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mardi 1 mars 2016

Vers l'autre rive - Kishibe no tabi, Kiyoshi Kurosawa (2015)

Au cœur du Japon, Yusuke convie sa compagne Mizuki à un périple à travers les villages et les rizières. A la rencontre de ceux qu'il a croisés sur sa route depuis ces trois dernières années, depuis ce moment où il s'est noyé en mer, depuis ce jour où il est mort. Pourquoi être revenu ?

Vers l’autre rive s’inscrit dans la passionnante évolution récente de la filmographie de Kiyoshi Kurosawa. Sans se délester de son attrait pour le thriller, l’étrange et le surnaturel qui ont fait sa notoriété dans ses plus grands succès (Cure (1997), Charisma (1999), Kaïro (2001)), Kurosawa les fond dans un penchant nouveau pour le grand mélodrame. Le retour vers le passé en forme de jeu de piste du magnifique Shokuzai (2012) capturait un douloureux drame personnel, Real (2014) usait d’un argument SF pour un envoutant voyage dans le subconscient et une belle romance. Vers l’autre rive semble être l’aboutissement idéal de cette démarche où passé le postulat surnaturel le réalisateur se met entièrement au service du cheminement spirituel et sentimental de ses personnages, sans le filtre du cinéma de genre.

Kiyoshi Kurosawa adapte ici le roman Kishibe no Tabi de Kazumi Yumoto dont l’approche singulière l’aura particulièrement séduit. On découvre ainsi le lien que dépeint l’auteur entre le monde des morts et des vivant à travers Mizuki (Eri Fukatsu) une jeune veuve se morfondant depuis trois ans et la mort de son époux Yusuke (Tadanobu Asano) dont le fantôme ressurgit un soir. Cette coexistence entre fantômes et vivants se découvrira dans un voyage à travers un Japon rural (pouvant les ramener à une proximité que la froideur urbaine ne leur a pas permis) où Yusuke veut faire découvrir à Mizuki les rencontres faites avant de revenir jusqu’à elle. Chaque étape décrira une situation et un protagoniste irrésolu dans son rapport à la mort. Kurosawa inscrit ces traumatismes autant chez les fantômes inconscients de leur statut ou le refusant que les vivants ligotés aux disparus qui les hantent, parfois par un objet rattaché au passé. 

Ni spectre vaporeux et inquiétants, ni êtres vivants totalement à leur place, les fantômes revêtent une présence inédite et originale dans le film en constituant des figures en attente d’apaisement pour définitivement s’évaporer « vers l’autre rive ». L’imagerie de Kiyoshi Kurosawa donne donc un entre-deux troublant semblant constamment révéler l’envers et l’endroit des différents environnements parcourus. L’éclairage et la texture de la photo d’Akiko Ashizawa s’assombrissent ainsi nettement lors des séquences de catharsis ou alors baignent le récit dans une atmosphère vaporeuse ou la réalité se dispute au rêve éveillé.

Toutes ces péripéties se font en écho des retrouvailles du couple. Il est sous-entendu que Yusuke s’est sans doute suicidé et les incompréhensions, tromperies et rancœur ayant agités leur union se révèleront peu à peu. Cette harmonie qu’il n’auront su trouver dans la vie, ils la résoudront dans cette odyssée entre le réel et l’au-delà. Kurosawa capture la complicité et l’intimité retrouvée naissante, chacun découvrant des facettes de l’autre qu’il n’avait su apercevoir, laisser s’exprimer. Pourtant ces retrouvailles doivent aussi constituer un adieu, la proximité irrésolue entre les mondes pouvant confiner à la folie (voir le couple destructeur constituant un miroir inversé des héros) empêchant d’avancer. Tous ce que Mizuki aura traversé en tant qu’observatrice constituait ainsi son propre cheminement dans l’acceptation du deuil. 

Yusuke lui est revenu pour se présenter sous un meilleur jour que lors de leur vie conjugale et ainsi se libérer de ses sentiments contradictoires qui l’empêchaient d’avancer (avec une belle métaphore dès l’ouverture sur la leçon de piano où elle ne peut qu’enseigner un tempo boiteux à sa jeune élève). Les âmes se seront rapprochées et Kurosawa ose même l’union charnelle tant attendue avant une poignante et poétique séparation. Le réalisateur trouve le ton parfait entre un fantastique sobre au service du grand mélodrame, où les images d’une beauté indélébiles se conjuguent à une interprétation habitée et un score magnifique de Naoko Eto et Yoshihide Otomo.

Sorti en dvd zone 2 chez Condor

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