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mercredi 23 février 2011

Comme un torrent - Some came running, Vincente Minneli (1958)


Au cours de l'été 1948, Dave Hirsch quitte l’armée tout auréolé d’un glorieux passé guerrier. Romancier en devenir, mais noceur invétéré, il déboule un beau matin en autocar à Parkman, sa ville natale de l’Indiana. Il est suivi par Ginnie Moorehead, une fille en fanfreluches dont il se souvient à peine, relique de sa soirée bien imbibée de la veille. Dave retrouve sa famille et notamment son frère et son contraire : Frank, très conventionnel, bien rangé et prospère. Tandis que Dave se lie d’amitié avec un homme de son milieu, Bama Dillert, joueur professionnel désabusé, son frère lui présente Gwen French, une institutrice aussi séduisante que stricte.

Comme un torrent voyait Vincente Minnelli s'essayer au grand genre en vogue à Hollywood en cette fin des années cinquante, le grand mélodrame. Le film comporte donc toute les touches qui y sont associées à cette période comme le cadre provincial bourgeois propret révélant une facette plus noire, la dimension sexuelle sous-jacente transgressive et une certaine réflexion sociale. L'amateur de Douglas Sirk, Mark Robson ou de certains films de Delmer Daves se trouve donc en terrain connu même si Minnelli parvient à trouver sa propre voie en dépit de ces conventions. C'est le roman de James Jones dont le film est adapté qui permet de trouver une tonalité plus particulière avec héros incarné par Frank Sinatra qui semble être un prolongement de celui qu'il jouait dans Tant qu'il y aura des hommes l'autre transposition célébrée de James Jones quelques années plus tôt. Sinatra est donc Dave Hirsch, ancien soldat de retour dans sa ville natale et qui rumine son amertume et sa rancoeur dans l'alcool depuis qu'il a abandonné une prometteuse carrière d'écrivain.

Le drame du film semble au premier abord se situer dans les amours contrariés de Dave avec l'institutrice Gwen French (Martha Hyer) qui admiratrice de son talent et pas indifférente à son charme n'en est pas moins rebutée par son style de vie dissolu entre filles, jeu d'argent et soirées arrosées. Malgré la conviction irréprochable des acteurs (Martha Hyer est excellente en provinciale psychorigide) cette romance s'avère terriblement longuette et poussive, les problématiques soulevées pour la perturber semblant vraiment limitées et datées puisque basées sur les seuls réticences de Gwen plutôt qu'un vrai drame humain. Les intrigues secondaires sont tout aussi mal introduites avec le détestable personnages du frère joué par Arthur Kennedy qui amène lourdement toutes facettes qu'on s'attend à voir surgir dans ce type de cadre provincial à savoir le poids de la rumeur et l'hypocrisie mais sans que cela fasse sens dans la trame très longuette.

A peine pourra t on se raccrocher à la réussite plastique splendide du film (mais on en attend pas moins d'un Minneli) notamment cette fulgurante scène d'amour où Gwen cède pour la seule fois à Dave. Troublée par la nouvelle de lui qu'elle vient de lire, elle lui cède presque à son insu et tandis qu'il lui détache lentement les cheveux en l'embrassant il la désinhibe complètement en la délestant de sa coiffure sévère. Le cadre se resserre, la photo s'assombrit pour laisser les deux amants s'abandonner à leur fougue dans la pénombre pour un incroyablement moment d'érotisme. Le film offre cependant peu d'envolées de ce genre et se suit finalement avec un ennui poli.

Tout ses défauts sont cependant moins rédhibitoire si on a su deviner la vraie héroïne du film à savoir Shirley MacLaine. Fille perdue à la traîne de Sinatra qu'elle a suivit par amour alors qu'ils se connaissent à peine, on cherche longuement son utilité tout au long de l'histoire. L'allure vulgaire et peinturlurée de maquillage, sa simplicité d'esprit la rend plus pitoyable qu'autre chose comparé aux protagonistes plus "profonds" qui l'entourent. C'est pourtant elle le coeur émotionnel du film, car elle est la seule à s'offrir entièrement, sans calcul, avec ses défauts et toutes prête à accepter ceux de l'homme qu'elle aime. La dernière partie plus centrée sur elle est donc la plus touchante et prenante. Sa maladresse la rend terriblement attachante lors des moments où elle va voir Gwen en étant prête à s'effacer à son profit (alors que cette dernière n'aura qu'une vaine réaction d'orgueil et de mépris) tout comme lorsqu'elle boit les mots de Dave lorsqu'il lui lit sa nouvelle bien qu'elle n'en comprenne pas le sens.

Le torrent exprimé dans le titre français c'est bien Shirley McLaine et la prestation magnifique et à fleur de peau qu'elle propose, transcendant les défauts du film une ultime fois avec un final sacrifice poignant alors que le rebondissement l'amenant est des plus poussif bien que la séquence soit brillamment filmée. Sorte de grain de sable dans la mécanique huilée et attendue de ce mélodrame McLaine lui donne tout son intérêt et sera récompensée par une nomination à l'Oscar qui attirera l'attention sur elle pour le fameux La Garçonnière de Wilder. Et en coulisse cela lui permettra d'intégrer le fameux Rat Pack grâce aux amitiés nées du tournage avec Dean Martin et Sinatra.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

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