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dimanche 6 mars 2016

Tel père, tel fils - Soshite chichi ni naru, Hirokazu Kore-eda (2013)

Ryoata, un architecte obsédé par la réussite professionnelle, forme avec sa jeune épouse et leur fils de 6 ans une famille idéale. Tous ses repères volent en éclats quand la maternité de l'hôpital où est né leur enfant leur apprend que deux nourrissons ont été échangés à la naissance : le garçon qu’il a élevé n’est pas le sien et leur fils biologique a grandi dans un milieu plus modeste…

Kore-eda explore une nouvelle facette de son thème fétiche de l’enfance avec Tel père, tel fils qui s’affirme comme une de ses plus belles réussites. Père d’une petite fille depuis 2008, le réalisateur s’interroge sur le moment à partir duquel on commence justement à se sentir imprégné de cette paternité. Il le fera à travers cette histoire où deux familles voient leur quotidien bouleversé lorsque l’impensable se produit et révèle que leur fils Keita (Keita Nonomiya) et Ryusei (Shogen Hwang) ont été échangé six ans plus tôt à la maternité. L’histoire s’attarde plus particulièrement sur Ryoata (Masaharu Fukuyama), père de Keita plus particulièrement bouleversé par la nouvelle. Monstre de travail particulièrement exigeant avec son jeune fils qu’il estime trop doux de caractère, Ryota voit dans cette découverte l’explication des profondes différences de natures entre eux. Même si l’on devine dans l’autre famille plus modeste une même interrogation latente, celle-ci n’aura reposé que sur l’absence de ressemblance physique avec Ryusei.

Kore-eda privilégie clairement le quotidien, l’intimité et la complicité pour définir le lien filial. Ryota, père froid et absent ne voit son fils que comme une figure à modeler telle une extension de lui-même. Son échec à façonner ce fils idéal, il le verra donc par cette absence de lien du sang. Le réalisateur va le contredire dans une narration où au fil des mois les deux familles se rencontrent et apprennent à connaître leur fils « biologiques » en vue d’un possible échange et retour à la normale. Deux visions du Japon s’opposent ainsi à travers les deux figures de père et les modèles familiaux qui vont avec. Yudai (Rirî Furankî) est un père rigolard et sans ambition qui travaille juste ce qu’il faut pour maintenir sa famille mais qui paradoxalement est bien plus présent pour elle malgré un relatif dénuement matériel. 

Sa modeste demeure s’oppose au luxueux appartement de Ryota, l’agitation de l’un au froid silence de l’autre et au final l’environnement urbain glacial et la simili province. Kore-eda ne reste pas à cette approche simpliste, les rapports filiaux perturbés ne reposant pas sur un déterminisme social mais sur un propre passé familial douloureux. Il suffira d’une poignée de moments partagés par les deux familles pour constater le fossé entre Yudai joueur et se plaçant à hauteur de ses enfants quand Ryota maintient une distance. S’abandonner semble une faiblesse pour un certain modèle masculin japonais encore vivace, les épouses ou un homme ayant renoncé à la sacro-sainte réussite semblant les seuls capables de nouer proximité et complicité avec leurs enfants.

Plus qu’un motif de séparation et de déchirement, l’histoire est plutôt celle du cheminement de Ryota. En cherchant un simple miroir de lui-même, il échoue à nouer le contact avec le fils « biologique » quand l’amour né du quotidien aura dompté la supposée différence avec Keita, son vrai fils en définitive. C’est par cette idée que Kore-eda touche juste, n’opposant pas les deux modèles d’éducation mais plutôt la manière dont s’y inscrit l’enfant. Après la tentative d’échange, les rapports deviennent peu à peu plus chaleureux mais le manque demeure (belle scène où la mère se sent coupable de commencer à aimer son fraîchement adopté), Ryota (Masaharu Fukuyama) fendant l’armure en tombant sur des photos prises de lui par Keita. 

C’est par ce regard de son fils sur lui, par le mélange de crainte et d’affection ressentie dans les images qu’on devine à la fois les sentiments et l’absence de communication entre eux. Ces photos expriment mieux le lien filial en constante construction que le switch brutal supposé le créer par de simples gènes en commun. Une des dernières scènes où symboliquement les chemins du père et du fils se rejoignent l’illustrent magnifiquement et nous laissent sur un semblant de fin ouverte dont on peut aisément deviner l’issue. Délicat, touchant et subtil, le film touchera un autre grand cinéaste de l’enfance, Steven Spielberg qui lui attribuera le Prix du Jury au Festival de Cannes qu’il présidait en 2013. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side 

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