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vendredi 27 janvier 2017

Goupi mains rouges - Jacques Becker (1943)


Le film raconte l'histoire d'une famille charentaise de paysans rusés, les Goupi. Le père Goupi fait revenir son fils de Paris, censé être devenu un homme important et y avoir acquis une bonne situation, avec l'intention de le marier à sa cousine. Mais la jalousie de « Tonkin », un autre de ses cousins, face à ce nouveau venu de citadin, fera de la nuit de son arrivée une nuit d'agitation et de crimes inexpliqués qui sèmeront la panique et le doute au sein de la famille.

Au premier abord, Goupi mains rouges pourrait sembler une production française imprégnée des valeurs du Gouvernement de Vichy. Cette histoire familiale sur fond de retour à la terre s’inscrit en tout point dans le traditionalisme véhiculé par le « Travail, famille, patrie » du Maréchal Pétain. Ce raccourci superficiel vole en éclat lorsqu’on constatera qu’il s’agit de l’adaptation du roman éponyme de Pierre Very paru en 1937. Les adaptations de Pierre Very avaient à l’époque le vent en poupe après les succès de Les Disparus de Saint-Agil (1938) et L’Assassinat du Père Noël (1941) de Christian-Jaque. Ayant lui-même écrit le scénario de L’Assassin a peur la nuit de Jean Delannoy (1942), autre succès issus de ses écrits, Pierre Very est également sollicité lorsqu’est lancé la production de Goupi mains rouges. Jacques Becker qui vient de signer sa première réalisation avec Dernier atout (1942) se porte candidat (en grand féru du roman) avec succès, la société de production Minerva hors du giron de la Continentale (société de production française sous financement allemand durant l’Occupation) n’ayant pas les finances pour engager un réalisateur trop prestigieux.  

Si dans Les Disparus de Saint-Agil Pierre Very revenait à ses souvenirs adolescents, c’est à son enfance rurale et aux histoires que lui racontait sa grand-mère que nous ramène Goupi mains rouges. Cette dimension mystérieuse aura cours de manière décalée dans les premières scènes lorsque « Monsieur » Eugène Goupi (Georges Rollin) est impressionné pour la blague par son oncle Goupi mains rouges (Fernand Ledoux) alors que lui le parisien découvre l’espace rural de sa famille paysanne. La forêt nocturne chargée de secrets, les fantômes et sortilèges de pacotilles amènent une excentricité qui se reflétera dans le réel pittoresque où nous découvrirons la famille Goupi. Les répliques vachardes, la rudesse et la méchanceté ordinaire imprègnent ce quotidien, notamment par l’intermédiaire de la cruelle maitresse de maison Tisane (Germaine Kerjean qui campera plus tard une matrone tout aussi détestable et adepte du fouet dans Voici le temps des assassins (1956) de Julien Duvivier). 

La rancœur et l’avidité régissent les rapports des uns avec les autres, qu’ils soient sentimentaux (Mains Rouges et sa fiancée suicidée, Tonkin (Robert Le Vigan) aimant en vain sa cousine Muguet (Blanchette Brunoy)) où vénaux avec ce magot caché dans la maison par le patriarche « L’Empereur » (Maurice Schutz) et convoités par tous. Jacques Becker nous montre ainsi une famille purement dysfonctionnelle et chargée de névroses, notamment avec un Robert Le Vigan touchant en vilain petit canard soignant son rejet dans la nostalgie de son expérience des colonies.

L’imagerie pastorale rassurante est quasiment absente de l’esthétique du film se déroulant la plupart du temps en intérieur. Les Goupi ne représente pas le noble labeur fermier par leurs activités plus « commerciales » (tenanciers d’auberge, vente de terrains, commerce d’alcool, caractérisé d’ailleurs par le sobriquet de certains personnages comme « Mes sous » (Arthur Devère)) et les plus proches de la vie rural le sont plus par volonté d’isolement que par un réel amour de la nature comme le très ermite Mains Rouges. Ce n’est que lorsque les sentiments se font plus nobles que Jacques Becker laisse cet espace rural se déployer dans toute sa beauté. 

Dans cette idée la plus belle scène du film est sans doute l’échange simple et tendre entre Eugène et Muguet au petit matin, assis sur l’herbe et s’avouant implicitement leur amour. Cette jeunesse symbolise la génération future des Goupi mais pour rassembler la famille, la roublardise reste encore le meilleur atout lorsque tous feront front face aux gendarmes venus enquêter sur les derniers évènements suspects. La cellule familiale apparait ainsi certes tumultueuse mais néanmoins aimante. Première grande réussite de Jacques Becker, le film sera un grand succès à sa sortie et lancera définitivement sa carrière de réalisateur.

Sorti en Bluray et dvd zone 2 français chez Pathé

 

5 commentaires:

  1. Ce que tu en dis me donne envie de le découvrir. Je découvre petit à petit Robert Le Vigan (d'abord via la bande-dessinée La cavale du Dr Destouches, ensuite par l’intermédiaire du roman Le château de Sigmaringen écrit par Pierre Assouline). Je l'ai vu pour la première fois dans Le Petit Roi de Julien Duvivier (le film n'est pas fameux mais la photographie est magnifique). Un curieux personnage mais pas un mauvais acteur il me semble, ce que tu sembles confirmer.

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  2. Ah oui, je voulais encore ajouter que je trouvais qu'il avait quelques traits de ressemblance avec l'acteur Sean Penn !

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  3. Il campait aussi un étonnant Jesus Christ dans le Golgotha de Julien Duvivier. Il a une belle filmo sur les années 30/40 par contre je dcouvre sur sa fiche wiki que ce fut un collabo et antisémite notoire qui l'a bien payé après-guerre ouch !

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    1. Tout à fait, et c'est par son passé collaborationniste que j'ai d'abord fait sa connaissance. Quelle ironie de le retrouver en JC chez Julien Duvivier. Encore un film que j'aimerais voir !

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  4. Grand film. Je te le conseille également Sentinelle. Le Vigan est fantastique là-dedans.
    Strum

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