Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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samedi 13 mars 2021

Moving On - Nam-mae-wui yeo-reum-bam, YOON Dan-bi (2020)


 Okju et Dongju s’installent dans la maison de leur grand-père pendant les vacances d’été, après que leur père a fait faillite. Peu de temps après, leur tante, dont le mariage est en piteux état, emménage dans la maison. Trois générations doivent désormais cohabiter.

Moving On est le premier film prometteur de la jeune réalisatrice coréenne Yoon Dan-bi. Elle y dresse un portrait tendre et touchant d’une famille dont trois générations sont amenées à cohabiter le temps d’un été. Le titre anglais Moving On signifie « avancer », et c’est à peu près le besoin qu’ont chacun des protagonistes au moment où démarre l’histoire. C’est le cas pour ce père ruiné et élevant seul sa fille aînée Okju et son jeune fils Dongju, alors qu’il s’apprête à emménager chez son père pour l’été. C’est la situation de sa sœur séparée de son mari et qui elle aussi va se réfugier chez leur père. Enfin ce père et grand-père grandement diminué doit également faire face paisiblement au crépuscule de sa vie.

C’est à travers le regard des deux enfants, l’adolescente Okju et le petit garçon Dongju, que nous allons traverser ce moment. Okju est une adolescente taciturne qui vit mal ce déracinement et a du mal à communiquer, soit l’inverse de son cadet Dongju enjoué et ouvert à son nouvel environnement ainsi qu’à ce grand-père. La réalisatrice fait justement de cette vieille maison familiale le vrai personnage secondaire du film. Elle nous fait longuement découvrir chaque pièce en suivant les pas des nouveaux venus, les montre investir et s’approprier les lieux (Okju qui choisit sa chambre et en fait une moustiquaire) qui deviendront ainsi tout aussi familier au spectateur. Chaque tranche de vie passe par de longs plans fixes qui dispose dans une velléités collective la famille, où de manière plus intime chacun de ses membres, dans l’espace de la maison. Les pièces communiquent comme pour symboliser par l’image l’interaction qui naît entre ces protagonistes qui se découvrent, tel cette scène où de la fenêtre du salon Dongju tente de nouer la conversation avec son grand-père, le contrechamp nous le montrant s’affairant le sourire aux lèvres dans son jardin. 

La complicité naturelle entre le père et la tante se ressent quant à elle lors des apartés où ils s’isolent devant la maison pour boire une bière et échanger des confidences. C’est une communion qui semble impossible entre Okju et Dongju, ce dernier souvent rabroué et rejeté par sa sœur malgré ses approches. Là aussi la réalisatrice construit cette relation fraternelle contrariée par son approche topographique, où justement la plénitude du plan fixe rassembleur est impossible, par l’agitation de la fratrie jamais unie que se soit dans le mouvement perpétuel des disputes ou l’impossibilité de cohabiter dans le même plan. La maison ne sert que de révélateur à un conflit venu de l’extérieur, la séparation d’avec leur mère dont Okju rejette la présence et que Dongju accepte. 

Le grand-père est l’élément rassembleur de la famille, la bienveillance et le souci envers lui dissipant conflits et égoïsme de chacun dans de magnifiques scènes comme la scène d’anniversaire. D’un autre côté la réalisatrice le montre comme déjà ou prochainement parti, que ce soit par l’attitude distraite du vieillard ou, une fois de plus, sa place dans l’espace de la maison. La caméra le capture souvent seul, usant du cadre dans le cadre pour le séparer et le montrer comme déjà ailleurs par rapport à la vie qui l’entoure. Ce motif formel rappelle beaucoup une cinéaste que la réalisatrice désigne comme son influence majeure, Edward Yang. D’ailleurs la chaleur humaine et la sensibilité à fleur de peau du film n’est pas sans rappeler le merveilleux Yi-Yi (2000) de ce dernier. L’acceptation du temps qui passe, le réalisme et la trivialité de maux ordinaires (le débat sur la vente de la maison, le placement en maison de retraite, l’enterrement) bénéficie d’une approche à la hauteur du chef d’œuvre de Yang. 

La disparition du grand-père ne sera donc pas une fin mais une étape visant à la reconstruction d’un autre lien filial qui laisse subtilement Okju accepter d’être enfin submergée par ses émotions. Yoon Dan-bi excelle à exprimer toute cette gamme d’émotions par l’image (notamment un sur la couleur pour imprégner implicitement de cette atmosphère positive), en renouant les ces liens distendus par le montage lors d’une scène de repas, mais aussi par l’hésitation à pénétrer dans la maison désormais privée de son propriétaire. Un premier film vraiment prometteur et qui fait rentrer Yoon Dan-bi dans le cercle de ces jeunes réalisatrices coréennes si douées à dépeindre la famille et le monde de l’enfance/adolescence comme Yoon Ga-eun (The World of us (2016), The House of us (2019)) ou Bora Kim (The House of Humminbirds (2018). 

Sorti en bluray et dvd coréen

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