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vendredi 5 mars 2021

La Fin de Freddy : L'Ultime Cauchemar - Freddy's Dead: The Final Nightmare, Rachel Talalay (1991)


 L'abominable Freddy Krueger a finalement réussit à tuer tous les jeunes de sa ville natale John Doe, le dernier adolescent de Springwood subit un accident et ne se rappelle plus de rien. Après avoir été retrouvé inanimé sur la route par le psychiatre pour enfants Maggie Burroughs, il est placé dans un hôpital psychiatrique où il se plaint de cauchemars répétés et de sa mémoire défaillante. John retourne à Springwood avec Maggie et trois autres adolescents. Bientôt, le groupe se rend compte qu'il ne peut plus quitter la ville et qu'ils sont la nouvelle proie de Freddy Krueger.

La noirceur et les thèmes dérangeants du cinquième volet L’Enfant cauchemar (1989) en avaient fait le premier échec commercial de la saga. Ce sixième épisode devait donc en apporter le point final. Rachel Talalay assistante de production sur les deux premiers films puis productrice exécutive sur Les Griffes du cauchemar (1987) et productrice de Le Cauchemar de Freddy (1988) est ici promue à la réalisation pour ce qui sera son premier film. Un premier scénario dans la continuité de l’arc narratif entamé dans Les Griffes du cauchemar et poursuivi dans les deux films suivants est abandonné, tout comme un autre écrit par Peter Jackson reposant sur une idée géniale (les jeunes fascinés par Freddy allant d’eux-mêmes le rejoindre dans leurs rêves, ce qui aurait pu être une belle réflexion sur la popularité du boogeyman). Rachel Talalay fait table rase de tout cela en signant un scénario original qui, s’il ne manque pas de vraies bonnes idées, pèche par un ton inapproprié et une exécution laborieuse. 

L’histoire nous projette dans un futur où Freddy a décimé la population juvénile de Springwood, en faisant une ville fantôme où perdure son mythe. Ce postulat permettait un vrai retour aux sources et la possibilité de de refaire de Freddy une légende urbaine, un croquemitaine de comptine à la réalité trouble et terrifiante. Le problème sera de jongler entre cela et le tournant montagnes russes à l’humour noir qu’a pris la sa saga, bien loin du minimalisme de l’original de Wes Craven. La première partie est malgré tout plutôt réussie tant que Freddy est absent, n’est qu’une évocation prononcée dans un murmure d’effroi. Le casting adolescent relativement convaincant ramène ce sous-texte récurrent de la saga de parents démissionnaires et irresponsable (y compris pour Freddy dont nous découvrons le passif familial en flashback) et comme souvent laisse deviner les maux qu’exploitera le croquemitaine dans leurs rêves. 

Le personnage de la psychologue jouée par Lisa Zane instaure même un mystère habilement développé par fragment sur le lien qu’elle entretient avec Freddy. Le scénario est coécrit par Michael de Luca qui y développe nombre d’idées qu’il injectera dans celui de L’Antre de la folie de John Carpenter (1994). Le lien poreux entre rêve et réalité, la manière dont la folie du premier investit le second à travers la peur, la superstition et la croyance à travers le personnage de Freddy, tout cela est déjà là et certaines scènes sont même identique (mais pas filmées avec le même talent) comme la boucle qui ramène constamment les héros à Springwood, ville maudite dont ils sont prisonnier.

Toute cette approche intéressante est gâchée dès la première apparition de Freddy. Robert Englund sous les punchlines bien senties parvenait à conserver un côté intimidant dans les précédents volets mais est en roue libre totale ici. Cela amuse sur une seule scène où il tourmente un adolescent aux troubles auditifs en lui assénant des bruits stridents (l’apparition du tableau de classe fait son petit effet en pic de la séquence). Pour le reste c’est malheureusement catastrophique malgré des idées pourtant inventives comme lorsque Freddy piège un adolescent dans un jeu vidéo, mais la pauvreté esthétique (on est loin de l’incroyable scène voisine du quatrième film où Freddy emprisonne une victime dans un comic book) et la mise en scène basique ne font jamais décoller la scène. 

Quelques concepts sont introduits sans être vraiment exploité (la méditation permettant d’intégrer le monde des rêves, l’inconscient à libérer pour vaincre Freddy avec Tracy s’avouant l’inceste dont elle a été victime, une rare trace du côté malsain disparu de la saga) et les coups de théâtres dramatiques, intéressant sur le papier (la filiation comme perpétuation de la criminalité qui introduirait Freddy dans le réel) sont ridicule à l’écran. Alors que la saga a toujours été un passionnant laboratoire formel pour mettre en scène l’horreur onirique, c’est la paresse qui domine ici. Le maquillage de Robert Englund est le plus laid des 6 films, l’arrivée des effets numériques fait perdre la dimension organique trouble de la série et l’usage de la 3D dans les dix dernières minutes est des plus honteux. Un beau gâchis car en théorie le film avait tout pour être à la hauteur de ses prédécesseurs. Fort heureusement, Wes Craven viendra laver l’affront dans un ultime volet qui rendra de sa superbe à sa création. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Metropolitan

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