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mardi 1 février 2011

Jackie Brown - Quentin Tarantino (1998)


Jackie Brown (Pam Grier), hôtesse de l'air, arrondit ses fins de mois en convoyant de l'argent liquide pour le compte d'un trafiquant d'armes, Ordell Robbie (Samuel L. Jackson) . Un jour, un agent federal et un policier de Los Angeles la cueillent à l'aéroport. Ils comptent sur elle pour faire tomber le trafiquant. Jackie échafaude alors un plan audacieux pour doubler tout le monde lors d'un prochain transfert qui porte sur la modeste somme de cinq cent mille dollars. Mais il lui faudra compter avec les complices d'Ordell, qui ont des méthodes plutôt expéditives.

Sorti après l'ouragan Pulp Fiction, cette oeuvre plus posée et mature de Tarantino surpris son monde à l'époque démontrant une facette inattendue de son talent. Souvent présenté comme un hommage à la blaxploitation, le film n'entretient pas de si grands rapport avec les métrages furieux des 70's. Le lien se fait avec les changements opérés par rapport au roman original de Elmore Leonard, à la bande son soul 70's et à quelques clins d'oeils discrets : intrigue déplacée à Los Angeles, Jackie Burke qui devient Jackie Brown (et noire) à l'écran pour rappeler le passé glorieux de Pam Grier (Foxy Brown ), l'apparition de Sid Haig (acteur emblématique de ses série B 70's), la chanson Long Time Woman chantée par Pam Grier, souvenir des années WIP*... En clins d'oeil encore plus discret, on peut entendre la voix de Jack Hill (grand réalisateur et producteur de série B en tout genres et de blaxploitation durant les 70's) le temps d'un échange dans un interphone. Comme souvent Tarantino semble s'attaquer à un genre emblématique pour l'emmener complètement ailleurs.

L'intrigue et les personnages de Elmore Leonard fournissent à Tarantino la rigueur dont il a besoin pour se détacher du style Pulp Fiction plagié à outrance depuis la sortie du film. C'est d'ailleurs la principale qualité et le le seul défaut du film cette volonté de se refréner qui se ressent parfois un peu trop rendant l'autre adaptation de Leonard sorti la même année, Hors D'atteinte (déjà traité sur le blog) beaucoup plus souple. Il n'est pas étonnant qu'un film aussi libre et décomplexé que Kill Bill Volume 1 ait suivi.

Ainsi débarrassé de ses artifices, Tarantino fait appel à sa veine la plus sensible avec les losers magnifiques que constituent Jackie Brown et Max Cherry. Des personnages mûrs usés par la vie dont le parcours s'avère d'autant plus touchant grâce aux merveilles de scènes intimistes distillées tout au long du film : Robert Foster éblouit et amoureux lorsqu'il vient chercher Pam Grier en prison, tandis que celle ci apparait lentement à l'écran et que la mélodie suave de Natural High de Bloodstone s'élève. Leurs discussion au petit matin sur la difficulté de vieillir et de repartir de zéro , la magnifique scène d'amour finale tout en retenue, le regard de Foster après le départ de Jackie, celui de cette dernière en voiture qui conclut le film...

Si Foster fait un comeback fracassant avec ce rôle, le film est un véritable ode à la beauté de Pam Grier et à sa quarantaine resplendissante. La scène d'ouverture avec son apparition tenue d'hôtesse de l'air arpentant l'aéroport sur un tonitruant morceau de Bobby Womack donne le ton et son interprétation entre dureté, lassitude et fragilité est magnifique. Samuel L. Jackson en Ordell compose un personnage moins flamboyant que dans Pulp Fiction, plus terre à terre et nettement plus inquiétant aussi tandis que De Niro en truand lunaire surprend. Tout l'art de Tarantino pour mettre ses acteurs en valeurs se savoure ici, le rôle ingrat sur le papier et formidable à l'écran de Bridget Fonda en surfeuse nymphomane le démontrant avec brio.

Malgré quelques gimmicks agaçant étant donné le ton du film (comme ce semblant de chapitrage lors des transferts d'argent où les indications de lieu pas toujours nécessaire), Tarantino affiche une maitrise narrative et visuelle impressionnante. La fameuse scène où Ordell convainc Chris Tucker (convaincant et drôle pour la seule et unique fois, avec peut être le Dead President des frères Hughes) de rentrer dans son coffre et sa conclusion brutale (la caméra prenant de la distance comme lors de l'oreille coupée de Reservoir Dog) est une merveille.

Le face à face nocturne entre Ordell et Jackie, loin des excès d'antan parvient à livrer une sacré tension avec un minimum d'effet en jouant uniquement sur la lumière et le déplacement des personnages. On peut évoquer aussi la première transaction dont le déroulement complexe sous le point de vue de Robert Foster s'avère limpide sans une ligne de dialogue ainsi que l'arnaque finale vue sous trois points de vue différents particulièrement réussie et avec toujours cet art de toujours démarrer le bon morceau au bon moment (Robert Foster qui repart avec le magot). Sous cette tonalité plus dramatique, le réalisateur n'a cependant pas perdu son sens de l'humour avec l'hilarante étreinte express entre De Niro et Fonda (ou plus tard l'échange à l'issue surprenante sur le parking), ni même son légendaire fétichisme pour les pieds de femmes.

Une des grandes réussite de Tarantino qui constitue une sorte d'interlude apaisé dans sa carrière puisque les suivants (hormis Kill Bill Volume 2 et la première partie de Boulevard de la mort) reviendront avec brio à une veine plus survoltée.

* Pour Women in Prison, sous genre très populaire des 70's dépeignant les aventures de femmes incarcérées et jouant autant sur l'action qu'une certaine dose d'érotisme.

Sortie dans une très belle édition chez TF1 Vidéo

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