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lundi 30 novembre 2015

La Veine d'or - La Vena d'oro, Mauro Bolognini (1955)

Corrado, seize ans, vit avec sa mère, Teresa, une femme veuve depuis l'âge de vingt ans, qui le couve encore comme un enfant. Le jeune homme en vacances s'ennuie et fait la rencontre de Manfredi, un ingénieur qui s'occupe d'un chantier de fouilles archéologiques. Peu après, Corrado lui fait rencontrer sa mère.

On situe la période la plus intéressante et personnelle de Mauro Bolognini comme débutant avec sa collaboration avec un Pier Paolo Pasolini encore scénariste dans notamment Les Garçons (1959), Le Bel Antonio (1960) et Ça s'est passé à Rome (1960). Par la suite et sorti de l’ombre de ce prestigieux collaborateur, Bolognini déploiera une filmographie flamboyante et mélodramatique souvent inscrite dans le drame en costume et l’adaptation littéraire prestigieuse. La Viaccia (1961) constituera la première tentative et réussite majeure dans cette optique et sera suivit de nombreuses œuvres majeures tel que Metello (1970), Bubu de Montparnasse ou encore L’Héritage (1976). Bolognini s’était néanmoins déjà frotté au genre durant la première partie de sa carrière où il n’était encore qu’un exécutant au service de ses producteurs. Une fille formidable (1953), plaisante comédie sur le monde du spectacle où il révèle Sophia Loren aura constitué un galop d’essai rassurant pour la Athena Cinematografica et Mauro Bolognini se voit donc confier ce projet plus ambitieux, La Veine d’or.  

Le réalisateur adapte ici une pièce de Guglielmo Zorzi écrite en 1919 et ayant connu une première transposition muette en 1928. Ce drame intimiste est cependant dénué de la veine sociale dans laquelle s’inscriront les films d’époque suivant et c’est surtout dans le ton et le brio formel que s’annoncent les réussites futures de Bolognini. La trame y dessine le triangle « amoureux » se nouant entre la jeune veuve Maria (Märta Torén) son fils Corrado (Mario Girotti pas encore devenu Terence Hill) auquel elle a tout sacrifié et Manfredi (Richard Baseheart), l’homme avec lequel elle pourrait refaire sa vie. Les traits juvéniles de Märta Torén jurent avec son port strict de veuve, accentuant le trouble ressenti dans cette fusionnelle relation mère/fils avec Mario Girotti (les deux acteurs n’ayant que quatorze ans d’écart) aux relents incestueux.

Le malaise se distille dans le non-dit et par la gestuelle, les attentions et la tendresse trop appuyée pour un adolescent de seize ans signifiant l’anormalité de la situation. On devine ainsi autant le sacrifice de cette mère que l’exclusivité exigée par ce fils guère émancipé, un état qui va être perturbé par l’arrivée Manfredi. Bolognini tisse avec une vraie délicatesse la romance naissante entre Manfredi et Maria, là aussi par le non-dit en s’appuyant sur la photogénie et l’alchimie de ses acteurs. La gêne candide du coup de foudre donne un charme accru à leur première rencontre, Maria ne sachant contenir un émoi qu’elle pensait éteint et Manfredi étant dépassé par une émotion subite. 

Le seul gros problème est le jeu catastrophique de Mario Girotti, rapidement agaçant en adolescent capricieux et caractériel. Il n’amène aucune finesse à l’expression de la douleur de son personnage, raide et sans émotion authentique si ce n’est une mine butée sans la moindre variante. Bolognini rattrape cet écueil par une esthétique léchée, le film étant la première occasion pour lui de mettre en valeur son parcours (il eut une formation d’architecte), ses connaissances historiques et l’usage de la forme comme vrai moteur dramatique. L’éveil à l’amour de Maria se ressent ainsi par le passage de la tenue stricte et la couleur noire de sa robe de veuve à celle tout en volant et de couleur blanche arborée lors de la scène de bal. L’étiquette et les mœurs codées de ce début de XXe siècle inscrivent ainsi la reconstitution dans le cheminement émotionnel des personnages.

Orietta Nasalli-Rocca, ancienne assistante de Piero Gherardi (fameux costumier du cinéma italien pour Fellini entre autre) effectue un remarquable travail qui culmine lors de la superbe séquence de bal. Le cadre de cette villa campagnarde, sans avoir les moyens ni la flamboyance des reconstitutions à venir de Bolognini sert pourtant l’intrigue par les sa mise en place, la manière de le faire arpenter par les protagonistes oppressés ou épanoui et la photo de Carlo Carlini. C’est réellement ce visuel qui transcende le classicisme attendu du drame et la faiblesse relative de l’interprétation. Perfectible mais prometteur donc pour un Mauro Bolognini qui exploitera par la suite bien mieux ces thèmes (la relation mère/fils trouble que l’on retrouvera dans Agostino (1962)) et atmosphères.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 vidéo

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