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mercredi 7 novembre 2018

Microhabitat - So-gong-nyeo, JEON Go-woon (2017)


Miso, la trentaine, a deux plaisirs dans la vie : fumer ses clopes, et boire un verre de whisky de temps en temps. Elle a un petit ami, mais faute d’argent, ils ne vivent pas ensemble. Quand son loyer et le prix de ses cigarettes augmentent coup sur coup, Miso, plutôt que de renoncer à l’un de ses plaisirs, choisit de quitter son appartement pour ne plus avoir de loyer à payer. Elle va alors entamer une tournée de ses amis de fac pour être hébergée provisoirement chez les uns ou chez les autres...

Le récent Burning de Lee Chang-Dong avait montré dans une approche métaphysique le désœuvrement des jeunes adultes coréen et leur dépit face à leur accomplissement personnel frustrés. Microhabitat, premier long-métrage de la réalisatrice JEON Go-woon, creuse le même sillon dans une approche différente. Si dans Burning la frustration du héros le poussait selon l’interprétation au crime ou à la paranoïa, Microhabitat dépeint avec Miso (Esom) une héroïne aux antipodes de cette course à la réussite. Le bonheur consiste pour elle en des plaisirs simples comme fumer ses clopes et boire un bon verre de whisky. Ces deux agréments suffisent à supporter son dénuement matériel permanent et l’impossibilité de vivre avec son petit ami tout aussi fauché. La réalisatrice eut l’idée du scénario en constatant que la crise économique que traversait la Corée se répercutait désormais également dans les échappatoires futiles au quotidien morose que sont justement les cigarettes et l’alcool dont les prix augmentaient. Lorsque son loyer grimpera également, Miso préfère renoncer à son logis plutôt que ses plaisirs et va voguer entre des logis éphémère chez des amis.

Ce renoncement symbolise en fait le choix d’un bonheur ponctuel plutôt qu’une frustration permanente. On pourrait y voir un refus des responsabilités de l’âge adulte, mais il s’agit surtout de tourner le dos au conformisme vers lequel nous guide la société. Une grande partie de l’intrigue voit Miso séjourner brièvement chez des anciens camarades de fac et membres d’un groupe musical commun. Chaque ami(e) représente un maux du monde moderne, que ce soit la dépression pour un divorcé pleurnicheur, l’usure pour cette femme au foyer dépassée, l’infantilisation d’un vieux garçon ou l’indifférence pour une grande bourgeoise hautaine. Chaque personnage est introduit par un rappel de leur ancien instrument pour montrer le fossé entre passé léger et la sinistrose du présent. Miso incarne un rappel de cette insouciance révolue qu’il regarde avec nostalgie mais refuse dans leurs attitudes. La réalisatrice l’illustre dans une notion spatiale (le divorcé enfermé dans sa chambre d’ami), le traduit par l’usure physique de la femme au foyer, et le capture dans le surréalisme comique (la bienveillance trop prononcée de parents en quête désespérée d’une belle-fille) ou la facticité d’une demeure bourgeoise (reflet de l’égoïsme de sa locataire). 

En s’accrochant au matériel, à leur statut et à leur mal-être, les personnages effectuent un repli sur soi absent chez la pourtant démunie de tout Miso. Le personnage est attachant par son constant par son souci de l’autre et son flegme face aux déconvenues diverses. La relation avec son petit ami évite d’en faire une figure abstraite fonctionnelle, le miroir placide qu’elle offre aux autres soulignant leurs failles. La réalisatrice n’associe pas cet individualisme et renoncement à une classe sociale (l’hilarant zoom avant sur la femme de ménage quand Miso propose à son amie de l’aider dans les tâches quotidiennes), mais à la société coréenne au sens large qui se perd cherchant (et parfois échouant) à rentrer dans les normes qui la régissent. Quelques révélations sur le passé familial de Miso expliquent ce qui l’amène à relativiser et s’attacher à des bonheurs simples, quand tous les autres (son petit ami compris) finiront par se trahir pour ressembler aux autres.

L’humour désamorce pas mal la mélancolie de l’ensemble malgré la noirceur de certaines situations comme cette visite d’appartement insalubre ou ce renoncement à une coucherie car se déshabiller donne froid en hiver. Le spleen domine néanmoins la conclusion, le fossé entre Miso et son entourage se traduisant par une évaporation de sa silhouette à l’image. Elle reste un souvenir pour ses anciens amis, et une ombre fugace pour ce monde autocentré (très belle idée que cette chevelure prématurément blanchie pour la distinguer des autres). Heureusement, une clope et un petit verre de whisky suffisent pour oublier tout cela un temps. 

Découvert au Festival du Film Coréen à Paris, une vraie sortie salle en France serait largement méritée ! 

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