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jeudi 5 janvier 2017

Face au crime - Crime in the streets, Don Siegel (1956)

Frankie, le leader du gang de jeunes délinquants, les Hornets est sur le point de commettre un meurtre. Ben Wagner, travailleur social tente de le dissuader et de le remettre dans le droit chemin.

Durant les années 50 les Etats-Unis se découvrent une nouvelle menace venue de l'intérieur avec la montée de la délinquance, illustrée parmi les première fois au cinéma avec le fameux L'équipée sauvage (1953) de László Benedek. Le film crée donc une forme de sous-genre dans lequel s'engouffrent Graine de violence (1955) de Richard Brooks et La Fureur de vivre (1955) qui traitant aussi du mal-être adolescent à travers cette vision de la délinquance. Crimes in the streets est à l'origine un téléfilm de Sidney Lumet sur un scénario de Reginald Rose. Don Siegel s'attelle donc à la version cinématographique à laquelle il doit donner une ampleur plus grande que le téléfilm d'une heure.

L'un des écueils de ces films des années 50 traitant de la délinquance était la nature certes choquante pour l'époque mais risible pour un spectateur contemporain des méfaits de ces petites frappes. Avec un Don Siegel maître pour instaurer la menace urbaine le problème ne se pose pas, et la violence ambiante se pose dès la mémorable scène d'ouverture voyant l'affrontement entre deux gangs. Planches cloutées, cran d'arrêts et clés à molettes fendent la nuit de ce terrain vague par leur fracas et dégâts dévastateurs pour une séquences dont la férocité sanglante fit des difficultés au film avec la censure. La longue torture d'un prisonnier de bande adverse achève de poser ce climat malsain. Dès lors Siegel peut s'attarder sur les personnalités des délinquants, entre l'intimidant Frankie (John Cassavetes qui jouait déjà dans le téléfilm et encore casté en ado alors qu'il avait déjà 27 ans), le vrai psychotique rigolard Lou (le futur réalisateur Mark Rydell) et le plus tendre mais cherchant à se faire valoir "Baby" (Sal Mineo échappé de La Fureur de vivre). Siegel restreint le cadre du récit à une ruelle et les enjeux dramatiques au meurtre que planifient Frankie et ses acolytes envers un voisin qui a "mouchardé" un complice à la police. L'éducateur Ben Wagner (James Whitmore percevant la menace va tenter de les résonner.

Don Siegel par ce minimalisme en contrepoint à cette ouverture brutale pose ainsi un climat tendu où se révèlent la rage contenue et le mal-être des personnages. Tous choisissent la mauvaise voie pour s'affirmer et guérir leur maux, que ce soit Frankie ne supportant pas la misère qui l'entoure et Baby influençable par cette volonté de paraître un "homme" (on pourrait y voir une allusion sous-jacente à la sexualité de Sal Mineo mais finalement c'est plutôt le personnage de Mark Rydell étrangement accroché à Cassavetes qui l'évoque). Les maux familiaux offrent des séquences très touchantes, tant dans la violence psychologique (Frankie ignorant sa mère et terrorisant son jeune frère) que l'incompréhension (Baby rejetant la tendresse protectrice de son père) et il faut toute la ténacité de Ben Wagner pour faire vaciller leur volonté criminelle.

C'est passionnant tant par la justesse et l'intensité des situations que par l'interprétation remarquable. John Cassavetes tendu à bloc parvient à distiller subtilement une certaine fébrilité et James Whitmore est un véritable roc dont le charisme tranquille ne se laisse pas dépasser par ces jeunes chiens fou. La fulgurante conclusion fait preuve d'une belle émotion où l'heure sera venue d'assumer les conséquences de ses actes.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

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