Troubles est une ouvre se situant au carrefour des mutations du polar et du thriller au moment de sa sortie. La dimension psychanalytique et onirique tente de remettre au goût du jour dans le fond et la forme certains éléments du film noir des années 40, autant porté sur l’expressionisme que les visions façon La Maison du Docteur Edwardes d’Alfred Hitchcock (1945). Son érotisme larvé est dans la continuité des évolutions amenées par des œuvres comme La Fièvre au corps de Lawrence Kasdan (1981), mais n’ose pas encore la provocation explicite du Basic Instinct de Paul Verhoeven (1992) qui fera la bascule vers le sous-genre du thriller érotique.
Toutes ces tendances se bousculent dans un suspense plutôt bien mené où Wolgang Petersen semble clairement se faire plaisir. Tout est prétexte au traitement le plus extravagant et baroque possible, notamment toutes les réminiscences des souvenirs fragmentés et de l’accident terrible vécu par le héros Dan Merrick (Tom Berenger). D’ailleurs ce n’est pas tant dans cette outrance plaisante que le film pèche, mais dans la récurrence de certains éléments (les miroirs et reflets, quelques dialogues trop surlignés) qui peuvent faire deviner le twist plutôt habile aux plus attentifs. Petersen revisite sans tomber dans le rétro l’esthétique du film noir tortueux avec l’usage superbe du fondu enchaîné, nous plonge dans la psyché déphasée de son héros en rendant totalement irréel son environnement. Les décors sont si stylisés qu’ils en deviennent volontairement factices, tant dans le faste (ce bureau en baie vitrée à la vue incroyable) que dans le glauque (l’épave de bateau cauchemardesque) et cela participe à l’empathie pour Dan qui ne se sent pas à sa place, et qui ressent l’artificialité de toutes ses interactions hormis avec le truculent détective incarné par Bob Hoskins.Troubles brille dont pour créer et installer le mystère, mais patine un peu quand vient l’heure des résolutions. Si l’on apprécie la durée resserrée de 93 minutes (surtout au vu des standards actuels qui étirent souvent pour pas grand-chose), la dernière partie précipite vraiment trop les rebondissements et révélations. La poursuite en voiture semble vraiment là pour amener artificiellement une accélération à l’intrigue, et les péripéties sont trop nombreuses et rapprochées au point de faire perdre la relative finesse de certains protagonistes comme l’épouse incarnée par Greta Scacchi. Malgré ces scories, un thriller plutôt efficace et prenant dans la lignée d’un Dead Again de Kenneth Branagh sorti la même année.
Sorti en blueray français chez l'Atelier d'images




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