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mardi 17 janvier 2017

Les Copains d'Eddie Coyle - The Friends of Eddie Coyle, Peter Yates (1973)

Eddie Coyle est un bandit sans envergure qui vit de petits boulots, de trafic d’armes et de contrebande. Pour échapper à une condamnation et éviter de finir ses jours derrière les barreaux il accepte de travailler comme indic pour Dave Foley, un agent du FBI.

Le méconnu The Friends of Eddie Coyle est pourtant un des meilleurs polars des 70's tout en constituant un des très grands rôles de Robert Mitchum. La star avait remarquablement su se réinventer avec l'âge mûr, délaissant la séduction et la dangerosité virile d'antan pour des rôles où il se montre plus vulnérable et joue de sa vieillesse dans La Fille de Ryan de David Lean (1970), Yakuza de Sidney Pollack (1975) ou plus tard Maria's Lovers de Andreï Kontchalovski (1984). The Friends of Eddie Coyle est la plus belle illustration de cette grandeur dans la modestie avec ce rôle de petite main de la criminalité de Boston. Le film adapte le roman éponyme de George V. Higgins.

C'est le premier ouvrage de l'auteur qui comme dans le reste de son œuvre s'inspire grandement de son expérience de procureur adjoint général du Massachusetts où il plaida devant la cour suprême une soixantaine d'affaires impliquant des activités illégales de la mafia. Cette connaissance du milieu donnait une réalité palpable aux mœurs et langage criminel dépeint et The Friends of Eddie Coyle revisite la tragique fin de Billy O'Brien, petit malfrat de Boston assassiné en 1967. Le coupable était le psychotique et paranoïaque James "Whitey" Bulger (récemment incarné brillamment par Johnny Depp dans Strictly Criminal (2015)) qui le soupçonnait d'être un informateur - ironiquement Bulger s'avéra lui une vraie balance du FBI donnant ses rivaux pour asseoir son pouvoir.

L'histoire part donc du même postulat avec un Eddie Coyle (Robert Mitchum) en sursis et pris entre deux feux. Sous le coup d'une condamnation qu'il cherche à éviter pour préserver sa famille, son seul espoir serait d'être indic pour le manipulateur agent du FBI Dave Foley (Richard Jordan). Cela l'exposerait pourtant s'il était démasqué à des représailles fatales de la part de ses acolytes criminels. Coyle joue ainsi sur les deux tableaux en étant l'entremetteur pour fournir les armes à un gang de braqueur de banque tout en négociant sa survie avec le FBI. Peter Yates rend remarquablement justice à George V. Higgins (tout comme le fera bien plus tard et dans un registre plus ironique le très bon Cogan: Killing Them Softly (2012) seule autre adaptation de l'auteur) par sa déglamourisation du monde criminel. Les rencontres et deal se font dans les squares abandonnés, les parkings de supermarchés et les bars les plus miteux. Les rapports et la hiérarchie des malfrats se fait à travers le degré d'intimidation et une place progressivement déployée sur l'échiquier criminel où chacun es constamment le jouet d'un autre plus aguerris, expérimenté et dangereux.

Coyle en impose ainsi le temps de quelques tirades viriles au minable vendeur d'armes Jackie (Steven Keats) qui lui-même joue les dure à cuire face à sa clientèle la plus minable (un couple de marginaux en quête d'arme lourde et des voleurs minables). Coyle est quant à lui dans ses petits souliers face aux braqueurs qu'il alimente en armes, ces derniers s'avérant aussi pathétiques dans leur quotidien (l'entrevue avec un acolyte louant un mobile-home avec une bimbo vulgaire) que dans l'exécution de leurs métier avec une méthode (prendre en otage la famille du directeur de banque pour le soumettre, argument réutilisé d'ailleurs bien plus tard et en plus léger dans le Bandits (2000) de Barry Levinson) manquant singulièrement de panache.

Tous et plus particulièrement Coyle sont les jouets de haute sphères manipulatrice qui remportent une mise bien plus ambitieuse, que ce soit l'avancement pour l'agent Dave Foley ou la disparition de comparses trop gourmand et imprévisible pour le fascinant personnage de Dillon (Peter Boyle). Celui-ci est clairement inspiré de James "Whitey" Bulger par son double jeu et sa dangerosité d'homme de main de la mafia. L'interprétation glaçante de Peter Boyle tout comme l'aura dont l'entoure Peter Yates le rendent sacrément menaçant sans qu'on l'ait vu en action- si ce n'est de façon tout aussi abjecte que ses comparses durant l'épilogue .

Robert Mitchum traîne une carcasse fatiguée et arbore une allure résignée qui semble le condamner dès le départ. Hormis quelques scènes de braquage tendue et à la violence sèche, Peter Yates déploie ainsi un polar urbain sinistre dans le Boston le plus crapoteux possible baigné dans la photo autmanle et dépressive de Victor J. Kemper - seul le score groovy de Dave Grusin amène un semblant d'allant. Le final tragique attendu se montrera minable, sans emphase et finalement poignant dans le destin du héros.

Sorti en BR et dvd zone 2 anglais chez Eureka et doté de sous-titres anglais

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