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dimanche 29 novembre 2015

Blade 2 - Guillermo Del Toro (2002)

Depuis sa victoire sur Deacon Frost, Blade continue sa chasse aux suceurs tout en cherchant Abraham Whistler, son père adoptif et mentor, laissé pour mort dans le premier film. Celui-ci a survécu et succombé au virus du vampirisme. Blade l’a cherché à travers la Russie, et en Europe de l’Est, enrôlant au passage un jeune homme surnommé Scud afin de lui concevoir une nouvelle ligne d’équipements et d’armes. Pendant ce temps, une crise est en cours dans la communauté vampire. Le virus du vampirisme semble avoir muté en une nouvelle souche (le virus reaper) qui balaie leurs rangs, donnant de nouvelles caractéristiques redoutables à ses transporteurs. Le transporteur original du virus semble être Jared Nomak, un mystérieux vampire aux intentions étranges.

Le succès de Blade ainsi que ses choix artistiques forts ayant fait école contribuèrent à lancer une première vague de film de super-héros Marvel, notamment un X-men (2000) lui étant fort redevable. C’est tout naturellement qu’une suite fut envisagée et après des relations orageuses avec Stephen Norrington, le choix de la production se porta sur Guillermo Del Toro à la réalisation. Celui-ci avait connu une première expérience hollywoodienne cauchemardesque avec le film d’horreur Mimic (1997) où il fut malmené par les frères Weinstein. La société de Peter Frankfurt, l’un des producteurs de Blade 2 avait signé le générique de Mimic et ce dernier avait ainsi décelé dans le visuel de Del Toro sa capacité à apporter une plus-value à cette suite. Del Toro posera donc ses conditions en obligeant le studio à attendre qu’il réalise le plus personnel L’échine du diable (2001) avant Blade 2.

Blade 2 diffère de son prédécesseur en bien des points. La dichotomie ente le monde réel et celui sous-terrain et parallèle des vampires au centre du premier film disparait. L’atmosphère urbaine réaliste  et paranoïaque s’estompe donc pour celle gothico-industrielle des pays de l’est où nous ne quitterons pas les ténèbres de l’univers des vampires. Blade doit en effet faire équipe avec ses pires ennemis pour répondre à une nouvelle menace : une mutation du virus vampirique a créé les reapers, nouvelle race de prédateurs se nourrissant de vampire avant de passer aux humains. Le film est typique des qualités et des défauts de Del Toro avec un visuel flamboyant mais un récit un peu basique et trop référencé. 

L’intéressante exploration des fêlures de Blade du premier opus disparaît donc complètement au profit d’un pur ride d’action survitaminé. Blade même si sous influence avait su inventer un ton et une forme largement reprise par la suite (ambiance urbaine gothique, incursion des arts martiaux, look SM cuir) par Matrix (1999) entre autre mais sans emprunt explicite. Avec Del Toro c’est nettement plus explicite avec le commando de vampires accompagnant Blade lorgnant à la sauce gothique sur les marines d’Aliens (James Cameron, 1986), la démesure des combats s’inspirant de la japanimation et plus particulièrement Yoshiaki Kawajiri et son furieux Ninja Scroll (1994). Des séquences entières nous rappellent ces glorieux prédécesseurs comme l’exploration d’égouts sous haute tension (l’arrivée des marines sur la planète décimée d’Aliens encore) mais une chose que l’on ne peut retirer à Del Toro, c’est son style plein de panache.

Blade 2 offre donc un faramineux crescendo d’action alors que le premier film ne parvenait pas à égaler une entrée en matière mémorable. Del Toro y poursuit les tentatives de Matrix de marier la nervosité du cinéma d’action de Hong Kong (Donnie Yen est chorégraphe des combats et tient un petit rôle), jeux vidéo et animation japonaise. Il créera ainsi pour les besoin du film la « L-cam », caméra pouvant effectuer des mouvements impossible et accompagner ainsi Blade dans les chorégraphies aérienne les plus surhumaine (l’ouverture où elle tournoie autour de lui et le suit de son saut d’un immeuble de quatre étage à son atterrissage au sol). Les acteurs sont également secondés par des doublures numériques durant les combats, leur permettant d’adopter les postures les plus improbables et iconiques. Du jamais vu à l’époque même si le rendu fait désormais très jeu vidéo mais en tout cas l’usage est d’une efficacité maximale dans l’action. 

La dimension gothique est également très soignée, notamment tout ce qui tourne autour de la caractérisation de Damaskinos (Thomas Kretschmann), chef des vampires dont le riche passé transparaît dans la majesté et la vétusté très étudiée des décors qui l’entoure. Del Toro vise donc à l’adrénaline alignant les répliques viriles (les échanges fleuris entre Blade et le méchant aux penchants nazis qu’incarne génialement Ron Perlman), ce côté flambeur s’expliquant par la volonté du réalisateur de démontrer son savoir-faire en vue de convaincre les studios de financer son adaptation du comics Hellboy de Mike Mignola. Cela déteint sur l’interprétation de Wesley Snipes toujours aussi charismatique et poseur en Blade (superbe composition de plan à la Frazetta lorsqu’il est assaillit par les reapers dans les égouts) mais qui perd un peu de la vulnérabilité et de la crise identitaire qui faisait l’intérêt du personnage dans le premier film. Ici c’est la course en avant qui importe (parfois au détriment du scénario voir le retour tiré par les cheveux du mentor Whistler) malgré les esquisses de moments intimistes entre Blade et Nyssa (Leonore Varela).

Del Toro parvient à équilibrer tout cela dans la dernière partie où se dessine un inattendu drame shakespearien quant aux liens unissant les méchants mêlé à des morceaux de bravoures toujours plus outrancier. Nomak incarne un splendide méchant tragique et s’offre nombre de séquences furieuses (la scène d’introduction qui détourne celle du piège vampire du premier volet), les reapers et leurs vélocités bestiales faisant basculer ce Blade 2 dans le pur film d’horreur (le reapers transpercer préférant s’éventrer pour s’enfuir). Le duel final entre Blade et Nomak est sans doute une des séquences les plus brillantes vue dans un film de super-héros, la virtuosité de Del Toro se mettant au service d’une empoignade tout en démesure comics. 

Tous les outils précédemment évoqués forment un tout virevoltant (arts martiaux, doublure numérique, caméra voltigeuse) pour un pur moment de jubilation bourrine. La dernière scène fait même preuve d’un romantisme et d’une poésie inattendue avec ce poignant coucher de soleil. Guillermo Del Toro parfois si ennuyeux dans son fantastique « d’auteur » le plus chichiteux (Le labyrinthe de Pan (2006) son défilé de créatures et son propos creux faussement poétique, L’échine du diable resucée mal digérée de la bd Paracuellos, Crimson Peak (2015) et son gothique victorien pour les nuls) signe son meilleur film en visant à la seule efficacité, ce qu’il réussira dans une moindre mesure avec Hellboy (2004).

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Metropolitan 

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