Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 14 mars 2016

À nous la liberté - René Clair (1931)

Deux amis détenus, Émile et Louis, tentent de s'évader. Louis réussit grâce à Émile qui fait diversion. Dehors, Louis se lance dans le commerce de disques puis de phonographes. Il devient petit patron puis, son commerce prospérant, se retrouve à la tête d'usines de plus en plus gigantesques. Émile libéré de prison demeure vagabond, se prélasse au soleil. Un jour il aperçoit la nièce du comptable de l'usine de Louis et tombe amoureux de la jeune fille. Il la suit jusque dans l'usine et, presque malgré lui, est embauché. Les deux anciens amis se retrouvent...

Troisième film parlant de René Clair, À nous la liberté anticipe tout à la fois les idéaux libertaires d'un Boudu sauvé des eaux (1932) que le cinéma du Front Populaire mais aussi la dénonciation du capitalisme des Temps Modernes (1936) de Chaplin. Cependant le film de René Clair s'affranchit de tout message social trop appuyé (Boudu), d'un contexte réaliste (les œuvres contemporaines du Front populaire marquées par leur époque) et de la fable de gauche assumée (Les Temps Modernes) pour adopter une tonalité légère et sautillante. La liberté représente dans le film une existence au grand air, sans préoccupation du lendemain si ce n'est conserver cette fantaisie face à l'existence.

L'emprisonnement et le monde du travail représentent à l'inverse une oppression commune à laquelle vont se confronter les deux héros Émile (Henri Marchand) et Louis (Raymond Cordy). C'est leur caractère facétieux qui définit leur solide amitié, leur permet de survivre puis de s'évader de la prison où ils sont détenus. Louis se sacrifiera pour permettre la fuite d'Émile qui va parvenir à une spectaculaire réussite matérielle mais du même coup se construire une nouvelle geôle.

René Clair poursuit les expérimentations de Le Million (1931), l'usage du son n'étant qu'un outil narratif parmi d'autres et certainement pas par la facilité du dialogue et du théâtre filmé. Le réalisateur use des mêmes angles de prise vue pour filmer les prisonniers travailleurs puis les ouvriers en usine, l'oppression et l'effacement de l'individu au service de sa tâche s'illustre avec la prison sinistre se confondant avec la salle des machines glaciales - le même acteur jouant d'ailleurs le contremaître et le surveillant de prison. C'est par l'insouciance que l'on peut se remettre à exister face à cette déshumanisation, les clins d'œil et les diversion d'Émile et Louis préparant leur évasion puis un Louis étourdi et amoureux de Jeanne (Rolla France) déréglant l'organisation métronomique de ces lieux. René Clair passe essentiellement par l'image à travers une narration parfaite où la caractérisation se fait limpide, notamment l'enrichissement, l'embourgeoisement et la froideur progressive d'Émile dont la réussite se devine autant dans l'attitude que par ses magasins puis usines de plus en plus gigantesque (et à l'architecture totalitaire) en arrière-plan puis envahissant totalement l'écran.

La mine ahurie et la naïveté de Louis vont pourtant dérider son ancien camarade avec là encore une remarquable séquence où René Clair fait confiance au spectateur, les mots traduisant le fossé social qui les sépare alors que le geste ranime magnifique leur complicité passée. S'il cède ponctuellement au dialogue durant le film, le réalisateur conserve donc une approche dans la veine du cinéma muet avec son jeu sur le burlesque (les nombreuses course-poursuites qui parcourent le film) où le son est moteur de l'atmosphère pour le drame (les chansons et musiques d'opérettes soulignant l'harassante existence en prison/usine) ou l'humour avec les gags enrichis d'effets sonores délirants (mais sans pousser la folie aussi loin que dans Le Million).

La dureté et l'hypocrisie d'un quotidien voué au attache matérielle et/ou sentimentale révèlera sa vacuité pour les deux héros avec les amours déçus de Louis et l'entourage néfaste d'Émile. Finalement ces deux-là ne sont jamais aussi heureux que réunis au grand air, sans responsabilité si ce n'est celle de s'amuser. Le film se conclut donc en pied de nez à toutes les formes d'autorités (du patronat, de la rentabilité, de la police) pour une belle et enivrante utopie. Un petit bijou.

Sorti en dvd zone 2 français chez LCJ 

Extrait

4 commentaires:

  1. bonsoir, je l'ai emprunté à la médiathèque suite à votre chronique et revu hier.Film excellent qui date d'une époque où René Clair était considéré comme un grand cinéaste, formé à l'école du burlesque et de l'avant-garde. Film prophétique, qui annonce les temps modernes de Chaplin, aussi sur l'automatisation du travail. le parallèle prison-travail est bien vu, d'autant qu'on et dans le visuel pur. Les décors monumentaux (usine, prison) font penser à l'esthétique allemande. Le final avec les billets qui s'envolent restaient dans ma mémoire.
    Bref, un vrai classique du cinéma français,et qu'on montrait à mon époque dans les ciné-clubs.

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  2. Oui René Clair a perdu ce côté avant-gardiste avec le temps même s'il a signé d'excellent films quasiment jusqu'à la fin (j'adore Les Grandes Manoeuvres).Et effectivement comme vous le dites grosse influence de l'expressionnisme allemand dans les incroyable décors on en prend plein les mirettes !

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    1. Oui, sa carrière américaine est trés intéressante...Bonne soirée

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  3. Bonjour Justin,

    Très bon choix de chronique. A nous la liberté est un film absolument épatant et qui mériterait qu'on lui porte plus d'attention.

    Strum

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