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mardi 24 novembre 2015

La Fille - Cosi come sei, Alberto Lattuada (1978)

Un homme marié tombe amoureux d'une étudiante, qui se révèle être la fille de l'une de ses anciennes compagnes. Il pense être le père...

Alberto Lattuada avait déjà observé l'éveil à la sexualité des jeunes filles dans Les Adolescentes (1960) où il révélait Catherine Spaak. Il allait renouer avec cette thématique en fin de carrière mais sous l'angle plus trouble et provocateur de l'érotisme 70's dans des œuvres comme Le faro da padre (1974) ou La Fille. Cette exploration servira des titres assez douteuses et frisant la pédophilie dans le sous-genre dit de "teensploitation" mais Lattuada a d'autres ambition même lorsqu'il s'attaque à ce type de sujet sulfureux, Le faro da padre usant de son angle sordide (le désir sexuel d'une jeune handicapée mentale exploité par le désir masculin) pour dénoncer l'hypocrisie d'un microcosme (qu'on retrouve entre autres avec la Sicile de son Mafioso (1960) et là une société bourgeoise opaque et concupiscente. La Fille tout en gardant cette aura de scandale (par son sujet mais aussi ses conditions de tournage où une Nastassja Kinski âgée de 17 ans dû tourner de nombreuses scènes de nus qu'elle regrettera amèrement par la suite) aborde la question dans une veine bien plus mélancolique.

Giulio (Marcello Mastroianni), architecte quarantenaire marié et père de famille croise la route de la jeune et belle Francesca avec laquelle il a une brève aventure d'une nuit. Tombé réellement amoureux il apprend qu'elle est la fille d'un ancien grand amour et son âge correspond à l'époque de leur histoire vingt ans plus tôt. L'ensemble du film naviguera ainsi entre sincérité et provocation pour saisir les sentiments profonds des personnages. Giulio ne s'est jamais vraiment remis de cette romance avortée, Lattuada dessinant le souvenir du passé dans de délicats flashbacks s'opposant à la médiocrité de son ménage présent. Les sentiments envers Francesca se disputent ainsi entre nostalgie, regrets, amour et culpabilité pour ce désir coupable autant par leur différence d'âge que leurs possibles liens filiaux.

Nastassja Kinski crève l'écran pour son premier rôle au cinéma avec cette femme enfant à l'amour tout aussi ambigu, recherchant la figure du père qu'elle n'a pas connu à travers ses amants et finissant par la trouver (peut être littéralement) à travers Giulio. Toutes leurs scènes commune sont ainsi hésitante quant à leur portée, Francesca ayant autant l'empressement de l'amante que le besoin de protection de la fillette. Tout le récit sera nourrit de la tension de ce possible lien et Lattuada reste d'une remarquable sobriété pour l'aborder, Giulio n'osant "consommer" à nouveau au grand désarroi de Francesca.

A l'inverse de la retenue de cette romance, le climat de libération sexuelle de l'époque éclate à travers les autres protagonistes (la meilleure amie jouée par la belle Ania Pieroni que l'on recroisera chez Argento dans Inferno (1980) et Ténèbres (1982)) mais ajoute à la nature oppressante des sentiments de nos héros. L'ensemble baigne dans une atmosphère automnale et dépressive prolongeant la profonde mélancolie du récit, accentuée par le thème somptueux composé par Ennio Morricone. Les scènes où ils cèdent à leur passion par leur esthétisme un peu trop publicitaire sont la seule faute de goût du film, même si c'est justement cet excès qui réveillera sans doute le retour à la moral final.

Lattuada démontre un bouleversant sens du drame lors de la conclusion où un simple regard suffit à faire comprendre aux amants que tout est fini, tout comme la séparation finale où se rejouent passé et présent. Un vrai grand mélodrame sous son argument sulfureux et la naissance d'une star avec une Nastassja Kinski qui subjuguera bientôt le monde dans Tess (1979).

Sorti en bluray chez Cult Epics en version italienne sous-titrée anglais 

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