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vendredi 2 octobre 2026

El amante bilingüe - Vicente Aranda (1993)


 Joan Marés (anagramme de l'auteur), un homme d'origine modeste, parvient à épouser Norma, une catalane de la haute société. Le mariage échoue parce qu'elle lui est infidèle. Marés doit quitter son domicile et se retrouve sans ressources en jouant de l'accordéon dans les rues de Barcelone. Un jour, lors d'une manifestation, un cocktail Molotov lui tombe dessus et son visage est défiguré, mais il profite de cette circonstance pour se faire passer pour un trafiquant de drogue appelé Faneca, afin de récupérer sa femme.

El amante bilingüe voit Vicente Aranda adapter pour la troisième fois le romancier Juan Marsé après La Fille à la culotte d'or (1980) et Si te dicen que caí (1989). Le registre historique et politisé cher à l'auteur et bien retranscrit par Aranda dans La Fille à la culotte d'or est ici bien plus en retrait même si bien présent. On retrouve ici le cadre de la Catalogne et Barcelone, où Marsé passa son enfance, avec en toile de fond l'opposition entre les indépendantiste catalans et les nationalistes espagnols. C'est cependant davantage une bien étrange comédie du remariage qui se joue ici. Joan (Imanol Arias) rentré plus tôt chez lui, a le malheur de trouver son épouse Norma (Ornella Mutti) au lit avec un autre homme. 

La dynamique même de cette séquence de vaudeville, où Norma assume avec aplomb sa tromperie et Joan semble presque se morfondre en excuse, traduit le fossé social du couple. Lorsque Joan se rappelle leur rencontre et la manière dont ils sont tombés amoureux, on comprend que Joan est d'extraction modeste tandis que Norma vient de la haute société catalane. Après la rupture, chacun remonte ou redescend d'où il vient, notamment Joan sombrant dans une totale déchéance de musicien de rue puis défiguré par des nationalistes.

Joan désormais méconnaissable ne peut plus observer que de loin celle qu'il n'a jamais oublié. L'argument est prometteur, d'autant plus lorsque le scénario lorgne vers du Darkman/Le Fantôme de l'Opéra sauce comédie du remariage ibérique. Joan va en effet s'inventer un alias au nouveau visage, Faneca, pour reconquérir Norma. Malheureusement le grotesque paillard de la comédie tue toute implication, avec des personnages tous plus caricaturaux les uns que les autres. La dimension socio-politique est trop opaque pour un spectateur francophone, notamment tous les jeux sur le langage (justifiant le titre original) exprimant le schisme entre catalans et espagnol. 

On ne sait pas si Aranda a voulu verser dans la pure satire ou néanmoins conserver une part de romantisme, en tout cas faute de choisir les deux approches sont ratées. La forme est aussi étonnamment laide dans le choix de photo criarde et surexposée de Juan Amorós et Luigi Martin. C'est donc très poussif et on retiendra seulement l'érotisme outrancier cher à Aranda qui nous réserve une scène de sexe finale dantesque où une Ornella Muti incendiaire donne de sa personne. Un cru à oublier.

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