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samedi 7 novembre 2015

A Midsummer's Fantasia - JANG Kun-jae (2015)

Un réalisateur coréen se rend dans une petite ville rurale japonaise, en repérages pour y tourner un film. Accompagné de son assistante et interprète, il se balade, à la rencontre des habitants et de leurs histoires, qui serviront de base à son film.

A Midsummer’s Fantasia fut une des belles surprises du récent Festival du Film Coréen à Paris. Il s’agit de la troisième réalisation de JANG Kun-jae et constitue une commande Festival International du Film de Nara au Japon. Il s’agit bien sûr de la région d’origine et du cadre filmique privilégié de l’emblématique réalisatrice japonaise Naomi Kawase qui a proposé le projet à JANG Kun-jae. Le sujet sera libre mais aura pour contrainte d’être tourné à Nara, obligeant le cinéaste coréen à se détacher de l’imagerie irrémédiablement associée au cinéma de Naomi Kawase dans ce cadre. JANG Kun-jae place donc cette difficulté au cœur de son dispositif narratif par la construction déroutante du récit.

Le film est découpé en deux partie, l’une « méta » où le réalisateur illustre sa façon de s’approprier le sujet, cette région et ce pays étranger et l’autre de pure fiction. La première partie narre donc l’histoire d’un cinéaste coréen (LIM Hyung-kook) en repérage dans la région de Nara afin d’y tourner un film. Cette découverte des lieux se fera par la rencontre avec les habitants lui racontant leurs anecdotes personnelles associées à l’histoire de la région. Ce segment est filmé en noir et blanc, comme pour signifier la nature inconnue et la distance existant encore entre JANG Kun-jae et son sujet qu’il cherche encore et ce cadre qu’il explore. On oscille ainsi entre une forme purement documentaire (le temps pris et la manière très naturaliste de filmer les entretiens avec de vrais habitants de Nara) et un certain mystère plus indicible lors des balades nocturnes du personnage de réalisateur s’imprégnant de l’âme des lieux et de ses fantômes. C’est précisément la réminiscence d’une étrange figure féminine en songe et durant la visite d’une école abandonnée qui fera la bascule sur la deuxième partie fictionnelle.

Ce second segment entretien le questionnement méta puisque développant un des moments les plus sincères de la première partie, la confession du guide japonais (Ryo Iwase) qui racontait ému sa rencontre avec une coréenne en visite à Nara. Ce moment servait de révélateur au personnage du réalisateur et JANG Kun-jae à la manière de son alter-ego filmique creuse le sillon de cette anecdote à peine esquissée pour enfin tisser le cœur émotionnel du film. Une jeune femme coréenne (KIM Sae-byuk qui jouait l’assistante du réalisateur dans la première partie et entretien ainsi la confusion) explorant seule le japon fait ainsi la connaissance d’un avenant jeune homme japonais. Sa distance et froideur fait contrepoint avec la bonhomie du japonais qu’on devine déjà amoureux et qui se propose de lui faire visiter la région. JANG Kun-jae s’approprie enfin les lieux (sans totalement se détacher de l’ombre de Naomi Kawase) à travers cette romance platonique où il filme leur déambulations. 

On pense beaucoup à la trilogie romantique de Richard Linklater Before Sunrise/Before Sunset/Before Midnight lorsque le temps semble s’arrêter au fil de la marche et des discussions du couple. Cependant à la logorrhée et au détachement de façade tout occidental de Julie Delpy et Ethan Hawke, JANG Kun-jae substitue une réserve et une gêne toute asiatique mais qui ne manque pas de charme entre le japonais et la coréenne. L’attirance se ressent plus par les regards et attitudes (la jeune femme rappelant de manière inattendue le guide japonais) que par le dialogue et les rares confessions sur leurs vies personnelles. La langueur et la beauté du paysage où se perdent les silhouettes du couple suffisent à envouter et le charme opère progressivement.

Le lien entre les deux parties se fait lorsque l’on visitera la fameuse école abandonnée, sources de mystère dans le premier segment et de belle complicité dans lorsqu’ils joueront d’un instrument dans une salle de classe. Après avoir scruté en surface ses impressions confuses avec le noir et blanc, JANG Kun-jae use de la couleur pour la deuxième partie où paradoxalement le souvenir et la rêverie s’ornent pour les rendre plus palpables. 

Le fait que la romance ne se concrétise pas réellement mais constitue un aparté envoutant justifie ainsi le titre A Midsummer's Fantasia, la référence au Midsummer Nightdream de Shakespeare étant évidente. La mélancolie et un certain apaisement dominent ainsi l’incertitude de la première partie, le réalisateur explicitant ses tâtonnements et la façon simple dont il a réussi à détacher une émotion de ces lieux qui lui étaient inconnus. 

Inédit en dvd français et en salle pour l'instant peut être une sortie après le bon accueil au festival du film coréen de Paris ?

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