteur de conscience et qui deviendra un héros de la Première Guerre mondiale.

Sergent York est une œuvre de propagande qui participe de la volonté des démocrates d’Hollywood de pousser les Etats-Unis hésitants à s’engager dans la Deuxième Guerre Mondiale. Quoi de mieux du coup que la célébration d’un des grands héros de la Première Guerre Mondiale avec un biopic du sergent Alvin Cullum York ? Celui-ci par un exploit héroïque fameux fut un des soldats américain les plus décorés du conflit et devint une vraie célébrité dans le pays. Dès son retour du front en 1919 et durant les festivités qui entoure York, le producteur Jesse Lasky cherche à monter un film sur son destin mais se heurte au refus de l’intéressé. York va ainsi retourner à une existence calme dans son Tennessee natal et n’usera de sa célébrité que pour ses actions caritatives notamment sa fondation visant à développer l’instruction dans la région. Ce n’est que pour financer ces activités qu’il cède dans un premier temps à une biographie en 1930 (Sergent York : His Own Life Story and War Diary de Tom Skeyhill d’après le journal intime tenu par York) puis plus tard à une énième relance de Jesse Lasky. Les gains lui serviront financer une école biblique interconfessionnelle et sa principale exigence sera d’être incarné à l’écran par Gary Cooper. Cela nécessitera quelques tractations entre studios, Warner qui coproduit le film prêtant Bette Davis à la MGM chez qui Gary Cooper est sous contrat) et le choix de Howard Hawks à la mise en scène sera décisif pour convaincre un Cooper (ils avaient déjà tournés ensemble le beau Après nous le déluge (1933)) intimidé par le rôle.

Hawks fera largement remanier le script initial de Abem Finkel notamment par John Huston, pour en accentuer la dimension « americana » et destin individuel qui passe notamment par l’humour. La première partie du film nous montre ainsi un Alvin York dont le quotidien se partage entre le travail de forçat sur la terre aride qu’il cultive pour sa famille et les échappées alcoolisées pour oublier ce destin terne. Cette approche americana se caractérise par le ton bon enfant et truculent qui appuie sur la facette pittoresque de cette région loin des problématiques du monde. York n’aspire qu’à acheter un lopin de terre dans la vallée pour avoir une ferme plus exploitable en vue de séduire la belle Gracie (Joan Leslie). Tout cela s’incarne dans la figure du pasteur Pile (Walter Brennan), tourné en ridicule par les facéties de York (l’ouverture où son prêche est interrompu) mais n’abandonnant jamais la volonté de le placer sur le droit chemin. 

Cette ruralité bienveillante idéalise ainsi les piliers de la religion, de la famille (« Ma » York la bonté même sous les traits de Margaret Wycherly) et de la patrie dans l’attachement qui noue à cet environnement et ces habitants. Hawks prend plus d’une heure à poser cette atmosphère chaleureuse où, de York à ses rivaux amoureux en passant par ses interlocuteurs d’affaires, personne n’est vraiment mauvais et aura forcément l’occasion de se montrer sous un bon jour. Les différents éveils de York passent donc par une imagerie puissante de cette americana rendue féérique dans une conception essentiellement en studio. On pense à la scène où Gracie vient retrouver York en train de labourer, à la composition puissamment évocatrice, et l’épiphanie de notre héros dont un éclair foudroyant va stopper les funestes desseins. 

Cet apaisement intime va devoir ensuite servir la nation avec l’engagement de York dont les obligations de soldats entrent en contradiction avec ses nouvelles convictions religieuses. Le film dans sa volonté lumineuse idéalise sans doute trop le cadre de l’armée, ne fait pas montre d’une ambiguïté possiblement intéressante et rend le dilemme de York assez simple à résoudre. C’est un personnage simple et modeste qui fera au mieux selon les élans de sa conscience et dont les doutes se dissiperont à travers le baptême du feu où les atermoiements n’ont plus court. Ce simplisme (du traitement mais pas du personnage) est une nouvelle fois rattraper par la recherche formelle de Hawks avec ce magnifique plan de York parti méditer sur colline avec un livre sur l’histoire des Etats-Unis. La facette americana comme religieuse (les méditations d’un Moïse attendant la parole divine avant d’aller délivrer son peuple) s’impose dans cette vignette puissante ainsi que la prestation habitée de Gary Cooper. 

C’est vraiment là que ce ressent la patte de Hawks (autrement plus profond sur la notion d’héroïsme dans Seul les anges ontdes ailes (1939)) mais également dans les formidables scènes de guerre. Le but n’est clairement pas de montrer l’horreur de la Grande Guerre à l’instar de A l’Ouest rien de nouveau de Lewis Milestone (1930) mais d’accompagner le destin individuel de York. La mort ambiante, les camarades tombant cruellement et la menace allemande, tout cela n’existe que pour galvaniser l’héroïsme désintéressé mais flamboyant de York. Hawks met constamment en montage alterné les silhouettes des frères d’armes de York avec sa folle avancée où il va décimer et emprisonner à lui seul un bataillon allemand. 

Le collectif existe dans la fraternité face à la menace mais c’est bien York seul qui s’élève pour redresser la situation. Hawks parvient néanmoins à rendre son personnage héroïque tout en restant à l’échelle de sa personnalité modeste. Gary Cooper est absolument parfait (et y gagnera un Oscar au passage), le parallèle avec son futur rôle de Ceux de Cordura de Robert Rossen (où il est montré à l’inverse la difficulté d’être à la hauteur de cet héroïsme) qu’il jouera plus tard est d’ailleurs passionnant. Pas le plus personnel ni incisif des Hawks, mais un très beau et attachant portrait. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

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