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mardi 14 juillet 2020

Guendalina - Alberto Lattuada (1957)


À Viareggio, en Toscane, l'été touche à sa fin : Guendalina, jeune adolescente de quinze ans, flirte avec Oberdan, le fils du maître-nageur, sans grande conviction et surtout pour dissiper son ennui. Ses parents milliardaires s'apprêtent, quant à eux, à divorcer...

Guendalina est un film au premier abord plus léger dans l’œuvre d’Alberto Lattuada, dont les précédents films oscillaient entre inspiration néoréaliste (Le Bandit (1946)), adaptation littéraire prestigieuse (Le Manteau (1952) d’après Nicolas Gogol) ou mélodrame flamboyant (Anna (1951), le vénéneux La Louve de Calabre (1953). Guendalina est loin d’être mineur dans ce corpus puisqu’il s’agit d’un des premiers films italiens à s’intéresser à l’éveil amoureux chez les adolescents, un sillon que creusera Lattuada dans deux autres films, Les Adolescentes (1960) et La Novice (1960). Il s’agit initialement d’un scénario de Valerio Zurlini mais les producteurs lui préfèreront Alberto Lattuada. On retrouve d’ailleurs malgré le registre plus grave une trace de cela sur Été violent (1959) de Valerio Zurlini, dans l’atmosphère de fin d’un monde et d’éveil charnel de son héros. Tout cela est vu à une plus intime échelle dramatique et une tonalité douce-amère dans Guendalina par la grâce du traitement de Lattuada.

L’adolescent d’Été violent est rattrapé par le contexte historique qui vient entraver sa romance coupable, un postulat finalement proche de Guendalina. Notre héroïne (Jacqueline Sassard) va quant à elle voir aussi le monde des adultes empêcher l’épanouissement de son premier amour à cause de la séparation de ses parents Guido (Raf Vallone) et Francesca (Sylva Koscina). Lors de la scène d’ouverture, Lattuada capture déjà par l’image ce moment d’hésitation entre éveil érotique et candeur adolescente. On suit un groupe de jeunes gens se promenant à vélo, et la caméra de Lattuada s’attarde sur les courbes féminines des adolescentes, leurs jambes nues longilignes, la manière dont leurs shorts serrés épousent leurs fesses sur la selle. Tout en nous montrant cette sensualité naissante, le réalisateur montre pourtant le groupe s’adonner à des jeux tout à fait enfantin où les garçons s’amusent à décoiffer les filles tout en roulant. 

On appuie cette idée dans la même séquence lorsqu’ils viennent chercher Guendalina, puisque l’on découvrira une séduisante et élancée jeune femme qui va pourtant demander comme l’enfant qu’elle est encore la permission à sa mère de se joindre à ses camarades. La maturité physique ne trouve pas écho dans les interactions bien innocentes des adolescents tout au long de cette dernière journée d’été où ils iront à la plage et danseront. La seule tentative d’un garçon trop entreprenant se verra d’ailleurs sèchement repoussée par Guendalina. C’est inversement l’inconséquence des adultes qui se répercute sur notre héroïne, par la frivolité de son père dont l’infidélité est saisie en un regard, mais aussi par la gravité de la mère qui confesse ses angoisses à sa fille idolâtrant plus que de raison ce père immature. 

Le cocon familial fracturé prolonge donc le séjour de Guendalina dans sa villégiature Toscane de Viarregio, où elle va se rapprocher du seul camarade restant (et peu côtoyé jusque-là), le local Oberdan (Raf Mattioli). Dans cette même logique d’observer les premières amours dans cet équilibre entre attrait physique et marivaudage enfantin, les personnages se fréquentent par dépit avant de se connaître et s’aimer réellement. Guendalina forçant la joie de vivre au foyer dans l’espoir de réunir ses parents peut ainsi laisser libre cours à son tempérament de chipie capricieuse au contact d’un Oberdan agacé. Jacqueline Sassard dégage un charme certain, et exprime habilement les fêlures que dissimule son entrain forcé. Même si ce n’est pas le sujet central du film, c’est l’estompement de la différence de classe qui va laisser naître la romance entre Guendalina et Oberdan. En début de film, lorsque Oberdan de condition modeste ne peut rejoindre les autres en promenade car il travaille, Guendalina est la première à couper court et inciter à poursuivre sans lui. Lorsqu’il devient le seul compagnon de jeu, elle prend plus explicitement conscience de la condition de celui-ci à travers les vas et vient d’un objet (cet imperméable qui navigue entre elle et lui), et les ennuis qu’elle lui cause notamment lors de la partie de chasse. 

Cette conscience de leur différence ne sera pas une cause de rupture mais au contraire de réunion. La générosité de Guendalina lors de l’épisode du fusil de chasse avive enfin l’intérêt d’Oberdan, et laisser voir les meilleurs côté de cette dernière. Lattuada montre cette évolution par les attitudes plus naturelles du couple, des dialogues laissant entrevoir l’empathie de Guendalina (ses regrets quant à la nièce sourde d’Oberdan). Le plaisir d’être ensemble se ressent par les déambulations insouciantes dans la langueur de l’été, tandis que l’intimité des scènes d’intérieurs n’amorce pas de scènes sensuelles mais plutôt les confessions. La famille désormais monoparentale et le souvenir du père disparu pour Oberdan rejoint de façon différente les propres peurs de Guendalina dont le foyer se disloque. L’écrin que tisse Lattuada dans ces instants là, les contrechamps entre les personnages, l’expressivité sincère passant dans le jeu des deux acteurs, tout contribue à instaurer une proximité touchante et sobrement érotique (le justaucorps et la danse de Guendalina dans sa chambre).
 
En opposition les adultes reportent leur sentiment d’insécurité (les pilules que consomment Sylva Koscina) sur le couple juvénile en soupçonnant des rapports intimes précoces. Quand les amours adolescentes reposent encore sur une communion sincère et innocente, les unions adultes n’existent plus que pour s’inscrire dans un carcan conformiste. Ce sera pourtant ces dernières qui viendront briser l’élan de ce premier amour dans un déchirant final où la norme hypocrite (Raf Vallone rangeant une certaine carte de visite tout en souriant à son épouse) reprend le dessus. Guendalina est un beau et poignant récit d’apprentissage, dans son versant le plus lumineux mais aussi douloureux.

Ressortie en salle le 29 juillet

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