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mercredi 13 mai 2015

Mad Max 2 - George Miller (1982)

Dans un futur non défini, les réserves de pétrole sont épuisées et la violence règne sur le monde. Max, un ancien de la sécurité routière, se porte aux secours d'une communauté de fuyards aux prises avec des pirates de la route. La bataille se concentre autour d'une citerne de raffinerie.

Au terme d’une longue exploitation et controverse autour de sa violence partout où il sorti, Mad Max fut un immense succès qui appelait forcément une suite. Alors que ce premier volet fut produit à la marge et à l’économie malgré le résultat impressionnant, Mad Max 2 sera à l’époque le plus gros budget de l’industrie cinématographique australienne. George Miller voit les choses en grand pour ce deuxième épisode plus épique et spectaculaire où Mel Gibson reprend le rôle-titre.

Mad Max nous présentait un monde au bord du chaos où les innocents n’avaient pas leur place et étaient condamnés. Ce n’était qu'en renonçant à son humanité et en cédant à ses bas-instincts que l’on pouvait survivre. Max (Mel Gibson) ayant tout perdu terminait le film comme un pur bloc de violence, aussi déshumanisé justement que son bolide Interceptor avec lequel il ne faisait plus qu’un. Sa première apparition dans cette suite semble être un prolongement de la conclusion du premier épisode, le voyant décimer une horde de pirate de la route en ayant après lui. Cette fois le monde a bel et bien basculé dans les ténèbres et la pure barbarie et c’est paradoxalement là que l’espoir va renaître et que Max va partir à la reconquête de son âme. 

L’introduction montre à travers des images d’archives les conflits qui ont conduit la civilisation à sa perte avec une guerre nucléaire, entrecoupée d’extrait de Mad Max pour prolonger à hauteur d’homme et à travers le passé de notre héros ce basculement. Alors que Mad Max oscillait en réalisme brutal, satire et tragédie ce deuxième volet assume pleinement une veine mythologique ressentie dès la voix-off commentant les évènements comme une chanson de geste rapportée. Cela s’accorde à Max bien sûr, la mise en scène de George Miller par ses cadrages et composition de plan magnifiant la présence charismatique d’un Mel Gibson plus glacial, affuté et intimidant.

C’est un homme solitaire et meurtri par les pertes qu’il a eu à subir, qui n’attend plus rien de l’existence et survit au jour le jour. Les membres d’une communauté de fuyard voient pourtant en lui le héros providentiel qui leur permettra d’échapper à la barbarie du tyran Humungus (Kjell Nilsson). Contribuant à cette communauté par intérêt, il finira pourtant par s’y attacher et les aider. Le film emprunte une pure trame de western transcendée par l’imagerie post-apocalyptique que Miller invente réellement avec Mad Max 2 quand le premier était encore empreint d’un certain réalisme. Les hordes de Humungus ont ainsi des allures de punks affublés de tenues SM, reflet de leur sauvagerie imprévisible et du chaos de leurs esprits. 

Ils ne sont cependant pas aussi dérangeants et caractérisés que dans Mad Max, Miller jouant plus sur l’effet d’armée/meute dégénérée que sur une folie plus individuelle. Humungus constitue néanmoins un méchant assez fascinant, nous interrogeant sur son passé et ce que dissimule ce masque de métal et cette allure de colosse. Au détour d’une réplique où il avoue avoir perdu aussi des proches durant le conflit, Humungus nous apparaît ainsi comme un double maléfique de Max, ce à quoi il pourrait basculer. En renonçant au trésor de ce monde en perdition (l’essence) pour aider les plus faible, Max va peu à peu retrouver ce qu’il avait perdu ou plutôt ce qu’on lui avait arraché.

Tous ces questionnements s’inscrivent en tout cas dans l’action, le regard agité d’un Mel Gibson taciturne à souhait faisant tout passer. C’est par les actes que la transformation s’opère durant des morceaux de bravoures rondement menés durant les 95 minutes qui filent à toute vitesse. La mise en scène de Miller renforce l’énergie mais aussi la grandiloquence voulue pour cette suite où le spectaculaire naît de l’illustration plus que des moyens qui bien que supérieurs sont bien loin de ceux d’une superproduction hollywoodienne. Le siège de la forteresse entre chaos et épique est d’une efficacité redoutable mais c’est bien sûr quand les monteurs vrombissent que le film prend toute son ampleur. 

La poursuite du début, le retour du camion, tout cela montre les progrès de Miller et l’inventivité du bestiaire (les incroyables véhicules, les dégaines outrancières des bandits) pour mieux nous préparer à l’incroyable cavalcade finale. Le chaos vient tonner sur cette route désertique de l’outback, les cascades et carambolages vertigineux se démultipliant dans un montage alerte, une caméra aux mouvements amples qui accompagne avec virtuosité la férocité de l’affrontement. 

 Max défend chèrement sa peau, son regard dément s’ornant d’une rage concernée et non plus détachée/suicidaire, à l’image de cet enfant sauvage s’étant attaché à lui. Un morceau de bravoure incroyable qui demeure une des course-poursuite les plus palpitantes jamais filmées. Redevenu homme et paradoxalement élevé en demi-dieu, la silhouette de Max s’estompe dans un fulgurant travelling arrière contredisant la fin du premier film où nous quittions une bête sauvage.

Le film sera un immense succès (notamment en France où la censure se relâchant il sortira la même année à quelque mois d’écarts que le premier épisode) et aura une descendance colossale dans le sous-genre du post-apo, pour le meilleur (le manga et la série animée Ken le survivant/Hokuto no ken, Le Livre d’Eli) et pour le pire (les innombrables décalques du cinéma bis italien, le blockbuster Waterworld qui en offre un pendant marin). Un troisième volet plus nanti et discutable (on en reparle peut-être demain si la revoyure ne pique pas trop les yeux) verra le jour avant une reprise récente inespérée et sans Mel Gibson.

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Warner

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