Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 20 décembre 2021

Aladdin - John Musker et Ron Clements (1993)


 Le jeune et pauvre Aladdin vit avec son singe Abu dans les rues et est obligé de voler des aliments pour se nourrir. Un jour, il fait la connaissance de la princesse Jasmine, fille du Sultan, venue se promener incognito dans les quartiers populaires, à la recherche d'aventure. Entre les deux jeunes gens, le coup de foudre est immédiat. Mais ils sont rapidement rattrapés par les gardes du sultan.

Aladdin marque une vraie date dans l’avènement du second âge d’or des studios Disney amorcé avec La Petite Sirène (1989). Ce film introduisait justement le duo de compositeurs Alan Menken/Howard Ashman au sein de Disney et ces derniers allaient raviver l’influence marquée de la comédie musicale de Broadway dans les productions. Ils sont même à l’initiative de certains projets dont Aladdin qui va justement naître d’une idée de Howard Ashman souhaitant dès 1988 transposer le célèbre conte des Mille et Une Nuits. Il va coécrire avec Alan Menken six chansons mais le duo va ensuite se concentrer sur La Petite Sirène et La Belle et la Bête (1991) qui sera également un triomphe critique et commercial. Entre-temps les réalisateurs John Musker et Ron Clements, responsable de La Petite Sirène, se montrent intéressés par le projet et la production se lance. Le processus créatif sera des plus laborieux, forçant les équipes à reprendre plusieurs fois leur copie de zéro tandis que l’échéance de sortie se rapproche. 

Musker et Clements sont conscients qu’Aladdin et les contes des Mille et Une Nuits au sens large ont déjà été plusieurs fois adaptés au cinéma en prise de vue réelle. Leur volonté est donc d’avoir une approche ne pouvant exister que dans le cinéma d’animation pour se démarquer. Les synopsis et storyboard initiaux s’avèrent plus fidèles au conte mais ne se démarquent pas vraiment. L’un des problèmes soulevés est le fait qu’Aladdin est un des rares Disney à faire du « Prince Charmant », habituel faire-valoir falot, le protagoniste principal. L’inspiration est tout d’abord celle de Michael J. Fox avec la volonté d’en faire un jeune adolescent caractérisé comme l’archétype du raté de teen movie. Le design séduisant de Jasmine rend ainsi compréhensible l’attirance de cette incarnation d’Aladdin pour elle, mais l’inverse est moins vrai. Dès lors la référence visuelle change pour passer à Tom Cruise et rendre le héros beaucoup plus séduisant. Néanmoins la caractérisation y gagne en faisant d’Aladdin un orphelin dont le complexe repose désormais sur la condition sociale. Son allure avenante est d’ailleurs source d’humour puisque souhaitant cacher ses origines modestes, notre héros multiplie poses vantardes, regard en coin et sourire éclatant une fois dotés des atours de prince par le Génie. 

Ce dernier matérialise véritablement cette ambition de rendre par le média de l’animation Aladdin comme une vision originale du conte. L’embauche de Robin Williams pour le rôle inaugure l’arrivée des stars de cinéma au doublage de film d’animation qui se démocratisera par la suite. Les improvisations sonores et gestuelles du comédien influeront largement l’animation et la tonalité du film. L’animation du Génie sera notamment assurée par le nouveau venu Eric Goldberg. Ce dernier est issu du monde la publicité et excelle donc à croquer un personnage dans un format court, énergique et marquant. Le design du Génie tient entre autres de l’influence du caricaturiste Al Hirschfeld dans le travail sur les lignes incurvées de son physique qui servent sa bonhommie, mais également le jeu sur les contrastes qui servent les changements de ton et d’ambiances pour ses attitudes. 

Le protagoniste marque le film de son empreinte même dans les scènes où il ne figure pas. L’introduction décalée avec le narrateur loufoque, ainsi que le caractère théâtral, exubérant des deux sidekicks Iago le perroquet (doublage génialement hystérique de Gilbert Gottfried) et Abu le singe sont en quelque sorte une préparation pour le spectateur du ton décomplexé que va introduire le Génie quand il apparaîtra 30 minutes plus tard. Dès lors apartés loufoques, humour référentiel et parodie en tous genres accompagneront les interventions du personnage avec une inventivité constante. Le film était vraiment d’une grande modernité à l’époque par cette approche qui relève du côté méta (le Génie empruntant les traits du Pinocchio Disney, de Jack Nicholson, Robert de Niro ou Arnold Schwarzenegger), d’une relecture habile des génies de l’animation de la concurrence (Chuck Jones ou Tex Avery sont des influences évidentes) tout en perpétuant le ton Disney avec l’éclatant numéro musical Friend like mine. C'est un des premiers travaux du duo de scénariste Terry Rossio et Ted Elliott qui brillera ensuite sur Le Masque de Zorro (1998), Shrek (2001) et surtout la saga Pirates des Caraïbes et l'on sent leur patte dans 'équilibre ténu entre folie douce et veine romanesque du film

Dans cette frénésie ambiante, la froideur et le flegme de Jafar contraste judicieusement et rendent sa menace plus sournoise. Les influences sont diverses quant au monde oriental du film. Les références picturales ont pour sources les enluminures perses et la calligraphie arabe mais en réalité l’esthétique bariolée d’Aladdin repose surtout sur le fantasme cinématographique - et parfois raciste avec les paroles de la chanson Nuits d'Arabie qui créeront la controverse et seront modifiées pour la vidéo - de l’Orient. Quiconque a vu la version muette de Le Voleur de Bagdad (1924) et celle produite par Alexander Korda en 1940 notera les emprunts d’Aladdin comme le personnage de Jafar ou le tapis volant. Sur une échelle plus polémique, il est soupçonné que Le Voleur et le Cordonnier long-métrage maudit (et inachevé à la sortie d’Aladdin, il ne le sera qu’en 1995) du génie de l’animation Richard Williams ait été largement pillé puisque, en quête de financement pour terminer son grand œuvre, les visuels et le workprint ont largement circulés dans le monde de l’animation. 

Les innovations ne manquent cependant pas au sein d’Aladdin. Le contraste entre personnages cartoonesque et le gigantisme/réalisme des décors apportent une puissance évocatrice marquante aux images. On trouve là après la réussite de La Belle et la Bête une recherche et un soin formel qui s’était un peu perdu dans les long-métrages Disney de la décennie précédente, voire depuis les années 60. L’apport du numérique sert donc de façon inventives ces deux échelles du récit, celle cartoon et bondissante avec l’animation « anthropomorphique » du tapis volant et celle inquiétante et surnaturelle de ce monde du conte via l’entrée à tête de tigre de la caverne du désert - la profondeur chromatique compensant les textures numériques encore visibles, notamment les nuits bleutées.. L’équilibre entre dérision et vraie emphase dramatique fonctionne avec une fluidité parfaite et une narration alerte. C’est notamment grâce au fil rouge thématique qui se noue à travers les trois protagonistes que sont Aladdin, Jasmine et le Génie. Un dialogue fait prononcer en même temps à Jasmine et Aladdin le sentiment qu’ils ont d’être enfermés dans leur condition. 

Pour Aladdin comme déjà évoqué ce sera ce statut de vaurien des rues – adoucie dans le script par la scène où il partage un pain volé avec des enfant – qui l’empêche d’envisager l’avenir au-delà de la survie quotidienne. Jasmine est tout aussi intéressante avec une héroïne loin de la demoiselle en détresse, ayant soif de liberté hors de l’étiquette du palais. C’est finement amené, dans l’action et par des éléments formels comme lorsqu’elle imitera Aladdin en enjambant un bâtiment par un saut. Cet idéal du couple s’exprime dans le numéro musical A Whole New World/Ce rêve bleu, sommet d’Alan Menken et Time Rice qui a remplacé un Howard Ashman tragiquement disparu du sida avant la sortie du film. Sous l’humour, le Génie souffre aussi de ce statut sans pouvoir vivre pour lui-même hors de la lampe. C’est l’amitié nouée avec Aladdin qui permettra également son émancipation. Le film remportera un véritable triomphe à sa sortie, apportant un nouveau souffle par son ton et imagerie qui entérine ce second âge d’or Disney. 


 Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Disney

 

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