Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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dimanche 17 novembre 2019

White Lily - Howaito rirî, Hideo Nakata (2016)


Tokiko est une célèbre artiste céramiste, assistée par son amante Haruka, qui lui obéit aveuglément. Celle-ci développe une profonde jalousie lorsque Tokiko accepte de chaperonner un nouvel étudiant, Satoru.

White Lily s’inscrit pour la Nikkatsu dans la volonté de revival du Roman Porno, genre phare et sulfureux du studio dans les années 70 qui contribua à le relancer commercialement. A l’époque, le Roman Porno avait permis à de jeunes réalisateurs de mettre le pied à l’étrier, les meilleurs parvenant à jongler avec les contraintes du genre et creuser un sillon personnel : Masaru Konuma, Tatsumi Kumashiro ou encore Noboru Tanaka. La démarche semble légèrement différente pour ce reboot où la Nikkatsu a fait appel à des réalisateurs aguerris voire même cultes avec, entre autres, Sono Sion sur Antiporno ou donc Hideo Nakata avec White Lily. Si la collaboration avec Sono Sion semble avoir été assez houleuse (le résultat singulier d’Antiporno loin des canons du Roman Porno en témoigne), Nakata se montre plus fidèles aux attentes, ce qui n’est guère surprenant puisqu’il est familier d’un genre dans lequel il débuta en tant qu’assistant de Masaru Konuma.

Une fois les passages obligés (une scène érotique à intervalle régulier) acceptés, le Roman Porno offre un spectre narratif et thématique vaste qui va de la romance à l’observation d’une perversion, du message féministe au machisme le plus putassier. White Lily s’attache à une romance lesbienne reposant sur une relation dominant/dominé. Haruka (Rin Asuka) est la disciple de la céramiste Tokiko (Kaori Yamaguchi) qui l’a recueillie adolescente et lui a enseignée son art. Un drame altère ce rapport filial pour conduire les deux femmes vers une relation charnelle où se développent des sentiments contradictoires entre amour, dévotion aveugle, désir coupable et égoïsme. Tokiko est un personnage torturé qui se perd en aventures sans lendemain et beuveries, le seul repère affectif et sexuel étant finalement Haruka. Ce constat la trouble au point de malmener cruellement sa jeune maîtresse en la narguant avec ses amants d’un soir, de la prendre de haut, mais finalement retombe dans ses bras une fois constatées les frustrations (existentielles comme sexuelles) du reste de sa vie. La première scène d’amour lesbienne intervient d’ailleurs après que Tokiko ait congédié son aventure du jour, Haruka étant la seule à même de la satisfaire.

L’arrivée de Satoru (Machii Shoma), jeune apprenti séduisant, va briser ce fragile équilibre. Ce n’est plus un homme de passage mais une présence qui va investir la maison et voler l’attention amicale et charnelle de Tokiko à Haruka. Les présences masculines temporaires qui demeuraient hors-champ et n’existaient qu’en tant qu’exutoire sexuel au départ (la coucherie entre Tokiko et un homme observée du point de vue d’Haruka, jalouse et excitée dans la chambre voisine) s’affichent désormais pleinement sous le regard meurtri d’Haruka, dans le quotidien comme les plaisirs intimes. Le dispositif est donc très intéressant même si discutable sur certains points. Toutes les femmes sont torturées et dominées par leurs émotions (si l’on y ajoute la petite-amie jalouse et hystérique de Satoru), quand Satoru sera au mieux victime, mâle alpha vigoureux et personnage le plus lucide profitant gaiement de la situation. La narration habile distillant quelques informations clés en flashback sur le lien Haruka/Tokiko parvient cependant à atténuer ce sentiment.

C’est cependant dans la mise en scène du sexe que Nakata dévoile pleinement son propos. La dévotion d’Haruka et la plénitude du moment s’expriment dans la nature onirique de la première scène lesbienne, à l’atmosphère immaculée de blanc et où flottent les pétales de fleurs quand explose l’orgasme. Toute cette esthétique illustre l’émoi que ressent Haruka quand Tokiko dissimule le sien, en demandant à sa partenaire de ne pas la regarder dans les yeux. Ce regard partagé aura scellé leur rapprochement initial, mais Tokiko (par pudeur, honte ou culpabilité de ce désir lesbien) le refuse depuis, ce qui sera manifeste dans une scène de dispute où elle rejette Haruka. 

A l’inverse, l’ultime scène de sexe concluant le film (et arrive alors que le rapport de force est inversé) réintroduit ce regard et surtout inscrit cette étreinte dans le réel, les échappées stylisées n’ayant plus cours avec nos héroïnes, brièvement sur la même longueur d’ondes. Nakata signe une œuvre à la sensualité assumée et troublante, qui ne pèche que quand elle essaie de recycler les idées formelles des Roman Porno d’antan. Ainsi, la métaphore d’un cunnilingus en léchant une fleur est sacrément kitsch et ridicule sans la magnificence visuelle des Roman Porno seventies (la patine numérique n’égale pas le scope, le cadrage et les couleurs des classiques du studio) – la même idée est utilisée dans Le Couvent de la bête sacrée de Norifumi Suzuki (1974) pour un résultat autrement plus poétique. Quoiqu’il en soit, une belle réussite pour un Hideo Nakata, pas aussi inspiré dans ses productions récentes. 

Disponible chez Elephant Film

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