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mercredi 27 mai 2015

Le Ferry - Shin Wei (2014)

Tian Huai'en est un homme simple et tranquille. Il passé la plus grande partie de sa vie sur le petit bateau qu'il utilise pour faire traverser la rivière à qui souhaite rejoindre l'autre rive. C'est le travail de sa vie bien qu'il n'accepte jamais la moindre rétribution. Dans ce monde matérialiste, personne ne peut comprendre à commencer par son fils, parti gagner sa vie à la ville après le décès de sa mère. Lorsque ce fils reviendra s'occuper de son père âgé et fatigué, se posera la question de la succession.

Le développement économique spectaculaire de la Chine au cours de ces dernières années n’aura pas altéré la tradition rurale du pays, suscitant un questionnement identitaire que pose avec justesse Le Ferry. Le film exploitera cette idée à travers une dimension générationnelle et la relation entre l’homme de la campagne Tian Huai'en et son fils citadin moderne. 

Une centaine d’années auparavant, les ancêtres pauvres de Tian Huai'en furent accueillis et aidés par les habitants du village et en échange ils s’en acquittèrent en endossant la tâche de faire traverser la rivière séparant le village du monde extérieur. Tian Huai'en perpétue aujourd’hui cette tradition et chaque jour fait traverser la rivière à quiconque souhaite passer à l’autre rive, payé en victuailles au quotidien par les villageois. Son fils à préférer partir travailler à la ville après le décès de sa mère mais le temps d’un congé va revenir aider son père.

Taiseux, travailleur et dévoué à sa tâche, Tian Huai'en est un mystère pour son fils d’autant que le déclin physique rend les allers-retours de plus en plus difficile. Shi Wei instaure une tonalité introspective où l’on est happé par la beauté de ce décor naturel. Le quotidien fait de va et vient entre ces deux rives nous baigne dans une lenteur envoutante magnifié par le magnifique score de Yuanping Wang. L’intrigue est dépourvue de conflits et de dialogues redondants pour exprimer ses idées, le rapprochement mutuel du père et du fils se fait dans le silence, l’observation et l’apprentissage humble que fera le fils comprenant peu à peu le sens de la tâche. C’est par l’effort qu’il se déleste de l’urgence et du matérialisme de la ville notamment lorsqu’il trouvera son propre rythme de navigation, ne s’épuisant plus et ne s’encombrant pas des charges des voyageurs trop empressés. 

C’est par cette promiscuité que les personnages vont se rapprocher, le père suivant la tradition tout en ne l’imposant pas à son fils tandis que ce dernier en comprend peu à peu le sens. C’est une vraie invitation à la coexistence, le film ne s’engonçant pas dans l’ode poussiéreux à un passé révolu tout en plaidant au maintien de cette Chine campagnarde constituant l’essence du pays. Ainsi le beau final aura appris aux deux visages du pays à se comprendre sans en privilégier un aspect. Le fils retourne à la ville l’esprit chargé des souvenirs de ce clapotis d’eau, son père ayant laissé une télévision s’inviter dans sa masure isolée. 

Inédit en dvd français pour l'instant mais actuellement visible dans le cadre du Festival du film chinois se déroulant sur Paris et qui passera à partir de juin par Strasbourg, Lyon, Cannes, Biarritz, Marseille et La Réunion

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